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  • il y a 2 heures
C pas si loin propose de décrypter les enjeux contemporains en France et à l'international depuis les Outre-mer. Présenté par Karine Baste, C pas si loin explore le monde depuis les Outre-mer. Cette France des trois océans, au carrefour de frontières et d'influences croisées, répond autrement aux dynamiques économiques, écologiques, géopolitiques et culturelles. Ce magazine propose un regard singulier sur nos enjeux contemporains et la place des territoires ultramarins dans le monde. Année de Production :

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00:10Bonjour à tous, très heureuse de vous retrouver pour ce nouveau numéro de C'est pas si loin.
00:14Son nom est familier de générations d'étudiants en droit, il a aussi présidé l'Institut National du
00:20Service Public, successeur de l'ENA où sont formés les hauts fonctionnaires de l'Etat,
00:25Ferdinand Mélin Soukramanien est notre invité aujourd'hui. Trois thématiques développées
00:30durant la semaine ont tout particulièrement retenu son attention. Alors ensemble, on parlera
00:34illettrisme et en ces journées nationales de lutte, nous avons rencontré un réunionnais. Aujourd'hui,
00:40sexagénaire, il a décidé de reprendre le chemin de l'école Île de la Réunion où 12% des adultes
00:45sont touchés par l'illettrisme. Gros plan aussi sur cet essor du film d'animation toujours sur
00:52l'île de la Réunion, des studios qui se développent, des écoles spécialisées et un territoire qui se
00:58raconte jusqu'au Festival de Cannes. Et puis à moins de deux mois de la COP 31 en Turquie,
01:05nous avons retrouvé ces jeunes Guyanais qui l'an dernier à la COP 30 du Brésil faisaient
01:10entendre leur voix pour la toute première fois. Entre désillusion et combativité, ils nous racontent.
01:23Bonjour Ferdinand Mélin-Soucramania. Bonjour Karine Balas. Je suis ravie de vous accueillir sur le plateau de C'est pas
01:28si long.
01:28Alors vous êtes professeur agrégé de droit public à l'Université de Bordeaux, président du collège de déontologie à l
01:34'Université de la Réunion,
01:35également président de l'association des juristes en droit des Outre-mer. Et lorsqu'on se penche sur votre profil,
01:42sur votre parcours, on se rend compte, arrêtez-moi si je me trompe, que tout s'articule autour d'une
01:47colonne vertébrale.
01:48Qu'est-ce qui permet à un territoire ultramarin de davantage prendre son destin en main ?
01:53L'homme de droit que vous êtes, Ferdinand Mélin-Soucramanien, est-ce qu'il considère que ces territoires ne sont
01:57pas tout à fait sur la même ligne de départ que l'Hexagone ?
02:01Oui, bien sûr. Alors moi je suis au départ constitutionnaliste, donc je m'intéresse surtout aux institutions.
02:09Et c'est vrai que lorsqu'on voit que les institutions de ces territoires datent en fait de 1946,
02:16puisqu'en 1958 on a repris ce qu'on avait imaginé en 1946, à l'époque la distinction d'homme
02:22-tom,
02:23on se dit quand même qu'il y a sans doute un peu d'usure de ces statuts.
02:28Même chose lorsqu'on prend des sujets, on aborde des sujets comme la sur-rémunération,
02:33c'est un dispositif qui date toujours de 1950, à une époque où évidemment il fallait attirer des fonctionnaires
02:43parce qu'il n'y avait pas des jeunes ultramarins suffisamment formés sur place.
02:48Ça veut dire qu'on a des institutions outre-mer qui sont figées là où les territoires ont évidemment évolué
02:52au fil des décennies.
02:54En quoi ce décalage pose problème ?
02:56Il pose problème parce que, excusez-moi, Aristote disait qu'il n'y a pas de pire injustice que de
03:04traiter également des choses inégales.
03:07Et c'est vrai qu'appliquer un traitement identique dans des situations aussi différentes,
03:16voilà, c'est tout simplement pas tenable.
03:20On prenait parmi les sujets, on va discuter de l'illettrisme.
03:29Évidemment, quand vous avez un territoire comme Mayotte où il y a 61% d'illettrés,
03:35on se doute que sur le plan éducatif, il va falloir mettre des moyens tout à fait hors normes
03:40et non pas, comme on le fait, ouvrir les classes un jour sur deux.
03:44En sachant que les chiffres ont tendance à différer d'un institut à l'autre,
03:47en fonction de, si on parle des adultes ou de l'ensemble de la population,
03:49et vous considérez même, arrêtez-moi aussi là si je me trompe,
03:52que les institutions actuelles ont tendance à freiner le développement économique et social
03:57de certains territoires ultramarins, certains ou tous ?
04:01Oh, je crois qu'il n'y a pas de volonté.
04:05L'idée qu'il y aurait une volonté consciente de l'État,
04:10et délibérée de l'État de freiner le développement,
04:14voilà, ce serait une théorie complotiste, c'est vraiment pas l'objet.
04:18C'est simplement la méconnaissance, l'ignorance.
04:21Et on le voit, par exemple, dans les écoles de services publics,
04:30l'Institut national du service public que je connais un peu,
04:34c'est vrai qu'un des premiers réflexes que j'ai eus lorsque je suis arrivé,
04:39c'est de demander, mais qu'est-ce qui se fait sur les Outre-mer,
04:42sachant que ça va former les futurs préfets, etc.
04:44La réponse était simple, rien.
04:47Voilà, donc ça a changé, Dieu merci.
04:50Mais voilà, il y a vraiment un…
04:53C'est poussif.
04:54C'est poussif.
04:56En 2013, vous preniez part à un rapport intitulé
05:00« Réflexions sur l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie ».
05:02Plus récemment, dans une tribune parue dans Le Monde,
05:05c'était au mois de mai dernier, me semble-t-il,
05:06vous appeliez à graver dans la Constitution
05:09les grands principes de l'accord de Nouméa,
05:11donc reconnaissance de l'histoire coloniale du peuple kanak.
05:14Est-ce que, selon vous, cette sanctuarisation
05:16pourrait permettre à la Nouvelle-Calédonie
05:18de sortir de l'impasse politique dont on parle extrêmement régulièrement ici ?
05:22Oui, j'en suis profondément convaincu.
05:26Beaucoup d'acteurs politiques nationaux qui connaissent le sujet le sont également.
05:31Et sur place, il y a une forme de consensus.
05:37Pourquoi ça ne se fait pas, là ?
05:38C'est extrêmement compliqué.
05:41C'est que, vous savez, en Nouvelle-Calédonie, c'est quand même particulier.
05:44Il y a eu 13 morts en 2024,
05:4713 morts rapportées à la population totale de Nouvelle-Calédonie.
05:50Ça fait 3500 morts si on compare ça avec l'Hexagone.
05:54Donc, c'est considérable.
05:55Et les responsables politiques ont, là-bas, comme ici,
06:00une tendance à la surenchère.
06:02C'est beaucoup plus facile de conquérir des, pense-t-il,
06:06d'avoir des voix si on est plus indépendantiste que les indépendantistes
06:10ou si on est plus non-indépendantiste que les non-indépendantistes.
06:16On prend un fusil, on va tirer, etc.
06:18En revanche, une voix un peu raisonnable,
06:22elle est extrêmement difficile à trouver
06:24en raison de ces logiques de surenchère politique.
06:27Allez, on va rebondir sur les thématiques de la semaine
06:29que vous avez choisies.
06:30Et on parlait d'égalité des chances en début d'émission
06:32jusqu'au 2 octobre.
06:34Les journées nationales d'action pour lutter contre l'illettrisme.
06:37Eh bien, en la matière, les écarts sont faramineux
06:40entre Hexagone et Outre-mer.
06:414% des adultes en France, 21% en Guyane,
06:4512% sur l'île de la Réunion.
06:47Alors certains, même passés 60 ans,
06:50tentent de se remettre en selle.
06:51Regardez l'extrait du reportage diffusé cette semaine.
06:54Jean-Marc Payette a 68 ans.
06:56Comme un réunionnais sur 6,
06:58il est touché par l'illettrisme,
06:59d'importantes difficultés à lire et à écrire.
07:02Les causes sont diverses,
07:04mais dans cette zone isolée du cirque de Silaos,
07:06la précarité en est l'une des plus importantes.
07:09Mes parents et moi, ils n'ont pas porté à l'école.
07:11Ils n'ont pas pu.
07:12Mon papa était mineur.
07:13La famille n'était pas trop...
07:15C'était pas trop riche, je veux dire.
07:19Donc on a fait ça qu'on a vu, qu'on n'a plus, quoi.
07:23Pas de cahier, pas de stylo, pas rien.
07:26Donc ça n'a pas pu roncer.
07:28Partir à l'école sans avoir les moyens de travailler,
07:32c'était un petit peu gênant.
07:33J'avais un peu honte aussi.
07:35Mais depuis quelques mois,
07:37Jean-Marc a pris la décision de retourner à l'école.
07:40Direction Silaos, où le centre L'espace-clé, créé en 2023,
07:44propose des formations gratuites en lecture, écriture, informatique,
07:48dès 16 ans et bien au-delà.
07:50Là, tu vois le L, il est en majuscule.
07:52Donc ça, c'est de mettre en majuscule.
07:54Donc tu cliques ici.
07:56Voilà.
07:57Tu continues.
07:59Il écrit de plus en plus vite.
08:02Il repère assez rapidement l'espace, par exemple,
08:05ou même les ponctuations, les caractères spéciaux.
08:08Donc il arrive vraiment à retrouver rapidement.
08:12et plus de confiance en lui aussi.
08:16Comment expliquer que de tels écarts persistent
08:19après des décennies de politique publique ?
08:21Je parlais des chiffres de l'illettrisme,
08:23tout à l'heure entre hexagon et outre-mer.
08:25Alors, M. Payet apparaît dans votre reportage à un certain âge
08:31et c'est quelqu'un qui est illettré au sens littéral du terme,
08:34c'est-à-dire qu'il est allé à l'école.
08:37Mais voilà, ça ne lui a pas permis finalement
08:40de maîtriser la lecture et l'écriture.
08:44Moi, j'ai trouvé ce reportage extrêmement émouvant,
08:49touchant,
08:50et surtout dans sa volonté de s'en sortir et de s'améliorer.
08:56Ce que ça montre aussi, moi, qui me frappe beaucoup,
09:01moi, j'ai été dans une école publique à La Réunion, évidemment,
09:05et quand je revois les photos de CM1, CM2,
09:08je revois mes petits camarades, j'ai gardé ces photos,
09:12j'en vois plein qui étaient beaucoup plus intelligents que moi.
09:15Intelligents au sens, intelligents, nettement plus,
09:18et qui n'ont rien fait parce que tout simplement,
09:22leurs parents n'avaient pas les moyens de les soutenir.
09:25Donc, dans votre reportage, c'est ça, c'est la misère.
09:29Ça veut dire que c'est une question de moyens,
09:31et est-ce que selon vous, ça révèle justement
09:34les fameuses limites de politique nationale,
09:36pensée de façon uniforme, dont vous parliez tout à l'heure,
09:39pour des territoires dont les réalités sociales,
09:42linguistiques et démographiques sont différentes ?
09:44Bien sûr.
09:45Ce sont des territoires où il faut faire plus,
09:47où il faut faire mieux.
09:49Où il faut faire de façon adaptée,
09:51parce que c'est précisément ce que réclament les populations très souvent.
09:55Absolument.
09:55Et c'est du sur-mesure qui est nécessaire.
09:57Et vous faites un lien direct entre formation de la population
10:00et développement du territoire.
10:02Comment l'illettrisme finit-il par peser sur toute une économie locale ?
10:07Évidemment, ce monsieur, comme on le voit, monsieur Payette,
10:12dans le reportage, il n'a pas pu prendre,
10:16lui-même individuellement, n'a pas pu donner
10:20toute la mesure de son intelligence.
10:22Parce que quand on l'écoute, on voit que c'est un monsieur
10:26clairement très intelligent.
10:27Très à l'aise et très intelligent.
10:28Très à l'aise.
10:29Et c'est un peu comme nos territoires sont à son image.
10:35Ils ne donnent pas toute la mesure de leur richesse.
10:39Et ça, ça fait mal.
10:41On se dit, bon, quand même,
10:42ce n'est pas possible de passer à côté à ce point-là.
10:46Oui, une sorte de faux départ,
10:47de handicap sur la ligne de départ.
10:49C'est ça.
10:50Est-ce qu'en tant qu'ex-président de l'INSP,
10:52vous voyez un lien entre l'illettrisme dans certains territoires
10:55et la difficulté à y recruter,
10:58à y former des agents de proximité ou autre ?
11:03Ça, je crois que ça a vraiment changé.
11:05C'est-à-dire qu'aujourd'hui,
11:06il y a tout à fait un niveau de formation.
11:09On est presque en train d'avoir le problème inverse
11:11en Martinique, Guadeloupe,
11:14La Réunion au moins.
11:15C'est-à-dire, va se poser sans doute à un moment ou un autre
11:20le problème du débouché.
11:21C'est-à-dire qu'on forme un très grand nombre de personnes de qualité
11:25et la question du débouché local va se poser.
11:31Donc ça, je pense que c'est derrière nous.
11:33En revanche, des mécanismes de recrutement local
11:37doivent être mis en place.
11:39Ils existent déjà en Nouvelle-Calédonie
11:43et en Polynésie, mais ils ont des statuts différents.
11:46En revanche, Martinique, Guadeloupe, Guyane, La Réunion,
11:49ça n'existe pas.
11:51Il y a pourtant juridiquement,
11:53parce qu'à chaque fois qu'on dit ça,
11:55on dit que c'est du racisme.
11:58Il y a des voies juridiques,
12:01notamment avec le critère du Centre des intérêts matériels
12:06et moraux, qui permettent tout à fait
12:08ce type de préférence locale.
12:11Et je rappelle que l'INSP est l'Institut national du service public
12:14qui a succédé à l'ENA.
12:15Allez, on enchaîne à La Réunion.
12:17L'animation n'est donc plus seulement une affaire de passionnés.
12:20En quelques années, c'est une véritable filière
12:23qui a émergé sur l'île.
12:24Une filière qui produit désormais des films,
12:27attire des projets internationaux.
12:29Extrait.
12:32In Waves,
12:34Jim Quinn
12:37et Lucy Lost.
12:39Qu'est-ce qui se passe ?
12:41Trois films,
12:42trois univers,
12:44qui êtes-vous ?
12:45Je suis ta prostate, Lucien.
12:46Et trois sélections à Cannes.
12:49Derrière les images de ces productions françaises,
12:52il y a des talents qui travaillent à plusieurs milliers de kilomètres de l'Hexagone
12:56dans un studio installé à La Réunion.
12:58Une présence sur la croisette
13:00qui aurait été improbable il y a encore quelques années.
13:03Ça fait douze ans.
13:05Je suis venu à La Réunion pour un film,
13:08Adama,
13:08qui était le premier long-métrage d'animation 3D fait à La Réunion.
13:12Et il y a eu des producteurs qui nous ont fait confiance,
13:15ce qui n'était pas évident au début,
13:16parce que quand on disait
13:17on va faire un long-métrage d'animation à La Réunion,
13:19c'était quand même des yeux très très écarquillés
13:21qui nous regardaient.
13:24Ah ouais, la grosse classe !
13:25J'ai eu un vrai coup de cœur pour ce territoire,
13:29parce qu'il y avait du talent,
13:31il y avait des histoires à raconter,
13:33une région qui avait un fond d'aide
13:35qui soutenait bien l'animation.
13:40Là, je travaille sur mon court-métrage
13:42qui s'appelle Fournaise,
13:43et donc il raconte l'histoire de Soya.
13:46Donc là, on a de l'anime de personnages
13:48et je suis en train de réaliser l'animation des ombres.
13:51On suit ce personnage dans son marronnage
13:54et puis on va dire sa résurrection
13:56en tant que mémoire à travers l'éruption volcanique.
14:01Et je crois que ce reportage
14:02vous parle tout particulièrement,
14:04puisque votre fille a effectué un stage
14:05dans l'un de ses studios d'animation, n'est-ce pas ?
14:09Absolument, c'est vrai.
14:10Et par ailleurs, elle a fait une école d'animation
14:13qui maintenant s'est implantée à La Réunion.
14:16Parce que l'histoire de l'animation à La Réunion,
14:18elle est tout à fait exemplaire.
14:20C'est un pionnier qui s'appelle Alain Séraphine
14:23qui a créé une première école de formation,
14:25il y a 30 ans.
14:27Parce que ça ne date pas d'hier, en effet.
14:29Ça ne date pas d'hier.
14:30Et de fil en aiguille,
14:33à partir, c'est ce que je voulais montrer ici,
14:35à partir d'une formation de très grande qualité
14:38dispensée à La Réunion,
14:40des studios d'animation sont venus faire travailler ses talents
14:44et produire des films à La Réunion.
14:47Quand on sait ce que coûte un film d'animation,
14:50c'est formidable.
14:52Ça montre que vraiment,
14:54sur des produits de niche comme ça,
14:57à forte valeur ajoutée,
14:58on peut parfaitement réussir dans nos territoires.
15:01C'est vrai que vous rappeliez d'ailleurs en préparant cette émission
15:03que la formation est l'un des grands leviers
15:05d'émancipation économique des Outre-mer.
15:07Est-ce que ce type de réussite qu'on voit dans le reportage
15:10est précisément ce que vous appelez développement endogène ?
15:13Former localement, créé localement,
15:15puis exporter un savoir-faire.
15:16Oui, c'est ça.
15:18Le développement endogène,
15:19c'est l'idée de faire ça avec ses propres ressources
15:24et non pas exogènes.
15:27Et on se rend compte que bien souvent,
15:30c'est bien connu,
15:31ça a été démontré par de multiples rapports parlementaires,
15:35écrits, etc.
15:36Bien souvent, on est encore sur un système d'économie de comptoir,
15:39très juste.
15:40Colbertiste,
15:41où on attend de la divine métropole,
15:45le pain, le vin et le boursin.
15:48Alors que, voilà,
15:50l'objectif, c'est de se développer localement.
15:53Vous nous dites que plus qu'ailleurs,
15:55les réunionnais ont compris ça peut-être ?
15:57Plus qu'ailleurs Outre-mer ?
15:58Peut-être.
16:00Je ne veux pas faire de comparaison.
16:01Évidemment.
16:03Je ne fâchais que les Martiniquais et les Bois de l'Opérité.
16:05C'est juste pour avoir votre avis, votre regard sur la question.
16:07Ce n'est pas ça, c'est l'éloignement peut-être.
16:11L'éloignement, on voit aussi un peu la même chose en Polynésie.
16:14En Polynésie, quand il y a un problème,
16:17les Polynésiens essayent de le résoudre par eux-mêmes.
16:20Et si vraiment ça va trop loin,
16:23là, ils peuvent appeler au secours l'État, en quelque sorte.
16:27Ils le font le plus rarement possible.
16:29À la Réunion, c'est un peu la même chose.
16:30L'éloignement de Paris.
16:32L'éloignement important de Paris a fait qu'il faut essayer
16:35de trouver des solutions sur place.
16:38C'est intéressant ce que vous dites.
16:40Allez-y, suivez.
16:41Et puis surtout, c'est un processus mental.
16:44Bien sûr.
16:44C'est Aimé Césaire qui disait que plus que la décolonisation politique
16:50et rapide à faire, c'est la décolonisation des mentalités
16:54à laquelle il faut parvenir.
16:56Aimé Césaire Martiniquais.
16:57La Martinique a 7 000 et quelques kilomètres de Paris.
16:59Peut-être trop proche encore.
17:01C'était une petite bouteille.
17:03Allez, on va poursuivre.
17:04Et de plus en plus de jeunes, Ferdinand, Mélin, Sucramaniens,
17:07prennent part aux conférences climatiques annuelles.
17:10Et pour l'illustrer, nous avions suivi l'an dernier
17:13de jeunes Guyanais qui, pour la première fois,
17:16faisaient entendre leur voix.
17:17C'était lors de la COP30 au Brésil.
17:19Pour quel bilan ?
17:20Quels espoirs ?
17:21Depuis, nous les avons retrouvés extraits.
17:30Je dirais que la COP30 a eu plusieurs effets.
17:35Et sur Jeanne en particulier, je pense qu'au départ,
17:39il y a eu un effet d'excitation.
17:40Puis après, il y a eu un peu de désillusion.
17:45Ce qui m'a marquée à Belém, c'est de voir,
17:47notamment avec la délégation jeune française,
17:50à quel point la Guyanne n'était pas forcément vue et entendue,
17:56qu'ils ne connaissaient pas vraiment nos réalités.
18:00J'étais déçue aussi de voir que la délégation française
18:02ne voulait pas forcément entendre notre plaidoyer.
18:07Je me suis rendue compte que c'était un événement très commercial.
18:13De toute façon, nous, on le vit sur notre territoire.
18:15On vit avec la nature, donc on le voit.
18:17Les orpailleurs illégaux, la pêche illégale.
18:21On voit les arbres dépérir, les oiseaux moins chanter.
18:26Ce qui est bien en Guyanne, c'est aussi cette multiculturalité.
18:29C'est de pouvoir vivre ensemble et d'apprendre de chacun.
18:31Et on a des connaissances ancestrales qui méritent d'être entendues
18:35et d'être valorisées.
18:38La Guyanne concentre des enjeux environnementaux absolument considérables.
18:42Mais évidemment, comme plusieurs territoires ultramarins,
18:44plusieurs décisions qui sont prises pour ce territoire
18:47le sont depuis Paris, à des milliers de kilomètres.
18:50Qui devrait avoir le dernier mot
18:51lorsqu'un intérêt national ou européen
18:54entre en tension avec un intérêt local ?
18:57En Guyanne, c'est un vaste sujet
18:59puisque c'est à la fois un territoire
19:01qui concentre plus des trois quarts
19:03de la biodiversité française.
19:05Exact.
19:07Ce qui est fou.
19:09Et qui, en même temps, a un foncier
19:12qui appartient, là aussi, en très grande majorité
19:15à l'État et sur lequel les autorités locales
19:19n'ont pas de prise.
19:20Donc, il y a aujourd'hui des enjeux, effectivement,
19:23de rétrocession et de maîtrise de ce foncier.
19:27Est-ce que les collectivités ultramarines,
19:29de façon générale, disposent de suffisamment de leviers
19:31pour définir, finalement, leurs propres priorités environnementales,
19:36en l'occurrence, puisque là, on parlait des COP ?
19:40C'est très difficile, effectivement.
19:44La Guyane, par exemple, comme la Martinique et la Guadeloupe,
19:46a un pouvoir d'adaptation.
19:50Même un pouvoir, d'ailleurs, de création de normes.
19:53On pourrait tout à fait imaginer
19:54qu'elle crée des normes protectrices de l'environnement.
19:57Jusqu'à présent, ce n'est pas ce qu'elle a fait.
19:58Donc, il faut aussi avoir un regard un peu contrasté sur le sujet.
20:01Bien sûr.
20:01Ce que la Guyane essaye de faire, par exemple, depuis des années,
20:05c'est d'avoir la maîtrise en matière minière.
20:08Et ça, on n'est pas certain que ce soit pour mieux protéger l'environnement.
20:12Mais c'est pour avoir de la ressource.
20:13Bien sûr, il y a débat sur la question,
20:15puisqu'il y a la question aussi du pétrole
20:16qui se joue en ce moment du côté de la Guyane.
20:18C'est pour ça que je vous ai posé la question,
20:19puisque des élus guyanais veulent relancer
20:21l'exploration pétrolière au large de leurs cotes.
20:24L'État maintient l'interdiction pour des raisons écologiques.
20:27Est-ce que, malgré tout, cette situation démontre
20:29des limites, des compétences des collectivités ultramarines ?
20:32Il s'agit quand même d'un choix structurant
20:33pour la Guyane en matière économique.
20:35Oui, tout à fait.
20:37Après, est-ce que sur le plan écologique, c'est le meilleur choix ?
20:39Évidemment, d'où le débat.
20:41C'est l'ancien président du Sénégal, Karim Ouad,
20:44qui, un jour, après des forages pétroliers, disait
20:47« Dieu merci, on n'a pas trouvé de pétrole ».
20:51Il pensait que le pétrole allait tuer son pays.
20:55Donc, je ne dis pas ça du tout pour la Guyane.
20:56Mais il y a sans doute un équilibre à trouver
21:01entre un territoire qui a besoin de ressources,
21:06qui font cruellement défaut.
21:07Il y a une université qui est naissante,
21:09qui a quand même un peu de mal,
21:10un hôpital qui est sans doute encore à agrandir, etc.
21:16Enfin, besoin de services publics,
21:17et en même temps, la protection de l'environnement.
21:19J'entends évidemment vos réticences environnementales,
21:21et elles sont légitimes et partagées par beaucoup.
21:23Malgré tout, on parle de la Guyane, qui a évidemment
21:26beaucoup de difficultés au quotidien.
21:28Des territoires isolés, des problèmes structurels
21:31dont on parle très régulièrement dans ces pas si loin.
21:34Et puis, à côté, il y a Kourou.
21:35Il y a cette base spatiale qui fait rayonner la France,
21:38qui fait rayonner l'Europe.
21:40Et ce territoire français d'Amérique du Sud,
21:42qui a besoin de se développer,
21:44mais qui ne peut pas prendre de décisions
21:46pour son avenir économique.
21:47Et là réside, finalement, ma question sur la nécessité,
21:50peut-être, d'élargir les compétences locales.
21:53Là, c'est le petit enfant qui est devant la vitrine
21:55et qui regarde les pâtisseries,
21:56mais qui n'a pas les moyens de les acheter.
21:58Les pâtisseries sont là, mais il ne peut pas les acheter.
22:02Oui, oui.
22:03Sans doute, il faut quand même, de mon point de vue,
22:07que ces intérêts écologiques soient pris en compte.
22:12Et je pense qu'il y a un mi-chemin entre rien et tout.
22:19Effectivement, il faut que la Guyane puisse aller de l'avant
22:23dans ce domaine, mais il y a quand même des limites à respecter.
22:26Bien sûr, je me fais l'avocate du diable
22:27en vous posant la question, vous avez bien compris.
22:29Je vous sens très pétrolière.
22:32Alors, pas du tout, très chère, vous vous trompez.
22:34Allez, on va finir avec votre photo du jour,
22:38photo, que je découvre en même temps que nos téléspectateurs,
22:42la voilà, elle s'affiche.
22:43Que nous raconte ce cliché ?
22:45Pourquoi ce choix ?
22:46Oui.
22:48D'abord, on est où ?
22:49Alors, d'abord, on est à Saint-Benoît.
22:52Sur l'île de la Réunion.
22:53Sur l'île de la Réunion, où j'ai été élevé de la crèche,
22:57puis la maternelle jusqu'au baccalauréat.
23:00Et c'est un endroit où je retourne très souvent.
23:03Et comme très souvent dans notre territoire,
23:06la rivière est un peu la colonne vertébrale.
23:11Là, j'ai fait des tas de choses dans cette rivière,
23:13pique-niquées, j'ai fait des bêtises aussi.
23:16On doit savoir lesquelles ?
23:18Je ne veux vraiment pas.
23:20Il y en a une, au moins que je ne veux pas dire,
23:22parce qu'elle est dangereuse,
23:23que ça ne donne pas des idées.
23:27Surtout l'école buissonnière, on va dire.
23:29Quand la fin de l'année, enfin la chaleur arrivait,
23:33juste avant les vacances, en novembre, décembre,
23:35on était plus à la rivière qu'à l'école, au collège ou au lycée.
23:40Donc c'est des souvenirs très heureux.
23:43Vous y retournez souvent sur l'île de la Réunion ?
23:46Oui, à peu près tous les trois mois ou quatre mois,
23:49en particulier pour y voir mes parents et mes amis.
23:52S'il y avait une seule chose à changer aujourd'hui dans les relations
23:56entre l'État et les Outre-mer,
23:58quelle serait-elle, à votre avis ?
24:00Je crois qu'il faut rétablir, on le voit bien,
24:03il y a une sorte de crise existentielle
24:05qui traverse tous les Outre-mer.
24:07Je crois qu'il faut rétablir une forme de confiance
24:09entre l'État et les Outre-mer.
24:12Et ça passe par une seule chose,
24:13ça passe par une forme de reconnaissance,
24:17d'un partenariat entre l'État et les Outre-mer,
24:21plutôt qu'une relation de subordination,
24:24comme elle demeure.
24:26Crise existentielle, est-ce qu'on peut encore parler
24:28de crise Outre-mer ?
24:30Oui, tous les Outre-mer,
24:34laissons de côté deux ou trois,
24:35comme Wallis et Futuna,
24:38mais la Nouvelle-Calédonie,
24:40la situation est vraiment très sérieuse,
24:43mais tous ces territoires ont une aspiration
24:46vers autre chose.
24:48Alors, ce n'est pas la même chose,
24:50Martinique, Guadeloupe, Guyane,
24:51c'est très clairement une évolution institutionnelle.
24:55La Réunion, on ne sait pas trop,
24:57puisqu'il y a une majorité à la région
24:59qui dit vouloir cette évolution institutionnelle
25:02et une majorité au département
25:03qui dit n'en vouloir à aucun prix.
25:06Donc là, on ne sait pas.
25:09Mayotte, là aussi, il y a une forme de crise,
25:12de déception vis-à-vis de l'action de l'État
25:14après le passage de Chido.
25:17Donc eux, ils demandent plutôt l'inverse,
25:19d'ailleurs, ils demandent plutôt que l'État
25:20intervienne davantage.
25:22Donc oui, ce sont vraiment des territoires
25:24où la crise est forte.
25:27Merci.
25:28Merci à vous.
25:28Merci beaucoup, Ferdinand Mélin-Soukramanien,
25:30d'être venu sur le plateau de C'est pas si loin.
25:32Merci à vous de votre fidélité à C'est pas si loin.
25:35Replay et podcast sont bien sûr à votre disposition
25:38sur France.tv, sur toutes les plateformes audio.
25:41Très belle fin de semaine sur France Télévisions.
25:43A la semaine prochaine, même lieu, même heure.
25:55A la semaine prochaine, même lieu, même heure.
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