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  • il y a 2 jours
Extrait du webdocumentaire de Laurence Mauriaucourt, journaliste à l'Humanité intitulé : "Avant, avec, après Jean Ferrat : de ce qu'ils ont vécu à ce qu'ils imaginent". A retrouver à l'adresse suivante : www.antraigues2015humanite.com

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Transcription
00:00Jean a rencontré Jean Soussac par Christine Sèvres, qui a été la femme de Jean Ferrand.
00:09Je dis bien la femme de Jean Ferrand.
00:12C'est-à-dire que toute la carrière de Jean et ce qu'il a écrit, les chansons d'amour,
00:19etc., c'est Christine.
00:21À part une pour Colette.
00:24Attention, vous mangez la soupe !
00:26Dans ce village, il y a eu deux personnes importantes.
00:28Il y a eu d'abord Jean Soussac et Hélène Vessade.
00:33C'est-à-dire que Jean Soussac était un peintre qui était maire du village d'Entreille et qui a
00:41promotionné ce village.
00:43Et il était à Paris parce qu'il faisait des peintures, qu'il peignait, c'est-à-dire l'artiste
00:50peintre,
00:51qu'il vendait quand même pas beaucoup et il se débrouillait pour essayer...
00:56Ah non, mais après !
01:04Le soleil brille pour tout le monde
01:06Quant à la Méditerranée, on se donne la main, on fait la ronde
01:13Et chacun veut d'en profiter.
01:18Faudrait voir, à part mélanger les torchons avec les serviettes, les cavières et la vache enragée, les clochards avec les
01:27starlettes.
01:31Moi je dis que l'hiver n'a pas le même goût, selon comment on le regarde.
01:36Moi je dis que l'hiver n'a pas le même goût, à Meugev ou sous le pont de Saint
01:44-Cloud.
01:48Mais donc, moi j'ai connu Jean à ce moment-là, plus de 50 ans, on était dans les cabarets
01:54ensemble, etc.
01:55Enfin bon, je ne veux pas parler de moi.
01:57Bah si, c'est intéressant ça !
02:00Et donc, si tu veux, que Christine Sèvres, qui était une femme exceptionnelle, une chanteuse et une emmerdeuse de première,
02:08mais qui était quelqu'un de, de, de, vraiment de formidable, Christine.
02:12Et Christine, évidemment, faisait des cabarets, était très connue, beaucoup plus connue que Jean au départ, Jean était inconnu.
02:18Sur la scène, il y a des bateaux mouches, avec des dames en décolleté, qui rient très haut, qui font
02:25des touches.
02:27Et il y a aussi la suicidée.
02:32Faudrait voir un pas mélanger les torchons avec les serviettes.
02:36Le malheur et l'imbécilité, la fragale et le goût de fourrochette.
02:45Moi, je dis que la scène n'a pas le même goût, selon comment on la regarde.
02:50Moi, je dis que la scène n'a pas le même goût, vu par en-dessus ou par en-dessus.
03:01Quand j'ai rencontré Christine, dans un cabaret, elle m'a dit, je vis avec un gars qui s'appelle
03:08Jean Ferrat, Ténén Baume.
03:11Et ils étaient absolument inconnus.
03:13Et j'ai dit, moi, je cherche des chansons pour le cabaret, etc.
03:16Ah bon, je vais te le présenter, c'est là qu'on s'est rencontrés.
03:19Et donc, elle a rencontré Jean Sossac, qui lui a dit, j'habite un petit village merveilleux, etc.
03:25En Ardèche, elle est venue, elle a été séduite par le village, elle en a parlé à Jean, et Jean
03:31est venu.
03:32Et moi, je suis venu avec lui. Là, on a couché chez... On était très amis, très proches, évidemment.
03:38Et on a couché chez Hélène Bessade. Et donc, c'est la présence, grâce à Sossac, qui a fait la
03:47même chose avec Brasseur, avec...
03:51Et beaucoup de gens.
03:53Avec Lino, oui. Et donc, Jean est venu, on est arrivés, on couché chez Hélène Bessade, là, dans la maison
04:00où elle est, là, il y avait deux chambres.
04:03Et puis après, tout s'est enchaîné.
04:06Il y a des murs au matin blême, on met en rang les entêtés. Il y a des murs au
04:12matin blême, on assassine la liberté.
04:21Faudrait voir à pas mélanger les torchons avec les serviettes, les martyrs et les médaillés, les généraux et les poètes.
04:34Moi, je dis que l'honneur a pas le même goût, selon comment on le regarde. Moi, je dis que
04:40la mort a pas le même goût.
04:43Je vais pas rentrer, ou pas rentrer.
04:49Donc là, c'est vrai que c'était un village, je dis c'était parce qu'il a changé, c
04:55'était un village extraordinaire parce que, bon, les gens, c'était Jean Ferrat, bien sûr, mais il n'était pas
05:00encore une grande vedette.
05:02Il était connu, ça a commencé à marcher, mais c'était pas... il avait eu le préduis, quoi.
05:10Et donc, Jean est tombé amoureux de ce village et des gens et de... parce que lui, il avait pas
05:17de racines à part Paris-Jean. Il avait rien.
05:20Je veux dire, c'était pas... voilà. Et là, vraiment, il est tombé en amour de ce village. Il a
05:28acheté Berniol parce que Sossac essayait toujours de... aussi bien avec Francesca qu'avec Jean, essayait toujours de... que les
05:40gens restent.
05:42Avec Braille, ça a pas marché. Avec Linos, presque. Mais, voilà, avec Catherine...
05:47Je suis arrivé, j'ai pas vu la maison, elle était envahie par les roses. Mais, dans le fond du
05:55terrain, j'entendais un bruit, c'était le torrent qui coulait.
05:58Et rien que ce bruit-là, c'est ce qui m'a séduit et j'ai dit, euh... je suis
06:03d'accord, j'achète.
06:04Nous sommes en 1964. Jean Ferrat est surmené. Il est alors au fête de sa popularité et enchaîne session d
06:12'enregistrement et gala.
06:13L'Ardèche sera son havre de paix. Elle lui inspire aussi sa chanson la plus célèbre.
06:24Si tu veux, donc là, c'était vraiment le village simple, avec des gens très chaleureux, en été, moins l
06:35'hiver.
06:35Parce que l'hiver, tout le monde était chez soi. Mais c'était vraiment formidable.
06:41Donc, après, avec Jean, on est resté ensemble, on travaillait ensemble, etc., pendant très longtemps.
06:48Et quand il a décidé, quand il a eu ses premiers problèmes de santé, il a fallu qu'on arrête.
06:55Donc, on a fait ensemble la montagne pour que je puisse rester avec lui, quoi.
07:00Enfin, rester au village.
07:02Pas du restaurant. On a fait un restaurant qu'on a appelé avec ma femme d'à l'époque, Odile,
07:07la mère de Natacha.
07:09On a appelé, parce qu'on était sur la place du village avec Jean dans la voiture, il y avait
07:16Soussac.
07:17Et Soussac nous dit, tiens, il y a ce café, là, chez la mère de Leig, qui était pourri, etc.,
07:24et vient de mourir.
07:28Je ne sais pas ce que ça va devenir, etc.
07:30Et je savais que Jean allait s'arrêter un an ou un an et demi après.
07:35Puisqu'il fallait des sports à faire, des trucs comme ça encore.
07:41Il dit à Jean, mais pourquoi tu ne l'achèterais pas ?
07:43Et Jean me dit, bon...
07:45Il me regarde, je conduisais.
07:48Il me dit, mais qu'est-ce que tu fais après, toi ?
07:51Moi, je dis, je ne sais pas, peut-être que je vais m'occuper de CIM ou de Vaux, je
07:55ne sais rien, je ne sais pas, je vais voir.
07:57Il me dit, mais tu ne prendrais pas ce café ?
08:01Bon, je dis, écoute, je ne sais pas, il faudrait que j'en parle avec Odile.
08:04Et puis, voilà, ça s'est fait comme ça.
08:06Et donc, Jean a acheté les murs, et nous, on a acheté le fonds qui n'existait plus, et on
08:10a fait les travaux, etc.
08:11Et on a ouvert ce café qui s'appelait La Montagne, qui était un café-hôtel, par restaurant.
08:17Vous avez appelé La Montagne.
08:19Qu'on a appelé La Montagne, à cause de Jean, avec Christy.
08:23Donc ça, ça a été quand même important, pas seulement La Montagne, mais là...
08:30Et nous, on faisait les tournées avec Jean, on était en tournée, hein.
08:33Moi, je restais, je faisais la saison d'été, parce qu'on ne travaillait jamais l'été.
08:37Ni à Noël, ni l'été.
08:38Juillet-août, il travaillait, il écrivait, etc.
08:40Il faisait quoi avec Jean ?
08:43Ah ben, je m'occupais de lui, totalement.
08:45Voilà.
08:46Tout.
08:47De ses caprices, de ses envies, de ses...
08:50De tout.
08:51De tout.
08:52De tout.
08:53Ben oui, oui.
08:54Ah ben oui, j'ai vécu 50 ans.
08:55Vous avez des caprices ?
08:57Hein ?
08:57Vous avez des caprices de stars ?
08:59Non.
09:00Jamais.
09:01Jamais.
09:02Non.
09:02Non, non, non.
09:03Grande fidélité en amitié, énorme.
09:07Beaucoup de générosité, bien qu'on dise qu'il était très radin, ce qui n'est pas vrai.
09:11Mais il était économe, ça.
09:14Aucun doute là-dessus.
09:16Très économe.
09:18La première belle voiture que Jean a eue, c'est quand on partait en tournée, je me rappelle,
09:24on partait à Lyon, et c'est une DS-21 éjection électronique, la première.
09:30Et comme il fallait qu'on parte en tournée, c'est moi qui l'ai rodé dans la nuit.
09:33J'ai mis deux nuits, je suis parti de Paris, j'allais à Lyon et je retournais pour pouvoir faire
09:39rodé la voiture pour partir en tournée.
09:42Non, ce n'était pas un dépensier.
09:44Jusqu'à la fin.
09:45C'est celle-là qu'on a connue qui était une vieille...
09:48Ah non, non, ça c'était celle...
09:50Non, parce qu'après il y a eu les voitures, il y a eu celle du père de...
09:53Non, non.
09:55Non, ce n'était pas un dépensier.
09:56Ce n'était pas un dépensier.
09:57Du tout, du tout.
09:58Non, la première belle voiture qu'il a eue, c'était bien après,
10:01quand il a rencontré un copain qui était...
10:04Avec...
10:04Avec Colette, là, c'était...
10:07Qui était...
10:08Voilà.
10:09C'était la première...
10:10Une Audi.
10:11C'était la première belle voiture.
10:13Ils s'en foutaient, en fait.
10:14Ils s'en foutaient complètement.
10:16Mais donc, pour en revenir au village,
10:18là, c'était vraiment la grande époque,
10:20parce que le village d'Entraeg, il y avait...
10:23Il y avait...
10:25Il y avait chez la...
10:26Chez Louisette.
10:28Il y avait à la montagne.
10:29Il y avait l'Opo de l'eau, avec Hélène Bessade,
10:32qui a été très, très importante, puisque...
10:35Hélène Bessade, pour en revenir au village et à la mentalité du village,
10:38pendant...
10:38Hélène Bessade a fait de ce petit café, au départ,
10:44c'était un café où elle vendait...
10:47Il vendait des journaux avec son mari.
10:49Elle n'était pas du tout...
10:51Elle était une très bonne cuisinière, comme ça.
10:53Elle faisait des champignons, des machins, des trucs comme ça.
10:55Et puis, elle invitait les gens.
10:58Après, ça...
11:00Ça augmentait.
11:01Elle a racheté après le...
11:03Enfin, pas les murs, mais le fonds de commerce d'un...
11:06qui jouent au Podelo, qui était une charcuterie.
11:11Et là, elle a grandi.
11:13Elle invitait tout le monde.
11:15Quand c'était la Saint-Michel, tous les gens qui s'appelaient Michel,
11:17ils pouvaient manger gratuitement.
11:19Et quand c'était le carnaval, si on venait déguisé,
11:22on mangeait gratuitement.
11:23Là, c'était pas du tout, du tout une gestionnaire.
11:27La fin l'a prouvé.
11:29Et cette femme qui a invité le village, qui a fait etc.
11:34Elle a maintenant 90 ans.
11:37Elle vit dans sa maison.
11:38Bon, elle a un certain nombre de problèmes aussi.
11:41Mais elle a eu un certain nombre de problèmes.
11:43Mais il n'y a personne qui va l'avoir.
11:45Les gens l'ont complètement oublié.
11:50C'est extraordinaire, quand même, ça.
11:53Alors, la montagne...
11:54Donc, avec Jean, il a acheté les murs.
11:59Les travaux de la toiture étaient foutus, etc.
12:01Puis, nous, avec Odile, on a refait tout l'intérieur.
12:05Il y avait quatre chambres.
12:07Et puis, un café à l'ancienne, etc.
12:10Et on faisait des...
12:11Enfin, moi, parce que moi, j'étais en tournée avec Jean.
12:15Moi, j'avais jamais fait le bar.
12:19Et je le faisais l'été.
12:21Parce que, évidemment, on était en...
12:22Je me rappelle, quand on arrivait avec Jean.
12:25Comme de l'Escrénée, on disait...
12:26Oh, mon pays !
12:29On descendait.
12:31Et là, pendant les mois d'été, je servais au bar.
12:36J'étais le patron, quoi.
12:37Enfin, je veux dire, voilà.
12:38Et on faisait des omelettes, charcuterie, des machins et trucs comme ça.
12:43Ça marchait très bien.
12:45J'ai du boulot, hein, parce que je repartais début septembre avec Jean pour faire les tournées, le palais des
12:50sports, les machins, des trucs.
12:51Et puis, pendant deux mois, je maigrais de 5-6 kilos, là, minimum.
12:57Parce que c'était le matin à 5h30, 6h, il fallait balayer, préparer.
13:03Et puis, attends, ça marchait. Le feu de Dieu, hein !
13:06C'était la grande époque d'entraide.
13:08La dernière tournée, c'était comment ?
13:11Festif ?
13:11Ah, formidable.
13:12Ah, ça a toujours été festif, hein.
13:14Toujours.
13:15Pas que la dernière.
13:16Il a les yeux qui brisent, il dit ça !
13:19J'en ai pas les programmes à l'entracte, parce que...
13:21Jusqu'au verdon sur la Seine, tu t'en souviens.
13:22Les fleurs, tu t'occupais de tout, tout, tout, tout.
13:24Ah ben, c'est moi qui m'occupais de tout, absolument, oui.
13:27J'étais administrateur et régisseur.
13:29Régisseur, ça couvre beaucoup d'actifs.
13:30Alors, tu sais pourquoi il a arrêté la Seine ?
13:33Bah, parce qu'il en avait marre.
13:35Ça, c'est pas une légende, c'est ça.
13:37Ah non, non, non.
13:39D'abord, il était fatigué, il n'avait qu'un seul poumon.
13:43Donc...
13:43Il était quand même...
13:45Et puis, il en avait marre.
13:47Jean, c'était pas...
13:48C'était Autembrel.
13:51C'était un artiste de Seine,
13:53une bête de Seine.
13:55Jean, pas du tout.
13:56Moi, je me suis battu beaucoup avec Jean,
13:58pour faire... Je faisais les éclairages, je faisais tout.
14:01Il y avait que... Je conduisais la voiture,
14:02j'étais... On vivait ensemble.
14:05Supervisé.
14:06Ouais, on habitait à côté...
14:08Un papa qui...
14:10Ah bah, c'était mon meilleur ami, quand même.
14:12On a vraiment vécu ensemble.
14:14Je suis là, ça je tiens à le dire,
14:16parce que...
14:17Maintenant, ça commence à me gonfler.
14:19Parce que, je veux dire,
14:20moi, j'ai vécu avec Jean,
14:24pendant 50 ans,
14:26et les 20 dernières années,
14:27j'ai vécu, mais plus avec lui,
14:29qu'avec mes femmes de l'époque.
14:32Je veux dire, aussi,
14:34avec...
14:35Alors, quand j'entends les gens, maintenant,
14:37qui racontent des trucs, des fachins,
14:39mais c'est n'importe quoi.
14:41Non, on dit...
14:42À l'époque, on faisait toutes les tournées,
14:44on faisait 120, 130 000 km en voiture par an.
14:47Enfin, toutes les tournées se faisaient en voiture.
14:49On était toujours, toujours ensemble.
14:51Toujours.
14:52Et à Ivry, on habitait...
14:55D'abord, j'habitais dans son appartement
14:57avec lui Maurice Thorez,
14:58et après, lui, habitaient rue Baudin,
15:00et puis après, quand on a habité en Traigle, on a...
15:04Voilà.
15:05Non, non, c'était un type assez exceptionnel.
15:08Les gens, il était très...
15:10Et ils te partageaient avec d'autres ?
15:11T'as bossé avec d'autres gens aussi ?
15:14Bah, j'ai été ami avec plein de gens, bien sûr.
15:17Sime ?
15:18Sime, c'était un ami de longue date, oui.
15:21Oui, oui.
15:22Oui, oui, Simon, oui.
15:24Non, mais si tu veux, on a fait...
15:26C'était une autre époque.
15:28On faisait des tournées. D'abord, Jean
15:29n'a jamais fait de spectacle tout seul.
15:33Jamais.
15:34Toujours une première partie.
15:36Toujours. Toujours.
15:37Toujours avec Avron Evrard, avec Sime,
15:39avec moi, je chantais avec plein...
15:42Toujours.
15:43Et oui.
15:45Oui, oui, oui. Enfin, il y a bien longtemps.
15:49Non, voilà.
15:50Mais donc, si tu veux, pour en venir au village,
15:53voilà, ça a beaucoup, beaucoup,
15:55changé. Et je crois que
15:57ça reviendra progressivement.
15:59Mais les années passent.
16:00Et maintenant, c'est beaucoup plus calme.
16:02Parce qu'évidemment, il y a quand même beaucoup, beaucoup
16:04de monde qui viennent.
16:06Mais il y a eu...
16:08Il y a eu un changement après la mort de Jean.
16:10Ça, c'est sûr.
16:12C'est certain.
16:14Ça passera. Parce qu'évidemment, après la mort de Jean,
16:16quand il y a eu l'enterrement, il y a eu 5000 personnes.
16:18Il y a eu...
16:20Il y a eu plein de gens.
16:21Moi, j'ai des trucs qui m'ont marqué.
16:24Ça a été extraordinaire.
16:25Parce que je me souviens que j'étais...
16:28J'étais descendu.
16:30Il y avait le...
16:31La course...
16:34L'ardéchoise.
16:35Et je descends...
16:37La course cycliste.
16:38Et je vois une centaine de vélos,
16:41ou 50 vélos qui étaient...
16:42L'ardéchoise, c'est au mois de juin.
16:44Oui.
16:45Mais après la mort de Jean.
16:46Il est mort en mars.
16:48Le 13 mars.
16:49Et après, sur...
16:51Je vois la course.
16:53Je vois des vélos le long du cimetière.
16:57Je me dis, mais qu'est-ce qu'ils font tous ces vélos ?
16:58Ben, c'était des gens de l'ardéchoise
17:00qui s'arrêtaient pour aller sur la tombe de Jean.
17:05Ça, c'est quand même extraordinaire.
17:08Je voudrais dire.
17:15La nuit, quand je m'en vais, un rêve découvert.
17:19Quand j'ouvre mon écluse à toutes les dérives.
17:23Cuba, dans un remous de croquedil de verre.
17:27Cuba, c'est chez toi que j'arrive.
17:33Tu viens à Cuba, t'as le voyage, etc.
17:35Je me dis, mais moi, je ne peux pas.
17:37J'avais d'autres trucs.
17:38Je travaillais.
17:39Je ne peux pas.
17:40Donc, les musiciens, ils sont allés.
17:43Et moi, après ça, Jean m'a dit qu'il faut absolument...
17:45Quand il est revenu, il m'a dit qu'il faut absolument que tu ailles à Cuba.
17:49Et je suis parti à Cuba.
17:51Je suis resté trois mois pour m'occuper d'un village.
17:57Tu vois, avec LVG.
17:58J'ai réservé à la vacances de la jeunesse.
18:00C'était les premiers touristes qui allaient à ce village.
18:08Juste après Jean.
18:09Ça, c'était absolument extraordinaire.
18:11L'ambiance à Cuba, à ce moment-là, c'était fabuleux.
18:15Quelle année-là ?
18:17C'était l'année d'un Bréjean.
18:20Après, on a fait venir les trucs en tournée ici avec nous.
18:24Je ne me rappelle plus.
18:25Je n'ai pas marre d'être là.
18:27Mais je me rappelle, il y avait une île où ils avaient essayé de faire un truc communiste
18:35où il n'y avait pas d'argent, pas de trucs.
18:37C'était des échanges, c'était le machin.
18:40Ça a duré six mois.
18:42Et puis, au bout de six mois, c'est un fois-même.
18:44Parce que le communisme, c'est extraordinaire.
18:49C'est fabuleux, le communisme.
18:51Seulement, ça n'a jamais existé nulle part.
18:53Et on ne sait pas le faire.
18:55Exactement.
18:56Parce que c'est trop parfait.
18:57C'est dans l'être humain qui va...
18:58C'est parfait.
18:59Parfait.
18:59Si tu prends le communisme en Union Sovietique,
19:01quand je suis allé au Japon pour retrouver Odin
19:04et que j'ai traversé à Moscou, là, j'ai toujours parti à l'époque.
19:09Putain, là, j'en ai pris un coup.
19:10Parce que, alors là, ce n'était pas du tout, du tout,
19:13ce qu'on disait, ce qui se passait à l'époque.
19:16Tu vois, j'en ai parlé avec Jean.
19:18Tu sais qu'avec Jean, on n'est quand même jamais allé
19:20en Union Sovietique ni dans les partis communistes.
19:24Pourquoi ?
19:25Pourquoi ?
19:26Pour une seule raison.
19:27C'est que, quand on nous a proposé de faire les tournées là-bas,
19:34avec Jean-Marc, je me rappelle,
19:36on nous a dit, mais ça, c'est une chanson camarades là-fond.
19:38Parce qu'on ne peut pas la chanter sans...
19:39Sans chanter.
19:43Non, je n'y vais pas.
19:45Et on n'y est jamais allé à cause de ça, si tu veux.
19:49Parce que, même à Cuba, même à Cuba, pas à l'époque où j'y suis allé.
19:56Et ça, c'était fabuleux.
19:58Mais après, si tu n'étais pas d'accord, tu ne pouvais pas donner...
20:01Et quelles chansons, tu te souviens ?
20:03Il y avait Camarades,
20:05il y avait toutes les chansons de chant qui étaient un peu contre...
20:08qui n'étaient pas d'accord avec la bande-faire.
20:11On prend le temps de quoi rêvait-tu, des choses comme ça ?
20:13Oui, oui, non, mais ça, c'est sûr.
20:16Mais ça, ça ne peut que faire plaisir à une génération de communistes.
20:20Ah, mais bien sûr ! Maintenant !
20:22Mais à l'époque...
20:23Mais à l'époque, il y en a qui se battaient.
20:26Francis, le Marc, tout ça.
20:29Là, on a eu des sacrés moments.
20:32J'ai étonné les trucs.
20:33Parce que moi, j'ai vécu avec tout ça, avec toi, avec moi.
20:38J'étais en plein...
20:39Mais bien après, mais Aragon, tout ça, c'était...
20:43Aragon, c'est autre chose.
20:44Mais c'était un type étonnant.
20:46J'ai un souvenir d'Aragon.
20:49J'en ai plusieurs, mais j'en ai eu un.
20:52Mais Aragon, si tu veux, il était dans le système.
21:01Donc...
21:01Et après, après, il a dit, oui, je me suis trompé, en quelque sorte.
21:05Enfin, le testament, quand Jean m'a fait voir...
21:08Je me rappelle, quand j'étais à Bernier, quand je suis allé voir les derniers disques, qui sont les plus
21:13beaux disques.
21:14Le disque d'Aragon, c'est un disque fabuleux.
21:16D'abord, au point de vue vocal, au point de vue... c'est magnifique.
21:18C'est un des meilleurs disques de Jean.
21:21Épilogue.
21:22Et puis, comment ça s'appelle le dernier, là, je lui ai dit à Jean, mais ça, c'est ton
21:28testament et c'est le testament d'Aragon.
21:30Épilogue.
21:30Épilogue.
21:31Ça, c'est une chanson fabuleuse, si on l'écoute bien.
21:35Il dit tout, là.
21:36Je me suis trompé, ça m'est arrivé.
21:38Mais avant, on disait jamais, je me suis trompé.
21:40Même si on en parlait entre nous.
21:43Mais là, ça ne va pas, ça ne va pas.
21:45On était dans une cellule.
21:46Moi, j'étais à Ivry.
21:48On dit, camarade, tu vas dire ce qui ne va pas, etc.
21:52Ça ne montait jamais.
21:53C'était au niveau des trucs.
21:56Mais c'est comme ça.
22:00Et la preuve, et regarde la Cuba.
22:04Maintenant, c'est fabuleux Cuba.
22:05Puis là, ils vont s'en sortir.
22:09Mais moi, quand j'étais à Cuba, même après j'étais avec Jean, j'avais discuté avec des gens.
22:15Ce n'était pas facile.
22:17Parce que la chose la plus extraordinaire que j'ai eue à Cuba pendant les 3 mois, je suis resté.
22:26Parce qu'on pouvait pas...
22:26Je suis resté 3 mois, je n'avais resté que 2, mais on n'avait plus d'avion pour revenir.
22:29Parce qu'on était obligé d'aller en autocar jusqu'à Prague pour pouvoir prendre l'avion pour aller à
22:35Cuba.
22:35Parce qu'on ne pouvait pas prendre l'avion depuis nous.
22:38Il n'y avait pas de...
22:39Où c'était Bruxelles, puis en Italie après.
22:43Et...
22:44Ce qui était extraordinaire, c'est qu'il n'y avait aucun racisme.
22:48Aucun.
22:48Ça, je ne l'ai jamais rencontré ni dans un voyage en Afrique ou machin où il y a un
22:55racisme entre eux déjà.
22:58Mais à Cuba, non.
23:00C'était fabuleux.
23:03C'était vraiment, vraiment...
23:04J'en ferais l'Afrique.
23:07Ah, euh...
23:08Ah, et ça, c'était autre chose.
23:11Euh...
23:12Non, on a fait toute l'Afrique, un petit Nord, on a fait...
23:15On a fait...
23:16On a fait l'Algérie.
23:18L'Algérie.
23:19Deux fois.
23:19Avec Irma.
23:20Première fois, c'était avec...
23:22Pour...
23:22Pour ça...
23:23On faisait d'abord Assirmel, Assime Saoud et après Alger.
23:28Et...
23:29Euh...
23:29C'était...
23:32Comment...
23:33Au début de l'indépendance ?
23:35Ah oui, oui, oui.
23:37Bien sûr.
23:38Attends, on ne fait pas.
23:39Oui, oui.
23:40Mais on est allé.
23:41Tu penses, on avait vu un avion, un DC-3, je me souviens.
23:43Avec une troupe algérienne qui faisait...
23:45On ne peut pas partir.
23:46On atterrit à...
23:48Au désert, là.
23:50Et personne ne connaissait Ferra, là-bas.
23:54Pfff !
23:54On n'a rien avec le piano éclair.
23:56Avec les machins et les trucs.
23:58Alors, en première partie, les gars qui chantent...
24:00Un triomphe Ferra.
24:02Pfff !
24:05Après, Assime Saoud.
24:07Un peu mieux.
24:08On dormait dans des...
24:09Dans des trucs en fer, là.
24:11Des machins.
24:11C'était merveilleux.
24:12Et on repart.
24:13On remonte dans l'avion, dans le DC-3.
24:16Pour décoller.
24:18Et il y avait tous les...
24:19La troupe algérienne, tu vois, c'était adorable.
24:23Et...
24:24Et...
24:24Il y a le commandant de bord qui dit...
24:26Vous voulez voir le décollage dans l'avion ?
24:28Oui.
24:29Je dis...
24:29Bah oui, on y va.
24:30Alors...
24:31On va...
24:31C'est tout pire.
24:34Et puis...
24:34Et le commandant, il dit...
24:35Je vais vous faire voir comment va l'avion.
24:36Et il commence à faire des trucs...
24:38Il y avait les gars qui hurlaient derrière.
24:41Et il y a un qui dit...
24:42C'est M. Ferrat qui conduit !
24:48Alors...
24:48C'est...
24:49Et après, on est retourné...
24:52On est retourné...
24:55Quelques...
24:55Deux ans après.
24:57Là, à Alger, invité par le gouvernement, c'est Beaumélienne.
25:00Ah oui, quand même !
25:01Oui, oui, oui.
25:02Et on a fait quatre spectacles à Alger.
25:07Euh...
25:07On était au hôtel Aliti, je me souviens.
25:10Et j'ai organisé tout ça avec un truc.
25:12Et...
25:12Quand on est revenu de...
25:14D'Assiamel et d'Assimé Saoul, avec l'avion, on volait pas très haut.
25:18Et on voit un truc avec Jean.
25:20Et Jean, il dit au commandant, il dit, mais qu'est-ce que c'est de sous...
25:22Et le gars, il lui dit, c'est...
25:24Le Mzab.
25:25Les Mosabites.
25:29Euh...
25:29Et Jean, il dit, bah tiens, j'aimerais bien voir.
25:30Il vient aller un jour.
25:32Et quand on y est allé la deuxième fois,
25:35le gouvernement dit à Jean, qu'est-ce qui vous ferait plaisir ?
25:38Parce qu'on était payés, mais on devait laisser 50% de notes cachées en Algérie.
25:44Donc c'est là où Jean a acheté un tapis, du machin, des trucs, du sauveur.
25:50Et...
25:53On...
25:53On me dit, bah...
25:55Et le gars, qu'est-ce qu'il ferait ?
25:56Ben Jean dit, je serais bien allé à...
25:59Homsab.
26:00Homsab.
26:00Mais comment ça s'appelle ?
26:01Gardaïa.
26:02Hein ? Gardaïa.
26:03Gardaïa.
26:04À Gardaïa.
26:05Attends.
26:06Et...
26:07Bon, on dit, mais oui, mais en fait...
26:08Ben il dit, on vous invite une semaine, si vous voulez.
26:12Donc cinq jours, cinq jours.
26:15Une voiture et tout.
26:17Les gens, il dit, bah écoute...
26:19Il dit à Gérard, avec moi, il dit, qu'est-ce qu'on fait ?
26:22Ah, je dis, bon, j'ai rien spécial.
26:24Alors on est restés tous les trois.
26:26Et puis, les musiciens sont rentrés en France.
26:28Et on a fait le tour d'une dame, avec la vie, on est tous.
26:32Et invités par le gouvernement.
26:34Ça, c'était assez extraordinaire.
26:37Voilà, je vous raconte ma vie.
26:38Alors, c'était pas ton genre, les chansons de Ferrat ?
26:42Un cabaret ?
26:43Je les ai subies pendant ce...
26:44Ah non, non, c'était pas du tout.
26:46C'était quoi ton genre, un cabaret ?
26:49Moi, c'était des chansons, ce qu'on appelait des chansons fantaisistes, un peu comme Marcel Amon.
26:53Hum ?
26:54Voilà, en mieux.
26:55T'as vu, c'est quoi ton nom ?
26:59Si Marcel était là, il me tue.
27:02Non, non, oui, oui, c'était différent, mais...
27:06Toi, tu voulais faire rire ? Tu voulais faire sourire ?
27:08Oh, moi, j'étais comédien, surtout.
27:11Donc, j'ai fait le conservateur, tout ça.
27:14Et non, mais je faisais aussi...
27:16Bah, j'ai chanté mon vieux, créé mon vieux.
27:18Ton Attacha, comme je le disais en début d'émission, est ce qu'on appelle une enfant de la balle.
27:24Sa maman, Odile Esdra, dont elle nous en reparlera dans un instant, était chanteuse.
27:28Et son papa, Jacques Boyer, était chanteur, lui aussi.
27:32Jacques Boyer, il se produisait au début des années 60, dans les cabarets parisiens,
27:36où il fait une rencontre essentielle, celle de Jean Ferrat, qui sera à la fois son ami et son partenaire
27:41de tournée.
27:42Jacques Boyer a quitté la chanson, en tout cas comme interprète, depuis longtemps.
27:46Mais il restera au moins comme le créateur du célébrissime Mon Vieux.
27:51Une chanson qui a une histoire intéressante, quand même.
27:54Elle a été écrite, cette chanson, en 1962, par Michèle Sanlis, Madame Michèle Sanlis, et mise en musique par Jean
28:00Ferrat.
28:00Alors, la chanson, donc, a été enregistrée par Jacques Boyer, mais elle est passée à peu près inaperçue, lors de
28:06sa sortie.
28:06Et puis, l'année suivante, le père de Michèle Sanlis est décédé.
28:10Et alors, à ce moment-là, Michèle Sanlis a refusé que cette chanson soit à nouveau interprétée.
28:14Elle n'y tenait plus, et bon, voilà, elle peut se comprendre.
28:17Et puis, en 1974, Daniel Guichard, contre la volonté de Michèle Sanlis, reprend la chanson.
28:25Il en change quelques mots, ce qui lui permet, au passage, de toucher une part des droits d'auteur.
28:29Il en fait son plus grand succès, à tel point que beaucoup de gens croient, d'ailleurs, que cette chanson
28:33est de Guichard.
28:35Alors, on appréciera le procédé comme on voudra.
28:39Mais moi, j'avais envie de vous faire réentendre la belle version qu'en avait donnée son créateur, Jacques Boyer,
28:45qui me l'a gentiment fait parvenir et que je remercie ici.
28:48Voici donc mon vieux par le papa de notre invité d'aujourd'hui.
29:01Dans son vieux par-dessus râpé, il s'en allait l'hiver, l'été, dans le petit matin frileux.
29:09Mon vieux, y'avait qu'un dimanche par semaine, les autres jours, c'était la graine qu'il allait gagner
29:17comme on peut.
29:20Mon vieux, mon vieux, mais quand on travaille au chemin de fer, on peut pas dire que c'est la
29:28misère, mais c'est pas non plus le paradis.
29:36Paradis, paradis, et quand je reste dans mon pieux, à bien sentir passer la vie, c'est bien souvent que
29:49je pense à lui.
29:54Mon vieux, dans son vieux par-dessus râpé, il a fait pendant des années le même chemin, le même boulot.
30:04Mon vieux, car il était comme beaucoup de gens, pas très malheureux, mais pourtant, il a jamais gagné le gros
30:13lot.
30:14Mon vieux, mon vieux, et moi j'étais comme tous les gosses, je baillais devant les carrosses, toutes les fois
30:26que je pouvais me payer le ciné.
30:34Mais après, quand je rentrais chez nous, ça me semblait bien petit tout d'un coup, et je me disais
30:43que je le quitterais, et vite, le vieux.
30:53Dire que j'ai passé des années à côté de lui sans le regarder, comme si on était différents nous
31:00deux, j'aurais pu, c'était pas malin, faire avec lui un bout de chemin, ça m'aurait pas coûté
31:08tellement.
31:09Mon vieux, mais quand on a juste vingt ans, on n'a pas le cœur assez grand pour y loger
31:21toutes ces choses-là.
31:26Et moi, maintenant que j'ai un peu vieilli, en me rappelant tout ça, je me dis,
31:38eh ben, il était pas si mal que ça, papa.
31:48Tiens, si seulement il pouvait être là à côté de moi, ben, je lui dirais, on va s'en jeter
31:54un, mon vieux.
31:58Allez, viens, là.
32:04Ouais.
32:29C'est la fin des vacances, nous rentrons à Paris,
32:39Laissons les barques blanches sur la plage endormies,
32:47Ils en ont de la chance, les gens de Paris sont
32:54Ils restent en vacances, nous rentrons à Paris,
33:03Ils restent en vacances, les fristons, la rue blanches,
33:08Pour nous paraître gris, la lieuse simple de nos rense-jeux,
33:17Nous rentrons à Paris, nous rentrons à Paris,
33:27Si tout passé valence, le temps devient plus gris,
33:35Et après Lyon, je pense, nous trouverons la pluie,
33:43C'est drôle, c'est drôle, c'est drôle, c'est drôle, mais, quand j'y parle, on se devrait
33:48trouver Paris,
33:52Les bistrots de la rue blanches, le temps parait moins gris,
33:59Les bistrots de la rue blanches, les copains, les amis,
34:06Allez, adieu, simple de nos rense-jeux,
34:13Et rebonjour, Paris,
34:16Et vacances, filles,
34:20Et vacances, filles,
34:31Pourquoi il faut écouter de la chanson française ?
34:33Parce que c'est la meilleure ?
34:36Hasta siempre, camarade !

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