00:00Et Philippe-Audrey-Larue Saint-Jacques, il semble que c'est à vous.
00:03Oui, ben bonjour Madame Paracuelos.
00:06Bonjour.
00:08Ah, vous n'avez pas...
00:09Non, pas du tout.
00:09Ah oui, oui, voilà.
00:10Ah pardon, bonjour.
00:11Donc on recommence.
00:11Alors Philippe, je vois dans vos yeux le trouble des âmes blessées dans la nuit.
00:17Exactement, parce que j'ai vécu une première fois en France, je me suis fait engueuler pour la première fois,
00:22donc je l'ai vécu comme un rite de passage.
00:24Mais qu'est-ce qui est assez fou, qui est assez fou pour s'en prendre à vous,
00:29qui possédait la hardiesse d'un hussard et le panache d'un maréchal de France?
00:34Ben merci pour votre préoccupation très spontanée.
00:37Et bien c'est un inconnu, Madame Paracuelos.
00:40Alors il faut dire une chose, c'est que j'étais dans tous mes états parce que je revenais de
00:43l'Institut de France
00:44où, alors là, attachez-vous, j'ai vu le premier catalogue de bibliothèque de l'histoire,
00:49c'est sur des cartes à jouer, c'est fait par Jean-Baptiste Massieu.
00:52Tout le monde, ben je sens la passion autour de la table.
00:55D'ailleurs je l'ai filmé parce que je trouve ça très important d'archiver ma solitude.
00:59Et donc, enivré des mois, j'ai accidentellement coupé la queue chez Franprix.
01:05Vous savez, la grande épicerie des sans-culottes.
01:07Et donc sans le savoir, je venais d'outrager un bouillant.
01:11Un bouillant?
01:12Oui, un bouillant.
01:13Mais il ne s'en porte pas tout de suite, voyez, parce qu'il est sournois à l'estis.
01:16Donc il me contemple avant.
01:19Et comme une montre religieuse devant sa proie, il me demande posément,
01:22« Ça va? Vous êtes bien? Je peux vous aider? »
01:25Et moi, spontanément, je pense qu'il se soucie de ma santé mentale.
01:28Donc en fait, je commence à lui confier mes tourments, lui disant « Je viens de voir des cartes. »
01:32Et là, je comprends rapidement son indifférence à son « Mais j'en ai rien à foutre de ta gueule
01:36connard! »
01:37Et subitement, moi qui veux un peu répliquer, je comprends qu'on ne parle plus la même langue
01:41parce qu'il dit juste des « Oh putain, mais oh non, mais... »
01:44Donc en fait, il ne parle plus du français, il parle du Ikea, c'est-à-dire « Assemble l
01:48'insulte à la maison. »
01:49Et donc, je lui dis « Excusez-moi. »
01:51Oui, je reconnais l'élégance des hommes de prestige et d'audace.
01:54Bien merci, mais lui, un peu moins, parce qu'il m'interrompt en disant « Mais attends, attends, attends, je
01:58t'arrête tout de suite, toi. »
02:00Et ça, j'ai compris que c'est le départ de vos engueulades.
02:02En fait, ça, ça veut dire « Là, t'arrêtes tout, parce que les prochaines minutes seront consacrées à te
02:07détruire psychologiquement. »
02:09Et bonne chance pour la suite.
02:11Oui, probablement, mais bonne chance pour la suite.
02:13Et donc, à travers un déluge d'insultes, à travers lequel, je dois le dire, il me souhaite énormément de
02:17sexualité
02:18parce qu'il me dit de niquer, en fait, tout, ma mère, ma soeur, ma race,
02:22eh bien, je vois apparaître le génie français.
02:25Parce que comme je suis plus assez d'être de moi-même pour recevoir sa colère,
02:29eh bien, qu'est-ce qu'il fait ? Il monte d'une génération et il insulte mes parents.
02:34Donc là, il me demande « T'agrandis chez les singes. »
02:35Et là, il est capable de remonter l'arbre généalogique comme ça, à peu près jusqu'à Clovis, je dirais.
02:41Il me place même dans l'histoire en me disant « Mais en 60 ans, j'ai jamais vu un
02:45connard pareil. »
02:46Fait que je me dis que, ben, au moins, je suis dans un petit panthéon.
02:48Et bref, je comprends rapidement, cela dit, que j'ai plus trop rapport à sa colère
02:52quand il lance un « Eh bien, voilà la France d'aujourd'hui. »
02:55Et là, ça, je trouve ça lourd d'incarner le destin des chus d'une nation
02:59parce que j'ai été maladroit en voulant payer ma compote et mes figolus.
03:03Mais il enchaîne en disant « Mais c'est pas possible. »
03:06Et moi, au contraire, je trouve que c'est très possible.
03:08Parce que vos queues, c'est pas la force de la France, les queues, honnêtement.
03:12Des files d'attente, vous le dire.
03:13Oui, ben, vous dites des queues, nous, on dit des files parce qu'on distingue les choses.
03:18Mais donc, oui, ben, vos files d'attente, merci de le spécifier, c'est jamais droit, quoi que.
03:25En fait, c'est un essai, puis d'après ce que vous me disiez hors antenne, M. Duhamel,
03:28même les clubs échangistes sont souvent mieux structurés que les files d'attente.
03:32Et donc, tout s'arrête quand le caissier lui fait signe d'avancer.
03:35Et là, c'était fini avant même de comprendre ce qui s'était passé,
03:38comme une vraie première fois, finalement.
03:39Et heureusement, ben, si je me base sur toutes mes autres premières fois,
03:44et surtout ma passion pour les cartes bibliothèques,
03:46ben, ça risque pas de se reproduire de si tôt, cette engueulade.
03:50Merci, merci, merci, Philippe-Audrey, la rue Saint-Jacques.
03:54Oui, c'est le nom complet.
03:55Oui, je l'ai.
03:56Mais je vous promets que la prochaine fois, je serai nickel.
03:58C'est vrai?
03:59Lancement des annonces, tout compris le nom, etc.
04:02Je vous le jure.
04:03Les auditeurs n'y ont vu du feu, je pense.
04:06Dans un instant, les infos et le Mac de la grande matinale.
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