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00:00Ici Gare Lozère, dès votre réveil, ici Matin.
00:068h moins le quart, on va revenir sur la fronte lycéenne.
00:08Quentin est votre invité, il a notamment été délégué auprès de l'ancien préfet du Gard.
00:11Oui, bonjour Didier Jaffiol.
00:13Bonjour.
00:13Soyez le bienvenu dans les studios d'ici Gare Lozère, la radio et le canal 3 de la TNT.
00:18Vous êtes spécialiste de la gestion de la violence chez les jeunes,
00:22dont on a pu voir quelques manifestations ces derniers jours,
00:25comme là, devant le lycée Baudet,
00:32des projectiles envoyés sur la façade, c'était à l'arrière de l'établissement.
00:37Je me demandais, vous, qu'est-ce que vous vous dites
00:39quand vous voyez défiler ces images de violence ?
00:41On est toujours triste de voir des incidents de ce type.
00:49Dans ma carrière, j'ai été éducateur pendant 35 ans,
00:53entre autres en service de rue, avant d'être délégué du préfet.
00:59C'est pour ça que nous avons créé une formation
01:02pour essayer d'aider les personnes à se parler.
01:06Quand on en arrive à des actes comme ça,
01:07qui sont de jeter des projectiles,
01:09d'être dans des situations qui sont de très grande colère,
01:13c'est que peut-être on se dit,
01:14il y a peut-être des étapes qui ont été chantées.
01:17Mais vous dites qu'on a mis une formation pour aider ces personnes,
01:19les forces de l'ordre et les manifestants,
01:21à se parler ?
01:23C'est à quel moment qu'ils doivent se parler ?
01:25Parce que dans l'instant, on l'a vu, il y a beaucoup de bruit,
01:27c'est difficile d'instaurer un dialogue.
01:28Oui, tout à fait.
01:30La formation, on l'a fait avec l'IFME,
01:32c'est une certification.
01:33On ne la fait pas pour les forces de l'ordre,
01:35entre autres pour les sapeurs-pompiers,
01:37avec qui on travaille.
01:37Ça peut être un exemple qui peut montrer
01:39qu'on peut faire autrement.
01:42Tout d'abord, en préambule, je tiens à dire
01:43que mon soutien au prix des forces de l'ordre
01:46qui font un métier extrêmement difficile.
01:47J'ai travaillé pendant 20 ans à leur côté,
01:49et j'ai vu la difficulté de leur action.
01:52Il faut savoir qu'eux également,
01:53actuellement, les forces de l'ordre,
01:55vivent une période de crise assez compliquée chez eux.
01:58Et donc, deux contextes de crise
02:00qui se rencontrent, très vite,
02:01ça peut basculer dans la confrontation.
02:04Ça, c'est une réalité.
02:05Voilà.
02:06Donc, oui, apprendre à se parler.
02:08Avec Jean-Pierre Vérat,
02:09qui est depuis 35 ans
02:10le formateur des négociateurs du GIGN,
02:13j'ai eu la chance d'être fourni.
02:13Qui est l'unité des lignes de la gendarmerie.
02:15Voilà, oui, tout à fait.
02:16Et alors, justement,
02:16le GIGN est capable d'enfoncer toutes les portes,
02:19pour parler vulgairement.
02:20Ils ont compris,
02:21à partir de la prise d'otage de Marignane,
02:22qu'il fallait un groupe de négociateurs
02:25et parler, parler,
02:26parce que Marais Kalter a écrit une phrase
02:29qui est un socle,
02:30c'est-à-dire,
02:30la violence physique commence quand les mots s'arrêtent.
02:33C'est-à-dire que le principe de la négociation,
02:36alors moi, je ne m'estime pas négociateur,
02:37je suis plutôt spécialisé dans la désescalade verbale,
02:41c'est d'amener les personnes à s'écouter,
02:45à être dans l'entendement,
02:46pour trouver une solution positive et non violente.
02:50Mais alors, très concrètement,
02:51quand on est dans une manifestation comme ça,
02:53qu'est-ce qu'on peut dire ?
02:53Qu'est-ce que des médiateurs peuvent dire ?
02:55Quels sont les mots-clés qu'ils peuvent utiliser ?
02:58Je vais vous dire,
02:59et abruptement,
03:00je vais vous dire,
03:00c'est trop tard.
03:01Quand la bombe explose,
03:02nous, on apprend à désamorcer la bombe,
03:04c'est-à-dire en amont.
03:05En amont des manifestations.
03:06Bien entendu,
03:07la prévention est déjà de sentir,
03:08quand on a des paramètres qui nous disent
03:10« ça va pas »,
03:11c'est de tendre l'oreille
03:12et de s'intéresser au sujet qui est abordé.
03:16Quand on est dans une dynamique plutôt
03:18« cause toujours tu m'intéresses »
03:20et que les personnes,
03:21excusez-moi l'expression,
03:22ont l'impression d'être pris pour des dindons,
03:24au bout d'un moment,
03:25il ne faut pas s'étonner
03:26qu'il y ait un passage à l'acte.
03:27Et la difficulté,
03:28c'est les phénomènes de foule.
03:30C'est-à-dire que l'individu
03:31ne fonctionne pas avec le discernement individuel,
03:34c'est le groupe qui fonctionne.
03:36Et qui le pousse à agir dans ce...
03:38Alors après,
03:38les réseaux sociaux,
03:39les films,
03:40bon, peut-être des fois
03:41des parlements à la droite d'élus
03:43qui vont dire
03:44« la police se tue »
03:45alors que c'est entièrement faux.
03:47Vous êtes contre le fait de dire
03:49notamment qu'il y a des violences policières ?
03:50Alors,
03:51il y a des dérapages des deux côtés
03:53qui sont le fait d'individus.
03:55Et là,
03:55il faut qu'il y ait
03:56entre guillemets
03:57un nettoyage
03:58au niveau des institutions.
03:59Quand on porte un uniforme,
04:00on ne peut pas tolérer
04:02un fonctionnaire
04:03qui aurait des comportements
04:04suite à une enquête
04:05qui sont
04:05des comportements violables.
04:07Après, ce qu'il faut dire quand même,
04:08c'est que les policiers
04:09qu'on voit actuellement dans la rue,
04:10ce n'est pas des spécialistes
04:11de la gestion des manifestations,
04:13ce n'est pas des CRS.
04:14Tout à fait.
04:15Il y a des spécialités.
04:16Alors,
04:16je ne rentrerai pas
04:16dans le maintien de l'ordre
04:17parce que ce n'est pas mon sujet
04:18et je ne le connais pas suffisamment.
04:21Mais ce qu'il y a,
04:22c'est l'anticipation
04:23qui permet
04:24à une époque
04:26quand j'étais à Marseille,
04:27en 2005,
04:27j'ai vécu
04:28les émeutes de 2005,
04:29j'ai vécu également
04:31à Voix-en-Velaine
04:32les émeutes
04:33du masque du taureau.
04:35Déjà,
04:36on avait compris,
04:37il y avait quand même,
04:38les pouvoirs publics
04:39sont très très bien renseignés,
04:41on avait compris
04:41que la jeunesse,
04:43pour rester sur le sujet
04:44de la jeunesse,
04:45c'était une note des RG,
04:47qui est classifiée,
04:49voilà,
04:49tout à fait,
04:50qui disait,
04:51les jeunes ont compris
04:52en 1989 déjà,
04:53ont compris que
04:54pour attirer l'attention,
04:55ils doivent brûler des voitures
04:56et ils attireront ainsi
04:58la presse
04:59et on leur construira
05:00des terrains de foot.
05:02Autrement dit,
05:02on est dans un système
05:03en France
05:04où si on n'explose pas,
05:07on n'est pas entendu
05:08et on le voit
05:09avec tous les mouvements
05:10sociaux qu'il y a eu.
05:11C'est pour ça
05:11que vous plaidez,
05:12vous,
05:13pour le recours
05:13à des médiateurs,
05:14mais qui est-ce que ça peut être
05:15ces médiateurs ?
05:15Je vous donne un exemple,
05:16les pompiers en France,
05:181500 agressions chaque année,
05:20le Gard était impacté,
05:22le Cidiste du Gard
05:23a très bien compris
05:24cette dynamique,
05:25a mis en place
05:26une équipe de médiateurs
05:27qui vont au contact
05:28de la police,
05:29des jeunes dans les quartiers
05:30et tout,
05:31qui travaillent
05:31avec des services de police,
05:33de concertation.
05:34On a créé une équipe
05:35de formateurs
05:37qui apprennent
05:38aux sapeurs-pompiers
05:39à désamorcer les conflits,
05:41à écouter,
05:42à désamorcer la bombe.
05:44Bilan,
05:44on s'est aperçu
05:45que dans le Gard,
05:47diminution drastique
05:48d'agressions,
05:49ça ne supprime pas
05:50les agressions.
05:51Et là,
05:51c'est pour ça
05:52que ça les limite.
05:53Tout à fait,
05:53il faut être dans un discours,
05:54il faut dire,
05:55il faut parfois malheureusement
05:56l'ultime recours
05:58qui est le recours
05:59à la force,
06:01mais on réduit
06:02ce recours à la force
06:03à partir du moment
06:04où on met
06:04des dispositifs préventifs.
06:06Est-ce que les parents
06:06pourraient jouer ce rôle
06:07de médiateur ?
06:08Tout à fait.
06:08Est-ce qu'on a vu
06:08que dans les manifestations,
06:09ils avaient permis
06:10de canaliser un petit peu
06:11la colère des lycées ?
06:11Les adultes,
06:12parce que justement,
06:13comme on disait,
06:14il y a un très bon livre
06:14qui date du siècle dernier
06:15de Gustave Leblanc
06:17sur la psychologie des foules.
06:20On peut raisonner quelqu'un
06:21quand il est seul.
06:22C'est-à-dire quand l'enfant
06:23est seul à la maison,
06:24quand le papa, la maman,
06:25la communauté,
06:27l'association
06:28va pouvoir lui apporter.
06:29Et ils sont dans l'entendement.
06:30Mais pas quand il est
06:31dans un cortège
06:31de 1500 personnes.
06:34Le groupe devient une meute.
06:36Et là,
06:37on ne contrôle plus.
06:38On est dans du contrôle
06:39de foule
06:40qui relève
06:41de la nécessité
06:43d'intervenir
06:43au niveau policier.
06:44Et c'est là que malheureusement,
06:46il faut se mettre
06:47à la place d'un policier.
06:48Ils prennent pendant des heures
06:49des boulons,
06:49des pavés,
06:50des provocations.
06:51Et là,
06:51on peut avoir des éléments
06:52qui dérapent.
06:53Et c'est inacceptable,
06:54bien entendu.
06:55Et des scènes de violence
06:56devant certains lycées.
06:57Didier Jaffiol,
06:58Jours,
06:58merci beaucoup d'avoir été
06:59avec nous ce matin
07:00sur l'antenne d'ici
07:01Garlosère
07:01pour essayer de décrypter
07:02un petit peu
07:03ces violences urbaines
07:04comme on les a appelées
07:05ces derniers jours.
07:06Je rappelle que vous êtes
07:06ancien délégué du préfet
07:08du Gard,
07:08spécialiste de la gestion
07:09de la violence,
07:10notamment chez les jeunes.
07:10Merci à vous.
07:11Merci.

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