- il y a 5 minutes
Comment l'information est-elle traitée, vérifiée, choisie ?
Le journalisme est en pleine mutation. Réseaux sociaux, défiance, fausses informations, irruption de l’intelligence artificielle dans les rédactions, défis des médias locaux… Autant de bouleversements qui interrogent la façon dont l’information se fabrique, se diffuse et se consomme.
Les Amphis de l’info, c’est une invitation à entrer dans les coulisses. À poser les questions qui dérangent. À comprendre les choix, les contraintes, les doutes de celles et ceux qui font l’information au quotidien.
Découvrez dans cette vidéo l'intervention avec Poline Tchoubar (Le Monde), lors de la séquence « Enquêter en sources ouvertes ».
Une initiative du Monde, en partenariat avec France Télévisions et le réseau des radios Ici.
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00:08Du coup, on a parlé tout à l'heure de l'information locale, des médias de proximité.
00:14Moi, je vais vous parler d'exactement l'inverse.
00:16Je vais vous expliquer comment, au service vidéo, on fait pour enquêter sur les terrains inaccessibles.
00:23Et en fait, je vais vous parler d'un exemple très concret de l'actualité, qui est la guerre actuelle
00:30au Moyen-Orient, qui a commencé avec les bombardements en Iran.
00:34Le 28 février au matin, c'était un samedi, on commence à voir tomber des dépêches qui disent qu'il
00:43y a des explosions à Téhéran.
00:45Et là, on comprend que c'est une intervention des États-Unis et d'Israël qui sont en train de
00:50bombarder plein de zones différentes du pays.
00:54On voyait un peu venir cet événement, parce que ça faisait pas mal de semaines que Donald Trump parlait d
01:00'essayer d'empêcher l'Iran d'avoir un programme nucléaire.
01:06Il a parlé de changement de régime aussi.
01:09Donc on se retrouve là, comme ça, face à cette guerre, un samedi matin.
01:13Et bien évidemment, voilà, les journalistes, on est censé être en congé.
01:17Donc bon, on se met tous en ordre de combat.
01:19On revient à la rédaction.
01:21Il y a les journalistes d'actualité qui mettent un live sur le site pour pouvoir suivre en direct ce
01:27qui est en train de se passer.
01:28Mais par contre, on a un problème.
01:30C'est que le monde n'a aucun journaliste sur place en Iran.
01:35On a des journalistes dans la région, dans différents pays.
01:39On a des journalistes en Israël, en Turquie, au Liban.
01:43Mais en Iran, depuis avril ou juin 2021, toutes nos demandes de visa, elles ont été refusées.
01:51Et en fait, il y a très peu de journalistes étrangers qui peuvent travailler là-bas.
01:55Donc quand on s'est retrouvés face à cette guerre, on n'a pas eu d'autre choix que dans
02:01un premier temps de la couvrir à distance grâce à une ressource qui est très précieuse.
02:08Ce sont les sources ouvertes.
02:10Donc l'OSINT, c'est un acronyme un peu barbare qui signifie Open Source Intelligence.
02:15Donc si on traduit en français, ça veut dire le renseignement en fait en source ouverte.
02:21Donc pour le dire simplement, c'est la collecte et l'analyse d'informations publiques que chacun peut obtenir légalement.
02:28Et il y a aussi un autre élément qui est important, c'est l'analyse.
02:32Donc c'est pour ça qu'on parle de le mot intelligence qu'on traduit par renseignement.
02:37Il est différent du mot information.
02:39Il y a quand même une étape un peu supplémentaire qui consiste à faire sens en fait de toutes ces
02:43données.
02:43C'est un peu le sens de ce schéma qui montre toutes les innombrables informations auxquelles on est exposé sur
02:52Internet.
02:52En fait, là-dedans, il y a peut-être 95% de bruit et peut-être 5% de signal,
02:58c'est-à-dire d'informations qui nous sont vraiment utiles
03:01et qui nous aident à faire sens de ce qui se passe dans le monde.
03:06Donc l'OSINT, c'est donc une méthodologie d'enquête, mais c'est aussi quelques principes qu'on suit nous
03:12en tant que journaliste OSINT.
03:14C'est la traçabilité de l'information et la transparence en fait de nos méthodes d'enquête.
03:20À chaque fois qu'on publie un article ou une vidéo, on va montrer comment est-ce qu'on a
03:24trouvé, où est-ce qu'on a trouvé l'info, comment on est arrivé à ce résultat.
03:28Donc ça signifie aussi qu'en théorie, n'importe qui, avec un ordinateur et une connexion à Internet, peut refaire
03:36les mêmes recherches que nous et arriver aux mêmes résultats.
03:40Et donc pour faire ces recherches-là, ça implique aussi d'avoir quand même quelques compétences un peu spécifiques
03:48qui en fait sont assez transverses et qui viennent souvent pas forcément du monde du journalisme.
03:53Nous, on va utiliser, des fois on va utiliser du code, de la programmation pour collecter des données en masse
04:01issues de différents sites web.
04:03Parfois, on va utiliser des logiciels de cartographie qui sont utilisés peut-être par des géographes.
04:08Donc en fait, on prend plein de choses de plein de métiers différents pour nous aider à mieux traiter l
04:16'information à l'ère d'Internet.
04:19Alors du coup, pour vous montrer un peu plus concrètement qu'est-ce que c'est, je vais vous montrer
04:23trois types de sources ouvertes qu'on a utilisées
04:25pour traiter de la guerre au Moyen-Orient depuis quelques semaines.
04:31Et la première, la plus essentielle, ce sont les images amateurs.
04:35Parce qu'aujourd'hui, dès qu'un conflit commence quelque part dans le monde, la première chose qu'on voit
04:40émerger,
04:40c'est les vidéos des gens qui vivent sur place et qui sont en train de filmer tout simplement ce
04:46qui se passe à côté de chez eux.
04:47Et là, en l'occurrence, c'était des images de bombardements à Téhéran, mais aussi dans les pays du Golfe,
04:54qui nous informaient, avant même l'arrivée des journalistes sur place, de ce qui était en train de se dérouler.
05:02Ces images, donc, elles sont un matériau très précieux.
05:06Mais elles sont aussi potentiellement manipulées, elles peuvent être détournées, elles peuvent être modifiées par l'IA.
05:13Donc, en fait, ce qui est extrêmement important pour nous, l'enjeu, en fait, ça va être de vérifier ces
05:18images.
05:18Donc, pour faire ça, on va essayer de savoir à quelle date est-ce qu'elles ont été prises,
05:23est-ce qu'il ne s'agit pas d'une vieille vidéo qui a été recyclée, qui a été ressortie
05:28de son contexte.
05:28On essaye aussi de savoir exactement où l'image a été prise.
05:34Et on est particulièrement vigilants à déceler tous les signes de manipulation, d'images générées par l'IA,
05:43parce que vous savez tous qu'elles sont de plus en plus réalistes aujourd'hui.
05:45À l'issue de cette première journée, le 28 février, de bombardements israélo-américains,
05:50on a pu faire cette première vidéo qui, en fait, son titre est éloquent,
05:56ce que les images montrent de l'opération des États-Unis et d'Israël,
06:00avec nos images amateurs qu'on avait pu vérifier et géolocaliser.
06:04Alors, comment on fait ça, concrètement ?
06:08Par exemple, comment est-ce que vous feriez, vous, pour savoir où est-ce que cette image-là a été
06:12prise ?
06:13Est-ce qu'il y a des gens qui ont des idées, peut-être ?
06:17Oui, il y a la plaque d'immatriculation, c'est une bonne idée.
06:21On peut voir, donc, chaque pays a un modèle spécifique de plaque,
06:25donc ça peut nous renseigner.
06:27Qu'est-ce qu'il y a d'autre qui vous interpelle dans l'image ?
06:32Les panneaux ? Oui, il y a différents panneaux routiers, effectivement.
06:38Il y a un bâtiment, donc l'architecture, au fond, peut nous aider à peut-être retrouver ces mêmes bâtiments
06:46sur une carte,
06:46pourquoi pas, sur Google Street View, par exemple.
06:49Donc, effectivement, vous avez plein de bonnes idées.
06:52Il y a une autre chose, peut-être, qu'on voit moins bien,
06:55c'est aussi ce bâtiment-là, un peu en pente, c'est une entrée de métro.
06:59Et il y a marqué le nom de la station dessus.
07:02Donc, en fait, avec un peu d'observation, on peut ensuite trouver le nom de la station.
07:07Certes, c'est écrit, c'est pas écrit en français, mais grâce, par exemple, à l'IA,
07:12maintenant, on peut traduire facilement des termes de plein de langues différentes
07:16et chercher ça, peut-être, sur Google, par exemple, et retrouver le lieu exact.
07:22Et pour en être sûr, on va ensuite comparer, en fait, avec l'image satellite,
07:26voir si on arrive à retrouver tout ce qu'on voit sur notre photo,
07:29est-ce qu'on arrive à le retrouver sur l'image satellite.
07:31Les images satellites, donc, c'est une autre ressource
07:33qui est très intéressante pour nous en tant que journalistes.
07:37Notamment parce que là, dans le cadre du conflit au Moyen-Orient,
07:40ça nous permettait de vérifier les revendications de frappes
07:44des différents belligérants.
07:46C'est-à-dire que l'Iran disait, voilà, les gardiens de la révolution
07:49disaient sur leur compte Telegram,
07:51nous avons bombardé telle base américaine, telle autre base, etc.
07:56Mais, en fait, parfois, quand on regardait sur les images satellites
08:01du jour suivant, on n'arrivait pas à déceler de dégâts
08:04sur les bâtiments de la base militaire en question.
08:08Donc, en fait, ça nous permettait un peu de fact-checker,
08:10si vous voulez, les différentes affirmations.
08:13Et plus largement, ça nous permettait, en fait,
08:15de documenter quels étaient les lieux touchés.
08:18Donc là, tout en haut, par exemple, vous avez le complexe gouvernemental
08:22à Téhéran, où se trouvait le guide suprême Ali Khamenei
08:27au moment où il a été tué.
08:28Donc, on voit bien que ce lieu a subi plusieurs frappes.
08:33Et en dessous, c'est...
08:35Vous connaissez tous cette image de l'île artificielle
08:38de Palma Jumeira à Dubaï,
08:42qui, là, cette fois, a été touchée par la guerre,
08:44comme on peut le voir avec le port adjacent
08:47duquel s'échappent des nuages de fumée
08:50qui ont pu être capturés par satellite.
08:53Et une troisième ressource dont je voulais vous parler,
08:55qui nous a été bien utile,
08:57c'est les données de suivi de navires et d'avions.
08:59Et en fait, surtout les navires.
09:00Parce que vu ce qui se passe dans le détroit d'Hormuz,
09:03avec la paralysie du commerce international,
09:06en fait, les données ouvertes, là, encore une fois,
09:08nous permettaient de révéler cette paralysie-là,
09:12justement, en regardant où se trouvaient les navires
09:16sur cet outil très intéressant que vous connaissez peut-être,
09:20qui s'appelle Marine Trafic.
09:21Donc c'est un site où on peut savoir
09:24où se trouvent tous les bateaux actuellement
09:26en temps réel, en fait, sur une carte du monde.
09:30Et donc, non seulement on a pu documenter
09:32le trafic commercial à l'arrêt,
09:34mais on a aussi pu enquêter sur des frappes
09:37qui avaient eu lieu sur des navires,
09:39sur des pétroliers qui étaient dans la région.
09:41Et là, c'est ce que vous voyez sur la vidéo à côté,
09:43où on voit de la fumée qui s'échappe d'un tanker.
09:46Si vous regardez vraiment attentivement,
09:49vous pouvez voir quelques lettres au bord de l'image.
09:52C'est en fait le début du nom du bateau,
09:54qui s'appelle le Skylight.
09:58Et en fait, il suffit de taper le nom de ce navire
10:01dans une base de données comme Marine Trafic,
10:04avec des données de navigation,
10:05pour retrouver sa localisation exacte,
10:10ses propriétaires, des photos.
10:13On peut avoir vraiment beaucoup d'informations utiles
10:16aux journalistes pour ensuite comprendre,
10:18un peu mieux comprendre pourquoi ce navire a été bombardé
10:21et quelles sont les conséquences de ce bombardement.
10:24Donc, maintenant qu'on a collecté toutes ces données-là,
10:26le travail n'est pas fini.
10:27C'est là qu'en fait commence notre travail de journaliste
10:30qui consiste à analyser et à remettre
10:33toutes ces infos-là dans leur contexte.
10:36Et donc, par exemple, en géolocalisant les images de frappes
10:41dans tout le Moyen-Orient,
10:43on a pu un peu mieux comprendre quelle était
10:46la stratégie des États-Unis et d'Israël dans ces frappes,
10:48parce qu'on avait pu catégoriser
10:50quels étaient les lieux qui correspondaient
10:52à des bases militaires,
10:54quels lieux correspondaient à des infrastructures nucléaires,
10:57par exemple.
10:58Et là, typiquement, si on compare avec les bombardements
11:01qui avaient eu lieu en juin dernier,
11:05il y avait déjà eu quelques bombardements américains
11:07et israéliens en Iran.
11:10Là, c'était à l'époque beaucoup d'infrastructures
11:13d'enrichissement nucléaire qui avaient été touchées.
11:16Tandis que là, dans les premiers jours des bombardements,
11:19le 28 février, c'était beaucoup d'institutions politiques,
11:23de lieux, par exemple, des commissariats de police,
11:26des hauts lieux du pouvoir.
11:28Donc, ça impliquait tout de suite une autre stratégie,
11:30une stratégie de changement de régime.
11:32Mais on ne s'arrête pas là, parce que dans notre équipe,
11:35notre travail, c'est aussi d'enquêter.
11:38Et donc, mes collègues se sont penchés
11:40sur un potentiel crime de guerre.
11:42Ils ont enquêté sur le bombardement
11:43de l'école de Minab en Iran.
11:46C'est une école qui se trouve juste à côté
11:49d'une base militaire des gardiens de la révolution iranienne,
11:54qui a été bombardée par un missile américain
11:56aux premières heures de la guerre.
11:58Et alors qu'à l'intérieur de cette école,
12:01se trouvaient de nombreux enfants qui ont trouvé la mort.
12:05Donc, les États-Unis, au début,
12:06ont nié avoir frappé une école.
12:10Donald Trump a dit que c'était les Iraniens
12:13et que, de toute façon, tout ça a été faux.
12:15Mais en fait, mes collègues, ce qu'ils ont fait,
12:17c'est qu'ils ont retrouvé des images de cette école,
12:20des images satellites et des images amateurs
12:23qui dataient d'avant la guerre,
12:24où on voyait que ce lieu était bien une école.
12:28Et en fait, pour vérifier cela,
12:33vous voyez d'un côté la photo d'un tapis
12:36qui se trouvait dans l'école,
12:38sur les réseaux sociaux de cette école.
12:40Et on retrouve dans les images
12:42où on voit les secours qui sont en train de fouiller
12:44dans les décombres après le bombardement,
12:46ce même tapis.
12:47Donc, on était sûr qu'on était au même endroit
12:49et qu'il s'agissait bien de la même école.
12:52Mais comment savoir maintenant,
12:56est-ce qu'il y avait des gens à l'intérieur de l'école ?
12:59Est-ce qu'il y avait des enfants à ce moment-là ?
13:01Et bien là, du coup, mes collègues,
13:03ils ont pu retrouver dans les images
13:07des secours qui fouillent dans les décombres
13:11les vêtements que portaient ces enfants.
13:15Certaines des victimes avaient,
13:17on voyait des sortes de tissus couleur turquoise.
13:21Et en fait, c'est exactement la même couleur
13:24que les uniformes scolaires portaient par les filles
13:27qui allaient à cette école.
13:28Donc, de cette façon-là, en fait,
13:33on a pu montrer qu'effectivement,
13:34cette école avait été bombardée,
13:36qu'elle avait fait des victimes.
13:37Et on ne vous demande pas de nous faire confiance
13:39en tant que journaliste quand on vous dit ça.
13:42On vous montre les preuves visuelles
13:44et on vous laisse juger de vous-même
13:48de ce qui s'est réellement passé
13:50grâce à ces preuves qu'on a trouvées en source ouverte.
13:55Vous avez abordé le sujet
13:56de déceler quand est-ce qu'il y avait
13:59des fausses informations avec l'IA.
14:01Comment vous...
14:02Puisque du coup, vous avez mentionné
14:03le fait que ça devenait de plus en plus réaliste.
14:05Comment vous arrivez à...
14:07Enfin, comment vous arrivez, vous,
14:08journalistes, à déceler que c'est l'IA ?
14:09Et comment nous...
14:11Quelles armes on peut servir
14:12pour arriver à voir que c'est l'IA ?
14:14Il existe des outils
14:15qui promettent de détecter
14:16des images créées par l'IA.
14:18Mais malheureusement,
14:19ils ne sont pas très efficaces.
14:20Il n'y a pas vraiment d'outils magiques
14:22qui puissent nous dire oui ou non.
14:23Est-ce que telle ou telle image
14:25a été générée par l'IA ?
14:27Parce que quand ces images
14:28tournent beaucoup sur les réseaux sociaux,
14:30leur qualité est dégradée.
14:31Il y a plein de marqueurs de l'IA
14:33qui sont moins faciles à déceler, en fait,
14:36une fois que l'image a circulé partout en ligne.
14:38Donc du coup,
14:39on ne peut pas se reposer sur un outil.
14:42Donc nous, ce qu'on fait,
14:43c'est qu'on fait ce qu'on ferait
14:44avec n'importe quelle image
14:45qu'on cherche à vérifier.
14:46C'est-à-dire, on veut savoir
14:47où c'est, quand c'est,
14:49qui a posté l'image
14:51pour comprendre quelle est la source,
14:52quelles pourraient être
14:53ses motivations éventuelles
14:55pour publier ça.
14:57Donc si une image
14:59arrive à passer tous ses checks,
15:02on est déjà plutôt en bonne voie.
15:03Par ailleurs,
15:04pour des événements
15:05comme là, par exemple,
15:06la couverture d'une guerre,
15:07on va souvent chercher à savoir
15:08s'il y a des images
15:09qui sont concordantes entre elles.
15:12s'il y a plusieurs personnes
15:13qui ont filmé une même scène
15:14de différents points de vue.
15:15Ça, ça vient encore renforcer
15:19l'authenticité,
15:19la vérification de ces images.
15:22Et enfin,
15:23il y a aussi quelques défauts
15:25de l'IA qui existent encore
15:27et qui sont encore visibles
15:28à l'œil nu.
15:29Donc ça, par exemple,
15:30ça va être des choses
15:32qui ne suivent pas
15:35les lois de la physique,
15:36typiquement.
15:38quand il y a des explosions,
15:39il y a des choses
15:40qui peuvent des fois
15:41se mouvoir d'une manière
15:42qui ressemble plus
15:42à un jeu vidéo
15:43qu'à la vraie vie.
15:44Enfin voilà,
15:44ce genre de petites choses
15:47avec un œil attentif
15:48qu'on peut quand même déceler.
15:50Donc nous,
15:50les journalistes,
15:51évidemment,
15:51on est payés pour faire ça.
15:53Nous, à la cellule enquête vidéo,
15:54donc bien sûr,
15:54on a du temps à y dédier.
15:56J'imagine que vous tous,
15:57vous n'avez pas forcément
15:59quatre heures à passer
16:00à vérifier une vidéo,
16:01donc ça sera forcément
16:02plus compliqué.
16:03Mais il y a quand même
16:04quelques réflexes
16:04que vous pouvez avoir
16:06rien qu'avec votre sens
16:07de l'observation
16:10pour déceler
16:11les plus flagrantes
16:13des fake news,
16:13on va dire.
16:14En fait,
16:14une des manières
16:14de vérifier tout ça
16:16et de couvrir
16:17des conflits à distance,
16:18c'est aussi de faire
16:19du journalisme traditionnel.
16:20Nous, en fait,
16:21ce n'est pas parce qu'on est
16:21derrière notre ordinateur
16:22qu'on ne va pas pour autant
16:23appeler des sources,
16:25consulter des experts.
16:28On travaille aussi
16:28avec les autres journalistes
16:30de la maison,
16:30par exemple ceux
16:31du service international
16:32qui, eux,
16:33parfois peuvent être
16:34sur le terrain
16:35ou qui connaissent
16:35des gens sur place.
16:37Tout ça s'insère aussi
16:38dans une logique
16:39un peu plus vaste
16:40de vérification
16:41au sein du journal.
16:43Allez,
16:43on va prendre
16:43une dernière question.
16:44Ouh là,
16:44il y a plein de doigts
16:45qui se lèvent,
16:45donc on va prendre
16:46deux questions.
16:46Allez,
16:47vas-y, Lucie.
16:49Bonjour,
16:49merci.
16:50Peut-être une question
16:52sur,
16:54vous avez montré
16:55évidemment que le travail
16:56de l'OSIN,
16:56c'est séparer
16:58le bruit du signal
17:00et est-ce qu'on peut,
17:01est-ce que déjà
17:01on peut observer,
17:03parce que ce que vous
17:04pouvez observer
17:04en ce moment
17:05et est-ce qu'on peut
17:06s'attendre à plus
17:08de brouillage
17:08au niveau du signal,
17:10est-ce qu'on peut
17:10s'attendre à ce que,
17:11par exemple,
17:11j'en sais rien,
17:11la NSA
17:12ou le service éranien,
17:13russe, etc.,
17:13peuvent commencer
17:14vraiment à poster
17:16tellement de choses
17:16qu'en fait,
17:17ça devient presque impossible
17:18de séparer le signal
17:19du bruit.
17:20Est-ce que déjà
17:20vous l'observez ?
17:21Quand on regarde
17:22des conflits
17:23qui ont un peu plus
17:25de longue haleine,
17:26par exemple,
17:26la guerre en Ukraine,
17:27on voit tout à fait
17:28que très vite,
17:31de tous les côtés,
17:33les deux belligérants
17:34vont essayer
17:34de publier
17:35plein plein de choses
17:36quitte à noyer
17:38en fait les gens,
17:39les analystes
17:40et même les citoyens
17:41sous tellement
17:42d'informations
17:43qu'on a vraiment
17:44du mal à faire sens.
17:45Et ce qu'on voit
17:46émerger aussi
17:46qui est un peu inquiétant,
17:47c'est que là,
17:49je vous ai montré
17:50dans ma présentation
17:51souvent,
17:52vous voyez,
17:52j'entoure des choses,
17:54danse des images,
17:55je montre des images
17:56satellites,
17:57par exemple,
17:58comme ça,
17:59voilà,
17:59ce genre de...
18:00En fait,
18:00ça fait partie aussi
18:01d'une certaine
18:02grammaire visuelle
18:03de regarder
18:04ce que je vous montre,
18:05ceci est vrai.
18:06Et en fait,
18:07il y a des gens
18:07qui utilisent
18:08ces mêmes codes visuels
18:09avec des carrés colorés
18:11et des images satellites,
18:12mais pour dire
18:12des choses
18:12complètement fausses.
18:14Et donc,
18:14en fait,
18:14il faut aussi être vigilant
18:15à ça,
18:16à séparer la forme
18:17du fond
18:18et bien aller jusqu'au bout
18:20de la vérification
18:20pour ne pas se laisser berner
18:21par des choses
18:22qui pourraient ressembler
18:23à une analyse un peu
18:24au synth,
18:25mais qui n'en est pas du tout.
18:26Est-ce que l'IA génère
18:27des métadonnées
18:28sur certains fichiers
18:29qui pourraient justement
18:31aller dans le sens
18:32d'une crédibilité
18:33et qui ne seraient pas ?
18:34Les métadonnées,
18:36déjà sans l'IA,
18:37elles peuvent être modifiées
18:39par l'humain.
18:41Donc,
18:41en fait,
18:41de toutes les façons,
18:42ça peut être
18:44une source
18:45de falsification.
18:47Mais c'est pour ça
18:47que dans les vérifications
18:49qu'on fait,
18:50on recoupe
18:51plein d'informations
18:52différentes.
18:53On essaie
18:53d'accumuler
18:54autant de sources
18:55que possible
18:55pour vérifier
18:57notre image
18:58et ne pas se reposer
18:58sur justement
18:59un type de données
19:00qui pourrait être manipulée.