00:00Alors, Daphné Burki, vous vouliez absolument nous présenter votre nouvelle tête.
00:05Il est psychiatre, oui, et il est humoriste. Il s'appelle Dalil Tari.
00:10Et oui, et il commence à faire du bruit quand il consulte, évidemment, sur scène,
00:15avec son spectacle Première Consultation et sur les réseaux sociaux.
00:18Un psychiatre qui fait du stand-up.
00:20Il existe des destinées, Sonia, difficiles à esquiver.
00:24Sa mère travaille dans la direction des hôpitaux, son père est aide-soignant.
00:28Sa première vocation, pourtant, c'était la pêche et les rapaces.
00:32Ce qui demande déjà de la patience et une certaine vigilance pour ne pas se faire bouffer.
00:36Mais surtout, Dalil Tari, il a grandi, je vous jure, dans un petit village de Dordogne nommé Angoisse,
00:42dont les habitants s'appellent les angoissés.
00:45Bonjour Dalil Tari, bienvenue sur France Inter.
00:47Bonjour, merci infiniment pour votre accueil, bonjour.
00:50C'est pas vrai.
00:50Si, si, tout est vrai.
00:52Vous le saviez, donc, j'imagine aussi que Angoisse est une ancienne possession médiévale
00:57des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.
01:03Donc, je pense que vous n'auriez pas pu échapper à votre destinée.
01:07Non, non, je n'ai pas eu le choix.
01:08C'est fou, non ?
01:10C'est fou.
01:11Vous avez grandi à Angoisse.
01:12Oui, j'ai grandi à Angoisse, tout à fait, pendant les trois premières années de ma vie, Angoisse.
01:17On a pris la foudre dans cette maison, il y a eu des soucis de plomberie, ouais, ouais, là.
01:22C'est vrai ?
01:22Ah ouais, 100%.
01:24Charline ne trouve même pas de valeur.
01:25Moi, je suis en train de me dire, je veux y aller.
01:28Une semaine de chronique à Angoisse, carrément, bien sûr.
01:31Carrément.
01:32Bon courage.
01:33Bonjour le plein décent, surtout.
01:36Revenons à Dalil Tari et son histoire.
01:38Il a étudié à l'université de Lumoche, puis vous êtes parti à Marseille pour votre internat
01:42et parallèlement, vous avez donc commencé à traîner votre blouse dans les salles de stand-up.
01:46Vous avez créé votre spectacle au moment même où vous écriviez une thèse intitulée
01:50« Le stand-up en tant que médiation thérapeutique, une approche exploratoire chez une population psychiatrique ».
01:56Ça consistait en quoi ?
01:57En fait, toute la question était de savoir qu'avait été l'apport du rire dans la santé mentale
02:04et plus particulièrement lors de cette thèse, chez les patients qui présentent un trouble psychotique.
02:08C'est une pathologie mentale dans laquelle peut-être, en tout cas de manière,
02:14le rire n'avait pas été étudié comme potentiel effet thérapeutique.
02:18C'est une population de patients qui peut présenter une diminution de cette capacité à avoir accès au second degré
02:24par plein de choses très techniques qu'on ne va pas forcément détailler aujourd'hui.
02:27Mais en tout cas, l'apport de l'humour en santé mentale et plus particulièrement en psychiatrie
02:33avait été très peu étudié.
02:34Et c'était à ce moment-là l'occasion de pouvoir apporter cette expérience.
02:41D'abord, savoir si c'était faisable.
02:42C'était surtout une étude de faisabilité.
02:44Et c'était quoi vos conclusions à ce moment-là, docteur ?
02:46Et qu'est-ce que le stand-up aurait permis de libérer ou d'améliorer en tout cas chez certains
02:51patients ?
02:51Hélas, comme de nombreuses études, il faut encore renforcer ça.
02:56L'objectif principal était surtout de voir si c'était faisable.
02:59Si on pouvait vraiment poser ce genre de médiation au sein d'une structure hospitalière,
03:04c'est encourageant, mais c'est les seules conclusions qu'on peut en tirer aujourd'hui.
03:08On revient à la scène.
03:09Parce que vous ne parlez jamais de vos patients sur scène.
03:11Non, jamais.
03:12Il n'en est pas question.
03:12En revanche, vous m'aviez confié que vos principales figures de référence, c'était eux, c'était vos patients.
03:18Qu'est-ce qu'ils vous ont appris que les livres de médecine ne vous ont pas du tout appris
03:21?
03:21C'est une très belle question.
03:22En fait, c'est eux et c'est surtout ce qui provoque en nous.
03:25C'est à chaque fois une rencontre totalement inédite.
03:27C'est pour ça que je suis passionné par ce métier.
03:30Je remercie chaque jour le ciel de permettre de faire ce métier-là.
03:33Parce qu'en fait, on est toujours à la rencontre de l'inconnu.
03:35C'est toujours un miroir.
03:36C'est toujours des ressources insoupçonnées qu'on vient chercher en nous.
03:39C'est improbable.
03:41Donc forcément, c'est ces moments-là.
03:42Plus qu'eux, c'est vraiment notre rencontre à chaque fois qui est un moment d'inspiration.
03:46Il y en a eu un dernièrement ?
03:48Oui, il y en a tout le temps.
03:50Parce que vous êtes à l'hôpital toute la journée et le soir sur les scènes de stand-up.
03:53En fait, plus je fais ce métier, plus je me rends compte qu'il y a peu de frontières.
03:58On est tout le temps en rapport avec notre santé mentale.
04:00Et c'est H24 le cas.
04:03On découvre juste qu'on a d'autres lunettes.
04:05Sur Instagram, vous délivrez déjà pas mal de conseils.
04:09Tout en photo, tout en smile, tout en style.
04:13Non mais ça se regarde quand même, c'est assez intéressant.
04:15Tout en musique aussi à chaque fois.
04:17On dit souvent que le premier acte thérapeutique, c'est pas encore de parler, mais c'est de franchir la
04:22porte du cabinet d'un psychiatre ou d'un psychologue dans votre spectacle.
04:26Première consultation, vous déplacez la porte sur scène.
04:30Est-ce que ça veut dire que quand on vient vous voir, est-ce qu'on vient rire ou est
04:32-ce que le public vient un petit peu consulter comme eux ?
04:35Il y en a qui viennent avec leur carte vitale.
04:36Franchement, il y en a qui viennent avec leur carte vitale, c'est vrai.
04:40Je sens qu'il y a des moments où je suis un peu dépassé.
04:42Je vois dans le regard de certaines personnes dans le public, c'est un « Hum hum, j'attends quelque
04:46chose d'autre de ce spectacle ».
04:47C'est vrai ?
04:47Ouais, on le sent.
04:48Forcément, parce que c'est moins cher qu'une consultation chez le psychiatre.
04:53Alors, c'est pas remboursé, mais bon, au moins, on se sent un peu moins nu, on se sent un
04:57peu moins seul.
04:58Ouais, ouais, ça arrive.
04:58On vous attend à la sortie de la scène pour vous poser encore des questions ?
05:02Ouais, ouais, carrément, on m'attend.
05:03Non, je pense qu'il y en a, ils viennent tester si je suis drôle pour savoir si après ils
05:05peuvent me consulter en vrai.
05:07C'est sûr, c'est sûr, c'est sûr.
05:09Il faut savoir que, vous devez le savoir, les psychiatres sont suivis eux-mêmes par des psys.
05:13Est-ce que votre psy a vu votre spectacle ?
05:15Non, parce qu'à chaque fois, elle me demande de lui envoyer des vidéos.
05:18J'ai la chance qu'elle soit du côté d'angoisse par là-bas.
05:21Et à chaque fois, je dis « Ah, ça passe pas ici, désolé, désolé. »
05:25Elle n'a jamais vu, jamais vu ?
05:26Non, peut-être qu'elle a cherché, mais en tout cas, si tu m'entends, tu me reconnais, si tu
05:29écoutes la radio, désolé.
05:31Est-ce que vous exercez deux métiers où on observe énormément les autres ?
05:36C'est quoi les névroses des stand-upers ?
05:39Il y a beaucoup d'addictologie à travailler dans le milieu du stand-up.
05:44Mais sinon, c'est la plupart, si je dois vraiment répondre sérieusement,
05:48beaucoup de mésestimes de soi, beaucoup de...
05:50Ouais, on n'est pas encore dans les...
05:52Ouais, ouais, il y a beaucoup de ça.
05:53Il y a quelques troubles neurodéveloppementaux, quelques TDAH à droite à gauche, on se reconnaît entre nous.
05:57Ouais. Dans ce qui vous aide à tenir, parce qu'il faut tenir quand même tous les jours ces journées
06:01dingues que vous avez de 23 heures,
06:03vous m'avez confié un message vocal de mon père.
06:06Dans les remerciements, je suis allée regarder de votre thèse où vous lui écrivez
06:08« Tu as été horriblement chiant et insistant, mais tu m'as poussé du haut de tes bras et ton
06:13cœur a une vie si riche. »
06:15Ouais, c'est...
06:16Vous avez voulu lâcher 300 fois la médecine ?
06:19Il y a combien d'années ? 10, 12, 365 jours par année, on fait une bonne multiplication.
06:26Ouais, ouais, ouais, je...
06:27Mon père m'a énormément poussé.
06:31Ouais, c'est ça, donc vous remerciez le ciel, mais en réalité, il n'y a pas pour moins chose.
06:34Ouais, vous remerciez le père aussi.
06:35Ouais, je remercie infiniment mon père.
06:36Il n'y a pas Stella à me dire.
06:38Il nous reste un dernier tour de piste ensemble, avant de retourner au cabinet, docteur.
06:43Alors, est-ce que vous pourriez me dire la musique ou le film qui a bercé votre enfance ?
06:48Azur et Asmar, je dirais Azur et Asmar.
06:52Ce film magnifique d'animation de Michel Oslo qu'on vous conseille.
06:55Quel est le meilleur d'ailleurs, le meilleur conseil qu'on vous ait donné ?
06:59Fais quelque chose qui te ressemble.
07:01Et le pire conseil ?
07:02Prends sur toi.
07:04Prends sur toi, le pire.
07:05Il ne faut jamais écouter ce conseil.
07:07Non.
07:07Il ne faut jamais prendre sur soi.
07:08Non, sauf si danger imminent tout de suite, mais...
07:11Non.
07:13Quel est votre talent caché ?
07:14Je peux siffler comme un oiseau.
07:16Ah.
07:20Ah, c'est joli.
07:21On est reparti.
07:23Est-ce qu'il y a une phrase qui vous poursuit ?
07:26Bon courage, Dalil.
07:28C'est mon père quand je voulais arrêter de médecin.
07:31Bon courage, Dalil.
07:32Il faut surtout aller le voir sur scène.
07:33Première consultation.
07:34C'est une fois par mois à Marseille.
07:36Et c'est en tournée aussi le 10 décembre à Montpellier, le 17 décembre à Lyon ou le 9 janvier
07:40à Paris.
07:41Vous pouvez le suivre sur ses réseaux sociaux.
07:42Comme ça, vous savez où il est en temps et en heure.
07:44Moi, hors antenne, je vous demanderais, docteur, pourquoi il ne faut pas prendre sur soi ?
07:48Bref.
07:48On a envie de savoir.
07:49Alirébéi !
07:49Il faut parler, il faut parler, Sonia !
07:51C'est au tour d'Alirébéi !