00:00Les coupures récurrentes d'électricité enregistrées dans le grand libre-ville ne perturbent pas seulement le quotidien des ménages.
00:06Elles affectent directement l'activité des entreprises, particulièrement les TPE et PME,
00:12dont la production dépend d'un approvisionnement énergétique régulier.
00:15Pourtant, lorsque les machines s'arrêtent et que le chiffre d'affaires recule,
00:19salaires, impôts, cotisations sociales, loyers et échéances bancaires continuent de courir.
00:25Une situation qui pose désormais la question des mesures temporaires susceptibles
00:28d'éviter que la crise énergétique ne se transforme en crise de trésorerie pour les entreprises les plus fragiles.
00:35Pour une entreprise, une heure sans électricité peut représenter bien davantage qu'un simple désagrément.
00:41Commerce, restaurant, atelier, imprimerie, structure médicale, entreprises numériques
00:47ou petites unités de transformation peuvent voir leur activité ralentie ou totalement interrompue.
00:52À cela s'ajoutent les risques de détérioration de marchandises, l'immobilisation des équipements
00:57et les dépenses supplémentaires nécessaires pour recourir à des groupes électrogènes.
01:01Mais contrairement à la production, les charges fixes, elles, ne connaissent aucun délestage.
01:06Une réalité qui replace la question énergétique au cœur de la survie économique des petites entreprises.
01:12Les salaires restent dus, tout comme les cotisations sociales, les impôts, les loyers,
01:17les factures des fournisseurs ou les remboursements bancaires.
01:20La difficulté tient donc au décalage entre des recettes susceptibles de diminuer brutalement
01:25et des obligations qui demeurent intégralement exigibles.
01:28Pour les entreprises disposant de peu de réserve de trésorerie,
01:31la répétition des coupures peut rapidement transformer une difficulté opérationnelle en problème financier.
01:37Il ne s'agit évidemment pas d'exonérer les entreprises de leur responsabilité fiscale, sociale ou salariale.
01:43Mais lorsque la dégradation durable d'un service essentiel affecte leur capacité à produire,
01:48la question d'un accompagnement exceptionnel mérite d'être posée.
01:52Moratoires ciblés, échéanciers temporaires sur certaines obligations fiscales et sociales,
01:56facilité de trésorerie ou incitation à l'acquisition de solutions énergétiques alternatives
02:01pourraient notamment faire partie des mécanismes à examiner,
02:05en ciblant les entreprises capables de démontrer un préjudice directement lié au délestage.
02:10Cette interrogation intervient alors que les pouvoirs publics ont eux-mêmes placé
02:14la préservation des entreprises au centre de plusieurs décisions récentes.
02:18En août 2026, le président de la République, Brice Clotaire, Olegi Nguema,
02:22avait annoncé la mobilisation de 51 milliards de francs CFA
02:27pour l'appurement progressif de la dette intérieure.
02:30Sur ce montant, 21 milliards correspondaient à 1 478 ordonnances de paiement
02:35couvrant la période 2022-2026 auquel s'ajoutaient 30 milliards
02:39destinés aux opérateurs des secteurs forêts bois et miniers.
02:42L'objectif affiché était précisément de soutenir la trésorerie,
02:46préserver les emplois et favoriser la reprise de l'activité.
02:49Le paradoxe serait dès lors de restaurer d'un côté une partie de la trésorerie
02:52des entreprises par le paiement des créances de l'État
02:54et de laisser, de l'autre, les défaillances énergétiques dégradées,
02:59leur capacité de production.
03:00L'enjeu est d'autant plus important que les PME disposent généralement
03:03de marges financières moins importantes pour absorber simultanément
03:07une baisse d'activité et le coût de solutions énergétiques de substitution.
03:11Sur le plan structurel, l'État a engagé de nouveaux financements.
03:14Le Conseil des ministres du 18 septembre 2026 a notamment approuvé
03:17un emprunt de 129,7 millions d'euros, soit un peu plus de 45 milliards de francs CFA
03:23auprès de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement.
03:27Le financement doit soutenir le projet d'accès aux services de base
03:30et d'amélioration des performances PASBAP portant sur l'eau potable,
03:35l'assainissement et l'électricité, notamment dans le Grand Libreville,
03:39ainsi que sur l'amélioration des performances de la SEG.
03:42Ces investissements répondent à une nécessité structurelle,
03:45mais leurs effets ne peuvent être immédiats.
03:47Or, une infrastructure qui produira davantage d'électricité demain
03:50ne résout pas les difficultés de trésorerie d'une petite entreprise
03:54confrontée aujourd'hui à plusieurs heures d'interruption.
03:56L'urgence apparaît donc double, accélérer la restauration d'un approvisionnement énergétique fiable
04:01et déterminer si les entreprises les plus exposées nécessitent un mécanisme temporaire d'accompagnement.
04:06La question dépasse finalement la seule relation entre la SEG et ses usagers professionnels.
04:12Chaque entreprise qui réduit son activité, licencie ou ferme,
04:16représente potentiellement des emplois perdus,
04:19une diminution de la consommation, moins de cotisations sociales et, à terme, moins de recettes fiscales.
04:24La préservation du tissu entrepreneurial relève donc également d'un intérêt budgétaire pour l'État.
04:29L'enjeu serait dès lors d'identifier précisément l'impact économique des délestages,
04:35secteurs les plus touchés, pertes de chiffres d'affaires, surcoûts énergétiques et nombre d'emplois exposés.
04:40Ces données permettraient d'évaluer l'opportunité de mesures temporaires, proportionnées et strictement ciblées.
04:47Car lorsque l'électricité s'arrête, protéger temporairement une entreprise viable
04:51ne signifie pas seulement préserver son propriétaire,
04:55c'est aussi protéger les emplois, la production et les recettes publiques
04:59qu'elle pourra continuer à générer demain.
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