00:01Bienvenue à l'heure des livres, Jean-Christian Petitfils.
00:04Alors on vous connaît, vous êtes historien, vous êtes écrivain,
00:07vous avez été le biographe de nombreux Bourbons, mais aussi de Jésus.
00:15Et vous publiez aujourd'hui un nouveau livre, qui est en fait même une somme, dirais-je,
00:20un livre sur la Révolution française, qui s'appelle tout simplement La Révolution française.
00:24Et un livre qui est paru chez Perrin, qui est évidemment extrêmement documenté, fouillé.
00:30Vous avez travaillé dessus pendant 4 ans, c'était une idée que vous aviez en tête depuis longtemps.
00:36Et qui revient notamment sur le rôle très important de la violence dans le déclenchement de la Révolution.
00:45et rappellent aussi combien il y a eu un coup humain, moral, politique très fort
00:51de cette période très singulière qu'a vécue la France.
00:56Alors, vous avez beaucoup écrit sur la royauté.
00:59Pourquoi avez-vous décidé de vous consacrer justement à cet événement fondamental de l'histoire de France ?
01:04C'est un sujet que je porte depuis très longtemps,
01:09puisque j'avais fait une thèse sur un personnage de la Révolution, une thèse d'État.
01:13Et puis, j'avais écrit sur la vie de Louis XVI, la biographie de Louis XVI.
01:16Et donc, dans la biographie de Louis XVI, forcément, j'ai abordé les débuts de la Révolution.
01:22Et j'avais déjà commencé à réfléchir sur cette Révolution.
01:27Moi, ce qui m'intéressait, c'est de faire un grand récit.
01:30Parce qu'il n'y a pas beaucoup de récits que j'ai essayé de faire le plus clair, le
01:35plus vivant possible.
01:37En utilisant les derniers travaux des historiens, les dernières recherches, les dernières découvertes,
01:42parce qu'il sort constamment des ouvrages sur la Révolution, des monographies.
01:46Et puis, de façon sous-jacente, j'ai voulu faire la science politique de la Révolution.
01:53Montrer comment cet événement politique majeur dans les histoires,
01:57c'est l'événement capital de toute l'histoire de France,
02:00eh bien, il s'est fait, alors il faut raisonner donc en termes de souveraineté,
02:05de déplacement de souveraineté, évidemment, de légitimité, de lutte des clans, de démocratie.
02:13Est-ce qu'on est vraiment dans la démocratie ? Moi, je ne le pense pas.
02:16Mais voilà, des techniques de manipulation, d'embrigadement des foules, etc.
02:22Donc, j'ai voulu, sous cet angle-là, mais à travers un grand récit qui se lit...
02:28Oui, ça se lit très aisément, c'est pas...
02:30Oui, presque comme un roman, c'est...
02:32Enfin, avec...
02:33Voilà, j'ai essayé.
02:36Alors, il est écrit dans la présentation que la radicalité partisane
02:39l'a jusqu'alors emportée sur l'histoire pour traiter de cette période matricielle.
02:44Est-ce que...
02:45Parce qu'aussi, vous avez estimé qu'il fallait avoir une forme de distance
02:49qu'il n'y avait pas jusqu'alors ?
02:51En grande partie, parce que vous savez que, pendant très longtemps,
02:55l'historiographie consacrée à la Révolution
02:57était très largement tenue par des historiens marxistes,
03:03léninistes, souvent,
03:05qui expliquaient la Révolution par des causes économiques, essentiellement.
03:09Or, c'est un événement majeur, c'est un événement politique.
03:12Bien sûr qu'il y a des causes économiques qui rentrent en jeu.
03:16Il y a eu cet hiver rigoureux de 88-89.
03:21Auparavant, il y avait eu une canicule.
03:23Il y avait presque des similitudes avec notre période.
03:26Et le 13 juillet 88, il y avait eu, au moins le tiers,
03:31si ce n'est la moitié de la France,
03:33des orages de grêle épouvantables qui avaient ruiné la moisson.
03:39Et du coup, tout cela créait, bien sûr, des frustrations.
03:42Mais ce n'est pas cela l'essentiel.
03:43L'essentiel, c'est quand même ce déplacement de pouvoir
03:46qui va intervenir les 17 et 20 juin 1789,
03:51quand les États généraux, qui sont une assemblée convoquée et révocable par le roi,
03:58se proclament tout d'un coup la nation.
04:01C'est nous la nation.
04:01Et nous accaparons le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif, le pouvoir judiciaire et le pouvoir constituant.
04:11Nous allons écrire une constitution.
04:12Donc là, il y a une sorte de coup de force qui se fait.
04:16Alors, il y a des aspects bénéfiques, bien entendu, dans cette révolution.
04:19Il y a les droits de l'homme, il y a les libertés fondamentales qui ont été proclamées.
04:25Mais en même temps, on voit très rapidement la violence et la révolution ont dégénéré.
04:30Donc c'est un questionnement.
04:32Pourquoi cette révolution a dégénéré ?
04:34Alors, ce qui est intéressant d'ailleurs, c'est que cette révolution,
04:36vous l'avez fait courir dès 1787.
04:41Et vous évoquez notamment cet échec du plan Calonne.
04:46Est-ce que vous pouvez nous en parler rapidement ?
04:48Expliquez 86 d'ailleurs.
04:49En août 86, le contrôleur général Alexandre de Calonne propose au roi un plan de réforme de la monarchie.
04:57Parce qu'il s'aperçoit que les emprunts, on ne cesse d'emprunter.
05:02Donc on va véritablement en cours à la catastrophe.
05:06Les budgets sont déséquilibrés.
05:08Il y a sur un budget de 575 millions de livres, il y a 475 millions de recettes minimum.
05:17Donc il faut absolument transformer la société et faire de véritables réformes de structure.
05:23C'est une sorte de révolution royale.
05:25La révolution française commence par une révolution royale.
05:26Et Louis XVI est enthousiaste dans cette...
05:29Je n'ai pas dormi de la nuit à la lecture de votre plan.
05:32C'est tout à fait ce qu'il faut faire.
05:33Alors pourquoi n'arrive-t-il pas à l'imposer ?
05:34Eh bien, naturellement, ils se heurtent aux ordres privilégiés, le clergé, la noblesse,
05:39qui sont réunis avec des représentants du tiers état dans une assemblée des notables
05:45qui permettait de...
05:47On espérait contourner le Parlement, parce qu'elle était une autre source de conflits et d'opposition.
05:53Et malheureusement, les notables ont dit non, non, pas question.
05:58Encouragé d'ailleurs par les ducs et pères, par les cardinaux, par toute la superstructure de l'État royal
06:07qui était hostile à cette réforme, qui était pourtant indispensable.
06:11Alors Louis XVI aurait été un réformateur empêché ?
06:15Absolument.
06:15Alors pourquoi n'est-il pas arrivé, c'est le manque de tempérament à imposer ?
06:19Alors, manque de volonté, ça c'est certain, mais aussi, ils se heurtent à une société bloquée,
06:25comme on dirait aujourd'hui.
06:26La société refuse les réformes.
06:28Et il faudra évidemment que le sang coule pour que ces réformes se fassent.
06:33Mais dans quelles conditions ? C'est absolument invominable.
06:36Oui, alors le sang effectivement a coulé, parce qu'il y a eu des morts,
06:40des dizaines de milliers de morts de la guerre de Vendée, des victimes de la terreur.
06:45Mais il n'y a pas seulement ce coup humain, il y a un coup moral.
06:49Et puis les traces que ça a laissées dans l'histoire, y compris contemporaine.
06:52Ah oui, dans notre histoire contemporaine, on reste encore très marqué par cet événement.
06:57Alors, parce qu'on l'enseigne, parce que c'est une rupture majeure et on a raison de l'enseigner.
07:03Mais on revit un peu la révolution à chaque période, à chaque période d'élection en particulier.
07:12On est dans un moment de crise.
07:15Alors c'est vrai qu'il y a des éléments qui permettent de rapprocher la situation actuelle de la révolution.
07:22Mais on n'est pas du tout dans le même contexte, bien entendu.
07:25Mais l'endettement, la dislocation de l'État, des corps de l'État,
07:31tout cela rappelle bien la révolution.
07:34D'ailleurs, même Emmanuel Macron, avant sa première élection,
07:37avait fait une interview dans laquelle il disait qu'il y avait chez les Français cette nostalgie,
07:43un mouvement un peu paradoxal.
07:45C'est-à-dire qu'en même temps, ils veulent un monarque et en même temps, ils veulent lui couper
07:48la tête.
07:48Et il a écrit un livre qui s'appelle Révolution.
07:50Et il a écrit un livre qui s'appelle Révolution, exactement.
07:53Alors j'en terminerai par cette question.
07:55Aujourd'hui, vous l'évoquiez un peu.
07:57Il y a certains hommes politiques, lesquels, qui sont plutôt pour une réhabilitation de la Révolution française,
08:04dans sa globalité d'ailleurs.
08:07Je pense qu'il faut porter un jugement équitable.
08:10Bien entendu, il y a des éléments tout à fait positifs.
08:14C'est la déclaration des droits de l'homme, les acquis du point de vue des libertés,
08:18mais qui ont été vite détruites par le mouvement révolutionnaire,
08:24qui est dans un processus d'autodestruction.
08:28Donc il y a des éléments très incontestables qu'il faut conserver.
08:33En revanche, il y a fondamentalement, et dès le départ, une erreur qui a consisté,
08:41notamment dans ce déplacement gigantesque qu'a été la souveraineté monarchique vers la souveraineté nationale,
08:49puis après vers la souveraineté populaire, avec les groupes qui prétendent représenter le peuple,
08:55parler au nom du peuple, la Commune de Paris, par exemple, qui s'oppose à l'Assemblée législative.
09:01Donc il y a des luttes de factions.
09:03Et il y a aussi, qui a été un élément déclenchant dans toute cette tragédie,
09:09c'est l'hubris des députés, qui se considèrent comme au-dessus de tout,
09:14capables de légiférer sur tout, y compris sur la religion.
09:18Et ça va conduire à la constitution civile du clergé.
09:20C'est un dit, la République, c'est moi.
09:21Voilà. Analogie avec la situation actuelle.
09:25Je terminerai juste par ce passage, cette phrase que vous dites à la fin du livre.
09:30« Aucune des grandes démocraties du monde occidental d'aujourd'hui n'a connu un chemin vers la modernité
09:34parsemé de tant de violence et de haine.
09:37Cette spécificité française a façonné et continue de façonner de façon singulière notre culture politique. »
09:43Tout à fait.
09:44À méditer.
09:45C'est peut-être vos mots de conclusion.
09:48En tout cas, vraiment, je vous conseille de lire ce livre.
09:50On croit connaître, en tout cas, les grandes lignes de la Révolution française,
09:54mais si on veut avoir une vue circulaire, synthétique de ce qui s'est passé,
10:01sur cette période révolutionnaire que vous faites courir de 1787 à 1804.
10:081804, puisque Bonaparte va consolider la Révolution.
10:11Sans Bonaparte, la Révolution n'aurait pas été consolidée.
10:13On aurait reconnu une ancienne régime, probablement.
10:17Alors, donc, il faut lire.
10:18La Révolution française, Jean-Christian Petitfils, c'est paru chez Perrin.
10:21Merci.
10:22Merci.
10:22Merci.
10:22Sous-titrage Société Radio-Canada
10:26Merci.
10:27Merci.