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  • il y a 1 semaine
Alors que le débat d’idées avait déjà du mal à prendre dans la campagne présidentielle, la situation n’est pas prête d’évoluer. Depuis le 24 février et l’invasion de l’Ukraine par la Russie de Poutine, le devenir de l’élection présidentielle est, en effet, suspendu à l’actualité. Concrètement, qu’est-ce que cela change d’un point de vue politique ? Notre journaliste politique Cyprien Caddeo décrypte la question dans cette vidéo.

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A voté ! Chaque semaine jusqu'aux élections législatives, le service politique de l'Humanité décortique un fait de campagne électorale. Les grandes déclarations, les promesses, les engagements pris par les candidates et candidats ont des implications sur nos vies pas toujours exprimées lisiblement... Trois minutes pour s'attarder sur une mesure, une déclaration... et voter en connaissance de cause.

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00:00A voter.
00:01Le débat d'idées avait déjà du mal à prendre dans cette campagne et c'est pas prêt de s
00:05'arranger.
00:06Depuis le 24 février et l'invasion de l'Ukraine par la Russie de Poutine,
00:10le devenir de l'élection présidentielle est suspendu à l'actualité.
00:13Alors qu'est-ce que ça change d'un point de vue politique ?
00:16Déjà, ça ne changera pas les dates du scrutin, qui aura bien lieu en l'état les 10 et 24
00:20avril.
00:21En revanche, on ne va parler que de ça.
00:23La campagne va se comprimer autour de l'Ukraine, l'actualité internationale va chasser tous les autres sujets.
00:28Retraite à 60 ans, temps de travail, pouvoir d'achat, alimentation saine et accessible à tous,
00:33transition écologique, impossible dans un premier temps d'évoquer ces sujets sans paraître dissonant avec l'actu.
00:39Il n'y a qu'à voir le peu de cas fait du rapport du GIEC, publié le 28 février,
00:43en grande partie éclipsé par l'Ukraine.
00:45Cette concentration du régalien va profiter à un homme, Emmanuel Macron.
00:49C'est lui le président, c'est lui le chef des armées, c'est lui qui gère la crise,
00:54d'autant que la France préside depuis le 1er janvier le Conseil de l'Union européenne.
00:57À cet acte de guerre, nous répondrons sans faiblesse, avec sang-froid, détermination et unité.
01:05D'un autre côté, ça bouleverse aussi les plans de Macron, car il faut bien qu'il se déclare candidat
01:09pour être officiellement en lice.
01:10Un meeting pressenti le 5 mars à Marseille, son premier de candidat, a déjà été annulé.
01:16Et on peut aussi s'interroger dans un tel contexte, est-ce que Macron va descendre dans l'arène politique
01:20?
01:21Pour être caricatural, peut-il négocier avec Poutine et Zelensky le lundi et débattre avec Jean Lassalle le mardi ?
01:27Là encore, il y a une dissociation entre le président et le candidat qu'on imagine mal.
01:31Toutefois, l'opposition fait valoir à raison que le débat doit avoir lieu dans un contexte aussi grave.
01:37La démocratie doit battre son plein.
01:39Ensuite, sur la nature même du débat, qu'est-ce que ça change ?
01:42Eh bien d'abord, dans une campagne déjà intoxiquée par les attaques personnelles, woke, fachos, islamo-gauchistes, rouge-brun, entre
01:49autres politesses,
01:50s'ajoute maintenant l'accusation d'être pro-russe ou pro-Poutine pour disqualifier l'autre.
01:54Non pas que ces attaques soient tout le temps vides de sens.
01:56Quand elles visent Marine Le Pen ou Éric Zemmour, oui, il y a des convergences de vues entre l'extrême
02:01droite française et la Russie de Poutine.
02:03Vous rêvez d'un Poutine français ?
02:05Ah oui, j'en rêverais, oui.
02:07Ce serait qui ?
02:08Il y en a pas.
02:08En 2014, Éric Zemmour, qui rêve toujours d'un Poutine français, écrivait que l'Ukraine moderne n'existe pas.
02:15Soit mot pour mot ce qu'a écrit le dictateur russe.
02:17Mais les coups pleuvent aussi à gauche.
02:19Jean-Luc Mélenchon, entre autres, en fait les frais.
02:21Anne Hidalgo, par exemple, allant jusqu'à l'accuser le 28 février d'être un agent au service des intérêts
02:26de Poutine.
02:27Sont ressortis notamment de vieux propos sur le rôle de la Russie en Syrie tenu par le candidat insoumis.
02:31Un discours anti-européen prétendument de gauche a alimenté le désarmement face au danger de Poutine en présentant nos adversaires
02:42comme des victimes.
02:43Mais souvenez-vous, c'était déjà le cas en Syrie quand des milliers de civils périssaient sous les bombes du
02:49dictateur syrien et du dictateur russe.
02:52Derrière cette attaque outrancière, qu'est-ce qu'il y a ?
02:55Une vraie ligne de fracture qui mérite pour le coup un vrai débat, par-delà les postures et les injures,
02:59entre d'un côté une gauche opposée à l'OTAN, parfois à l'Union Européenne, et pour le non-alignement,
03:05et une gauche favorable à l'atlantisme, à l'OTAN et à son élargissement.
03:08Et au-delà, une gauche pro-diplomatie et une autre gauche qui est prête à accompagner l'escalade militaire en
03:14armant l'Union Européenne par exemple.
03:15Le débat traverse y compris les partis, à Europe Écologie Les Verts par exemple, les deux lignes cohabitent.
03:20Ce débat, on devrait pouvoir l'avoir, on peut être dans la condamnation nette, sans complaisance, de l'invasion russe,
03:25sans épouser l'agenda de Washington, et on peut être contre l'escalade militaire, sans être un agent au service
03:30de Poutine.
03:31Bref, on pourrait avoir un peu de hauteur de vue, pourquoi pas, mais c'est pas gagné vu l'ambiance.
03:36Un autre débat qui va monter sera celui de l'accueil des réfugiés ukrainiens,
03:40qui ramène l'Europe à ses propres travers et ses propres paradoxes vis-à-vis de ceux qui meurent en
03:44Méditerranée, et qui y meurent toujours.
03:46Notre tradition d'accueil doit aujourd'hui vivre, mais plus que jamais, pas seulement la France,
03:52l'ensemble des pays de l'Union Européenne doit être en capacité d'accueillir celles et ceux qui fuient la
03:58guerre aujourd'hui.
03:59Là-dessus au moins, la gauche devrait pouvoir se mettre d'accord, enfin espérons-le.
04:02Sous-titrage Société Radio-Canada

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