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  • il y a 2 jours
Rencontre "Peut-on ré-inventer le démocratie ?"

Catherine Colliot-Thélène, Pierre Musso et Pierre Rosanvallon, nous parlent du problème entre l'économie et le politique.

Rencontre au collège de France avec :

- Catherine Colliot-Thélène, professeur de philosophie à l'Université de Rennes 1 et auteure de « La Démocratie sans démos »
- Pierre Musso, professeur en Sciences de l'information et de la communication à Télécom ParisTech
- Pierre Rosanvallon, sociologue, directeur d'études à l'EHESS, professeur au Collège de France et auteur de « La société des égaux »

Plus de réponses ici : http://www.youtube.com/playlist?list=PLOCADcFbqUJ93gVDbUfL7LbLMJmNWwBMs

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Transcription
00:08Dans la démocratie contemporaine, il y a eu une dissociation entre le politique et la politique.
00:13Et effectivement, si on prend le politique comme la gestion collective du bien commun,
00:18et je partage tout à fait cette définition, ou la délibération sur la définition du bien commun,
00:25effectivement, ce dont on parle là, beaucoup, c'est la politique.
00:28C'est-à-dire la professionnalisation du politique.
00:31Mais moi, j'insiste, le politique, pour prendre ses décisions, il est entouré en permanence d'experts.
00:40Et il y a des domaines, par exemple en domaine énergétique, le débat sur la politique nucléaire, ou d'autres,
00:47ou alimentaire.
00:49Le rôle de ces experts est extrêmement important.
00:52Que sont ces experts ? Que sont ces experts ?
00:55Qu'ils soient des comptables, des consultants, dans toutes ces instances.
01:01Je donne un exemple à la Commission européenne.
01:04Il y a 20 000 fonctionnaires, il y a 17 000 personnes chargées du lobbying.
01:11Et c'est un des plus hauts lieux de concentration du lobbying, Bruxelles.
01:16Alors, que sont ces experts ?
01:19Et là, Calon, Latour ou d'autres insistent sur ce qu'ils appellent la démocratie technique.
01:24Et ça me semble quelque chose d'important.
01:26C'est-à-dire de mettre en débat public, citoyen, ces grands choix, qu'ils soient sur le plan économique
01:34ou qu'ils soient sur le plan technologique.
01:37Les grands choix techniques sont très importants.
01:39Et le politique peut avoir...
01:41La politique, je veux dire, les dirigeants politiques ont quand même la tendance, aujourd'hui, soit à faire des pseudo
01:48-débats publics pour légitimer leurs décisions,
01:51et les trois quarts du temps, à prendre leurs décisions avec ces fameux experts-consultants.
01:58Et ça, c'est une capture de la... un éloignement, une capture de la démocratie.
02:03Cette distinction a été très nettement explicité au 19e siècle.
02:09Il y a la prise de conscience de ce que d'un côté, il y a la politique qui tourne
02:11autour de l'État,
02:12et de l'autre côté, il y a l'économie, et l'économie a une autonomie parce qu'elle fonctionne
02:17en fonction de règles immanentes.
02:20C'est cette distinction, en fait, on a de plus en plus de mal de la faire fonctionner.
02:28Je veux dire par là qu'un certain nombre d'exemples qui ont donné, celui par exemple des fonds souverains
02:31et des fonds de pension,
02:32ce qu'ils montrent, c'est... enfin, c'est un des éléments qui montrent que les frontières entre l'économie
02:37et la politique,
02:39ou le politique, c'est une distinction, les frontières entre ce qui est d'ordre de la politique et ce
02:44qui est l'ordre de l'économie,
02:45ne sont plus lisibles. Il faut des analyses très détaillées pour montrer comment tout cela,
02:50ce type de pouvoir, ces types de pouvoirs, sont imbriqués les uns dans les autres.
02:53Il y a d'ailleurs un point qui est amusant. Je relisais récemment des textes du début des années 1980
02:59sur les fonds de pension, quand ils ont commencé à s'organiser.
03:03Et beaucoup de commentateurs disent à l'époque, mais c'est comme ça que va arriver le socialisme,
03:08parce qu'il va y avoir une socialisation du capital. Le capital va de fait appartenir aux travailleurs.
03:16Et en fait, il peut appartenir formellement aux travailleurs, comme pour le fonds, les fonds souverains,
03:22en tout cas pas des pays du Golfe, mais de la Norvège, appartenir aux citoyens.
03:26Mais ça, c'est une appartenance théorique, parce que fonctionnellement, justement,
03:31ils sont en quelque sorte absorbés par leur fonctionnalité et non pas par la propriété.
03:37On a vu à Détroit, qui est en faillite, les personnes perdent leur retraite,
03:43y compris le personnel de la ville de Détroit est menacé de perdre sa retraite.
03:47Là, on est dans un modèle qui est quand même derrière le modèle nord-américain
03:55de gestion de la relation entre le monde politique et le monde économique.
04:00C'est pour ça que, moi, je crois que la prégnance du discours néolibéral est extrêmement forte,
04:06notamment en Europe, et c'est un modèle de régulation,
04:12beaucoup plus qu'un modèle simplement de gestion de la relation entre le politique et le monde économique.
04:18C'est quand même le pilotage beaucoup par les firmes, plus que par le politique.
04:24C'est-à-dire que le politique, au sens de l'État, accompagne, complète, régule.
04:31Mais le pilotage central est fait par le monde économique et le monde de l'entreprise.
04:39Et je pense que, comme il y a crise de l'État aujourd'hui, crise des États-nations,
04:44il y a différentes réponses à cette crise.
04:46Le transfert, par exemple, des compétences à l'échelle mondiale ou locale, ou les deux à la fois.
04:50Mais il y a aussi, et on ne s'en aperçoit pas suffisamment, à mon avis,
04:54un transfert massif du côté des firmes.
04:59Mais pas simplement sur le plan économique,
05:00y compris sur la production intellectuelle, d'où le management,
05:03d'où l'envahissement du management.
05:05Ce n'est pas simplement une affaire économique.
05:07Merci.
05:08Merci.
05:09Merci.
05:10Merci.

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