00:00A voter.
00:01Le débat d'idées avait déjà du mal à prendre dans cette campagne et c'est pas prêt de s
00:05'arranger.
00:06Depuis le 24 février et l'invasion de l'Ukraine par la Russie de Poutine,
00:10le devenir de l'élection présidentielle est suspendu à l'actualité.
00:13Alors qu'est-ce que ça change d'un point de vue politique ?
00:16Déjà, ça ne changera pas les dates du scrutin, qui aura bien lieu en l'état les 10 et 24
00:20avril.
00:21En revanche, on ne va parler que de ça.
00:23La campagne va se comprimer autour de l'Ukraine, l'actualité internationale va chasser tous les autres sujets.
00:28Retraite à 60 ans, temps de travail, pouvoir d'achat, alimentation saine et accessible à tous,
00:33transition écologique, impossible dans un premier temps d'évoquer ces sujets sans paraître dissonant avec l'actu.
00:39Il n'y a qu'à voir le peu de cas fait du rapport du GIEC, publié le 28 février,
00:43en grande partie éclipsé par l'Ukraine.
00:45Cette concentration du régalien va profiter à un homme, Emmanuel Macron.
00:49C'est lui le président, c'est lui le chef des armées, c'est lui qui gère la crise,
00:54d'autant que la France préside depuis le 1er janvier le Conseil de l'Union européenne.
00:57À cet acte de guerre, nous répondrons sans faiblesse, avec sang-froid, détermination et unité.
01:05D'un autre côté, ça bouleverse aussi les plans de Macron, car il faut bien qu'il se déclare candidat
01:09pour être officiellement en lice.
01:10Un meeting pressenti le 5 mars à Marseille, son premier de candidat, a déjà été annulé.
01:16Et on peut aussi s'interroger dans un tel contexte, est-ce que Macron va descendre dans l'arène politique
01:20?
01:21Pour être caricatural, peut-il négocier avec Poutine et Zelensky le lundi et débattre avec Jean Lassalle le mardi ?
01:27Là encore, il y a une dissociation entre le président et le candidat qu'on imagine mal.
01:31Toutefois, l'opposition fait valoir à raison que le débat doit avoir lieu dans un contexte aussi grave.
01:37La démocratie doit battre son plein.
01:39Ensuite, sur la nature même du débat, qu'est-ce que ça change ?
01:42Eh bien d'abord, dans une campagne déjà intoxiquée par les attaques personnelles, woke, fachos, islamo-gauchistes, rouge-brun, entre
01:49autres politesses,
01:50s'ajoute maintenant l'accusation d'être pro-russe ou pro-Poutine pour disqualifier l'autre.
01:54Non pas que ces attaques soient tout le temps vides de sens.
01:56Quand elles visent Marine Le Pen ou Éric Zemmour, oui, il y a des convergences de vues entre l'extrême
02:01droite française et la Russie de Poutine.
02:03Vous rêvez d'un Poutine français ?
02:05Ah oui, j'en rêverais, oui.
02:07Ce serait qui ?
02:08Il y en a pas.
02:08En 2014, Éric Zemmour, qui rêve toujours d'un Poutine français, écrivait que l'Ukraine moderne n'existe pas.
02:15Soit mot pour mot ce qu'a écrit le dictateur russe.
02:17Mais les coups pleuvent aussi à gauche.
02:19Jean-Luc Mélenchon, entre autres, en fait les frais.
02:21Anne Hidalgo, par exemple, allant jusqu'à l'accuser le 28 février d'être un agent au service des intérêts
02:26de Poutine.
02:27Sont ressortis notamment de vieux propos sur le rôle de la Russie en Syrie tenu par le candidat insoumis.
02:31Un discours anti-européen prétendument de gauche a alimenté le désarmement face au danger de Poutine en présentant nos adversaires
02:42comme des victimes.
02:43Mais souvenez-vous, c'était déjà le cas en Syrie quand des milliers de civils périssaient sous les bombes du
02:49dictateur syrien et du dictateur russe.
02:52Derrière cette attaque outrancière, qu'est-ce qu'il y a ?
02:55Une vraie ligne de fracture qui mérite pour le coup un vrai débat, par-delà les postures et les injures,
02:59entre d'un côté une gauche opposée à l'OTAN, parfois à l'Union Européenne, et pour le non-alignement,
03:05et une gauche favorable à l'atlantisme, à l'OTAN et à son élargissement.
03:08Et au-delà, une gauche pro-diplomatie et une autre gauche qui est prête à accompagner l'escalade militaire en
03:14armant l'Union Européenne par exemple.
03:15Le débat traverse y compris les partis, à Europe Écologie Les Verts par exemple, les deux lignes cohabitent.
03:20Ce débat, on devrait pouvoir l'avoir, on peut être dans la condamnation nette, sans complaisance, de l'invasion russe,
03:25sans épouser l'agenda de Washington, et on peut être contre l'escalade militaire, sans être un agent au service
03:30de Poutine.
03:31Bref, on pourrait avoir un peu de hauteur de vue, pourquoi pas, mais c'est pas gagné vu l'ambiance.
03:36Un autre débat qui va monter sera celui de l'accueil des réfugiés ukrainiens,
03:40qui ramène l'Europe à ses propres travers et ses propres paradoxes vis-à-vis de ceux qui meurent en
03:44Méditerranée, et qui y meurent toujours.
03:46Notre tradition d'accueil doit aujourd'hui vivre, mais plus que jamais, pas seulement la France,
03:52l'ensemble des pays de l'Union Européenne doit être en capacité d'accueillir celles et ceux qui fuient la
03:58guerre aujourd'hui.
03:59Là-dessus au moins, la gauche devrait pouvoir se mettre d'accord, enfin espérons-le.
04:02Sous-titrage Société Radio-Canada