00:00A voter. 30%.
00:01C'est, selon les sondages, le taux d'abstention qu'on pourrait atteindre dimanche 10 avril
00:05pour le premier tour de la présidentielle.
00:07Un record pour ce scrutin.
00:09L'abstention, c'est ce venin auquel on a appris à s'habituer, élection après élection.
00:14A chaque scrutin, on la proclame premier parti de France.
00:16Et on en fait même des sketchs, comme ici sur le canal.
00:19Mademoiselle, vous avez fait tomber quelque chose.
00:21Quoi ?
00:21Votre droit à la démocratie.
00:24Vous avez un problème avec les élections ?
00:26Alors, comment en est-on arrivé là ?
00:27Eh bien, on a beaucoup évoqué les causes conjoncturelles, le niveau médiocre de la campagne,
00:31l'effet Covid, puis l'éruption de la guerre en Ukraine qui est venue comprimer le temps dédié au scrutin.
00:35Il y a aussi eu le refus de débattre d'Emmanuel Macron et son entrée en campagne très tardive.
00:40Le président porte une responsabilité évidente, même si, quand un confrère le pique au vie sur le sujet,
00:45eh bien, il botte en touche.
00:46D'abord, ni notre constitution, ni nos usages ne disent que le débat entre tous les candidats
00:53avant le premier tour serait la règle ou la bonne manière de confronter les idées démocratiques.
00:57Les épaules larges, je veux bien endosser beaucoup de choses,
00:59mais enfin, excusez-moi, je ne considère pas que je sois le seul responsable
01:03de ce qui se passe dans la vie démocratique du pays et l'abstention.
01:06Évidemment, les racines de l'abstention sont plus profondes que ça.
01:08Elles témoignent d'une crise plus enracinée de la démocratie représentative en général
01:12et de la Ve République en particulier.
01:14Ceci étant dit, cette abstention, elle ne touche pas tout le monde
01:16et donc profite à certains plus qu'à d'autres.
01:18Grosso modo, si on ne peut pas prédire exactement l'ampleur de l'abstention dimanche,
01:22on peut par contre établir le profil de ceux qui vont s'abtenir,
01:25comme l'explique ici la politologue Cécile Braconnier.
01:27On a toujours moins voté à 25 ans qu'à 45,
01:33tout simplement parce que la participation électorale,
01:35ça prolonge d'autres formes d'intégration sociale
01:38et que le fait d'avoir un travail stable, une famille,
01:42ça favorise le fait d'aller porter un bulletin dans l'urne.
01:49Les partis politiques qui cherchent à représenter un électorat populaire,
01:52peu diplômé et jeune sont donc les plus fébriles face aux aléas de participation.
01:56La gauche est évidemment concernée
01:57et a fortiori les partis des deux gauches radicales
02:00comme la France Insoumise ou le Parti Communiste.
02:02Marine Le Pen aussi combine des électorats au profil plus enclin, à l'abstention.
02:05Le RN garde un souvenir amer de sa désillusion des régionales
02:08où la démobilisation avait fait mentir des sondages qui étaient pourtant très favorables.
02:12Il n'y a qu'à regarder le clip de campagne de Marine Le Pen
02:14pour voir que c'est une vraie préoccupation pour le parti de l'extrême droite.
02:17Chacun d'entre vous dispose d'un vote aussi puissant que celui du président.
02:22Le 10 avril, si le peuple vote, le peuple gagne.
02:26Et au contraire, les candidats qui cherchent à représenter un électorat senior et plus aisé
02:30n'ont pas trop à s'inquiéter,
02:31soit en l'espèce Valérie Pécresse et surtout Emmanuel Macron.
02:35Le président des riches est crédité autour de 35% chez les plus 70 ans
02:39et à 41% chez les 20% des français les plus fortunés.
02:43En clair, quand l'abstention monte, les plus aisés et les retraités sont surreprésentés.
02:47Et ce sont donc eux qui vont décider et définir l'avenir des plus pauvres et des plus jeunes.
02:51On a vu constat plus sain pour une démocratie quand même, on va pas se mentir.
02:55Oui, c'est le terrible paradoxe de l'abstention,
02:57ceux qui sont dégoûtés et voudraient que ça change
02:59laissent les commandes à ceux qui bénéficient du statu quo.
03:01Alors si vous êtes défiant ou écoeuré de la politique, du système présidentiel,
03:06de la monarchie républicaine et que vous vous dites
03:08« Dimanche, ce sera sans moi qu'il se débrouille ».
03:10Rappelez-vous qu'un bulletin a une force,
03:12qu'il peut donner de l'élan à vos valeurs,
03:14à la gauche, qu'il peut permettre de dire non à Macron comme à l'extrême droite.
03:17Gardez à l'esprit que les bourgeois, les conservateurs,
03:20la France qui va bien, celle qui touche une retraite confortable,
03:23celle qui ne connaît pas le niveau du RSA ou du SMIC parce qu'elle a toujours gagné plus,
03:26eh bien gardez à l'esprit que cette France-là, elle, elle ira voter.
03:29Cette France-là perpétuera le système, tranquillement, sans vous.
03:32Plus l'abstention monte, mieux la bourgeoisie se porte.
03:35Alors, Dimanche, rendez-vous dans les urnes.