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  • il y a 9 heures
Rencontre avec.. Layla Triqui

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TV
Transcription
00:04Musique
00:20Mesdames et messieurs, bonjour et bienvenue dans Rencontre.
00:23Il y a des chemins créatifs qui ne se racontent pas en une suite de faits,
00:28mais se ressentent comme une symphonie.
00:31Et pour mon invité cette semaine, l'histoire s'amorce dans la pénombre
00:35stimulante des salles de répétition de Lisa Dac,
00:39de cette matrice théâtrale originelle.
00:42Elle puise un respect sacré pour le jeu d'acteur,
00:45la rigueur de la présence et cette capacité rare à faire vibrer les silences
00:50avant même que la parole ne survienne.
00:54Lorsqu'elle franchit le seuil du cinéma et de la télévision,
00:57la transition s'opère de manière naturelle, sans rupture.
01:02La caméra devient le prolongement naturel de son œil,
01:06un filtre à travers lequel le cadre resserre l'espace pour mieux en extraire l'intime.
01:11Et en s'immergeant au cœur de la création audiovisuelle,
01:15son écriture trouve alors son ancrage définitif dans l'exploration de l'intime
01:21et des réalités sociales.
01:24Sa caméra choisit délibérément de s'approcher au plus près des êtres,
01:28de poser un regard d'une infinie pudeur sur les figures féminines,
01:33les transmissions brisées et les secrets de famille.
01:37Entre le poids des hiérarchies et l'aspiration aux libertés contemporaines,
01:41elle capte avec une grande justesse les tiraillements d'une société en pleine métamorphose.
01:47Cette quête de vérité trouve sa juste consécration dans la reconnaissance globale de ses œuvres.
01:56De l'écran d'or au festival Écran noir de Yaoundé jusqu'aux distinctions perçues à Kazan,
02:03son travail témoigne de la maturité d'un art pleinement maîtrisé.
02:08Avec son film Empreinte du vent, sa création franchit une nouvelle étape
02:12en faisant le tour des continents couronnés par des distinctions à New York, Tokyo, Hollywood, en Égypte.
02:21Le long-métrage vient tout juste justement de décrocher son dixième prix international à Los Angeles.
02:28Une formidable traversée mondiale qui confirme la résonance universelle du cinéma de Leila Treyki.
02:36Au terme de ce parcours aux inflexions souveraines, Leila Treyki saisit l'instant exact
02:43où le destin d'un personnage vacille, transformant chaque cellure en une éclatante matière poétique.
02:49Elle est scénariste, réalisatrice, productrice et directrice artistique.
02:54Leila Treyki, c'est un plaisir de vous avoir avec moi cette semaine.
02:56Merci beaucoup, plaisir partagé.
02:58Alors nous allons à votre rencontre, nous revenons un petit peu sur votre parcours,
03:04les points d'inflexion de ce beau parcours qui est le vôtre.
03:07Et on va commencer par la toute petite enfance.
03:10J'ai envie de vous demander un petit peu le milieu dans lequel vous avez grandi.
03:15Je sais que vous étiez à Rabat, dans le quartier de l'Egdel,
03:19que, enfant déjà, vous étiez fascinée, passionnée par le cinéma.
03:24Parlez-nous un petit peu de votre environnement familial, justement.
03:27Est-ce qu'il y avait quelque chose qui pouvait laisser croire
03:30ou faire penser à cette trajectoire, justement, que vous avez suivie ?
03:34Je ne sais pas, mais en tout cas, je suis certaine que l'environnement
03:39où j'ai grandi a beaucoup, beaucoup impacté ce parcours-là.
03:45Parce que j'ai grandi dans une maison où j'écoutais de la musique,
03:49où on était très sensible à l'art, où on m'a initiée au théâtre très, très tôt,
03:57au cinéma très tôt.
03:58C'est-à-dire que c'est quelque chose qui faisait partie un petit peu du quotidien,
04:02d'entendre de la musique de qualité à la maison, des 33 tours, des 45 tours.
04:08Donc, c'était quelque chose spontanément à laquelle j'ai été nourrie.
04:13Et puis, mon père me prenait au cinéma, il m'a appris à l'âge de 5 ans.
04:18Donc, j'ai fait mon baptême de l'écran noir.
04:21Et puis, aussi au théâtre.
04:24Donc, il y avait quelque chose qui était installé et qui, pour moi, enfant,
04:29faisait partie d'un quotidien joyeux ou d'une habitude joyeuse.
04:35Quelque chose qui m'apportait beaucoup de joie.
04:38Et donc, ça s'est développé petit à petit en beaucoup de curiosité.
04:43Une initiation précoce, finalement.
04:46Et elle a été déterminante, j'en suis certaine.
04:51Parce qu'après, j'ai commencé à demander à faire de la musique, à demander à faire de la danse.
04:59Le théâtre est venu bien plus tard.
05:01Donc, ça va être une découverte qui va se faire plutôt bien que j'allais et j'aimais voir des
05:07pièces de théâtre.
05:08Mais monter sur scène était une autre étape qui est venue beaucoup plus à l'adolescence, au collège.
05:14Grâce à une prof de français qui nous encourageait à jouer avec des textes classiques, à nous les approprier.
05:25Et puis, d'un coup, quelque part, je me suis rendue compte qu'en les déclamant sur scène,
05:31cette timidité disparaissait bizarrement, qui était mienne à l'époque de l'adolescence.
05:37Et puis, voilà.
05:38Donc, petit à petit, ce cheminement est allé pour aller vers l'Isadac, le choix de l'Isadac, bien que
05:47ce n'était pas le premier choix.
05:50Oui, justement, au niveau du parcours académique, vous avez choisi une voie classique au départ, n'est-ce pas ?
05:54Oui, je pense qu'il y a toujours la pression de la famille.
06:00Les métiers qui sont dans la famille ne sont pas des métiers artistiques,
06:06parce qu'on connaît tous quelque part la peur de toutes les familles quant à la précarité de l'évolution
06:15dans ce métier-là,
06:17la difficulté, etc., surtout pour une jeune femme à l'époque.
06:21Donc, un choix tout de même très tôt, très risqué.
06:25Oui, c'est-à-dire que je leur ai fait plaisir, disons, la première année.
06:30J'ai passé le concours de l'Isi, je suis rentrée à l'Isi la première année.
06:34Puis, en fin de première année, je me suis révoltée, je suis allée chercher quelle était l'école la plus
06:40proche à ce que je cherchais à faire,
06:42c'était l'Isadac.
06:44Puis, j'ai informé mon père qui s'est quelque part trouvé devant le fait accompli.
06:49Donc, il leur a fallu la première année quelque part pour digérer le fait que ça y est, je prenais
06:54cette trajectoire-là,
06:56qui à la deuxième année deviendra en spécialité scénographie au lieu d'interprétation.
07:01Et est-ce que vous avez été encouragée à ce moment-là, une fois que la décision était prise et
07:06que le choix avait été fait ?
07:07Ça a pris un petit peu de temps, ce que je comprends absolument.
07:12Mais au moment où ils ont vu comment j'évoluais, après le concours, j'étais classée en tête de liste,
07:21que la première année j'étais majeure de promotion, ils se sont dit probablement qu'il ne faut pas résister.
07:27Une voie tracée.
07:30Voilà, elle s'exprimait clairement.
07:34Donc après, ils ont été d'un énorme soutien.
07:40J'imagine que le parcours, avec toutes ces réalisations, n'a pas été si facile finalement.
07:46Vous l'avez dit, donc il y a déjà ce courage de prendre cette décision, de s'inscrire dans cette
07:52école.
07:53Vous avez choisi la spécialisation de la scénographie.
07:58Pourquoi celle-ci ?
07:59Disons que la première année, je m'étais inscrite en section interprétation.
08:06Et au bout de mon expérimentation, durant cette première année, je me rendais compte que ma faim d'apprendre n
08:14'était pas souvie.
08:17Et je découvrais aussi la scénographie, qui était une section très nouvelle pour moi,
08:22bien qu'à l'époque, je n'étais pas très très bonne en dessin.
08:26Donc je me rappelle les deux professeurs qui sont pour moi, qui ont été à la fois les guides et
08:33les mentors.
08:35Yuliana Proudout, qui est une professeure de scénographie roumaine.
08:40Et le plasticien, Abdelilah Bououd, qui m'a dit, écoute, si tu veux apprendre à dessiner, tu apprendras.
08:50Par contre, la scénographie, c'est la créativité que ça requiert.
08:54La créativité vient d'ailleurs.
08:56Elle vient de la culture, elle vient de la sensibilité, elle vient de l'exploration.
09:01Si tu es prête à aller dans ce sens-là, le dessin, c'est de la technique.
09:05Et effectivement, je me suis lancée et je n'ai pas regretté ça,
09:10parce que tout ce que j'ai appris m'aide aujourd'hui.
09:14C'est un outil avec lequel je travaille dans les espaces de mon cadre,
09:18dans les mises en scène des acteurs.
09:21Donc à la fois, j'avais ce travail du texte, de l'interprétation, du travail du silence,
09:27comme vous avez si bien dit.
09:29Mais en même temps, la perception de l'espace, de la lumière,
09:33des volumes dans la lumière, de ce qu'il dégage comme atmosphère.
09:38L'importance de l'image aussi, j'imagine.
09:40Absolument.
09:41De ce qu'on peut créer comme narration à travers un cadre.
09:45Et ça, c'est vraiment un très, très grand atout.
09:50Quelque part, ça s'est lié avec mon amour de la photographie différemment.
09:56Mais voilà, c'est une trajectoire, je veux dire,
09:58c'est un choix que je n'ai pas regretté du tout.
10:00On dit souvent que le théâtre enseigne l'art d'habiter le vide.
10:06Donc, est-ce que ça vous a servi aussi ?
10:08Parce que tout de même, étant jeune, déjà, vous avez baigné dans cet univers artistique,
10:14ce qui est une chance.
10:15Et puis, vous avez aussi, vous avez toujours été curieuse,
10:18vous avez testé plusieurs disciplines, la photographie et la danse, le théâtre.
10:22En tout cas, vous avez touché un petit peu à tout.
10:24Donc, on peut dire qu'au moment où on fait certains choix,
10:27une fois adulte ou une fois avancé dans l'âge et avec une certaine expérience,
10:32un certain bagage, tout cela, on s'en nourrit finalement dans notre travail.
10:37Absolument.
10:38Absolument.
10:40Cette dimension du vide, d'habiter le silence, elle est très, très importante.
10:47Parce qu'au début, peut-être, je n'y accordais pas l'importance nécessaire.
10:54Et je pense que c'est quelque chose aussi qui est lié à la maturité dans la pratique cinématographique,
11:00la maturité dans la vie, qui fait qu'on comprend qu'en fait,
11:08le cinéma, c'est bien de maîtriser la technique, mais il faut savoir qu'est-ce qu'on en fait.
11:14Qu'est-ce qu'un cadre raconte, qu'est-ce qu'un mouvement raconte, c'est un vrai langage.
11:20Et dans ce langage, tout comme dans le cinéma, le silence raconte.
11:24Et à partir de ce moment-là, ce travail dans le silence qu'on trouve assez présent dans ce premier
11:32long-métrage,
11:33peut-être beaucoup moins dans certains de mes autres travaux, mais dans celui-là,
11:37et le vide, enfin pas le vide, le silence permet à la vie de s'installer.
11:44Elle permet aux personnages d'exister au-delà de ce qu'ils disent, uniquement parce qu'ils habitent.
11:51Mais aussi, il permet à cette image de raconter ou de raconter les couches cachées
12:00ou qu'on pressent des personnages et de cette narration.
12:04Et j'aime beaucoup explorer ça.
12:06Je ne vais pas dire que je maîtrise, mais cette exploration est importante
12:09parce que même dans la vie, beaucoup de choses se disent dans le silence.
12:13Et justement, comment abordez-vous toutes les zones d'ombre, on va dire,
12:17de la société marocaine avec beaucoup de pudeur ?
12:19Comment travaillez-vous vos textes, votre écriture, vos personnages pour qu'ils soient affirmés
12:26et qu'on sente cette présence quand même sur scène ?
12:30Est-ce que cette transition du théâtre vers le cinéma, vers la mise en scène et puis la réalisation,
12:36c'est faite finalement naturellement au fil des années et au fil des travaux ?
12:42En fait, non. Elle s'est faite naturellement quelque part dans le sens où en développant mon travail,
12:52en scénographie, etc., je me suis rendue compte que j'avais envie de raconter d'autres formes d'histoire
12:58avec un autre médium. Un médium qui s'installe dans le temps,
13:03qui manie la dimension temporelle autrement que le théâtre.
13:08Le théâtre a une dimension temporelle qui est sous le parapluie de la convention qu'on fait avec le spectateur
13:19et sa durée, elle est limitée dans le temps et dans un contact et une interprétation vives.
13:25Alors que dans le cinéma, la temporalité, comme dit Tarkovsky, est une mosaïque.
13:31C'est la mosaïque et la sculpture du temps.
13:35Et donc, en sculptant le temps, on joue sur la narration, sur la poétique,
13:40sur les sensations de personnages qui se révèlent au fur et à mesure de l'histoire.
13:46Donc, cette exploration m'avait beaucoup intéressée pour que, petit à petit, dans la formation,
13:53je découvre quand même aussi que l'écriture scénaristique est différente de la dramaturgie théâtrale,
13:59que nous sommes beaucoup plus dans un dialogue, dans un discours qui est un discours du présent,
14:06que les personnages sont très ancrés dans une réalité, mais aussi, cela suppose beaucoup de recherche.
14:14Et c'est l'importance de l'image aussi qui reste fixe, finalement, parce qu'on peut y revenir.
14:19J'imagine des silences, comme vous l'avez dit, pour ponctuer un petit peu les scènes,
14:23mais l'effet de la musique aussi, parce que quand même, quand on parle de cinéma,
14:28c'est un média, on peut voir les personnages, on peut écouter, donc on joue sur plusieurs sens.
14:33Et puis, il y a le regard du téléspectateur, donc vous travaillez un petit peu sur tous ces éléments, j
14:39'imagine ?
14:39Bien sûr, le regard du spectateur, quelque part, il est guidé par certains éléments.
14:46Et il faut être très prudent dans le traitement de tout ce qui est musique, rythme, montage, etc.
14:53Parce que parfois, en pensant que la musique risque d'étoffer une émotion ou une atmosphère, elle la tue.
15:01Donc vraiment, le travail du son et de la musique est quelque chose qui est un métalangage,
15:07à travailler avec beaucoup de subtilité.
15:09Vous travaillez sur plusieurs couches, en fait, finalement.
15:11Plusieurs couches, et parfois, le silence fait son travail.
15:14Parfois, ce son ambiant que la nature peut donner, aucun lieu peut apporter, va apporter le sens.
15:20Parce que c'est ça, la question aussi à se poser, c'est quand on pose une caméra fixe,
15:25qu'est-ce que cela veut dire en termes narratifs ?
15:28Qu'est-ce que cela apporte ?
15:31La technique est bien, mais la technique n'est qu'un outil et certainement pas une fin.
15:38Et tout dépend de ce qu'on en fait, justement.
15:40Voilà, et surtout, le plus important, c'est tout le travail qu'on fera à l'écriture,
15:45au niveau de la densité, la profondeur des personnages,
15:48qui fait que, dans ce silence, il continue à exister.
15:52Et justement, on va parler de votre film, L'empreinte du vin,
15:56qui a tourné un petit peu partout dans le monde,
16:00qui continue aujourd'hui, d'ailleurs,
16:04et qui vient de recevoir son 19e prix, plusieurs distinctions.
16:08Qu'est-ce que ça a fait, quand on sait que c'est notre produit,
16:12que c'est notre bébé, d'une certaine manière, notre projet,
16:14sur lequel on a travaillé ?
16:17Qu'est-ce que ça a fait, quand on reçoit autant de retours positifs ?
16:20C'est très touchant, dans le sens où on se rend compte que, finalement,
16:28une histoire qui s'encroît au Maroc,
16:31arrive à toucher des cultures très, très différentes,
16:33aussi bien arabes qu'asiatiques, qu'américaines, qu'anglaises,
16:38que turques, que brésiliennes.
16:41Au Brésil, il a fait le tour du monde.
16:44Voilà, et que cette manière de raconter l'histoire de ces personnages
16:50et de raconter l'histoire de cette famille-là,
16:56ou de cette famille qui va se recomposer,
16:59finalement, elle touche une dimension universelle
17:02où d'autres cultures extrêmement différentes de la nôtre se retrouvent.
17:06Et ça, c'est ce qui me touche le plus,
17:08parce que le plus important, c'est qu'un personnage,
17:11bien qu'il s'ancre dans sa culture natale,
17:15puisse toucher ce qui nous parle à tous, humain.
17:19Les valeurs universelles, finalement.
17:20Voilà.
17:21Il faut dire que j'étais parfois un peu étonnée,
17:23surtout quand j'ai vu la réaction à Tokyo.
17:28parce que quand même, on est très loin comme culture.
17:33Mais le fait qu'ils aient été touchés par le jeu de l'actrice,
17:39parce qu'elle a eu le prix aussi de la meilleure actrice,
17:43et par le film en lui-même,
17:45c'est vraiment l'accomplissement requis.
17:49Et je suis heureuse pour toute l'équipe qui a travaillé,
17:52et tous ceux réellement qui ont cru,
17:55acteurs, D.O.P., etc.
17:59Toute cette équipe qui a vraiment, vraiment cru dans le film.
18:02On leur fait un petit coucou, d'ailleurs.
18:04On en profite pour projeter un petit extrait
18:07de la bande-annonce de ce film.
18:19Didier, là.
18:24Cher Adam, puis-je t'écrire ?
18:27Cher Adam, où est-ce seulement une convention ?
18:32Vous êtes Madame Hélène Meilleur ?
18:35Oui.
18:36Je suis Sophia.
18:47Je suis
18:48C'est une grande idée.
18:51Nous sommes en train de mettre en place,
18:52et nous nous sommes en train de faire.
18:52Nous sommes en train de faire.
18:55C'est une idée.
18:58C'est une idée.
19:09Voilà un petit extrait en image, en tout cas, de ce film dont on parle et qu'on peut toujours
19:15retrouver aujourd'hui si on souhaite le regarder.
19:18Si on devait justement, Leila Treké, revenir ou définir un petit peu l'essence de votre cinéma, qu'est-ce
19:24qu'on pourrait dire ?
19:28Depuis les courts-métrages, parmi les éléments qui m'ont le plus portée à raconter, c'est la complexité de
19:38la psychologie humaine et son attitude face à ce qu'il rencontre dans la vie.
19:45Donc, j'ai traité ça à travers un enfant, j'ai traité ça à travers le passé d'une jeune
19:50femme pendant la période coloniale.
19:53J'ai traité ça à travers l'histoire d'un enfant, quelque part, qui a le leg de son père,
20:01battelier sur la rive de Bourgregg.
20:07Donc, à chaque fois, ça a été une petite exploration, dans un sens ou un autre, qui s'est développée
20:12dans ce film-là,
20:13à travers un sujet tiré de faits réels, d'histoires réelles, qui se sont passées durant les vagues d'immigration
20:26entre les années 60 et 90,
20:31et qui ont donné vie à des histoires comme ça, qui survivent ou dont les fragments d'identité sont entre
20:40deux continents.
20:42Des histoires qui sont plus fréquentes qu'on ne le pense.
20:46D'ailleurs, je pense qu'il y a deux semaines, il y a un jeune homme qui vivait aux États
20:51-Unis,
20:51qui, à travers quelqu'un qui vendait un sandwich marocain, lui dit « Oui, mon père, apparemment, est marocain de
21:00Casablanca. »
21:01Et le monsieur, d'un élan de bonté, fait le contact.
21:05Et le jeune homme, après une trentaine d'années, finit par retrouver son père au Maroc.
21:11Des histoires comme ça, il y en a vraiment, vraiment des milliers, et de part et d'autre,
21:18qui se déclinent de manière très, très, très différente.
21:24J'ai choisi quelque part de faire une recherche et de faire ce tissage-là,
21:28et de raconter deux histoires quelque part d'identité fragmentée, parallèle.
21:33Vous travaillez surtout sur le lien humain, en tout cas, ce qui nous rassemble.
21:38Ce qui nous rassemble, ce qui pourrait éventuellement nous rassembler,
21:43même si des choses marquent l'âme, et qu'elles prêtent à dire qu'une séparation va se faire.
21:51Est-ce que ces blessures de l'âme, ces traces du vent, de la vie,
21:57peuvent quand même permettre à des relations de se reconstruire ou de guérir ?
22:02On retiendra, en tout cas, que tout projet pour vous commence d'abord par une exploration.
22:08Ça, c'est le terme qui vous caractérise un petit peu.
22:12Maintenant, si on devait revenir sur tout ce parcours,
22:15le sentiment que vous avez aujourd'hui, on va dire 20 à 30 ans,
22:19après avoir fait tous ces choix ou successions de choix
22:22qui ont fait de vous la femme que vous êtes aujourd'hui,
22:28quelle impression, quel sentiment avez-vous aujourd'hui ?
22:33Disons qu'il y a eu de la maturité qui s'est installée au fur et à mesure dans ce
22:38parcours,
22:39mais aussi du doute.
22:41Par moments, ce n'est pas un chemin linéaire,
22:46c'est un chemin qui prend parfois de grandes courbes
22:51et qui fait qu'on se pose la question,
22:55est-ce que c'est possible de continuer ?
22:57Est-ce que c'est viable ?
22:59Parce que quand même, c'est un métier assez instable,
23:03donc c'est vraiment des phases qui ressemblent à des montagnes russes.
23:10Mais ça fait partie aussi de ce choix-là.
23:14On ne peut que l'assumer.
23:17Et qu'est-ce qui fait qu'on continue justement ?
23:21S'il n'y a pas quelque chose qui s'appelle réellement de la passion
23:24et l'urgence de vouloir partager quelque chose
23:30avec un spectateur, avec un S majuscule,
23:38quel que soit le pays,
23:39de partager un regard sur la vie
23:42qui pourrait poser des questions,
23:44qui pourrait ouvrir des horizons,
23:48qui pourrait déplaire,
23:49qui pourrait créer une polémique,
23:52mais qui pousserait à la réflexion
23:56et reste l'élément moteur.
23:59Partager, mais aussi transmettre, peut-être ?
24:01Oui, certainement.
24:04J'aime beaucoup aussi transmettre via la pédagogie,
24:08via l'enseignement de l'expérience.
24:14J'ai pu faire ça durant ces deux dernières années
24:17à l'Institut supérieur des métiers de l'audiovisuel et du cinéma.
24:21Je continue à le faire dans des institutions spécialisées
24:27en jeu d'acteurs face à la caméra.
24:31J'aime ce côté de la transmission
24:34de manière très, très différente,
24:36aussi bien dans une dimension pédagogique
24:39que plutôt dans une dimension cinématographique, artistique,
24:43qui n'a rien à voir avec la pédagogie,
24:45parce qu'il est question de parler à un spectacle,
24:49à un spectacle, je veux dire, une audience très large,
24:54avec des backgrounds différents, avec des sensibilités différentes
24:58et peut-être que chacun prenne ce qui le touche de tout cela.
25:03En tout cas, toujours un plaisir de découvrir vos projets
25:06et au plaisir d'en découvrir de nouveau.
25:08Je sais que vous travaillez sur certaines choses
25:10qui seront certainement annoncées au moment voulu.
25:13Merci à vous, Laila Treki, d'avoir été mon invitée cette semaine
25:18et d'être revenue un petit peu sur votre parcours.
25:20C'était un plaisir d'aller à votre rencontre.
25:22Merci infiniment.
25:24C'est la fin de rencontre pour cette semaine.
25:26On se retrouve la semaine prochaine.

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