00:00A voter.
00:00Alors les castors, on fait barrage ?
00:03On se dit de gauche mais on appelle à voter Macron ?
00:05Bah oui, carrément en fait.
00:06La politique de Macron, on l'a décryptée, dénoncée, combattue allègrement pendant 5 ans
00:11et on le refera pour les 5 ans à venir.
00:13Mais là, l'urgence, nous semble-t-il, est de rappeler ce que c'est concrètement que l'extrême droite,
00:17à une époque confuse où les repères politiques sont brouillés, souvent pour le pire.
00:21C'est donc parti pour le 10e épisode d'A Voter, notre chronique de la campagne.
00:25L'onde de choc Jean-Marie Le Pen, sa présence au second tour,
00:28met la France à la une des journaux du monde entier.
00:31A gauche comme à droite, un front républicain est en train de se constituer.
00:34Après, le 21 avril 2002 s'impose une évidence au Front National.
00:37Pas de prise de pouvoir possible tant que les électeurs qui restent majoritaires
00:41à ne pas vouloir de l'extrême droite feront barrage.
00:43Ce barrage, le FN devenu RN, a mis 20 ans pour patiemment l'éroder, l'affaiblir.
00:48C'est la grande opération dédiabolisation, bien aidée, il est vrai,
00:52par les gouvernements successifs qui ont gaiement joué avec le feu.
00:55Madame Le Pen ne nomme pas l'ennemi.
00:56Je trouve qu'en effet, vous êtes plus molles que nous pouvons l'être.
00:59Et force est de constater que ça a marché,
01:01car nous voilà en 2022 avec ce genre de propos tenus sur les plateaux télé.
01:05La question que beaucoup se posent peut-être,
01:08Marine Le Pen est-elle d'extrême droite ?
01:11Elle est droite dure, oui, c'est ça.
01:14D'extrême droite, je ne dirais pas ça, non ?
01:16Donc selon cette définition-là, Marine Le Pen et le RN,
01:20en participant aux élections de manière démocratique,
01:23ne sont pas d'extrême droite ?
01:24Ben évidemment, ça me paraît évident.
01:26Pendant ce temps, à gauche, on hésite devant le barrage,
01:28qui allait de soi il y a peu.
01:30Ces hésitations, on les comprend, vu les cinq années écoulées,
01:33la violence sociale qui s'est abattue sur les précaires,
01:35les étudiants, les profs, la santé, les cheminots,
01:37les quartiers populaires, les gilets jaunes.
01:39Croyez-moi, on en a tartiné les pages là-dessus.
01:41Mais de là, un argument ressort souvent.
01:43Non mais Le Pen, ça peut pas être pire que Macron.
01:45Ah oui ? Vraiment ?
01:46Ok, sous Macron, les violences policières ont laissé des traces.
01:49Que ce soit les gilets jaunes, éborgnés, mutilés
01:51ou les jeunes humiliés par la police à Montelajoli.
01:53Mais qui peut sérieusement penser que ce sera plus cool sous Le Pen ?
01:56On basculera en réalité dans un autre régime,
01:59celui de l'arbitraire contre l'état de droit.
02:01Déjà, au passage, rappelons que la députée Marine Le Pen
02:03a voté la loi sécurité globale de Macron,
02:05qui cherchait à interdire à des citoyens ou journalistes
02:08à filmer la police.
02:09Donc, repeindre Marine Le Pen en amie des manifestants
02:12ou des gilets jaunes, ça nous fait doucement rigoler.
02:14Et puis, c'est écrit dans son programme,
02:16elle propose la présomption de légitime défense pour les policiers.
02:19En gros, ces derniers n'auront même plus apporté la preuve
02:21de la légalité de leurs tirs.
02:23Alors certes, ce n'est déjà pas parfait aujourd'hui,
02:25c'est même le moins qu'on puisse dire,
02:26mais appliqué à une police, déjà pour partir en accord
02:28avec l'extrême droite, qui sera encouragée à chasser
02:30les sans-papiers, les migrants, les jeunes de banlieue,
02:32les militants de gauche, cela équivaut à un permis de blesser,
02:35voire de tuer, sans possibilité de recours des familles des victimes.
02:38Donc ce sera bien pire sur les violences policières,
02:40dans les quartiers, comme en manif.
02:42Parce que, bon, Marine Le Pen, à part le MEDEF,
02:44n'est pas non plus très fan des syndicats.
02:46Comme je l'ai expliqué, les syndicats ont toujours dupé
02:48les travailleurs français.
02:49La presse, elle n'a pas toujours été bien traitée sous Macron ?
02:52Eh bien, imaginez sous Le Pen,
02:54elle qui a un rapport particulier aux médias.
02:55C'est vous, madame, qui décidez de qui est le journaliste ou pas ?
02:58Ah oui, vous voyez, je suis chez moi.
02:59Et quand vous serez président, c'est vous qui décidez de qui est le journaliste ou pas ?
03:01Vous savez, je suis chez moi, dans mon QG.
03:04Donc c'est moi qui ai décidé,
03:06il y a plusieurs années de cela,
03:07que Quotidien était une émission
03:10de divertissement, et que par conséquent,
03:12je ne me sentais pas obligé
03:15d'accréditer Quotidien.
03:17Déjà, elle souhaite privatiser
03:18l'audiovisuel public, c'est-à-dire
03:20vendre Radio France et France Télévisions,
03:22détenues par l'État.
03:23Mais vendre à qui ?
03:24Il y a peu de chances que ce soit à un grand progressiste,
03:26mais plus probablement à un milliardaire
03:28proche du pouvoir.
03:29C'est comme ça qu'en Hongrie,
03:30Viktor Orban a progressivement mis la main
03:32sur tout l'écosystème médiatique de son pays.
03:34Et puisque l'État tient aussi les cordons de la bourse
03:36des subventions, Marine Le Pen pourra, à loisir,
03:39condamner à mort un média qui ne lui plaît pas
03:41en coupant les aides à la presse.
03:42Alors, toujours pas castor ?
03:44Ok, parlons de droits des minorités alors.
03:46Avec la priorité nationale, version revisitée
03:48de la France aux Français,
03:49Marine Le Pen viole la Constitution.
03:51Vous savez, l'égalité devant la loi,
03:53de tous les citoyens, sans distinction d'origine,
03:54de race, de religion, article premier,
03:56enfin un détail quoi.
03:57Elle instaurera de fait un racisme d'État.
03:59Oui, mais elle ne pourra pas gouverner
04:00car elle n'aura pas la majorité à l'Assemblée.
04:02Paris risqué.
04:03Passons sur le fait que depuis que les législatives
04:05suivent la présidentielle,
04:06le président élu a toujours obtenu
04:08la majorité à l'Assemblée.
04:09Alors certes, le scrutin majoritaire à deux tours
04:11n'est pas en théorie propice au RN.
04:13Mais peu importe, le parti compte bien gouverner
04:15et a donc un plan.
04:16C'est le député européen du RN, Gilles Le Breton,
04:19qui le résumait en 2017 déjà,
04:21au canard enchaîné.
04:22Présidente, Marine Le Pen,
04:23si elle n'a pas la majorité,
04:24choisira de dissoudre l'Assemblée.
04:26Elle en a le pouvoir constitutionnel.
04:27Puis elle changera la loi électorale,
04:29il suffira d'une loi ordinaire adoptée par référendum,
04:31pour instaurer une proportionnelle
04:33avec prime majoritaire.
04:34Alors qu'est-ce que c'est ?
04:35En gros, les sièges seront distribués
04:36proportionnellement au score des listes,
04:38sauf pour la liste arrivée en tête,
04:39qui a une prime de plus 30%.
04:41Il suffit donc à la liste arrivée en tête,
04:43au hasard, celle du RN,
04:44de faire 20% pour avoir la majorité.
04:47Vous l'avez compris,
04:47dans le meilleur des cas,
04:48Marine Le Pen disposera d'une majorité
04:50avant la fin de l'année.
04:51Et puis bon, c'est la 5ème République,
04:53donc la nouvelle présidente
04:54aura d'autres leviers à faire jouer
04:55pour gouverner sans les députés,
04:57comme les ordonnances,
04:58la proclamation de l'état d'urgence
04:59ou le référendum permanent.
05:00Tout ça est légal.
05:02Eh bien moi, ce sera quand même
05:03ni Le Pen ni Macron.
05:04Bah si, en fait.
05:05Le 24 avril, à 20h,
05:06ce sera elle ou lui,
05:08quand bien même un tiers de l'électorat
05:09se serait abstenu.
05:10Ce n'est pas parce que vous n'aurez pas choisi
05:12que la France sera gouvernée
05:13par une chaise vide pendant 5 ans.
05:14Le 24 avril,
05:15la France aura un président
05:16ou une présidente.
05:18A nous d'éliminer la pierre des deux.
05:20Merci d'avoir suivi ce nouvel épisode d'A Voter.
05:22N'hésitez pas à vous abonner à notre chaîne
05:24et rendez-vous vendredi prochain
05:25pour une nouvelle chronique.
05:26En attendant, bon courage pour dimanche.