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  • il y a 21 minutes
Chaque semaine, nos critiques commentent un film sorti en salles. Aujourd’hui, le film de Jeanne Herry, “Garance”, présenté en compétition au dernier Festival de Cannes.

Un film de Jeanne Herry, avec Adèle Exarchopoulos et Sara Giraudeau.
En salles le 23 septembre 2026.
Transcription
00:00Garance, c'est le nom d'une fleur, c'est le titre d'un film.
00:03On sait qu'on ne peut pas t'aider à résoudre ton problème avec l'alcool.
00:08Désolée, énorme galère dans le RER avec la fameux que je prenne un taxi.
00:11Tu sais ce qui se passe si tu rates une représentation ?
00:13Il n'y a pas de cas où je rate une représentation.
00:16T'es gouine ?
00:19Euh... pas beaucoup.
00:20Tu m'envoies un message pour me dire que t'es bien arrivée ?
00:23Elle dit quoi ?
00:24Elle de bois des enfers.
00:25On peut toujours compter sur Jeanne Hery pour voir le verre à moitié plein.
00:29Elle fait un cinéma positif, un peu réparateur.
00:35On n'est jamais très loin de la résilience.
00:36Mais le film n'est pas cucul à pralines.
00:39C'est le portrait au long cours, sur plusieurs années, d'une jeune femme qui boit.
00:45Et alors pourquoi boit-elle ?
00:46Ce qui est intéressant, c'est que le film ne le dit pas.
00:48Et ça j'aime assez.
00:49Elle boit parce qu'elle boit, elle boit parce qu'elle en a besoin,
00:51parce qu'elle boit depuis toujours, elle a toujours bu.
00:53Et elle ne sait pas vivre sans.
00:55Je trouve qu'il y a quelque chose de très allègre, d'abord, dans la description de la vie de
01:01cette jeune femme,
01:02qui est donc comédienne, qui travaille avec une troupe au théâtre,
01:07qui a des petits rôles, et puis des rôles de plus en plus petits, et puis plus drôles du tout.
01:11Et puis, en fait, le collectif autour d'elle change à mesure que les années passent.
01:16Parce que ce que décrit très bien le film, sans l'appuyer, c'est que les personnes qui sont malades
01:23de l'alcool,
01:23malades alcooliques, font le vide parfois autour d'elle.
01:26Parce que c'est très douloureux de les voir s'abîmer.
01:28Au fil du temps, on voit bien que ça change autour d'elle.
01:31Et puis, elle change de Jules pour une Julie.
01:34Et puis, elle change d'appart.
01:35Un coup, c'est une coloc, un coup, c'est un studio toute seule.
01:38Et puis, un coup, c'est un placard chez une copine.
01:40On retrouve tout ce qui faisait à la fois l'intérêt et les défauts des films précédents de Jeannery.
01:47Alors, elle a une technique très particulière d'écriture, en fait, d'immersion, de documentation très, très forte.
01:53En fait, elle travaille un peu comme une journaliste.
01:56Au début, Jeannery, quand elle s'empare d'un sujet, elle lit tout ce qu'il y a sur le
01:59sujet.
02:00Elle fait des enquêtes, elle va rencontrer des gens.
02:02Et ensuite, elle se met à écrire.
02:05Ça donne des choses assez intéressantes parfois.
02:08Mais aussi, je trouvais que dans les deux précédents films de Jeannery, où ça coinçait un peu, c'était le
02:12passage à la fiction.
02:13Et là, c'est pareil.
02:14On a vraiment sur l'alcoolisme, tout est décrit.
02:18Après, dans les deux films précédents, il y avait parfois le passage à la fiction était un peu lourdeau, pas
02:22très convaincant.
02:23Il se trouve que dans Je verrai toujours vos visages, comme par hasard, la partie la moins bonne, c'était
02:29la partie la plus chorale,
02:30où il y avait une espèce de, vous voyez, différentes victimes qui se retrouvaient dans la même pièce face aux
02:35personnes qui leur avaient fait du mal.
02:37Et voilà, donc il y avait un côté un peu lourdeau, très didactique, qui ne passait pas bien.
02:41Et il y avait une première partie qui, elle, était, enfin une autre histoire dans le film, qui, elle, était
02:44beaucoup plus intéressante,
02:45parce qu'elle se focalisait sur une personne.
02:47Et comme par hasard, c'était déjà Adèle Exarchopoulos qui jouait ça.
02:50C'était une histoire d'inceste entre un frère et une sœur.
02:52Et là, le film était assez fort, et là, je trouve que Janéry arrivait à dépasser son matériau documentaire
02:59pour arriver à quelque chose de, on va dire, de plus intéressant ou de vraiment très cinématographique.
03:04Dans Garance, il y a un petit peu ça, grâce à la rencontre entre le personnage de Garance et sa
03:12nouvelle Julie,
03:13que joue Sarah Giraudot merveilleusement.
03:15Et là, il y a vraiment quelque chose de vraiment très très beau dans cette rencontre,
03:18sur aussi la relation entre elles deux, qui est de l'ordre de l'évidence, tellement évidente
03:23qu'elle revient à perturber même le personnage de Garance.
03:26Il ne comprend pas pourquoi une femme s'accroche à elle, malgré tous ses défauts.
03:30Et voilà, il y a quelque chose de vraiment de très beau qui se passe.
03:32C'est la meilleure partie du film, moi, je trouve, cette relation entre les deux femmes.
03:35Par contre, j'ai un petit problème avec Adèle Exarchopoulos.
03:38Alors, pas avec ses talents d'actrice, elle est une nouvelle fois formidable.
03:41D'ailleurs, je pense que si le film a été sélectionné en compétition à Cannes,
03:44ou comme Marie l'a dit, c'était peut-être pas la bonne place pour lui,
03:47c'est que je pense que Thierry Frémot et ses sélectionneurs se sont dit
03:50avec un rôle comme ça, une performance comme ça, elle peut avoir le prix d'interprétation.
03:54Elle aurait pu l'avoir, ça aurait été mérité, elle ne l'a pas eu malheureusement.
03:58Voilà, donc ce n'est pas du tout son talent d'actrice qui est en cause.
04:00Ce qui est plus en cause, c'est vraiment, c'est le personnage en lui-même.
04:02C'est qu'en fait, elle est peut-être trop jeune et pas assez abîmée
04:06pour pouvoir jouer le rôle d'une alcoolique qui boit autant.
04:08Parce que ça, pour le coup, elle boit beaucoup, Garance, quoi.
04:11Je trouve que ça m'est un peu sévère.
04:13Adèle Exarchopoulos.
04:14Effectivement, elle était ce qu'il y avait de mieux dans « Je verrai toujours vos visages ».
04:19Et ça se reproduit ici, mais alors à grande échelle, parce qu'elle est de presque tous les plans.
04:23Elle a vraiment, je trouve, un beau personnage auquel elle apporte
04:27cette espèce d'intensité brute qu'est la sienne,
04:31ce côté complètement moderne, etc.
04:33Et j'aime bien que le film n'aille pas fouiller dans le sordide,
04:39mais laisse quand même, ça et là, des traces, des traces sous la forme de nions.
04:44C'est-à-dire qu'on ne la voit pas tomber, mais à un moment, elle saigne, quoi.
04:47On ne la voit pas comater dans le bus de nuit, mais sauf qu'elle se réveille au terminus,
04:51et puis qu'elle a son collant baissé et qu'elle ne sait plus ce qui lui est arrivé.
04:55Donc, je veux dire, la noirceur de ce que c'est que la maladie alcoolique,
04:59notamment pour une jeune femme, est bien là.
05:01Je suis peut-être un peu sévère.
05:04Après, je vais quand même dire quelque chose de positif sur le film, malgré tout.
05:07Mais en fait, c'est tout le casting qui est formidable.
05:09Et en fait, c'est quand même la grande force, je pense, de Jeanne Hery.
05:13C'est une exceptionnelle directrice d'acteur et d'actrice.
05:16Elle arrive vraiment à associer des comédiens de différentes générations,
05:21de différents styles de jeu, et de les faire travailler en harmonie
05:24et de les rendre tous vraiment remarquables.
05:25Et c'est encore une fois le cas dans Garance.
05:29Voilà, donc Jeanne Hery peut continuer à faire des films.
05:31En tout cas, on sait qu'on ne sera jamais déçu dans sa direction d'acteur et d'actrice.
05:36Garance, c'est émouvant, c'est imparfait, c'est très grand public, c'est bien.
05:42Garance, j'aurais aimé, aimé davantage, malgré de réelles qualités, c'est bof.
05:48T'es malade, mon amour.
05:50Moi, je suis un peu perdue.
05:52Je t'avais prévenu, Pauline.
05:57Vous devriez faire du sport.
05:59Oh là là, c'est pas possible, ça va.
06:01J'ai pas moyen.

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