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Transcription
00:00La rousseur, c'est plus rare que d'être brun ou blond.
00:03Ça peut susciter des interrogations.
00:05C'était pas rien des trous.
00:06Au Moyen-Âge, on les brûlait, les roues.
00:08C'était des sortières.
00:09Ça a changé.
00:09On va se faire un truc ensemble, c'est qu'on va classer vos tenues.
00:12J'étais dans le futur, voilà.
00:14Voilà, j'étais dans le futur.
00:15C'est ma phrase.
00:15Tu raccrochais au collant, c'est une possibilité.
00:18C'était comment un tournage avec Coluche ?
00:20C'était drôle, mais on imagine bien que Coluche, derrière son comique, sa drôlerie, il cachait beaucoup d'autres choses.
00:27Vous avez fait quasiment tous les genres de films.
00:29Sauf un.
00:30Les films de super-héros.
00:31Ah, mais moi, j'aimerais beaucoup, moi.
00:33Moi, je vais voir Isabelle Huppert dans Batman.
00:35Voilà, ce serait...
00:35Batwoman, tant qu'à faire.
00:37Le futur, pour beaucoup, rime avec intelligence artificielle.
00:40Est-ce que vous, vous laisseriez des gens vous cloner, vous rajeunir ?
00:44Le moins possible, quand même, j'espère.
00:45On n'a pas envie que les choses vous échappent à ce point-là.
00:48C'est le contraire de la maîtrise.
00:49Bonjour, je suis Isabelle Huppert.
00:51Vous regardez Clic, alors cliquez.
00:54Bienvenue dans Clic, et merci d'être de plus en plus nombreux à nous suivre sur les réseaux sociaux et
00:58à vous abonner.
00:59Aujourd'hui, je suis hyper content et fier de dire Isabelle Huppert est dans Clic.
01:04Bienvenue, Isabelle.
01:05Bonjour.
01:05C'est un très grand kiff.
01:07Il n'y a pas d'autre mot, c'est un grand kiff.
01:09À chaque fois qu'on est ensemble, je suis heureux.
01:11Donc, j'appréhende, je me dis de quoi on va parler.
01:14Ça se prépare.
01:16Voilà, il y a des émissions pas comme les autres,
01:17parce que tous les moments qu'on a pu vivre ensemble devant une caméra n'étaient pas comme les autres.
01:22Et rien que pour ça, merci de revenir.
01:24Je suis trop content.
01:26On va faire une masterclass ensemble.
01:28On va d'abord parler du film qui va sortir.
01:30Mais vous avez été consacré par le Times la meilleure actrice du 21e siècle,
01:34ce qui est quand même assez incroyable.
01:36C'est beaucoup.
01:37Plus d'une centaine de films, plus de 120 films.
01:39Vous vous dites, il y en a dont vous ne vous souvenez même plus.
01:41Oui, c'est vrai.
01:42C'est quand même dingue, ça.
01:44Deux Césars meilleure actrice,
01:46deux prix d'interprétation féminine à Cannes,
01:48deux prix de la meilleure actrice à la Mostra de Venise,
01:50un lion d'or spécial,
01:51un ours d'or d'honneur en 2022 à la Berninale.
01:54Et en septembre 2026,
01:56vous avez reçu le Thief Tribute Performer Award.
01:58Ça va l'accent ?
01:59Très bien.
02:00Au Festival international du Fin de Toronto,
02:02pour l'ensemble de votre carrière.
02:04Et j'aimerais qu'on regarde ensemble une petite image.
02:06C'était en 2017,
02:07les Golden Globes avec Leonardo DiCaprio.
02:10Ah oui.
02:10Et la Golden Globe
02:12va à
02:15Isabelle Huppert-L.
02:32Merci.
02:34Merci.
02:35Merci.
02:37Merci.
02:38Oh, mon Dieu.
02:41My heart is beating.
02:43If you would hear what's going on here.
02:47Oh, my God.
02:48Thank you to the Hollywood Press Association.
02:52Thank you.
02:54Thank you, Paul.
02:56Thank you for being what you are.
02:58Thank you for letting me be what I am.
03:01Oh, my God.
03:02I'm losing my words.
03:03Thank you for making me win in a French film directed by a Dutch director here in America.
03:10Thank you.
03:13Qu'est-ce qui se passait là, justement, dans le ventre ?
03:17J'étais contente.
03:19J'aimais le film, j'aimais Paul Verhoeven.
03:22Et puis, oui, puisque je dis avec un peu d'excitation quand même, mais de gagner, oui, pour un rôle
03:31en langue française avec un metteur en scène hollandais, enfin, qui est considéré comme un américain.
03:34Oui, c'était agréable.
03:36Ces récompenses, elles signifient quoi pour vous ?
03:39Ça signifie des moments joyeux, ça signifie, voilà, une forme de consécration d'un film.
03:50D'un film, on le prend un peu pour soi et un peu beaucoup pour les autres aussi.
03:56C'est collectif, un film.
03:58C'est exactement le sens du film dans lequel vous êtes à l'affiche.
04:03Vous voyez la série 10%, ce film aurait pu s'appeler 90% parce qu'il parle de 90%
04:10des gens qui font votre métier.
04:12Ceux qu'on ne voit pas, les invisibilisés, ceux qu'on n'entend pas, ceux qui sont souvent dans un
04:18système vertical et pas horizontal.
04:20C'est-à-dire que vous faites finalement le même métier que quelqu'un qui rêve d'être actrice, vous
04:26rêvez des mêmes choses.
04:27Vous incarnez une figurante qui essaie de s'incruster de plateau en plateau pour avoir des rôles et qui se
04:32retrouve sur un tournage en pensant qu'elle a sa chance.
04:35Ça s'appelle ni vu ni connu, bande annonce.
04:37Excusez-moi, on va bientôt être appelée ?
04:39Oui, oui, ça devrait plus trop tarder.
04:42Tu vas voir, elle prend beaucoup de place.
04:43Comment elle s'appelle déjà ?
04:44Corinne Maclou.
04:45Elle est juste figurante, non ?
04:46Ah là ?
04:46C'est possible que je te laisse concevée ?
04:48Je ne crois pas que ce soit la bonne méthode.
04:52C'est comme ça que tu me vois ?
04:53Hors sol ?
04:54Il est très épais ce pull.
04:56Sur le tournage, j'ai vraiment l'impression d'être un poisson en papillote.
04:59Est-ce que tu peux me le râper ?
05:01Le quoi ?
05:02Me le râper ?
05:03Je ne sais pas du tout comment on fait pour râper un pull, moi.
05:05Ben, tu râpes.
05:06J'admire beaucoup, mais je ne peux plus.
05:13Salut Sandrine.
05:14Salut.
05:15Ça va ? Ça se passe bien ?
05:16Non, parce que là, tu me vois, bon, j'avais besoin de faire mes heures, mais je peux tout à
05:19fait jouer des trucs.
05:20Beaucoup plus conséquents, comme on dit.
05:23Il y en a tout le capot.
05:25Peut-être qu'on peut reprendre nos places de départ, Sébastien, c'est bon ?
05:28Oui, oui, vous pouvez continuer de causer dès qu'on est prêt, je vous préviens.
05:33Ce personnage, il est hyper touchant et on a l'impression que c'est un rôle qui va avec ce
05:38que vous disiez avant sur le collectif.
05:41Un film, on ne s'en rend pas compte, c'est souvent pour les gens une affiche, des acteurs, des
05:46actrices qui parlent, qui échangent, mais c'est derrière aussi des équipes
05:50qui travaillent des fois depuis 2-3 ans sur ce projet-là, et des gens qui sont embarqués dans une
05:54aventure, une espèce de grande ou petite famille,
05:57et tout d'un coup, cette famille disparaît quand le film s'arrête.
06:00C'est vrai.
06:02J'aimerais qu'on se fasse une interview comme dans le film.
06:05Donc je vais vous poser des questions liées à ce que vit votre personnage.
06:08D'accord.
06:09Allez, c'est parti.
06:10Est-ce que comme dans le film, vous restez au téléphone pendant qu'on vous équipe au son ?
06:14Ça peut m'arriver, oui.
06:17Je ne dirais pas que je suis au téléphone une fois que je commence à jouer, je suis au téléphone,
06:22mais si on m'équipe dans le son, oui.
06:24Et ça vous est déjà arrivé qu'on chope des conversations indiscrètes ?
06:26Non, non, non.
06:28Comme dans le film, vous répétez vos répliques pendant qu'on vous maquille.
06:31Oui, ça peut m'arriver.
06:32Oui ?
06:32Oui.
06:33Un petit peu aussi la veille au soir, puis ça dépend de la longueur du texte.
06:37C'est très variable, l'apprentissage d'un texte.
06:40Est-ce qu'il y a un texte qui vous a donné plus de fil à retordre qu'un autre
06:43?
06:43Oui, un texte long.
06:45Je me souviens d'une scène en particulier sur Happy End, le dernier film que j'ai fait avec Michael
06:51Haneke.
06:52Il y avait une scène très, très, très longue avec mon fils dans le film.
06:56Et je savais qu'il fallait que… Je l'avais apprise très, très longtemps avant.
07:00J'ai bien fait parce que du coup, on a fait trois prises et c'était plié.
07:05Est-ce que vous sentez qu'il y a des scénaristes qui écrivent pour vous ?
07:09Il y a des… Pour moi, je ne sais pas, mais c'est vrai qu'il y a des dialogues
07:14qui sont plus faciles à dire que d'autres.
07:15Et c'est le cas d'un niveau de l'économie, c'est un très bon dialoguiste, Marc Vitoussié, avec
07:19des phrases très rythmées.
07:20C'est très difficile d'écrire des bons dialogues.
07:23Que la phrase soit à la fois raconte quelque chose et en même temps que ça soit complètement naturel, c
07:30'est tout un art.
07:31Et ça vous arrive de vous mettre des annotations ?
07:33Oui, ça peut m'arriver de recomposer un tout petit peu une phrase juste pour qu'elle soit plus dissible.
07:41Le fond est bon, mais parfois la forme peut être améliorée.
07:45Mais juste parce qu'un acteur, un sentiment, il sent exactement comment la phrase doit être dite pour qu'elle
07:50soit vraie, tout simplement.
07:52Et est-ce que ça vous arrive de laisser des fois une part à l'improvisation ?
07:56L'improvisation, alors il y a beaucoup d'idées reçues et d'idées forcément mal reçues et fausses sur ce
08:03sujet.
08:04Bob Wilson disait « acting is improvising ».
08:08Par définition, c'est de l'improvisation, c'est quelque chose qu'on invente sur le moment, voilà, Bob Wilson.
08:16Et je comprenais tout à fait cette phrase qui faisait sens.
08:21Après, alors les gens ont tendance à croire que des scènes sont plus ou moins improvisées.
08:27Je pense souvent à Maurice Piala quand je pense à l'improvisation.
08:30Parce que par exemple, dans Loulou, il y a effectivement des scènes qui sont totalement improvisées.
08:34Je pense notamment à la scène de repas à la fin.
08:38C'était improvisé ça ?
08:40C'était en partie improvisé ça, selon un canevas qu'on connaissait, mais c'était en partie improvisé.
08:46Et puis à l'inverse, il y avait des scènes au contraire extrêmement écrites, extrêmement répétées.
08:51Donc voilà, c'était un alliage assez savant entre justement improvisation et non-improvisation quand même.
08:58À vous écouter, on a l'impression qu'il y a plutôt un rapport au lâcher-prise.
09:02C'est-à-dire qu'on connaît tellement le personnage, l'histoire et les enjeux,
09:05que c'est à ce moment-là qu'on peut laisser des choses s'échapper.
09:10Oui, c'est-à-dire que s'il n'y a pas de lâcher-prise, ça veut dire qu'évidemment,
09:13on n'est pas dans la bonne aventure.
09:15On a le sentiment qu'on est là où il faut être, plan par plan, heure après heure,
09:21heure après heure dans le meilleur des cas, quand on n'attend pas trop,
09:24on est justement dans le lâcher-prise.
09:26Ça veut dire que tout est construit autour pour que finalement, au moment où on joue, ça soit facile surtout.
09:33Est-ce que, comme dans le film, vous avez déjà vu des figurants se faire virer de la table régie,
09:39alors que c'était la table réservée aux stars ?
09:41Non, mais désormais, je ferai attention à ce que ça n'arrive pas.
09:45Est-ce que, comme dans le film, une figurante vous a déjà demandé si vous étiez rousse quand vous étiez
09:49petite ?
09:49Parce qu'elle est un petit peu pareille que vous.
09:52Oui, parce que la rousseur, c'est plus rare que d'être brun ou blond,
09:56donc ça peut susciter des interrogations, un petit phénomène d'appartenance ou de communauté.
10:04Il y a les roues, voilà.
10:05Ce n'est pas rien, des trous.
10:06C'est quoi, des trous ?
10:08C'est des trous.
10:09Au Moyen-Âge, on les brûlait, les roues.
10:11C'était des sortières.
10:12Ça a changé.
10:14Est-ce que vous avez déjà été coupé au montage d'un film ?
10:17Alors, montage, c'est toujours un peu l'épreuve de la fourche codine du montage.
10:22Quand on voit un film, on est forcément coupé.
10:26Dans le film, il y a plusieurs étapes.
10:27Il y a l'étape de la lecture du scénario.
10:31Et puis, il y a la deuxième étape qui est l'étape du tournage.
10:34Là, c'est un petit peu l'impression qu'on est dans une chose un peu infinie.
10:38Et puis, tout d'un coup, le film, on le voit monter.
10:41Et là, c'est un troisième langage.
10:44Et on est la plupart du temps surpris.
10:48Il faut s'acclimater à cette proposition.
10:51C'est peut-être le moment, d'ailleurs, où on fait le deuil du film, d'une certaine manière.
10:57Le film, il vous appartient quand vous le tournez.
10:59Une fois que vous le voyez, vous avez compris qu'il ne vous appartient plus.
11:03Et vous avez des regrets sur certaines scènes qui ont été coupées en vous disant
11:06« Mais ça aurait pu être tellement mieux si on avait gardé ça ? »
11:08Oui, bien sûr, oui. J'ai toujours des petits regrets, oui.
11:14Mais voilà, c'est…
11:17Je ne suis pas metteur en scène.
11:19Vous les exprimez ou vous les gardez pour vous ?
11:21Parfois, je les exprime.
11:23Parfois, ça peut s'écouter.
11:26Parfois, non.
11:27Voilà.
11:28Est-ce qu'en tant que comédienne, vous avez quelque chose à dire aux acteurs, aux actrices
11:33qui rêvent de faire ce métier et qui, comme votre personnage, disent
11:36« Qu'est-ce que je fais si j'ai envie de jouer ? »
11:38Qu'est-ce que je fais si j'ai envie de jouer ?
11:40D'abord, je suis le plus curieuse possible.
11:43Mais évidemment, ce n'est pas comme ça forcément qu'on trouve des rôles.
11:48Il y a les films, il y a le théâtre.
11:50Il y a plusieurs options quand on est acteur.
11:53Mais qu'est-ce que je fais quand j'ai envie de jouer et que je ne joue pas ?
11:57C'est une question très difficile.
11:59Ça peut être une souffrance.
12:02C'est de l'attente.
12:03Qu'est-ce que je fais ?
12:06Je n'ai pas la réponse.
12:07Est-ce que vous avez connu, vous, des moments,
12:10vous qui avez quasiment tout le temps tourné,
12:14des moments où vous aviez peur que ça s'arrête ?
12:19Peur, non.
12:21Non.
12:21J'ai moins tourné en France à une certaine époque,
12:23mais pendant ce temps-là, j'ai tourné aux États-Unis, en Australie.
12:27Donc, ce n'était pas mal non plus.
12:28C'était des expériences suffisamment originales et inattendues
12:34pour que je ne constate.
12:37Mais une fois que ça a été terminé, je me suis dit,
12:39tiens, finalement, je n'ai pas tourné pendant un certain temps en France.
12:42Pourquoi ?
12:43Je ne sais pas, parce que ça s'est trouvé comme ça.
12:45Je ne me suis pas trop posé la question.
12:47Et des fois, est-ce que vous aviez eu besoin que ça s'arrête ?
12:50Besoin ?
12:50Oui.
12:52Non.
12:53Je ne fais pas tellement de différence, moi, entre tourné et pas tourné.
12:56Je n'ai pas l'impression de sauter dans un événement particulier
13:00ou plonger dans un univers tout d'un coup qui serait diamétralement opposé
13:05à ce que je vis, mais en tous les cas, à ce que je ressens.
13:09C'est assez naturel.
13:12Il n'y a pas de brutalité entre le moment où je ne tourne pas et le moment où je
13:15tourne.
13:16Il y a aussi le rapport au réel.
13:17Il y a plein de comédiennes, de comédiens qui ont besoin des fois de fuir leur réel.
13:22Forcément, ça tournait, on fuit son quotidien.
13:24C'est à l'évidence même.
13:27On recrée une sorte de réalité complètement illusoire pendant un certain temps,
13:34à tel point d'ailleurs que c'est vrai que, par exemple, il y a des rapports,
13:38on crée des relations très intenses avec les personnes avec lesquelles on travaille
13:43et qu'on ne revoit pas forcément ni tout de suite, ni plus tard, ni parfois jamais aussi.
13:52Et on a créé cette vie parallèle, d'une certaine manière, au moment où le tournage se faisait.
14:00Et ça, c'est très excitant.
14:04C'est comme un rêve éveillé, quand même.
14:07Il y a votre vie privée, votre vie de famille et votre vie de famille de cinéma.
14:13Vous avez énormément de familles de cinéma.
14:16Vous avez tourné avec des réalisateurs de tous les horizons.
14:19Vous garderiez qui dans votre famille de cinéma ?
14:22Qui sont les premiers noms qui vous viennent en tête si demain, vous faites un dîner ?
14:26Avec ceux qui sont encore en vie ou pas d'ailleurs.
14:28De dire, mais qui est-ce que je mets autour de la table ?
14:30Je les mets tous.
14:32Bien sûr.
14:33Il faut une très grande table.
14:34Je fais une grande fête.
14:3620 000 personnes.
14:38120 000, je ne sais pas.
14:40S'il y a 1 000 personnes par film.
14:41Je les mets tous parce que...
14:42Combien ?
14:43Ah oui, la surface du monde.
14:45Je les mets tous parce que je n'ai pas de souvenir de ne pas avoir créé à tout moment.
14:51Et ça, j'avoue que j'ai beaucoup de chance pour ça.
14:54Un moment privilégié, particulier, avec tous les metteurs en scène avec lesquels j'ai tourné sans exception.
15:00Qu'est-ce qui motive un choix ou un refus d'Isabelle Huppert ?
15:05Un choix, ce qui motive un choix, c'est un sentiment un peu difficile à décrire, qu'il y a
15:11comme une sorte de fusion un peu évidente entre ce que vous allez jouer et vous-même.
15:19Même comme une sorte de rencontre entre soi et un autre soi-même, qui est la personne qu'on va
15:28interpréter.
15:29Et puis, évidemment, non pas l'assurance, mais l'intuition qu'on va avoir une relation particulière avec celui ou
15:38celle qui va vous filmer.
15:40Parce que ce n'est pas rien de filmer quelqu'un et d'être filmé par quelqu'un.
15:45C'est une relation très forte qu'on a avec un metteur en scène qui n'est pas de l
15:50'amitié, qui n'est pas de l'amour, qui est ce qui se passe entre un metteur en scène et
15:56un acteur.
15:58Et un refus ?
15:59Un refus, c'est quand le sentiment que, justement, il n'y a pas cette promesse-là.
16:05Parce que c'est comme une promesse, sans aucune certitude que le résultat va être forcément là.
16:14Mais peu importe, le résultat, une fois qu'on a la certitude qu'il faut faire ce qu'on fait,
16:19le résultat, c'est encore autre chose.
16:21Ça dépend ni du film, ni de soi, ni de la réussite objective du film, on le sait bien.
16:28Il y a d'autres paramètres qui entrent en jeu.
16:29Ça vous est déjà arrivé que votre agent ou des gens autour de vous vous disent qu'il faut absolument
16:34faire ce film, tu ne te rends pas compte, ça va cartonner ?
16:38Et que vous vous dites, avec tous les efforts du monde, je ne me vois pas faire ça.
16:43Je n'entends personne me parler de cette manière-là.
16:48Parce que je pense que c'est difficile, encore une fois, de savoir si c'est un film vraiment, comme
16:53on dit, cartonné.
16:57Oui, mais après, j'écoute des conseils, bien sûr.
17:00Il y a aussi l'aspect financier.
17:01On peut vous dire, ils te veulent tellement qu'ils sont prêts à allonger tant.
17:05Ah oui, oui, ça peut arriver.
17:08Ce n'est pas vraiment comme ça.
17:10Ça ne marche pas comme ça ?
17:11Pas complètement, non.
17:13Un petit peu, des fois ?
17:14Un petit peu.
17:16Mais pas trop.
17:17On va se faire une séquence ensemble, ça s'appelle la photo.
17:19Non, mais un petit peu, même pas du tout.
17:20Même pas du tout ?
17:21Non, non, pas du tout.
17:23Je dis ça parce que pour être d'accord avec vous, mais en fait, pas du tout.
17:27On va se regarder une photo et je vais vous laisser parler à cette photo.
17:29Avec plaisir.
17:30C'est l'instant photo.
17:31Si la photo est bonne, si la photo est bonne, si la photo est bonne.
17:45Isabelle Huppert, pouvez-vous expliquer à cette petite fille qui vous êtes, est-ce que vous faites maintenant ?
17:50Qu'est-ce que vous êtes devenue ?
17:52Je suis toujours, voilà, comme ça, je trouve.
17:57Non, c'est vrai.
17:58C'est vrai ?
17:59Il y a toujours le même air.
18:00Sur beaucoup de plans, oui.
18:01J'aime bien ma poupée, elle est assez jolie.
18:03Est-ce que j'ai gardé cette poupée ?
18:04Je ne sais même pas quel âge...
18:07Ça fait bizarre de se regarder.
18:09Enfin, de se regarder...
18:13Le regard est confiant, en tous les cas.
18:15Vous étiez qui, à ce moment ?
18:18Est-ce qu'il y a un autre petit garçon derrière vous ?
18:20J'étais allée...
18:21Ou une petite fille, peut-être, je ne sais pas.
18:23J'étais à l'école.
18:25C'est des photos qu'on faisait à l'époque.
18:27Quand vous photographiez un par un, c'était bien.
18:29Pas qu'en groupe.
18:30Et pas en selfie.
18:31Voilà.
18:32Et du coup, on garde les photos.
18:34Exactement.
18:34C'est bien.
18:35On faisait les albums et on gardait les photos.
18:37Et au futur.
18:38C'est quoi le futur ?
18:39Votre vision du futur ?
18:41Tout à l'heure, on va jouer un petit peu.
18:44Et il y a une catégorie, j'étais dans le futur.
18:47On va classer des photos de vous.
18:49Et pour moi, vous incarnez quelque chose.
18:52Justement, de connecter au présent
18:54et de se réinventer tout le temps.
18:57Parce que la nouveauté, c'est toujours une forme d'excitation,
19:00comme la curiosité.
19:01J'ai l'impression que c'est un moteur chez vous.
19:04La curiosité, oui.
19:08Donc, peut-être, si on a inventé,
19:10ça va forcément avec la curiosité.
19:12Parce que ça va avec...
19:15Oui, avec le goût de...
19:18Le goût d'aller ailleurs.
19:20Alors, on peut aller ailleurs en restant chez soi aussi.
19:22Il ne faut pas forcément aller à 10 000 kilomètres.
19:26Mais ça peut aussi aller en allant à 10 000 kilomètres, justement.
19:31Mais en tous les cas, le goût du déplacement.
19:33Voilà.
19:33Ça, c'est vrai.
19:35Le futur, pour beaucoup, rime avec intelligence artificielle.
19:39Et c'est une polémique qui a un petit peu agité le milieu du cinéma
19:45et sur lesquelles peu de gens se sont exprimés
19:47en disant, aujourd'hui, quand on signe un contrat pour un film,
19:50notamment avec des plateformes,
19:51ils peuvent créer ou pas des clones numériques.
19:55Oui, oui.
19:55Il paraît que peut-être je verrai mes films
19:59où les actrices...
20:00Une actrice parlera.
20:01Enfin, ça sera moi qui parlerai en japonais ou en chinois.
20:05Voilà.
20:05Il paraît.
20:06Ça va arriver très vite, oui.
20:08Et est-ce que vous, vous laisseriez des gens
20:11vous cloner, vous rajeunir, vous vieillir,
20:13survivre à vous ?
20:14Le moins possible, quand même.
20:16J'espère.
20:16Bien sûr.
20:17Ça n'est pas arrivé encore,
20:19mais on n'a pas envie que les choses vous échappent
20:21à ce point-là.
20:22Voilà.
20:22C'est le contraire de la maîtrise.
20:25On croit tout maîtriser de cette manière-là
20:26et en fait, on ne maîtrise plus rien.
20:28On va se regarder ensemble quelques scènes cultes
20:31qu'on a trouvées sur l'App Canal.
20:34On va commencer avec la pianiste de Mickaël Hanéqueux
20:37et on clique.
21:04Vous abordez Bach de la même façon que Beethoven
21:05et Beethoven de la même façon que tout le reste.
21:10« Qu'est-ce qui vous a poussé à étudier la musique ? »
21:14« Votre petit talent, je peux vous assurer
21:16qu'il n'en vaut pas la peine.
21:17Si vous n'avez pas d'autre motivation,
21:19devenez pianiste dans une boîte de strip-tease
21:20et cessez de me faire perdre mon temps. »
21:22« Professeur. »
21:23« Quoi ? »
21:26« Je suis désolée. »
21:28« Et de quoi ? »
21:30« Pour tout à l'heure, chez le marchand de jambon. »
21:35« Et pourquoi ? »
21:39« Pourquoi es-tu désolée ? »
21:41« Et de quoi ? »
21:43« Ça va pas, ça. »
21:46« Il suffit pas de dire que t'es désolée,
21:47si je ne sais même pas de quoi. »
21:50« Et tu es désolée parce que tu es un salaud ? »
21:53« Ou parce que tes amis sont des salauds ? »
21:55« Ou encore parce que toutes les femmes sont des salopes ? »
21:57« Puisqu'elles font de toi un salaud ? »
22:00« Ou bien simplement parce que tu t'es fait pincer ? »
22:03Comment vous l'analysez, cette scène ?
22:06Je l'analyse comme tout le film,
22:12une sorte d'exigence presque folle
22:20vis-à-vis de l'expression artistique,
22:24de l'expression amoureuse,
22:25le rapport à la musique étant la parfaite métaphore
22:31dans le film du sentiment amoureux
22:35et une exigence vis-à-vis de la vie
22:39qui n'est supportable ni pour elle-même
22:42ni pour les autres.
22:43Et il y a aussi la rencontre
22:46entre la mise en scène et la comédie.
22:49C'est-à-dire que là, c'est Anne Ecke
22:51qui filme l'agressivité.
22:54Elle commence de dos.
22:55Vous êtes absente,
22:56mais omniprésente sur la musique.
22:58C'est-à-dire que vous venez rajouter
23:00du bruit à la mélodie.
23:01Après, on vous découvre mais de dos encore.
23:05Puis à la fin, de face.
23:06Et là, c'est implacable.
23:08J'ai toujours aimé les plans de dos.
23:10Je trouve que c'est peut-être l'art
23:11des très grands metteurs en scène,
23:13de bien filmer les dos.
23:15Il y a plusieurs plans.
23:16Il y a un autre plan de dos dans le film
23:18où je mange un sandwich plus tard
23:20dans le film, devant la même vitre.
23:22Mais c'est drôle parce que c'est presque
23:24la première fois que je remarque aussi bien,
23:27grâce à vous,
23:30qu'en fait, on voit assez bien
23:31la réflexion dans la vitre.
23:33C'est de dos, mais on voit quand même,
23:34on perçoit bien le visage
23:36dans la vitre de face.
23:39Mais il y a une force d'expression
23:41dans la manière dont il filme
23:43la nuque, qui est vraiment extraordinaire
23:45dans les films de Michael Haneke.
23:47Mais ça interroge aussi sur...
23:50C'est quoi le sens du mot présence
23:51pour une actrice ou pour un acteur ?
23:53Il y a la présence, ça va aussi avec l'absence.
23:59La présence, ça va avec le sentiment
24:02qu'il y a un ailleurs,
24:04il y a quelque chose qu'on voit
24:05au-delà de la présence,
24:06ce qui est donc particulièrement explicite
24:08quand c'est justement un plan de dos.
24:10Mais ça l'est aussi sur un plan de face
24:12où on a le sentiment
24:14qu'on pense à quelque chose
24:16et qu'on voit quelque chose
24:20et qu'on peut penser autre chose
24:21en voyant le plan qu'on voit.
24:23Vous avez évoqué la difficulté
24:25d'avoir du rythme dans les dialogues.
24:28J'aimerais qu'on change de genre
24:29et qu'on change de réalisateur.
24:32Bertrand Blillet, la femme de mon pote.
24:34Et c'est vous face à Coluffe.
24:36On clique.
24:37T'as pas l'air emballée ?
24:39J'ai des problèmes avec ma conscience.
24:40C'est autre chose.
24:44Moi, je trouve que ça te va bien,
24:45les rôles de salauds.
24:47Arrête de me tripoter, s'il te plaît.
24:49Tu disais pas ça tout à l'heure ?
24:51Oui, mais tout à l'heure,
24:51c'était tout à l'heure.
24:52Maintenant, c'est maintenant.
24:53La terre tourne.
24:56T'es toujours aussi désagréable
24:57après avoir fait l'amour ?
24:59Mais ça dépend avec qui.
25:00Tu voudrais quand même pas
25:00que je roucoule.
25:04Tu m'as quand même dit
25:05que tu m'aimais, je te le signale.
25:06Oui, ben je dis ça à tout le monde, voilà.
25:08Je dis tout le temps ça aux filles.
25:09Qu'est-ce que tu veux ?
25:10C'est plus fort que moi,
25:11faut que je parle quand je baise.
25:12Alors je dis des conneries.
25:14C'était peut-être pas une connerie.
25:15Bon, écoute, Viviane,
25:17on va pas en faire un fromage, hein ?
25:19On a tiré un coup,
25:20maintenant on tourne la page.
25:22Non, mais sans blague.
25:24T'es très gentil,
25:24t'as plein de qualités,
25:25mais je m'excuse de te dire ça,
25:27t'es pas la première fille
25:28que je baise.
25:30Il m'est arrivé d'en baiser
25:31des beaucoup plus belles que toi, même.
25:34Pas souvent,
25:34mais ça m'est arrivé.
25:37Ah, c'est drôle de revoir ça.
25:39Colus.
25:41Était merveilleux.
25:42Et en fait,
25:43ce qui est dingue,
25:44c'est que
25:46le personnage,
25:48votre personnage,
25:48fait exprès
25:50d'avoir des réactions
25:52souriantes,
25:53alors qu'elle est en sidération,
25:55que vous jouez la sidération,
25:56que vous savez même plus
25:58ce qui se passe
25:58face à quelqu'un
25:59qui dit des choses
26:00mais complètement folles.
26:01qui est juste terrible,
26:02surtout,
26:03il est très très méchant,
26:05quand même.
26:05Méchant, misogyne.
26:06Et en même temps,
26:06il est méchant
26:06parce que je pense
26:07qu'il est troublé,
26:08mais je ne sais pas
26:09si on peut faire une analyse,
26:11disons,
26:12psychologique,
26:14aussi poussée.
26:15Enfin,
26:15je crois qu'il y a
26:15quelque chose,
26:16il y a une certaine,
26:18il y a des éléments
26:18plus bruts que ça
26:19dans la scène
26:20telle qu'elle est proposée.
26:21Voilà.
26:23Mais en même temps,
26:24qui cache aussi,
26:25parce que finalement,
26:26oui,
26:28il est touché par elle,
26:29certainement.
26:31Et réciproquement.
26:32Il y a une question
26:33que moi,
26:33je n'aime pas,
26:34c'est les gens
26:34qui disent à l'époque,
26:35on pouvait tout se permettre,
26:36on pouvait tout écrire.
26:38Et je trouve que chaque époque
26:39a son écriture
26:40et que c'est très bien
26:41que les choses évoluent.
26:42Il ne faut pas rester figé
26:43dans le passé.
26:44Quand vous revoyez ces dialogues,
26:45est-ce que ça vous choque ou pas ?
26:47Ces dialogues-là,
26:48non,
26:48je les...
26:50Non, non.
26:51Pourquoi ?
26:51Non, non,
26:52je ne les trouve pas choquants.
26:54Il y a eu pire.
26:55Et il y aura pire,
26:56j'espère,
26:56encore.
26:57Voilà.
26:59C'est dans ce sens-là
26:59qu'il faut aller voir le futur.
27:01Mais oui.
27:01Il ne faut pas forcément
27:02faire plus poli,
27:03il faut faire pire.
27:05Il faut faire ce qu'il convient
27:06de faire,
27:07si on veut décrire
27:10une situation
27:11de la manière la plus
27:12à la fois
27:15intelligente,
27:16surprenante,
27:17à la fois drôle
27:18et un peu touchante aussi,
27:20parce que...
27:21Voilà.
27:22Et puis,
27:22il y a le plaisir pour moi
27:24de voir Coluche
27:25qui était vraiment
27:27un personnage merveilleux.
27:28C'était comment,
27:29un tournage avec Coluche ?
27:31C'était drôle,
27:33mais on imagine bien
27:35que Coluche,
27:36derrière son comique,
27:38sa drôlerie,
27:38il cachait
27:41beaucoup d'autres choses.
27:42Une grande intelligence,
27:44une grande sensibilité.
27:47On ne peut pas être aussi drôle
27:48sans être triste.
27:49Ce n'est pas possible.
27:50Exactement.
27:50Une forme d'émotion
27:51constamment mise à distance,
27:53non,
27:54je l'aimais beaucoup Coluche.
27:56C'est très bien entendu.
27:57Est-ce qu'on peut se faire
27:58un petit plaisir
28:00de trois minutes ensemble ?
28:01Avec plaisir.
28:02On clique sur Huit femmes.
28:21Au bout du téléphone,
28:23Il y a votre voix,
28:26il y a les mots
28:27que je ne dirai pas.
28:29Tous ces mots
28:30qui font peur
28:31quand ils ne font pas rire,
28:33qui sont dans trop de films,
28:35de chansons et de livres.
28:38Je voudrais vous les dire
28:39et je voudrais les vivre.
28:42Je ne le ferai pas.
28:45Je veux,
28:46je ne peux pas.
28:49Je suis seule à crever,
28:51je suis seule à crever
28:52et je sais où vous êtes.
28:53J'arrive,
28:54attendez-moi,
28:56nous allons nous connaître.
28:58Préparez votre temps pour vous,
29:01j'ai tout le mien.
29:03Je voudrais arriver,
29:06je reste,
29:08je me déteste.
29:10Je n'arriverai pas,
29:12je veux,
29:13je ne peux pas.
29:16Je devrais vous parler,
29:20je devrais arriver,
29:24ou je devrais dormir.
29:31J'ai peur que tu sois sourd,
29:33j'ai peur que tu sois lâche,
29:36j'ai peur d'être indiscrète.
29:38Je ne peux pas vous dire
29:42que je t'aime,
29:44peut-être.
29:58Mais si tu crois un jour
30:01que tu m'aimes,
30:03ne crois pas que tes souvenirs
30:05me gênent,
30:07et cours, cours,
30:08jusqu'à perdre haleine,
30:11viens me retrouver.
30:14Si tu crois un jour
30:16que tu m'aimes,
30:18et si ce jour-là
30:19tu as de la peine,
30:21à trouver où
30:22tous ces chemins
30:23tout-même,
30:25viens me retrouver.
30:29Si le dégoût de la vie
30:31vient en toi,
30:35si la paresse de la vie
30:38s'installe en toi,
30:42pense à moi,
30:46pense à moi,
30:50mais si tu...
31:07Il n'y a pas d'autre mot
31:08que performance.
31:10En tous les cas,
31:11c'était la très belle idée
31:13du film de François Ozon,
31:16de faire passer chaque personnage
31:18dans ce film qui était une comédie,
31:20qui était un peu comme un cuit d'eau,
31:22comme presque un jeu pour enfants,
31:24comme ça,
31:24avec des personnages
31:25très destinés,
31:26de manière parfois
31:27un peu volontairement caricaturale,
31:29et tout d'un coup,
31:30que chaque personnage
31:31ait la possibilité
31:32de converger
31:33vers leur point de...
31:36leur vérité, quoi,
31:37leur point d'émotion,
31:38de sensibilité.
31:40Mais votre point d'émotion...
31:41À travers la chanson,
31:42chacune chantée.
31:43Votre point d'émotion à vous,
31:44c'est...
31:45Vous êtes allé le chercher où ?
31:46Dans l'histoire du personnage,
31:48ou dans les paroles
31:48de Michel Berger,
31:49ou dans la mélodie ?
31:50Moi, je vais le chercher
31:51absolument nulle part.
31:52Pour moi, c'est...
31:54Au fond, c'est très technique.
31:55Je ne sais pas
31:56à quoi on pense, finalement.
31:58Bon, en plus,
31:59dans un cas comme ça,
32:00oui, il y avait quand même...
32:01Il y a des gestes,
32:02il y a des...
32:02J'avais oublié
32:03ce qui précédait
32:04tout le passage au piano.
32:06Donc, ce qui est le goût,
32:06c'est le passage
32:08de l'un à l'autre
32:09dans la scène.
32:11Bon, technique,
32:12ce n'est peut-être pas
32:12le mot qui convient.
32:13Mais en tous les cas,
32:14c'est...
32:15C'est quelque chose
32:16que vous maîtrisez.
32:18Oui, et puis surtout,
32:19je me dis toujours au fond
32:20à quoi on pense
32:21quand on fait ça
32:21et je crois qu'on ne pense
32:22à rien, en fait.
32:23On pense au plaisir
32:24de le faire
32:25parce que c'est une grande
32:26jouissance aussi.
32:28Et comment vous avez
32:29perçu cette scène
32:30la première fois
32:31que vous l'avez vue finie ?
32:32Oh, je ne me souviens plus.
32:34Je pense que c'est des scènes
32:36qui ont été très travaillées.
32:37C'est une très belle chanson.
32:39Elle est merveilleusement chantée
32:42par François Zardy.
32:44Donc, voilà,
32:45c'est tout d'un coup
32:46s'approprier quelque chose
32:47aussi qui appartient
32:47tellement à quelqu'un
32:49que c'est finalement
32:50assez difficile.
32:51Et vous aviez eu un retour
32:52de François Zardy
32:53à l'époque ?
32:57Je l'ai eu, oui,
32:58plus tard, oui, oui.
32:59Qu'est-ce qu'elle vous a dit ?
33:01Elle était contente.
33:02Oui, bien sûr.
33:04On reste sur la musique,
33:05les amis,
33:05c'est l'interview en musique.
33:07On pose des questions
33:08avec des paroles
33:09de plein de morceaux.
33:10Du présent, du passé,
33:11on va tout mélanger.
33:12C'est l'interview en musique.
33:27Isabelle Huppert,
33:28est-ce que ces paroles
33:29de Tiacola,
33:30dont l'album est sorti
33:31cette semaine,
33:32vous parlent ?
33:32C'est là que je réalise
33:33tout ce que j'ai,
33:34ce que j'ai pu apporter,
33:36pourquoi on ressent
33:36plus d'amour ailleurs
33:37que chez soi,
33:38mon succès
33:38a tant dérangé.
33:47Ah oui,
33:47voilà,
33:48c'est très riche,
33:48c'est très dense.
33:50Moi,
33:50je ne peux pas
33:52tout ce que j'ai.
33:53Je ne sais pas
33:53ce que j'ai déjà.
33:54Ce que j'ai pu apporter,
33:55je l'ignore,
33:57je ne sais pas.
33:58J'espère quand même
33:59un peu...
34:00Un énorme apport
34:01à la culture,
34:01au cinéma,
34:02au théâtre.
34:03C'est eux
34:04qui m'ont beaucoup apporté
34:05aussi.
34:06À quel âge
34:07votre fille
34:08a dit les mots ?
34:10Moi,
34:11je m'appelle Lolita.
34:14Moi,
34:14je m'appelle Lolita.
34:19Je pense qu'elle l'a dit
34:20dès qu'elle a commencé
34:23à parler.
34:23Est-ce que ça vous arrive
34:24de vous regarder dans le miroir
34:25et parfois de vous faire
34:26une petite montée
34:27et de vous dire
34:37Alors là,
34:40non.
34:40Je crois que j'aurais du mal
34:42à...
34:43Non.
34:44À me dire ça
34:46à mon propos.
34:47Non.
34:47Non, non.
34:49Est-ce que quand on commence
34:50à penser ça,
34:51c'est pas le...
34:52C'est le début de la fin.
34:53Exactement.
34:54Non, mais quand on...
34:54En fait,
34:55on s'évalue par rapport
34:56aux autres.
34:57C'est-à-dire
34:58qu'il faut peut-être
34:58beaucoup d'insécurité
35:00pour...
35:01Et se dire ça
35:02et avoir besoin
35:02de se le dire, surtout.
35:04Ce qui n'est pas mon cas.
35:06Bravo.
35:07Qui vous a appelé la nuit
35:08pour vous dire
35:09comment vous vous sentez ?
35:24J'aime pas trop qu'on me réveille la nuit
35:26au téléphone.
35:29J'aurais plutôt...
35:30Enfin, là, dans ces cas-là,
35:32on voit le verre à moitié vide
35:33ou à moitié plein.
35:34J'aurais plutôt peur
35:34qu'on m'annonce
35:35une mauvaise nouvelle.
35:36Et vous, vous appelez qui
35:37quand vous avez besoin
35:38de parler la nuit ?
35:41J'appelle personne.
35:43Non, j'écoute la radio.
35:46On va se faire un truc ensemble,
35:47c'est qu'on va classer
35:49vos tenues.
35:50Vous connaissez le concept
35:51de la tier liste ?
35:52La tier liste ?
35:53La tier liste,
35:54c'est-à-dire qu'on fait
35:54une liste ensemble
35:55de catégories
35:56et on va prendre des photos
35:57de vous
35:57et je vous laisse les classer.
35:59D'accord.
36:09Alors, voici les catégories
36:11de la click list.
36:12On a
36:12J'étais dans le futur.
36:14Qu'est-ce que ça peut te faire ?
36:15Je suis Isabelle Huppert.
36:17Et pourquoi pas
36:18Iconique
36:19Aura 3000.
36:21Ok ?
36:22Ouais.
36:22On commence avec
36:23ces vidéos.
36:34Et alors là,
36:35il faut que je...
36:36Moi, je dirais...
36:37Personne, je dirais
36:38Aura 3000, mais...
36:39Moi, je dirais
36:40pourquoi pas.
36:41Pourquoi pas ?
36:41Ok, très bien.
36:42On le met dans
36:42pourquoi pas.
36:43Image suivante.
36:45Isabelle.
36:48Johan.
36:51Nicolas.
36:53Aura 3000.
36:54Aura 3000 direct.
36:56Est-ce qu'il y a
36:56quelque chose de drôle
36:57quand même toujours
36:58dans votre rapport
36:59à tout ça ?
37:00Il ne manquerait plus
37:01qu'on se prenne au sérieux.
37:03La mode,
37:03c'est toujours un peu
37:04aussi une hypertrophie
37:07de ce qu'on est.
37:12Il y a une forme
37:13d'exagération
37:14et il faut la jouer
37:15comme telle.
37:16Bien sûr,
37:16mais c'est ça qui est
37:17à la fois amusant
37:19et...
37:20Enfin, surtout amusant.
37:21Mais je trouve que
37:21ça en dit même...
37:22Et plaisant.
37:22Parce que vous dites
37:23très peu de choses de vous,
37:24mais ça en dit même
37:24beaucoup de vous
37:25et de votre rapport à la vie.
37:26Vous êtes quelqu'un
37:26de plutôt cool,
37:28rigolo,
37:30dansant,
37:31alors que plein de gens
37:32vous décrivent...
37:33Je n'ai pas l'air.
37:33Non, mais en fait,
37:34moi, je n'ai jamais...
37:35Hyper antipathique.
37:36Je n'ai jamais eu affaire
37:37à la personne
37:37que parfois on décrit
37:39sur les plateaux.
37:39Parce que les gens
37:40ont beaucoup de déférences.
37:41Je ne crois pas qu'on décrit...
37:42Non, mais je crois
37:43qu'une actrice,
37:44elle est toujours
37:45un peu vue aussi
37:46à travers le prisme
37:47de ses rôles,
37:47tout simplement.
37:48Il n'y a pas d'explication
37:50très sophistiquée à ça.
37:52Image suivante.
37:54Mais la robe est formidable.
37:58Mais qu'est-ce que...
37:59J'étais dans le futur.
38:00Voilà.
38:00Voilà, j'étais dans le futur.
38:02Les chaussures
38:02accrochées au collant,
38:04c'est une possibilité.
38:06Vous étiez prête
38:06pour le fond vert,
38:07en tout cas.
38:08Oui, absolument.
38:10Photo suivante.
38:13Et pourquoi pas ?
38:14Évidemment.
38:16Image suivante.
38:17J'ai l'air d'un signe.
38:19Mais il n'en reste plus qu'un,
38:21donc iconique.
38:22Iconique.
38:23Vous avez un rapport particulier
38:25avec cette maison de couture.
38:27Oui.
38:28Et notamment avec un créateur
38:30qui est quelqu'un d'Hornorme,
38:31qui est Demna.
38:32Qui est Demna,
38:33qui était le créateur
38:34qui est parti maintenant,
38:35qui est rencontré
38:36brièvement par Pierre
38:37Paolo.
38:38Exactement.
38:39C'est quoi votre rapport
38:40avec cette maison, en fait ?
38:42Je crois que la manière
38:44dont ça a commencé
38:44avec Demna,
38:46c'est justement
38:47le goût du jeu,
38:48de l'exagération,
38:50ne pas vraiment
38:52se donner de limites,
38:54ce qui est souvent
38:55le principe de la mode,
38:56mais que lui,
38:57évidemment,
38:58a poussé
38:59et continué à pousser,
39:01j'imagine,
39:01très loin,
39:02qui est repris aussi.
39:03Alors, tout en,
39:04comment dire,
39:05respectant,
39:06pour employer un mot,
39:06qui se dit dans ce domaine,
39:08les codes d'origine,
39:10qui sont les codes
39:12de Balenciaga.
39:13Donc, on retrouve des formes,
39:16un formalisme, justement,
39:17mais qui est décliné,
39:18après,
39:18de la manière la plus libre
39:19et la plus, parfois,
39:20folle possible.
39:21est-ce que la mode
39:23est aussi une façon
39:25de raconter des histoires ?
39:26En tous les cas,
39:28oui,
39:28c'est une manière
39:29de raconter des histoires
39:30pour soi-même
39:31et de raconter une histoire
39:33sur son époque.
39:35Ce qui est montré,
39:36généralement,
39:37dans des circonstances
39:38exceptionnelles
39:39et spectaculaires
39:40du défilé,
39:41c'est évidemment
39:42comme une sorte
39:43d'exagération
39:45de ce qui pourrait
39:46être possible.
39:47c'est laisser surtout
39:49libre cours
39:51à son imagination
39:52et à son plaisir
39:53et ne pas se donner
39:55de limites.
39:56Donc, iconique.
39:57Image suivante.
39:59Alors,
39:59elle est où,
40:00la liste des...
40:01Qu'est-ce que ça peut te faire ?
40:02Ah oui,
40:02parce qu'on n'avait pas dit ça.
40:03Qu'est-ce que ça peut te faire ?
40:04Je suis Isabelle Huppert.
40:06Ce n'est pas tellement
40:08ma manière de parler,
40:09mais enfin,
40:10pourquoi pas ?
40:11Moi, c'est une phrase
40:13que je dis souvent.
40:14Ah oui ?
40:14Qu'est-ce que ça peut te faire ?
40:15Je suis Isabelle Huppert.
40:16Ah, d'accord.
40:17je connais.
40:20Photo suivante.
40:27Et pourquoi pas ?
40:28Et pourquoi pas ?
40:30Comme ça.
40:30Alors là,
40:30c'est parce que ça évoque
40:31un peu un costume.
40:33Là,
40:33ça joue sur
40:35un télescopage
40:36des époques,
40:38je trouve.
40:40De la con,
40:41ça pourrait être sorti
40:42d'un tableau
40:44classique.
40:45Donc,
40:45pourquoi pas ?
40:46Photo suivante.
40:48Oui,
40:48j'étais dans le futur.
40:49Évidemment.
40:50Mais vous êtes encore
40:51dans le futur.
40:53Photo suivante.
40:55Ah oui,
40:56alors ça,
40:57c'est une robe
40:57très personnelle
40:59pour moi,
41:00puisque c'est une robe
41:03réimaginée
41:03à partir
41:04d'une robe
41:06de cathé
41:07faite
41:08par
41:09mes aïeuls.
41:10Voilà.
41:12de la maison
41:13Calot.
41:14Et c'est Demna
41:15qui l'a
41:17réimaginée,
41:17mais à partir
41:18d'un modèle
41:18existant.
41:20Et vous lui avez
41:21donné accès
41:21aux archives
41:22familiales ?
41:22Elle est au
41:24métropolitane
41:24de New York.
41:27C'est dingue.
41:28Oui.
41:28Tout simplement
41:29iconique.
41:30Voilà.
41:30Et comme
41:31c'était pour
41:32le mettre
41:33et que le thème
41:34de cette année-là,
41:35c'était
41:35Sleeping Beauty,
41:37évidemment,
41:37elle avait toute
41:38légitimité à être là
41:39parce que c'était
41:39vraiment une beauty
41:41qu'on réveillait
41:42de là où elle était
41:43dans les archives
41:44du métropolitane.
41:46Merci Isabelle.
41:47C'était la click list.
41:48Voilà.
41:49Je vais vous poser
41:50la question la plus
41:51chelou de la journée.
41:53Alors peut-être
41:53que je vais faire
41:54la réponse la plus
41:55chelou.
41:56Exactement.
41:56C'est que vous avez
41:57fait quasiment
41:58tous les genres de films
41:58sauf un.
42:00Les films de super-héros.
42:02Ah mais moi,
42:03j'aimerais beaucoup,
42:03moi.
42:04Si Marvel vous appelle
42:05ou DC Universe ?
42:06Je ne dis pas
42:07oui les yeux fermés,
42:08mais si c'est bien.
42:10Oui, ça doit être
42:10amusant d'être
42:11dans un genre,
42:12dans une fabrication
42:14évidemment,
42:15probablement
42:15qui est assez loin
42:17et encore.
42:18Est-ce que c'est
42:18finalement si loin ?
42:19Parce qu'au fond,
42:21le cinéma,
42:23c'est cette matière
42:25extraordinairement extensible
42:26qui fait qu'on peut
42:27faire un film
42:27avec un générique
42:28qui déroule
42:29avec 750 personnes
42:30et puis ça peut être
42:31aussi un film
42:32d'Ang Sang-Soo
42:33qu'on fait
42:34avec trois personnes
42:35et il y a un moment,
42:37un endroit
42:39où c'est la même chose.
42:41La même chose,
42:41c'est quand une caméra
42:42vient vous filmer,
42:43c'est pareil.
42:45Donc une fois
42:46passées toutes les strates
42:47de l'étrangeté,
42:49de quelque chose
42:50qu'on ne connaît pas,
42:51de l'inconnu,
42:52on arrive finalement
42:53en territoire connu.
42:54Donc pourquoi pas ?
42:55Parce que c'est souvent
42:56ce qui fait le succès
42:57de films comme Avengers,
42:59le film n'est même pas sorti,
43:01qu'on annonce déjà
43:02trois milliards de recettes
43:03au box-office,
43:03c'est complètement d'un,
43:04c'est que ça tient
43:05sur des immenses acteurs.
43:06Ça tient sur
43:07Robert Downey Jr.,
43:09sur le retour au pas
43:10de Scarlett Johansson,
43:13sur Mark Ruffalo,
43:14et en fait,
43:15c'est un genre
43:15qui nécessite
43:16des acteurs.
43:17Des acteurs,
43:18des vrais acteurs.
43:19Oui, bien sûr,
43:20absolument.
43:21Voilà,
43:22donc le message
43:22est passé à Marvel,
43:24engagée Isabelle Huppert.
43:26Moi, je vais voir
43:27Isabelle Huppert
43:27ou dans Batman.
43:28Voilà, ce serait...
43:29Batwoman,
43:30tant qu'à faire.
43:31Ou Catwoman.
43:32Batwoman.
43:32Batwoman,
43:33exactement.
43:34En tout cas,
43:35le message est lancé
43:35à l'univers.
43:36Est-ce que moi,
43:37je peux vous recommander
43:37un petit clic ?
43:38Oui.
43:39Vous aimez Ricky Gervais,
43:40l'humoriste ?
43:41Vous connaissez ?
43:41Oui, oui,
43:42j'aime bien Ricky Gervais.
43:43Avant de faire des spectacles
43:44de stand-up
43:46complètement incroyables,
43:47il a fait des séries.
43:49C'est lui qui avait fait
43:49la version anglaise
43:50de The Office.
43:51D'accord.
43:51Et il a également fait
43:52une série qui parle
43:53du monde des figurants
43:54qui s'appelle
43:54The Extras,
43:55qui est filmée
43:57sur la forme
43:57du mot documentaire
43:58où en fait,
43:59il joue un figurant
44:01qui essaie
44:02de s'incruster
44:02par lui.
44:02Ah, d'accord.
44:03Et ça va forcément
44:04vous rappeler
44:05le film dans lequel
44:06vous êtes à l'affiche
44:07en ce moment,
44:08ni vu,
44:08ni connu.
44:11Oh, hi.
44:12I'm probably
44:13up fired
44:13for even being here.
44:15I'm an extra
44:16in this,
44:17but I'm an actor,
44:18really.
44:19I'm desperate
44:20and as I say,
44:21I'm really sorry.
44:22Oh, come on,
44:23don't apologize.
44:24Sit down.
44:25You're hustling.
44:26Acting is a noble profession,
44:27but it's a tough one.
44:29So how are you
44:29getting yourself out there?
44:30Well, I'm just
44:31getting my face around
44:32in anything I can,
44:34but you know,
44:35I suppose I'm networking,
44:36but I've written a script.
44:38You see, writing,
44:39you see, that's the key.
44:40I'm writing myself
44:41at the moment.
44:43You see, as actors,
44:45the only choice we have
44:46is yes or no,
44:47whereas if you're
44:48writing your own material,
44:49you're creating
44:50your own opportunities.
44:51This is my thinking,
44:52yeah.
44:53Qu'est-ce que vous en pensez?
44:54On va lui envoyer
44:55All About Corinne,
44:57ça lui rappellera,
44:58parce que c'est le nom
44:58du film en anglais,
45:00comme il va sortir
45:01aux Etats-Unis.
45:02Il ira voir,
45:03j'espère,
45:04All About Corinne,
45:05ça lui rappellera
45:05des souvenirs.
45:06C'est drôle.
45:07Oui,
45:08ça pourrait tout à fait
45:09être une scène de votre film.
45:11C'est très drôle.
45:12Est-ce qu'écrire,
45:13ça vous a déjà tenté ?
45:14Écrire pour vous
45:15ou demander en disant,
45:16voilà,
45:17j'ai telle histoire,
45:17tel personnage,
45:18ou vous êtes vraiment
45:21focus sur les choses
45:22qu'on vous envoie
45:23et qui vous touchent ?
45:24Ça ne m'a pour l'instant
45:26jamais tenté.
45:27Ça ne pourrait pas,
45:29non pas tellement
45:30me tenter,
45:30mais je pourrais éventuellement
45:32le faire peut-être un jour
45:34juste par curiosité
45:35pour voir ce qui sortirait
45:36de mon cerveau
45:37de cette manière-là.
45:39Pour l'instant,
45:40je n'en ai ni l'envie
45:43ni véritablement le besoin,
45:45mais j'ai aussi la chance
45:48à travers tous les rôles
45:51que je fais,
45:51à travers tous les metteurs
45:52en scène avec qui j'ai tourné,
45:53d'avoir eu suffisamment
45:55de liberté pour m'être donnée
45:59l'impression,
45:59peut-être elle est fausse,
46:01d'avoir exprimé
46:03ce que j'avais envie de dire.
46:04Il y a un mot avec lequel
46:05vous avez toujours eu
46:06beaucoup de pudeur
46:07et de distance,
46:07alors que c'est ce que vous êtes
46:09aux yeux du monde entier,
46:10c'est le mot artiste.
46:12Oui, c'est un mot
46:13qui ne fait pas du tout
46:14partie de mon vocabulaire.
46:17Je ne sais pas du tout
46:19comme ça que je vois
46:20un artiste.
46:21C'est peut-être un mot
46:22aussi pour moi
46:22qui me paraît
46:23un peu révolu,
46:25je ne sais pas,
46:25un peu 19e siècle,
46:27peut-être.
46:28Je vois un artiste,
46:29pour moi,
46:29je ne sais pas,
46:29c'est...
46:30C'est Renoir.
46:33Vous me l'avez ôté
46:33de la bouche.
46:34Oui, c'est Renoir,
46:35c'est Cézanne,
46:37c'est Berthe Morisot,
46:40enfin, je ne sais pas,
46:42Raphaël,
46:43Botticelli,
46:43oui,
46:45Mozart,
46:46voilà,
46:47depuis la nuit des temps.
46:49Mais en tous les cas,
46:50ce n'est pas moi,
46:50non.
46:52Et pourtant,
46:53oui,
46:54il y a des grands,
46:55très grands metteurs en scène
46:56qu'on peut évidemment
46:57considérer comme des artistes,
46:58mais c'est peut-être un mot
46:59qui est un peu
47:02galvaudé,
47:03qui, quand il est employé,
47:04me donne le sentiment
47:05que peut-être
47:07les gens se situent
47:08d'une certaine manière
47:09dans cette appellation.
47:11C'est une manière
47:12de s'extraire de l'humanité ?
47:14Oui,
47:15ou de se faire rentrer
47:17dans une catégorie
47:18à laquelle je ne me sens pas
47:19appartenir,
47:20en tous les cas.
47:20Et le mot star,
47:21qu'est-ce qui vous évoque,
47:22le mot star ?
47:23Le mot star,
47:25alors c'est pareil,
47:26oui,
47:26pourquoi pas,
47:27en même temps,
47:27c'est quand même difficile
47:28de se l'attribuer
47:32à soi-même,
47:33dans sa...
47:34la vie qu'on vit,
47:36même si on fait des films,
47:37même si c'est comme ça
47:37qu'on est perçu
47:38auprès des gens
47:40qui vont voir ces films.
47:43C'est peut-être
47:46moins important
47:47que la vie qu'on vit
47:49de manière privée,
47:50intime
47:51et de la vie réelle,
47:53y compris d'ailleurs
47:53dans ce qu'on fait,
47:54parce que ce qu'on fait,
47:55on le fait d'une manière
47:56aussi très privée
47:58et qui ne correspond pas
48:00tout à fait
48:00à ce qu'on finit
48:01par en voir.
48:03Au bout de la chaîne,
48:04au moment où on le fait,
48:06au fond,
48:06je me dis toujours
48:07les moments que je préfère
48:08aussi,
48:09peut-être quand je joue,
48:11c'est le moment
48:12où j'arrive le matin,
48:15où je suis toute seule,
48:17les moments où on se prépare,
48:18qui sont des moments
48:20extrêmement privés
48:20et intimes
48:21et qui ne correspondent pas
48:23du tout
48:23au résultat final
48:24et à ce que finalement
48:25le public va voir.
48:27Donc vous n'êtes pas
48:28une star pour vous ?
48:31En tous les cas,
48:32ce n'est pas à moi
48:32de le dire.
48:33Moi, je le dis,
48:34Isabelle Lupère
48:34est une star.
48:36Quand vous étiez
48:37au conservatoire à Versailles,
48:38vous ne rêviez pas de ça ?
48:39Vous ne dites pas
48:39un jour,
48:39je serai une grande star
48:40de cinéma ou de théâtre ?
48:41Non, vraiment,
48:41ça, je n'ai pas...
48:44D'ailleurs,
48:44je ne sais pas
48:44ce que j'ai rêvé,
48:45mais peut-être
48:46que je n'ai même pas eu besoin
48:48ni le temps de le rêver.
48:50Encore une fois,
48:51j'ai eu beaucoup de chance
48:53car j'ai joué,
48:54alors je ne dis pas
48:55que je le suis devenue
48:56tout de suite,
48:56mais j'ai joué
48:57très, très, très,
48:58assez tôt,
48:59enfin pas à 12 ans et demi
48:59quand même,
49:00mais très tôt.
49:01Donc,
49:02je n'ai pas eu le temps
49:03de rêver.
49:06Et puis,
49:09est-ce que je n'ai jamais rêvé ?
49:12Je me suis toujours dit
49:13que c'était peut-être
49:14au fond
49:16aussi un principe de...
49:17Une série,
49:18pas de compromis,
49:19mais oui,
49:21on peut toujours...
49:21Et c'est bien aussi,
49:23rêver de faire mieux,
49:24rêver de rencontrer
49:26des gens
49:27qu'on n'a jamais rencontrés.
49:31Mais ce qu'on a,
49:32c'est bien aussi.
49:32Et vous a fallu du temps
49:33pour vous dire,
49:34voilà,
49:35c'est mon métier,
49:36je suis à ma place ?
49:37Ah non,
49:39ça je...
49:40Non,
49:40parce que le peu
49:41que j'ai pu réfléchir
49:43à cette question,
49:44c'était surtout
49:44pour me dire,
49:46oui,
49:46qu'elle va être ma place,
49:47qu'elle pourrait...
49:49Donc,
49:49comme j'ai commencé
49:51tôt et facilement,
49:52je n'ai même pas eu
49:53besoin de me le dire.
49:55C'était une évidence.
49:56Et vous avez...
49:57Par ailleurs,
49:59ce n'est quand même pas
49:59tout à fait un métier
50:00comme les autres.
50:02Ça,
50:02je pense.
50:03En quoi ?
50:05En cela que...
50:08D'abord,
50:09il y a beaucoup de métiers
50:11qu'on n'a pas la chance
50:13de faire avec autant
50:13de plaisir,
50:15encore une fois,
50:15quand on a la chance
50:16de le faire
50:17de la manière
50:18dont je le fais.
50:20Donc...
50:20Avec moins de pénibilité.
50:22Oui,
50:22voilà.
50:23Je me dis ça souvent,
50:24quand même.
50:25c'est un immense privilège.
50:28Mais c'est encore important
50:28de se le dire
50:29après tout ce temps.
50:30Il y en a plein
50:31qui perdent pied,
50:31qui pensent que
50:32ça leur est dû ou que...
50:34Oui,
50:34ou qui se...
50:35Oui,
50:35enfin,
50:36moi,
50:36je me dis souvent
50:36que c'est...
50:38Oui,
50:39que c'est extraordinaire
50:40de faire ça.
50:41Vraiment.
50:42Mais c'est peut-être
50:43ce que le public
50:43reconnaît chez vous aussi.
50:44C'est pour ça
50:45qu'ils vous aiment
50:45depuis tant d'années.
50:46C'est qu'il y a
50:47énormément de gens
50:48qui ne considèrent pas
50:49le public,
50:50qui pensent
50:50qu'ils s'en sont extraits.
50:53Ah oui,
50:53mais alors ça,
50:53c'est encore autre chose.
50:54Ça n'a peut-être
50:55rien à voir
50:56et qu'ils peuvent avoir
50:57énormément de plaisir
50:57à faire ce qu'ils font
50:59et puis le public,
51:02ça peut être une personne
51:04ou des centaines
51:05ou des milliers.
51:06On ne sait pas.
51:08Ça ne vous est jamais arrivé
51:09de vous sentir hors sol ?
51:13Comme Sandrine
51:14dans N'Immune Iconnue
51:15qui dit
51:15« Est-ce que tu crois
51:16que Sandrine Kiberlin
51:17qui joue ? »
51:18Sandrine Kiberlin
51:18qui n'est pas Sandrine Kiberlin.
51:19C'est ça qui est
51:20tout à fait formidable
51:23dans ce que fait Sandrine.
51:26On est toujours forcément…
51:27Il y a forcément
51:28des moments
51:29où on est peut-être
51:30hors sol
51:30sans l'avoir voulu,
51:34mais pas que les acteurs,
51:37j'imagine,
51:38où tout d'un coup
51:38on est un peu…
51:40Voilà.
51:41Pas tout à fait
51:42là où on devrait être.
51:44Où il conviendrait
51:45qu'on soit plutôt.
51:46Isabelle Huppert,
51:47merci d'être revenue
51:48dans Clique.
51:50Merci à vous.
51:51Vous revenez bientôt,
51:51j'espère.
51:52Quand vous voulez.
51:53C'est la meilleure de réponses.
51:55Le 7 octobre,
51:56il faut aller vous voir en salle.
51:57Ça s'appelle
51:58« Ni vu ni connu »
51:59de Marc Fitoussi.
52:00Et c'est un bonheur.
52:02C'est un bonheur
52:03de voir ce film.
52:04Et c'est toujours un bonheur.
52:05Moi, quand je vois
52:05dans des comédies,
52:07maintenant,
52:07j'attends juste
52:07le film de super-héros.
52:08Encore un César,
52:09un Oscar,
52:10un Golden Globe,
52:10voilà.
52:11C'est la vie d'Isabelle Huppert.
52:12Merci beaucoup.
52:13Merci à vous.
52:14Et je vous souhaite le meilleur.
52:15C'est gentil.
52:16À vous aussi.
52:17Merci.
52:17Sous-titrage Société Radio-Canada

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