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Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, affirme que la réforme des concours de l'enseignement a permis de recruter assez de professeurs pour la rentrée scolaire. Il revient également sur la mise en place d'un questionnaire pour détecter les violences sexuelles.

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Transcription
00:00La grande matinale.
00:01Il est 7h47 et Benjamin Duhamel face à vous, le ministre de l'éducation nationale.
00:07Bonjour Edouard Geffray.
00:08Bonjour.
00:09Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:11En ce jour de pré-rentrée pour les enseignants, pour les élèves ce sera demain.
00:14Vous avez reconnu vous-même dans une circulaire de rentrée que cette année, je cite,
00:17ne sera pas celle de nouvelles réformes structurelles mais verra la consolidation des réformes engagées.
00:23Est-ce que c'est une façon polie de dire que pour améliorer le niveau des élèves,
00:27le quotidien des enseignants, il faudra attendre mai 2027 et le nom de votre successeur ?
00:31Ah non. Pardonnez-moi.
00:33C'est une façon non pas polie mais c'est une façon très claire de dire que
00:38autant il faut finir ce qui a été engagé, je pense par exemple à la réforme du recrutement des enseignants.
00:43On sait qu'on a fait le plein d'ailleurs cette année.
00:46Autant il y a un moment où il faut permettre aux gens aussi de se recentrer sur leur métier.
00:49Et moi ma conviction profonde c'est qu'il faut, notre institution scolaire,
00:54nos professeurs ont besoin de pouvoir se recentrer sur leur métier.
00:57Et donc de ne pas avoir de nouvelles réformes organisationnelles.
01:00Moi je ne suis pas venu là pour laisser mon nom une réforme,
01:02je suis venu là pour faire en sorte d'améliorer le système scolaire.
01:04Mais est-ce que en disant cela, Edouard Jeffrey, vous n'habillez pas une forme d'incapacité politique
01:08compte tenu de la situation à mener des réformes ambitieuses ?
01:12Écoutez, non, je n'ai pas l'impression.
01:13Mais vous savez, les vraies réformes ambitieuses d'éducation nationale,
01:16ce n'est pas forcément celles qu'on annonce à la radio ou au JT.
01:21C'est le travail de fond sur la qualité de la pratique pédagogique,
01:24sur les formations des professeurs, sur la lutte contre les violences sexuelles
01:29à l'école et en dehors de l'école d'ailleurs, sur la santé des élèves.
01:33Donc c'est des choses qui sont en général, qui n'intéressent pas forcément tout le monde,
01:36mais qui en réalité changent la donne.
01:38Et on va parler de tout cela, rentrons dans le concret, Edouard Jeffrey.
01:40Demain, donc 11,6 millions d'élèves retrouveront le chemin de l'école
01:44et ça fait partie des questions récurrentes à chaque rentrée scolaire.
01:46Est-ce que vous pouvez nous dire combien de classes se retrouveront sans professeur dans le second degré,
01:52c'est-à-dire au collège et au lycée ?
01:53Ou est-ce qu'au contraire, vous prenez l'engagement qu'il y aura bien un professeur devant chaque classe
01:58qui fait parfois partie des engagements qui ont été pris par vos prédécesseurs, assez rarement tenus ?
02:02Alors l'objectif, c'est évidemment que tout le monde et tous est professeurs,
02:07parce que je rappelle que dans le second degré, on a 8, 9 professeurs, parfois 10.
02:10Donc le premier objectif, c'est que ça soit tenu partout.
02:14Deuxième élément, ensuite, quand vous avez 800 000 professeurs dans 55 000 implantations
02:18et devant 11 600 000 élèves, dire qu'il est absolument certain qu'un professeur
02:25qui serait absent le matin parce qu'il est malade, etc., serait remplacé, ça serait mentir.
02:28Mais en tout cas, en absence de longue durée, c'est-à-dire de gens qui seraient absents un peu
02:33longtemps
02:33et non remplacés, les derniers éléments que j'ai montrent que s'il y en a, ce sera extrêmement marginal.
02:37Donc marginal, pas de phénomène plus large d'absence de professeurs devant les élèves du second degré ?
02:42Tous les indicateurs sont bien meilleurs cette année que les années précédentes,
02:44entre autres parce que les concours ont permis de recruter quasiment à plein.
02:48Même question très précise sur ce qu'on appelle les AESH,
02:51qui sont ces assistants d'éducation qui accompagnent les élèves en situation de handicap.
02:55Est-ce que là encore, il y a eu des phénomènes de pénurie d'AESH ?
02:59Est-ce que chaque élève en situation de handicap qui a besoin d'un AESH en aura un à l
03:04'occasion de sa rentrée scolaire ?
03:05Alors là aussi, un, l'objectif c'est que oui.
03:07Deux, pour le coup, on aura la photographie seulement fin septembre.
03:10On n'a pas ce genre d'élément-là, on n'en a pas connaissance dès le début de l
03:13'année.
03:14Trois, vous savez comme moi qu'il y a une croissance très forte pour le coup du nombre de notifications
03:19d'AESH,
03:19de demandes d'accompagnants, qui généralement nous arrivent dans l'été.
03:23Et parfois toute fin août.
03:24Donc ça c'est une façon de dire qu'il y aura des élèves qui se retrouveront sans assistant en
03:29handicap.
03:29Dire que dès demain matin, tous les élèves qui ont reçu une notification, y compris il y a deux jours,
03:33auront l'AESH, ce serait vous mentir.
03:35Notre cible là encore, c'est de faire que ce soit le plus couvert possible.
03:37Vous vous parliez, Edouard Jeffrey, de la question des violences sexistes et sexuelles à l'école.
03:41Il y aura une nouveauté cette année, dans le formulaire que vous soumettez aux élèves sur le harcèlement scolaire,
03:46qui est distribué chaque année, il y aura des questions sur les violences sexistes et sexuelles.
03:50Vous avez utilisé cette expression, vous dites, craindre des résultats, je cite, sismiques, tant le phénomène est massif.
03:57Est-ce que ça suffit, un formulaire, face à un tel afflux de violences pour lutter contre ce phénomène ?
04:04Vous savez, c'est intéressant parce que depuis quelques jours, tout le monde me demande si ça suffit.
04:09D'ailleurs, personne n'a eu envie de le faire.
04:11Et ça ne fait jamais les gros titres que potentiellement 10% de nos enfants soient victimes de viols ou
04:17d'agressions sexuelles.
04:18On en parle beaucoup.
04:18On en parle beaucoup, malheureusement, sur les drames individuels.
04:22C'est-à-dire qu'on fait jaillir des drames individuels.
04:24Mais enfin, personne ne s'arrête sur le fait qu'en France, il y a potentiellement un enfant sur dix
04:28qui est victime de viols ou d'agressions sexuelles.
04:30C'est-à-dire le caractère systémique de ces violences sexuelles.
04:33Ça veut dire qu'on est sur un caractère vraiment sociétal.
04:35Enfin, voilà, quand vous avez un sur dix dans une classe, vous rentrez dans une classe, vous avez entre deux
04:37et trois enfants qui ont été victimes de viols ou d'agressions sexuelles.
04:4180%, 85% même, a priori, dans le cercle familial.
04:45Et donc, deux éléments.
04:47Un, on détecte, c'est-à-dire qu'on dit à tous les jeunes, vous avez rempli un questionnaire, vous
04:51pouvez effectivement dire si vous avez ou pas été victime d'actes qui sont inqualifiables.
04:56Et deuxièmement, ils pourront tous laisser leur nom et leur prénom s'ils souhaitent être contactés par un adulte de
05:00confiance.
05:01Et à ce moment-là, on déclenchera évidemment d'abord le recueil de la première parole.
05:03Et derrière, ça veut dire signalement à la justice, déclenchement de l'accompagnement social, etc.
05:08Mais ça veut dire même pour des très jeunes élèves en maternelle, ils sont à même de remplir ce formulaire
05:14ou d'être aidés à le remplir ?
05:15Alors, le questionnaire va être adapté pour les âges.
05:16On travaille avec des psychiatres, etc.
05:18Et on va le faire dès la grande section, avec des questions adaptées, probablement des visages, vous savez, des smileys,
05:24je dis smileys, sauf qu'ils ne sourient pas.
05:25Mais enfin, vous voyez, rouge, vert, jaune, etc.
05:27Mais oui, effectivement, on va adapter pour que même un petit puisse répondre.
05:31Et après, bien sûr, ça ne vaut pas vérité.
05:33Il y aura un recueil de la parole et s'il y a un souci, transmission de la justice.
05:38Il y a la question du caractère systémique de ces violences.
05:41Et puis, il y a le sujet plus précis qui, évidemment, inquiète beaucoup les parents en cette rentrée.
05:45C'est la question des violences dans le périscolaire.
05:48Qu'est-ce que vous dites ce matin ?
05:49Même si on précise, bien sûr, que le périscolaire ne relève pas directement de l'éducation nationale, mais des collectivités.
05:54Qu'est-ce que vous dites ce matin aux parents qui sont inquiets de voir leurs enfants retrouver le périscolaire,
06:00retrouver le centre aéré ?
06:02Voir pour certains qui disent, eh bien, compte tenu de ce qui s'est passé, compte tenu de cet afflux
06:06de violences sexistes et sexuelles dans le périscolaire,
06:08je ne mettrai plus mes enfants dans le périscolaire.
06:10Qu'est-ce que vous leur dites pour les rassurer ?
06:12D'abord, je pense qu'il faut, malgré tout, il y a eu des drames.
06:16Il ne faut pas, à partir des drames, assimiler tout le périscolaire et inforcer ses animateurs à des criminels.
06:21L'immense majorité des animateurs périscolaires sont des gens qui sont dévoués aux enfants quand ils ont la charge.
06:27Maintenant, très clairement, il faut que le périscolaire qui relève des collectivités locales ait un niveau d'exigence vis-à
06:34-vis de ces agents
06:35qui est le même que celui qu'on a pour l'éducation nationale.
06:37Vous savez que dans le cadre de la loi sur la protection des enfants, je porte un principe de ce
06:40que j'ai appelé un fichier d'interdit d'école.
06:42C'est-à-dire que l'idée, ça veut dire que chaque fois que quelqu'un est écarté du service
06:46public, soit à l'école, soit en périscolaire,
06:48ou qu'il est écarté des animateurs sportifs, etc., à cause de son comportement avec les mineurs,
06:53il ne puisse pas remettre les pieds dans les murs de l'école.
06:56Ce fichier-là, tant que la loi n'est pas adoptée, il ne peut pas voir le jour.
07:00Donc on attend, évidemment, la fin des débats.
07:02Ça a été voté à l'unanimité à l'Assemblée nationale.
07:05Forte chance que ce soit voté, j'espère, dans les mêmes conditions.
07:08Dès qu'on aura cette autorisation législative, on pourra le faire.
07:11Et pour l'instant, comme les collectivités locales, je crois, sont maintenant très vigilantes,
07:17et évidemment, il faut que les parents, à la fois, fassent confiance, et puis aussi...
07:20Donc vous leur dites, allez-y, n'ayez pas peur, le périscolaire, les centres aérés, sont des lieux suffisamment sûrs
07:27pour vos enfants ?
07:28En tout cas, dans le principe, les lieux périscolaires sont sûrs pour vos enfants, comme l'école des vacances.
07:32C'est difficile à dire, et on mesure le traumatisme qui est celui des parents qui ont vu
07:37soit leurs enfants directement, soit des camarades de leurs enfants victimes.
07:41Et c'est pour ça que je suis assez ferme sur ce sujet-là.
07:44Mais en revanche, si vous voulez-moi parler à la place des 36 000 communes de France, j'en suis
07:48pas capable.
07:49Dire que dans le principe, on fait tout pour limiter les risques, ça, oui, je l'affirme.
07:53Édouard Geffray, on mesure la qualité du système éducatif, notamment à ce qu'on appelle les enquêtes PISA,
07:57qui, tous les trois ans, permettent de faire le point sur la lecture, les mathématiques,
08:01en comparant avec nos voisins pays de l'OCDE.
08:04Les prochains résultats de la prochaine enquête sont attendus dans les jours qui viennent,
08:07ils sont visiblement mauvais, ils continuent d'être mauvais.
08:11Ça fait dix ans que vous avez mis en place le dédoublement des classes dans le primaire,
08:15la refonte des programmes.
08:17Qu'est-ce qui ne marche pas ? Pourquoi ça ne marche pas ?
08:19Alors, d'abord, effectivement, les états de PISA, ils seront connus là, dans les huit jours.
08:24Donc, on verra à ce moment-là, parce que moi, je ne connais pas le contenu et le détail.
08:28Donc, on verra à ce moment-là.
08:30Ce qu'il y a de vrai, en revanche, c'est que quand on regarde, par exemple, nos évaluations nationales,
08:34on voit bien, et pardon, PISA étant une photographie qui correspond chez nous à l'entrée en seconde.
08:39C'est important de le dire.
08:41Nous, ce qu'on voit à l'entrée en seconde, c'est qu'on voit bien qu'on a encore
08:43beaucoup de travail à faire.
08:46C'est-à-dire que, pour être clair, il y a un effritement du niveau, notamment sur les années collèges,
08:51depuis maintenant très longtemps, c'est quelque chose qui est inscrit dans le temps.
08:55Donc, on ne sait pas forcément donner les causes, etc.
08:57Moi, il y a quand même un point, ce que j'aime bien citer depuis que je suis arrivé,
09:02c'est que nous sommes face à un processus de destruction intellectuelle et cognitive
09:06sous l'effet du numérique et des réseaux sociaux.
09:10Donc, les mauvais résultats, PISA, c'est le numérique et l'intelligence artificielle.
09:13D'abord, je ne sais pas s'ils seront mauvais, et ensuite, on verra si c'est lié à ça.
09:15Mais moi, ma conviction, en tout cas profonde, c'est qu'il y a tout un arrêt pédagogique d'un
09:19côté,
09:19ça c'est sûr, et vous parlez des programmes, enfin, les programmes, ils entrent en vigueur
09:23depuis l'année dernière, donc voyez bien que pour remonter la pente, il faut 15 ans.
09:26Nos voisins de l'OCDE font face aussi au numérique et à l'IA,
09:28et ça ne les empêche pas d'avoir des meilleurs résultats que nous.
09:31Moi, je ne connais pas, peut-être, PISA, si vous les avez tant mieux, mais moi, on verra.
09:33Vous connaissez les précédents.
09:35D'ailleurs, les précédents, justement, le précédent de 2022-2025,
09:39montrent bien que ce n'était pas...
09:40Il y a quand même des mouvements de fonds qui sont communs à toute l'Europe.
09:43Mais on verra une fois encore quand ces résultats seront parus.
09:46Moi, pour l'instant, je ne les ai pas.
09:49D'abord, redresser un site immigratif, ça prend du temps.
09:51L'enfant qui est né ce matin, il va passer son bac en 2044, si vous voulez.
09:54Donc, le PISA 2041, je voudrais bien en être comptable.
09:58Mais voyez, c'est ça que ça veut dire quand même, complètement.
10:00Et première chose, et deuxième élément, une fois encore,
10:03et je me permets d'attirer l'attention là-dessus,
10:04on est dans une situation où il y a une concurrence entre l'écran et l'apprentissage,
10:08et le risque, c'est qu'on perde dans cette concurrence.
10:10Merci beaucoup, Edouard Jeffrey, ça fera partie de votre feuille de route
10:13et de la feuille de route de votre successeur dans quelques mois. Merci.
10:16Et merci, Benjamin Diamel.
10:17On se retrouve tout à l'heure pour le grand entretien.

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