00:08Il y a un délitement social dans des pays comme la France qui est évident, qui est très fort,
00:15parce que c'est plus que du délitement, ça commence à être de la concurrence entre les individus.
00:20Ça peut prendre une tournure dramatique.
00:23Et ce délitement est bien sûr lié à la question des inégalités, c'est tout à fait essentiel,
00:29et des inégalités, y compris culturelles, mais il y a aussi les croyances collectives.
00:35C'est-à-dire qu'un des éléments d'identité du politique, on ne peut pas réduire la politique à
00:40l'économie, ni à la technique.
00:43L'essentiel du politique, pour moi, c'est la croyance dans des valeurs collectives,
00:47c'est-à-dire dans la définition du bien commun, de la cité au sens grec, peu importe.
00:54Or, quelles sont les croyances collectives ?
00:56C'est-à-dire, qu'est-ce qu'incarne le politique aujourd'hui ? Quelle valeur ?
01:00Et cette question du débat sur la finalité du politique, c'est-à-dire des biens communs, du vivre ensemble,
01:08est une question centrale.
01:10Et c'est pour moi l'objet de la délibération elle-même.
01:14Or, ce débat, il se réduit aujourd'hui à des termes qui sont ceux de « il faut être efficace
01:21».
01:22Et donc, ce que j'évoquais du management.
01:26Et il y a quand même un grand écart entre la vision européenne de l'État-providence,
01:32dont on a parlé, de redistributeurs, etc., qui prend effectivement 50% du PIB qui est recyclé,
01:38et quand même le modèle néolibéral de l'État néolibéral.
01:43L'État néolibéral, qui est l'américanisme, justement, mais qui n'est pas qu'aux États-Unis,
01:50mais qui devient le modèle pour l'Europe occidentale.
01:53Et ce qui se joue, à mon avis, dans le traité transatlantique, c'est bien ça.
01:56C'est est-ce que l'Europe va modifier une grande partie de ses normes sur le modèle de l
02:01'État néolibéral,
02:02ou va garder, renforcer et rénover son modèle d'État-providence ?
02:06Parce qu'une grande partie des inégalités se joue sur l'existence ou pas d'un modèle d'État-providence
02:12rénové ou relouqué ou étendu, ou de là même des frontières nationales.
02:17Ce qu'on appelle le néolibéralisme, c'est le fait de considérer que la société n'est composée que d
02:24'individus,
02:25et donc est fondée à la fois sur le consommateur et sur le principe du mérite.
02:30Le consommateur, il est toujours individuel, il fait sa balance de ce qui est profitable pour lui,
02:35et le principe du mérite, c'est aussi ce qui rapporte tout à une échelle individuelle.
02:42Et donc, la solidarité, c'est la reconnaissance que l'existence, même individuelle,
02:53dépend de la qualité du monde commun, dépend de la qualité du collectif.
03:01Et ça, c'est une espèce, presque qu'on pourrait dire, pour envoyer le mot de renom,
03:05une réforme intellectuelle et morale.
03:08Parce que si le néolibéralisme est fort, c'est aussi parce qu'en partie il est fort dans les têtes.
03:14Il n'est pas simplement fort parce que c'est une idéologie méchante qui viendrait de l'extérieur,
03:18il est fort parce qu'il est en partie intériorisé.
03:22Et lutter contre le néolibéralisme, c'est pas simplement lutter contre les grandes puissances,
03:27c'est lutter contre cette présence disséminée des idées qui sont dans les têtes.
03:32Il y avait une expression, je crois que c'est une expression de Gramsci,
03:34qui disait « être aliéné, c'est avoir les idées de l'adversaire dans la tête ».
03:40Je crois que c'est de ça qu'il est aussi question.
03:44Et là aussi, c'est un domaine dans lequel, je parle de la vie intellectuelle,
03:48parce que nous sommes trois intellectuels, mais la vie intellectuelle a son rôle à jouer là.