- il y a 15 minutes
Comment l'information est-elle traitée, vérifiée, choisie ?
Le journalisme est en pleine mutation. Réseaux sociaux, défiance, fausses informations, irruption de l’intelligence artificielle dans les rédactions, défis des médias locaux… Autant de bouleversements qui interrogent la façon dont l’information se fabrique, se diffuse et se consomme.
Les Amphis de l’info, c’est une invitation à entrer dans les coulisses. À poser les questions qui dérangent. À comprendre les choix, les contraintes, les doutes de celles et ceux qui font l’information au quotidien.
Découvrez dans cette vidéo l'intervention avec Gilles van Kote (Le Monde) et Colin de la Higuera (Nantes Université), lors de la séquence « L’information à l’heure de l’IA ».
Une initiative du Monde, en partenariat avec France Télévisions et le réseau des radios Ici.
Le journalisme est en pleine mutation. Réseaux sociaux, défiance, fausses informations, irruption de l’intelligence artificielle dans les rédactions, défis des médias locaux… Autant de bouleversements qui interrogent la façon dont l’information se fabrique, se diffuse et se consomme.
Les Amphis de l’info, c’est une invitation à entrer dans les coulisses. À poser les questions qui dérangent. À comprendre les choix, les contraintes, les doutes de celles et ceux qui font l’information au quotidien.
Découvrez dans cette vidéo l'intervention avec Gilles van Kote (Le Monde) et Colin de la Higuera (Nantes Université), lors de la séquence « L’information à l’heure de l’IA ».
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NewsTranscription
00:07Bienvenue Colin, Colin est professeur à Nantes Université, c'est un spécialiste des questions relatives à l'usage de l
00:13'IA dans le monde de l'éducation.
00:15Donc Colin, la première question que je voulais vous poser, un peu pour vous lancer, c'était, on a échangé
00:21un petit peu en amont évidemment,
00:22et la conclusion à laquelle on arrive tous les deux, c'est que face à l'IA, il y a
00:25un point essentiel,
00:26c'est qu'on puisse développer notre regard critique, notre pensée critique par rapport à tout ce qui nous est
00:33proposé,
00:34tout ce à quoi on est exposé, et comment ça peut se décliner dans le monde de l'éducation,
00:38et comment faire le parallèle avec ce qui se passe dans l'information.
00:42D'accord, merci. Donc effectivement, vous n'aurez pas échappé à une personne qui n'est pas un journaliste.
00:47Je ne suis pas journaliste, mais je suis fils d'eux.
00:51Donc la question sur l'information, c'est cet aspect-là qui m'intéresse, parce qu'elle revient.
00:56On va former des gens à comprendre la différence entre l'information, désinformation, et ça fait longtemps que c'est
01:03comme ça.
01:03Mais avec l'arrivée de l'IA, les choses, elles sont changées.
01:08Alors ce qui a changé le plus avec l'arrivée de l'IA, c'est que là où avant, on
01:12pouvait simplifier et dire que d'un côté,
01:14il y avait les concepteurs d'informations et de l'autre, les consommateurs d'informations.
01:20Aujourd'hui, l'IA fait de nous, volontairement ou involontairement, tous des concepteurs d'informations.
01:26Quand les étudiants font leur mémoire en utilisant JGBT, quand un informaticien utilise Copilot pour faire son programme,
01:35quand dans une entreprise, quelqu'un va écrire une note de service, va écrire un document,
01:40finalement, il y a toutes sortes de documents qui sont comme ça générés et qui font qu'on a cette
01:45double responsabilité,
01:46celle de lecteur qui doit savoir faire la part des choses et celui de concepteur qui doit aussi savoir ce
01:52qu'il est en train de faire.
01:52Et c'est là où rentre en jeu une vraie question qui est comment est-ce qu'on va former
01:56les gens à ne pas être totalement dépassé par une IA qui fait à leur place,
02:01ce qui en soi-même n'est peut-être pas si gênant d'avoir une IA qui fait et qui
02:05nous permet de, à condition qu'on garde le contrôle.
02:07Et garder le contrôle, c'est effectivement pouvoir exercer notre pensée critique.
02:13Dans des études, dans des travaux qu'on a faits ici avec des étudiants, qu'on leur posait la question
02:19« Pourquoi tu te lèves le matin pour venir à l'université ? »
02:22Et au bout d'un moment, les vrais arguments qui revenaient, c'était trois.
02:26C'était pour être une personne sociale, pour être une personne en société, c'était pour le plaisir et c
02:31'était pour développer cette pensée critique.
02:33Et ce qui est important, c'est de bien comprendre qu'on ne l'acquiert pas comme ça.
02:38Ce n'est pas un sous-produit de l'éducation, ce n'est pas quelque chose qui viendra parce que
02:42quand tu as un cours d'histoire, naturellement, de manière évidente, tu développes ça.
02:46Donc il va vraiment falloir se poser la question, si on veut avoir des gens qui sont capables de l
02:50'exercer à la fois dans les activités de consommateurs d'information,
02:55mais aussi dans celles qu'ils vont avoir, chaque fois qu'ils vont eux-mêmes produire des choses en utilisant
03:00cet artefact qu'il y a, il va falloir qu'ils utilisent ça et pour ça, il va falloir les
03:05former.
03:07Alors nous, dans les médias, on essaye aussi de développer le sens critique des futurs citoyens et citoyennes parce qu
03:12'on fait beaucoup d'activités d'éducation aux médias et à l'information.
03:15Alors ce qu'on fait aujourd'hui, c'est un peu de l'éducation aux médias et à l'information,
03:18mais on le fait surtout nous dans des classes puisque le groupe Le Monde, mais également beaucoup d'autres médias,
03:23je sais qu'à France Télé et à Radio France, il y a des programmes d'éducation aux médias, on
03:28va dans les classes de secondaire, mais également dès le primaire.
03:31Et effectivement, ce terme d'éducation aux médias, de plus en plus, il est remplacé par le terme de sens
03:35critique, de développement du regard critique,
03:38parce qu'effectivement, on essaye de former des futurs citoyens et citoyennes qui ont justement, d'ailleurs qu'ils développent
03:44parfois eux-mêmes, spontanément,
03:46parce qu'effectivement, on en parlait tout à l'heure, aujourd'hui, on dit que les plus grands divulgateurs de
03:53fake news, c'est les seniors,
03:54parce qu'ils n'ont pas forcément tous les paramètres pour distinguer une fake news d'une information vérifiée,
04:02alors que les plus jeunes, finalement, qui ont grandi dans cet univers où les fake news prolifèrent et se mêlent
04:07aux vraies informations,
04:08finalement, eux-mêmes se rendent compte qu'il y a des choses qui ne sont pas des choses réelles.
04:13Et alors, qu'est-ce qu'on a fait, nous, dans les médias, par exemple, au Monde,
04:18quand ChatGPT est arrivé et que la question de l'IA générative, est-ce qu'elle va remplacer les journalistes
04:22?
04:23La question s'est posée. Alors moi, je ne crois pas du tout qu'elle va remplacer les journalistes,
04:26parce que je pense qu'une IA n'est pas prête d'être capable d'aller faire du reportage,
04:31que ce soit en Ukraine, en Iran ou ailleurs.
04:34L'IA, elle est juste capable de synthétiser des contenus existants produits par de l'humain,
04:38ou alors de recycler des contenus produits par de l'IA,
04:41ce qui d'ailleurs pose un problème, parce que l'IA ayant ses propres hallucinations,
04:44elle va recycler des hallucinations.
04:47Bref, pour ce qui est prendre l'exemple du monde,
04:49il y a deux ans, on a donc adapté notre charte d'étiquette déontologie.
04:54On a rajouté quatre articles qui disent quoi ?
04:57Qui disent que le monde s'interdit de publier des contenus produits à partir de l'IA,
05:01que ce soit des articles, des images, des vidéos.
05:04Aucun contenu produit par de l'IA ne doit être proposé à nos lecteurs et à nos lectrices,
05:07que ce n'est pas pour ça qu'ils viennent lire le monde,
05:09c'est pour avoir accès à de l'information produite par des journalistes et de l'information réelle.
05:13Si vous produisez une info trafiquée par de l'IA, quelle est sa valeur documentaire ?
05:18Elle est quasiment nulle, voire nulle.
05:20Donc voilà, l'IA, ce n'est pas pour produire de l'information.
05:23Par contre, on ne considère pas forcément que l'IA est le grand méchant loup,
05:27on considère que l'IA est un outil technologique qui a des avantages,
05:30qui peut nous permettre également de faire des choses qu'on ne saurait pas faire sans,
05:34ne serait-ce par exemple que quand on se retrouve avec des énormes dossiers
05:37à partie, avec des millions de données qu'il faut exploiter.
05:41L'humain n'est plus capable de le faire.
05:43Une IA peut vous faire une partie du travail, sous contrôle de l'humain encore une fois.
05:47Et je vous donne la parole tout de suite.
05:50Et par exemple, on a développé un service qui s'appelle Le Monde in English,
05:54qui est une version en anglais du Monde,
05:55qui permet à des lecteurs et des lectrices anglophones
06:01d'avoir accès à des contenus traduits du monde.
06:04Pour cela, on ne l'aurait pas fait sans IA,
06:07parce que ça aurait été beaucoup trop coûteux de lancer ce projet
06:10à partir uniquement d'une traduction humaine.
06:12Par contre, on a embauché sept journalistes anglophones
06:15qui reprennent la traduction de l'IA
06:17et qui ensuite font un contrôle journalistique
06:19de la compréhension de l'information, de la mise en forme, etc.
06:22Donc ça, c'est un nouveau projet, un nouveau service qu'on propose à nos abonnés.
06:28Pourquoi, en fait, Le Monde ne peut pas utiliser l'IA
06:31justement pour résumer ?
06:32Vu que vous êtes dans un journal,
06:34il y a des articles qui doivent être plus ou moins longs
06:36en fonction de comment on l'insère dans le journal.
06:38Et donc, la source pourrait être faite par un journaliste,
06:41mais après, pour la partie résumée,
06:44je ne sais pas le terme,
06:45pour caler en termes de nombre de caractères
06:48ou n'importe quoi, ça pourrait être fait par l'IA ?
06:51Nous, on a des journalistes qui sont ce qu'on appelle des éditeurs,
06:54des secrétaires de rédaction,
06:54dont le travail est de travailler sur la copie des autres
06:57et de la mettre, effectivement, à la bonne taille,
06:59de la relire, de vérifier l'information.
07:01Donc, ce n'est pas un simple travail de calibrage,
07:03c'est un vrai travail journalistique.
07:05Après, je ne vous cache pas qu'il a été envisagé à un moment,
07:08et ce sera peut-être le cas à l'avenir,
07:10et certains médias le font déjà,
07:11de proposer un résumé très court
07:14de l'article qui peut être, effectivement,
07:15rédigé par l'IA,
07:16mais toujours sous contrôle de l'humain.
07:18Parce qu'encore une fois,
07:19l'IA est capable de mal comprendre l'article
07:20et de le résumer de façon erronée.
07:22Donc, à ce stade,
07:23l'IA n'est pas un outil fiable en matière rédactionnelle.
07:28Donc, ce n'est pas encore le cas,
07:29ce sera probablement le cas un jour, oui.
07:31Dans le sous contrôle de l'humain,
07:32c'est là que ça devient intéressant.
07:34C'est-à-dire, sous contrôle de l'humain,
07:35c'est vraiment la partie importante.
07:37On peut déléguer à tout moment,
07:39obtenir un résumé.
07:40C'est vrai que techniquement, c'est très bien.
07:42Obtenir une traduction,
07:43on l'utilise aussi en ce moment,
07:45et c'est très bien.
07:46Mais ce contrôle de l'humain est absolument essentiel.
07:49J'ai écrit un bouquin,
07:50je l'ai fait traduire au chinois,
07:52et je me suis dit, qu'est-ce que j'en fais ?
07:54Je n'ai aucun contrôle sur ce que je suis en train d'envoyer là,
07:57je ne sais pas ce que je suis en train de faire.
07:58Et ça vous met en difficulté.
08:00Donc, il faut qu'on apprenne à le faire.
08:02On peut déléguer.
08:03Dans votre cas, vous avez dit,
08:05c'est une profession différente,
08:06ceux qui vont venir vérifier.
08:09Mais dans la plupart de nos actes,
08:11on n'a pas quelqu'un d'autre
08:12pour venir vérifier ce qu'on est en train d'écrire.
08:15Et prenons l'exemple de tout à l'heure,
08:16un des exemples sous lesquels on travaille
08:18avec le ministère de l'Éducation nationale,
08:20c'est que vous avez des données
08:21et vous essayez d'extraire de l'information des données.
08:25Donc, vous voyez un grand paquet de données,
08:27vous imaginez un super énorme fichier Excel,
08:30quelque chose de ça,
08:30et vous, vous essayez de construire un camembert.
08:32Une fois que vous avez votre camembert,
08:34votre graphique, votre truc,
08:35comment vous savez qu'il est vrai ?
08:37Où est la preuve ?
08:39S'il n'y a pas de preuve, comment vous faites ?
08:40Juste parce que le graphique ressemble à peu près
08:42à ce que vous pensez,
08:44c'est raisonnable.
08:45Ça, c'est comme ça qu'on alimente des bulles.
08:47C'est juste parce qu'on continue à avoir des informations
08:50qui nous font plaisir.
08:51Et en fait, la preuve,
08:52elle vient par l'examen du process
08:54qui a permis de passer des données.
08:56On ne peut pas regarder toutes les données,
08:58c'est absolument impossible.
08:59On va faire confiance aux données.
09:00On va se dire,
09:00je vais aller chercher les données
09:01sur un site de confiance.
09:03Mais ce travail pour passer de l'un à l'autre,
09:06ça s'appelle la littératie des données.
09:08Ça fait partie des choses,
09:09des nouvelles choses qu'on va trouver bientôt
09:11dans nos systèmes,
09:12de savoir effectivement lire le passage
09:14des données A, B, à des graphiques.
09:17Et sinon, en fait,
09:19il n'y a plus de pensée critique.
09:20On s'est juste contenté de dire,
09:21tiens, j'ai un graphique qui me plaît.
09:23Mais en fait, je n'ai rien fait.
09:24Sur les réseaux sociaux ou sur YouTube,
09:28il faut être plus en plus de vidéos très courtes.
09:32Et je me demande à quel point
09:34il y a une dépendance financière peut-être
09:36à des revenus qui pourraient être liés
09:38aux shorts, aux réels, aux TikTok.
09:41Et comprendre un petit peu aussi
09:42l'usage de l'IA au sein des médias.
09:46Qu'est-ce que ça change d'un point de vue financier ?
09:47Est-ce que c'est parce que
09:48pour une même quantité d'informations,
09:51il y a besoin de moins de journalistes ?
09:52Un petit peu comprendre ce côté-là.
09:55Dépendance financière des médias.
09:57Les deux tiers de nos revenus,
09:58c'est la vente du journal.
09:59C'est-à-dire les abonnés, numériques et papiers,
10:01et la vente en kiosque
10:02qui est devenue ultra minoritaire aujourd'hui.
10:04Donc, c'est les deux tiers de nos revenus.
10:06Vous ajoutez la publicité,
10:07ça représente 23% de nos revenus.
10:10Publicité et numériques et papiers.
10:12Donc là, on ne parle pas d'IA,
10:12on parle juste de la vente et de la publicité.
10:15C'est 90% de nos revenus.
10:16Donc, l'IA, pour le moment,
10:18a une place relativement marginale.
10:20Encore que, j'imagine que vous alliez me poser la question,
10:23certains d'entre vous,
10:24Le Monde s'est fait remarquer il y a deux ans
10:26en étant le seul média français
10:28en signant un accord avec OpenAI.
10:30Et on a ajouté à ces contrats
10:32un contrat qui a été signé avec Perplexity,
10:35un autre acteur de l'IA l'an dernier,
10:36et un contrat avec Meta,
10:38la boîte mère de Facebook et WhatsApp
10:41et Instagram, s'il n'y a pas de bêtises.
10:44Voilà, donc ça, c'est des contrats
10:46qui, pour le coup, sont des contrats de prestation.
10:47C'est-à-dire qu'on donne accès à nos contenus
10:50à ses prestataires,
10:51enfin, à ses clients,
10:52pour nourrir l'IA.
10:53Par exemple, le contrat avec OpenAI,
10:55l'idée, c'est que OpenAI
10:57utilise les contenus du monde
10:58pour alimenter ChatGPT.
11:00Donc, quand ChatGPT a une question
11:02sur une question d'actualité,
11:04elle va ressortir en priorité
11:05les contenus du monde,
11:06mettre un lien qui ira vers le site du monde.
11:09Alors, on sait très bien que le nombre de gens
11:11qui cliqueront sur ce lien est très minoritaire.
11:13La plupart se satisferont
11:14de la réponse de ChatGPT.
11:17Mais, voilà.
11:17Et donc, l'idée, c'est quoi ?
11:19Alors, l'idée, c'est déjà de...
11:21Puisque nous, on est plutôt fiers
11:22de ce qu'on produit,
11:23on pense que c'est du journalisme de qualité
11:25et qu'on préfère que l'IA
11:27utilise des contenus
11:28comme ceux qu'on produit
11:29plutôt que d'aller chercher
11:30n'importe quoi, n'importe où
11:31sur le web.
11:32Par ailleurs, c'est un intérêt financier pour nous.
11:34Vous parliez de la question financière.
11:36Là, on se fait payer,
11:37et assez cher,
11:38pour donner accès à nos contenus.
11:40Voilà, c'est des contrats
11:41dont le montant est confidentiel,
11:42mais voilà,
11:43dont le montant est quand même
11:44de plusieurs millions d'euros par an.
11:47Donc, ça permet d'améliorer
11:48la santé financière du groupe
11:50et du journal
11:50et de financer de nouveaux projets.
11:52Donc là, pour nous,
11:53c'est quelque chose
11:54qui a plutôt une vertu économique,
11:56une vertu financière,
11:57sans impacter, on va dire,
11:58nos pratiques professionnelles.
11:59Puisqu'aujourd'hui,
12:00les journalistes du monde
12:01travaillent comme ils ont toujours travaillé,
12:02et l'IA a, on va dire,
12:05est assez anecdotique,
12:06le rôle de l'IA.
12:07Par ailleurs,
12:08on en parlera peut-être tout à l'heure
12:09avec Laetitia,
12:09les revenus des shorts
12:11sur les réseaux sociaux,
12:13c'est des revenus quasi nuls,
12:14puisque c'est un modèle gratuit.
12:16Et donc,
12:17on reçoit un peu de financement
12:18des réseaux sociaux
12:19en fonction des audiences qu'on fait,
12:20mais c'est complètement marginal
12:21dans notre modèle économique.
12:22Si je lâche le micro juste après,
12:24mais pour compléter ma question,
12:25si je ne parle pas forcément du monde,
12:27mais peut-être que vous avez
12:28des pistes de réponse sur ça,
12:31c'est que je vois d'autres médias
12:33ou d'autres journaux
12:33qui font le choix,
12:34j'ai l'impression,
12:35de choisir le côté quantitatif
12:38plutôt que qualitatif,
12:39donc je vois beaucoup
12:40de vidéos très courtes,
12:43parfois sans aucun contexte,
12:44avec rien qui explique
12:45dans la description,
12:46et c'est limite à se demander
12:47s'il n'y a pas une envie
12:48de mettre aucun contexte
12:50pour que les gens commentent
12:51à ce sujet
12:51et donc que les algorithmes
12:52les mettent en avant.
12:53Qu'est-ce qu'il pourrait y avoir
12:54comme choix au niveau
12:57de ces médias-là
12:57d'agir de la sorte ?
12:59On a effectivement
13:01un paysage des médias
13:02qui est un peu à deux vitesses
13:03aujourd'hui.
13:03Il y a les médias
13:04qui essayent de faire de la qualité.
13:05Je classe nos médias
13:07présents aujourd'hui
13:07dans cette catégorie-là,
13:09et puis il y a des médias
13:11locaux,
13:11c'est un clairement,
13:12qui sont là pour faire du clic
13:13en mettant le minimum
13:13d'investissement.
13:14Et puis l'IA a fait émerger,
13:17a accéléré
13:18de façon formidable
13:20des médias d'information,
13:21soi-disant d'information,
13:22qui sont en réalité
13:22des médias
13:23qui ne sont pas des médias,
13:24qui n'ont zéro journaliste
13:25et parfois zéro salarié.
13:28Ce sont des médias
13:29qui vont juste piller
13:30des contenus
13:31dans différents sites Internet
13:32et qui produisent
13:33quelque chose
13:34qui ressemble à un média
13:35avec un titre genre
13:36West Information.
13:38Sauf que derrière,
13:39vous n'avez pas de rédaction,
13:40pas de journaliste
13:41et aucune relecture
13:42et aucune vérification
13:43de l'information.
13:44Ce sont des faux médias
13:45d'information.
13:46Et c'est vrai que l'IA
13:47a permis la prolifération
13:48à une vitesse absolument
13:50dingue de ce type de médias.
13:51Donc, pour les consommateurs
13:53d'informations,
13:55on se retrouve exposés
13:56à des choses
13:57qui ressemblent
13:57à des médias
13:58et qui n'en sont pas.
13:58Donc, c'est très compliqué
13:59de les reconnaître
14:00parce que l'IA permet
14:01d'avoir des...
14:02L'aspect, c'est vraiment
14:03comme, je ne sais pas,
14:04pour les plus âgés,
14:06c'est un peu le Canada Dry,
14:07c'est-à-dire,
14:07ça ressemble à quelque chose
14:08mais ça n'en est pas.
14:09C'était une publicité
14:10quand j'étais jeune.
14:12Voilà.
14:13Ça ressemble à de l'alcool
14:13mais ce n'est pas de l'alcool.
14:14Là, ça ressemble à de l'info
14:15et ce n'est pas de l'information.
14:16Donc, c'est vraiment...
14:17Et c'est là où votre sens critique
14:19doit effectivement s'aiguiser
14:20parce qu'on est tous susceptibles
14:22de se faire tromper
14:23par ce type d'informations
14:24et il faut arriver
14:25à les reconnaître.
14:25L'IA fonctionne
14:26par optimisation.
14:28C'est-à-dire,
14:28le système va se donner
14:30une fonction mathématique
14:31à optimiser
14:32et ensuite,
14:32va s'entraîner
14:33à optimiser quelque chose.
14:35Et il y a un truc
14:36qu'on sait bien optimiser,
14:37c'est ce que les Anglais appellent
14:39ou l'angso-saxon appelle
14:40le engagement rate.
14:42C'est-à-dire, en fait,
14:43le temps qu'on va passer
14:43derrière l'écran.
14:45Et comme ça,
14:45on sait le compter
14:46et qu'en plus,
14:47ensuite,
14:48on commence à connaître
14:49les trucs qui permettent
14:50d'optimiser ce truc-là,
14:51ça devient finalement
14:52la recette du succès
14:53pour tout le monde.
14:54Dans certains cas,
14:55ça peut être très bien.
14:56C'est-à-dire,
14:56on veut garder les gens
14:57derrière les écrans
14:57le plus longtemps possible.
14:59Dans le cas des médias,
15:00c'est suspect.
15:01Et dans le cas qui m'intéresse,
15:02l'éducation,
15:03c'est plus que suspect.
15:04Quel que soit notre point de départ,
15:06on peut tenter
15:07de développer notre sens critique.
15:09Il y a toujours un moment
15:10où l'IA
15:12ou les fake news,
15:13où la désinformation
15:14nous touchera.
15:16Et même si on a
15:17la meilleure volonté du monde,
15:21le sens critique,
15:23on n'aura jamais
15:24toujours les bonnes informations
15:25au bon moment.
15:28Et même des fois,
15:29quand on pense,
15:30ma voisine m'a parlé
15:31notamment de la carte du monde
15:33où on voit l'Afrique
15:34plus petite que l'Europe
15:35ou des choses comme ça,
15:36qui est une désinformation
15:38quelque part historique,
15:41qui part de la carte
15:42des navigateurs,
15:44comment revoir le monde
15:45en ayant de base
15:47les mauvaises informations ?
15:48Comme je disais tout à l'heure,
15:49c'est aussi savoir
15:50où on va s'informer.
15:52Effectivement,
15:54on peut être juste passif
15:56et recevoir des flux
15:57d'informations
15:58et ne pas savoir
16:00qu'en faire,
16:00ou essayer d'être proactif
16:02et essayer de se diriger
16:03vers des endroits
16:04dans lesquels on a confiance.
16:05Ce n'est pas forcément le monde,
16:06ça peut être n'importe lequel
16:07de nos concurrents,
16:09ça peut être des médias
16:12indépendants,
16:13des médias niches,
16:13mais des endroits,
16:14une information
16:15dans laquelle vous êtes
16:16en confiance,
16:16parce que vous dites
16:17je suis face à
16:19un producteur d'informations
16:20qui me semble adopter
16:22les paramètres
16:23qui me conviennent.
16:24Et ils ne sont pas forcément
16:25les mêmes
16:25que pour votre voisine.
16:27Mais j'avais confiance
16:28en cette carte.
16:30C'est celle-là
16:31sur laquelle j'ai appris
16:32la carte du monde,
16:33celle-là où j'ai appris
16:33les pays et les continents.
16:35Mais les cartes
16:36sont des projections,
16:36les cartes sont des projections,
16:37quelque part,
16:38ce sont des visions du monde.
16:39Déjà le fait
16:40de mettre l'Europe
16:41au milieu de la carte,
16:42on sait très bien
16:42que c'est un choix
16:43qui a été fait
16:44à une époque
16:45parce que l'Europe
16:46a été la puissance dominante.
16:48Mais il y a eu pas mal
16:48d'ailleurs ces dernières années
16:50de déconstruction des cartes
16:51pour essayer d'expliquer
16:52que les cartes
16:53portent des messages
16:54et portent des messages politiques.
16:56Donc effectivement,
16:57ça fait partie
16:57du sens critique
16:58et de ne pas se dire
16:58que c'est la vérité.
16:59C'est une vérité
17:00qu'on propose effectivement.
17:01Non ? Colin ?
17:03Oui, oui.
17:04Moi, je fais la différence
17:05entre les données
17:06et l'information.
17:07C'est-à-dire que les données,
17:08elles existent.
17:09C'est le monde tel qu'il est.
17:10L'information,
17:11c'est la transformation
17:12de ces données.
17:12Donc déjà,
17:13les données,
17:14on doit effectivement
17:15aller chercher des données
17:16et se dire
17:17où est-ce que j'ai confiance.
17:18Est-ce que j'ai confiance
17:19dans les sites du gouvernement
17:20ou dans les sites
17:21de tel ou tel journal
17:22ou dans tel ou tel site.
17:23On pourra toujours discuter,
17:25mais malgré tout,
17:25à un moment donné,
17:26il faut commencer
17:26à avoir confiance quelque part.
17:27Sinon, on rentre
17:28dans cette logique
17:29très à la mode.
17:30Il dit, moi, tout le monde demande.
17:31De toute façon,
17:32je renvoie tout le monde.
17:33Donc, je me donne
17:35des endroits
17:35où j'ai confiance.
17:36Et ensuite,
17:36il y a le processus
17:37qui a transformé ces données
17:39en informations,
17:40en tableaux,
17:41en analyses, etc.
17:42Et c'est là où,
17:43effectivement,
17:44il faut faire des choix.
17:45Et ces choix,
17:47cela peut avoir été fait
17:48par des humains
17:49dans lesquels cas,
17:50on peut au moins
17:51les engueuler,
17:51dire mais ça ne va pas,
17:52me désabonner,
17:53faire toute une série de choses.
17:54Même chose
17:55pour mes histoires d'enseignants.
17:56C'est un enseignant
17:57qui me fait un cours,
17:58quelque part,
17:59si j'ai un peu confiance
18:00dans ces données.
18:01Ensuite,
18:01c'est quand même
18:02le prof qui me fait cours.
18:03Ou bien,
18:03c'est une machine
18:04qui est en train
18:05de transformer ces données
18:06en quelque chose.
18:07Et là,
18:07il faut que je sois
18:08un peu plus attention,
18:09beaucoup plus attention,
18:10quand je ne connais pas
18:11la personne
18:14qui me fait
18:15cette transformation.
18:16Parce que,
18:17mais pas nécessairement
18:18parce qu'il y a
18:19une mauvaise foi.
18:20ça peut aussi être
18:21de nombreuses erreurs
18:22qui sont là.
18:22Ça peut être
18:23dans mon interrogation
18:24de la machine
18:24où j'ai posé la question
18:26de telle façon
18:26que la représentation
18:28qu'il m'a donné
18:28est erronée
18:29et justement,
18:30l'Europe est très grande
18:31et l'Afrique très petite.
18:32C'est aussi dans ce dialogue
18:34que je dois l'exercer,
18:37ma pensée critique.
18:38Mais c'est superment dur,
18:40je sais bien.
18:41Ce que je suis en train
18:41de dire,
18:42c'est surtout
18:42que les étudiants,
18:44on leur demande
18:46d'acquérir ce sens critique,
18:47mais on n'est pas
18:48si fort que ça
18:49à leur permettre
18:50de le développer.
18:51L'exemple que je donnais
18:52de l'histoire
18:53ou de la plupart des matières,
18:54ce n'est pas parce
18:55qu'on a des connaissances,
18:56c'est important,
18:57c'est une partie des choses,
18:59mais ça ne suffit pas.
19:00Il faut en plus
19:01apprendre à réexaminer
19:02les choses
19:02et si possible,
19:04réexaminer en réutilisant
19:05cette fois-ci
19:07des outils numériques,
19:08y compris l'IA.