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  • il y a 2 jours
Extrait du webdocumentaire de Laurence Mauriaucourt, journaliste à l'Humanité intitulé : "Avant, avec, après Jean Ferrat : de ce qu'ils ont vécu à ce qu'ils imaginent". A retrouver à l'adresse suivante : www.antraigues2015humanite.com

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Transcription
00:01C'est notre mère, notre ancienne mère.
00:04Oui, l'ancien, le seul, le vrai.
00:07Le seul, le vrai.
00:47Vous avez été mère d'entraide.
00:49Voilà, oui.
00:50A quelle époque ?
00:51Eh bien, de 89 à 2002.
00:55Une tâche passionnante, mais très compliquée.
00:58Parce que d'abord, il y a les problèmes financiers.
01:00Dans des villages comme Entreg, on a de tout petits moyens.
01:04Et en même temps, on est plutôt ambitieux.
01:07Donc pour arriver à conjuguer les deux, c'est compliqué.
01:10Mais on a besoin beaucoup de la mairie quand on habite un village ?
01:13C'est essentiel.
01:15C'est même plus qu'essentiel.
01:18Et selon la manière dont les choses sont conduites,
01:21ça peut être tout à fait fructueux.
01:23Entreg, ça a été le cas pendant très longtemps.
01:25Ça commençait avec Jean-Sosac.
01:27Ça commençait même avant.
01:29Puisque avant, il y a eu un maire qui était assez extraordinaire.
01:31Quand les choses se passent très mal, on en voit les conséquences.
01:35C'est-à-dire vraiment une ambiance détestable,
01:39des pratiques qui sont à la limite de l'honnêteté.
01:43Et tout ça, ça a des conséquences sur la vie du village.
01:46Bon, si la commune joue son jeu, c'est vraiment elle qui souffle une dynamique.
01:52Parce que quoi qu'on entreprenne, on s'aperçoit qu'on a toujours besoin de la mairie.
01:58Alors ça peut être pour des raisons diverses.
02:00Tout simplement, le plus souvent pour un appui matériel de personnel ou de matériel, notamment pour les fêtes.
02:08Ensuite, pour ce qui est des initiatives personnelles, bon, il s'est passé à Entreg, comme dans beaucoup d'endroits,
02:16une certaine déperdition de forces vives, de commerces, surtout d'artisans.
02:21Les commerces encore sont restés.
02:23Mais ce qui est frappant, c'est que les artisans ont disparu en grand grand nombre.
02:26Il n'y a plus un maçon, par exemple, sur la commune d'Entreg, alors que jusqu'aux années 80,
02:32il y en avait trois.
02:33Et il y a eu beaucoup de restaurations.
02:35Ici, la plupart des maisons sont restaurées.
02:37Alors, il y a toujours des maçons qui travaillent, mais ils viennent d'ailleurs.
02:41Ça, c'est quelque chose qui... Est-ce que ça participe de l'exode rural ?
02:46À mon avis, non. C'est peut-être un manque d'initiatives.
02:49Des jeunes qui n'ont pas pris leur chance, qui n'ont pas su la saisir.
02:53Il y a un menuisier encore qui travaille très bien.
02:56Et quand il y a des ressources sur le pays, c'est quand même préférable à tout point de vue.
03:01Est-ce qu'on fait de la politique dans un village de 500 habitants ?
03:05Alors, Entreg, plus qu'ailleurs, oui.
03:07Entreg a été marqué par le lien avec le Parti communiste.
03:12Ça, c'est incontestable.
03:14Jusqu'au moment où j'ai été élu, j'ai été le premier maire non communiste.
03:19J'avais pas mal de sympathies, mais j'étais le premier maire non communiste.
03:22Et pendant longtemps, c'était impensable.
03:26Et ça, bon, c'est une longue histoire.
03:29Tout ça s'explique, bien sûr, par l'histoire du village, par les...
03:34L'Ardèche, contrairement évidemment à ce qui semble évident aujourd'hui,
03:39a été un département très, très industriel.
03:42Au 19ème siècle, sans doute, peut-être un des plus industriels de France.
03:47Le travail du fil, le fil de soie.
03:50Mais aussi, sur le nord de l'Ardèche, le tannerie et papier à Annonnet,
03:55avec les papiers cançons.
03:57Mais c'était vraiment...
04:00Ici, il y a eu jusqu'à près d'une dizaine d'usines sur la commune,
04:04ce qui paraît incroyable.
04:05Et certaines importantes.
04:08Et ça, grâce à l'eau.
04:10Puisqu'avant l'invention de la machine à vapeur,
04:13pour avoir de l'énergie,
04:14il fallait des canaux, des barrages, des roues à robes, puis des turbines.
04:18Il y a énormément de monde.
04:20Il y a un quartier, par exemple, qui est le quartier du bas du Pont de l'Huile,
04:22qui grouillait.
04:24Grouillait, notamment, de jeunesse.
04:26Parce que c'était essentiellement des jeunes qui travaillaient
04:29et qui venaient de tous les villages environnants.
04:33D'entraîques, bien sûr, mais des villages environnants.
04:35Ma grand-mère, par exemple, descendait de Méziac,
04:38donc 17 kilomètres.
04:39Méziac, c'est à 1100 mètres d'altitude.
04:42Et pour la petite histoire, elle descendait à pied, nue.
04:45Et elle mettait ses souillés à l'arrivée au village
04:48pour ne pas avoir l'air d'être une vanupillée.
04:50Alors là, la population était largement le double de ce qu'elle est aujourd'hui.
04:55Et avec les commerces attenants,
04:56puisqu'évidemment, les supermarchés, elles n'existaient pas.
04:59Donc tous les besoins commerciaux et artisanaux étaient satisfaits sur place.
05:03Dans les années 1900,
05:05Hélène Thérisse a fait un recensement des petits métiers.
05:09C'était impressionnant, quoi.
05:10On trouvait absolument tout.
05:12Donc en fait, l'exode rural, c'est plus dû à la fermeture des usines ?
05:16Non, pas seulement.
05:18C'est le fait que l'agriculture ne nourrissait plus son homme, en quelque sorte.
05:22Et aussi parce que les gens ont aspiré à autre chose.
05:26Mais d'une manière générale, c'était devenu trop difficile de vivre.
05:30Beaucoup de familles avaient 3, 4 gamins.
05:34C'était pas rare.
05:35Et vivre tous les 4, surtout à partir du moment où on a eu d'autres besoins.
05:38Ça démarre en particulier dans les années 50.
05:42Mais tout ça, c'est de l'immatériel surtout.
05:45On voit ce qui se passe en ce moment.
05:47Bon, moi j'ai eu du mal à respirer pendant 13 ans dans mon village.
05:51Et depuis les dernières élections, je respire mieux.
05:53C'est comme ça qu'on peut le dire.
05:55C'est tout à fait à prendre au premier degré.
05:59Et je vois ce qui s'est passé depuis donc maintenant bientôt un an.
06:04Mais notamment au cours de ces derniers mois, un club de foot Moribond repart.
06:11Les associations, je pense à celles par exemple, pour le festival Ferrat.
06:17Bon, c'était pas le grand enthousiasme.
06:19Il se passe des choses.
06:20Ça repart aussi.
06:22Il y a un travail qui se fait autour de la mémoire de Jean Sossac.
06:25Là aussi, je sens que la mayonnaise a pris.
06:29Et tout simplement, je crois que le village redevient vivant comme il l'a été pendant très longtemps.
06:34Et c'est quoi la recette ?
06:37Moi, je mets l'honnêteté en premier, dans tous les sens du terme.
06:42Honnêteté intellectuelle d'abord, sincérité, la passion qu'on peut avoir pour son village.
06:48Ce sont les ingrédients.
06:51Et puis après, dans la pratique elle-même, encore une fois, je ne sais pas ce que vous en ferez,
06:57mais on a eu affaire à un système mafieux, comme on en voit dans certains endroits.
07:04Moi, je suis très remonté contre le comportement de certains élus, que ce soit au niveau national et même dans
07:11le coin.
07:14Il y a des gens qui ne se comportent pas bien.
07:15C'est incontestable.
07:17Et ça se ressent sur l'ensemble du fonctionnement et de l'ambiance des villes et des villages.
07:23C'est des difficultés économiques d'abord.
07:26Ici, par exemple, au niveau de...
07:28Si on a 20 ans, on a trouvé du boulot en trague, c'est compliqué.
07:32Sauf que, par exemple, il y a 2-3 jeunes qui se sont lancés dans l'agriculture.
07:37Moi, on m'aurait demandé de faire un pari il y a 20 ans, je n'aurais pas parié un
07:41centime là-dessus.
07:43Et quand je vois faire, quand je vois leur projet, je suis détourné.
07:48Evidemment, dans le bon sens du terme.
07:50Donc, là, il se passe quelque chose.
07:53Et avec une activité multiple, et plus souvent, ils font de la viande.
07:58On voit des vaches à nouveau dans les prés, ce qui avait disparu complètement depuis la fin des années 50.
08:04Le travail, c'est la vie.
08:06Le travail, c'est la vie.
08:07Donc, ils ont choisi de vivre ici en vivant d'une activité de la terre.
08:12Et s'il y a une activité symbolique, c'est bien celle de la terre, c'est bien l'agriculture.
08:17Donc, ils ont envie de vivre ici, de vivre de ce travail-là, et de vivre avec la nature.
08:22Et ce sont ces jeunes qu'on retrouve ensuite au foot ailleurs, qui...
08:27Enfin, moi, ils me plaisent beaucoup.
08:30Lorsque les premières activités artistiques sont apparues, là aussi, on remonte à la fin des années 50, début des années
08:3760.
08:38Bon, les gens étaient surtout agriculteurs ici.
08:41Bon, la peinture, le théâtre, c'était peut-être pas la première des préoccupations.
08:45Puis, les choses...
08:46Les années ont passé.
08:48Et puis, bon, Antraig a eu cet aspect très nettement marqué par les activités artistiques,
08:55qui font que, je pense que beaucoup de gens ont adhéré, quand même.
09:00Et, bon, c'est notre image de marque.
09:03Antraig, c'est, bon, évidemment, faire un en un, mais pas que, hein.
09:07Il ne faut pas oublier le presse, hein.
09:08Le presse, c'est un monument, hein.
09:11Il aurait dû essayer de vivre un petit peu plus longtemps, parce que ça commençait à démarrer.
09:15Et il commençait à être vraiment reconnu.
09:18Mais bon, il ne faut pas oublier, quand même, que...
09:20Même des gens comme Nougaro, il met beaucoup Antraig, hein.
09:23Et donc, ben, ici, l'image du village est vraiment attachée à cette idée de la chanson de qualité.
09:31Parmi tous les arts, c'est sûrement la chanson qui va le plus directement à la rencontre des gens et
09:38qui les influence.
09:39C'est mon cas, en tout cas.
09:41Mais j'ai l'impression que, je vois, tous les gens que je connais ont une relation très étroite à
09:47la chanson.
09:48Et ça, ça forme des gens, hein.
09:50Vous voyez, quand on a grandi, quand on a baigné dans l'ambiance, justement, des chansons de Ferrat,
09:57on ne peut pas ne pas être influencé.
09:59C'est impossible, quoi, qu'on le reconnaisse ou qu'on ne le reconnaisse pas.
10:02Ça crée des nuisances, de vraies nuisances.
10:05Parce que quand on a affaire à ce qu'on a, c'est du tourisme, même si c'est un
10:09peu plus particulier,
10:11avec les autocaristes, bon, qui, eux, sont là pour faire du business, bon, ça va de soi.
10:16Et ce n'est pas forcément bénéfique pour le commerce non plus,
10:18puisque ce sont des gens qui ne font que passer.
10:21Et je n'ai pas l'impression qu'ils achètent grand-chose, hein.
10:24Et moi, le premier, quand je joue au boule, si je suis observé comme une bête curieuse,
10:28j'ai un peu l'impression d'être du mauvais côté des grilles au zoo, quoi.
10:33C'est un petit peu gênant.
10:35De l'autre côté, bon.
10:38C'est un débat compliqué, qui demande à être géré, tout simplement.
10:44Moi, je pense que le nouveau maire va essayer...
10:47Il faut de la réglementation, tout simplement.
10:49Il y a des moments où, peut-être, il faut laisser les gens faire la sieste,
10:53et il faut que les guides donnent une ligne de conduite aux gens.
11:00On ne regarde pas par les fenêtres ce qui se passe à l'intérieur.
11:03Ce n'est pas possible, quoi.
11:04À une époque, je me suis laissé dire que votre maman tenait une épicerie.
11:09Oui, pendant longtemps, 40 ans.
11:11Voilà. Et si elle a tenu l'épicerie, c'est un peu quand ça fera pas du tout ?
11:16Bien sûr. On devrait lui élever...
11:19Tous les gens qui ont fait du commerce devraient lui élever un mausolée.
11:23Parce que... et agence au sac, hein.
11:26Ne pas oublier.
11:27Moi, j'ai vu l'activité commerciale où mon père était boulanger et m'a fait une épicerie.
11:35Eh bien, dans les années 60, pendant 10 ans, ça a été du délire.
11:40De 60 à peu près, enfin, 62-63, jusqu'aux années 70 où mes parents ont arrêté.
11:46Bon, l'activité a été multipliée par, je ne sais pas, 5, 6, 7...
11:51Notamment l'été, bien sûr.
11:52C'est fera, c'est-à-dire...
11:54Alors fera, c'est quoi ?
11:55C'est une idée.
11:57C'est une idée, fera.
11:59Et une idée positive.
12:00Les gens, ils viennent là, c'est un peu un pèlerinage, parce que c'est une idée.
12:04Je ne sais pas si on peut dire icône ou...
12:05Encore que pour beaucoup de gens, je crois que ça en est une, hein.
12:08Parmi les chansons de gens ?
12:10Bon, il y a ma France, quand même, qui est incontournable.
12:14Mais mes préférences, c'est...
12:18Ça y est, j'ai l'air d'une chanson que je chante beaucoup en ce moment.
12:23C'est Chanson pour toi, je crois.
12:39J'ouvre les yeux et je te vois.
12:43J'ouvre les yeux et c'est pour toi.
12:47J'ouvre les yeux, la, la, la, la.
12:51Je veux vivre mon amour, mon amour.
12:56Voilà, c'est pas beau, ça ?
12:57Et c'est pas un cri que tu as à l'heure.
13:01C'est pas un cri que tu as à l'heure.
13:03C'est pas quelqu'un qui te voit dans la lumière.
13:05C'est un cri et c'est un cri, c'est un cri.
13:10C'est un cri, c'est un cri, c'est un cri.
13:13Alléluia, alléluia, alléluia, alléluia.
13:43Alléluia, Alléluia, Alléluia, Alléluia, Alléluia.

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