00:00Garance, c'est le nom d'une fleur, c'est le titre d'un film.
00:03On sait qu'on ne peut pas t'aider à résoudre ton problème avec l'alcool.
00:08Désolée, énorme galère dans le RER avec la fameux que je prenne un taxi.
00:11Tu sais ce qui se passe si tu rates une représentation ?
00:13Il n'y a pas de cas où je rate une représentation.
00:16T'es gouine ?
00:19Euh... pas beaucoup.
00:20Tu m'envoies un message pour me dire que t'es bien arrivée ?
00:23Elle dit quoi ?
00:24Elle de bois des enfers.
00:25On peut toujours compter sur Jeanne Hery pour voir le verre à moitié plein.
00:29Elle fait un cinéma positif, un peu réparateur.
00:35On n'est jamais très loin de la résilience.
00:36Mais le film n'est pas cucul à pralines.
00:39C'est le portrait au long cours, sur plusieurs années, d'une jeune femme qui boit.
00:45Et alors pourquoi boit-elle ?
00:46Ce qui est intéressant, c'est que le film ne le dit pas.
00:48Et ça j'aime assez.
00:49Elle boit parce qu'elle boit, elle boit parce qu'elle en a besoin,
00:51parce qu'elle boit depuis toujours, elle a toujours bu.
00:53Et elle ne sait pas vivre sans.
00:55Je trouve qu'il y a quelque chose de très allègre, d'abord, dans la description de la vie de
01:01cette jeune femme,
01:02qui est donc comédienne, qui travaille avec une troupe au théâtre,
01:07qui a des petits rôles, et puis des rôles de plus en plus petits, et puis plus drôles du tout.
01:11Et puis, en fait, le collectif autour d'elle change à mesure que les années passent.
01:16Parce que ce que décrit très bien le film, sans l'appuyer, c'est que les personnes qui sont malades
01:23de l'alcool,
01:23malades alcooliques, font le vide parfois autour d'elle.
01:26Parce que c'est très douloureux de les voir s'abîmer.
01:28Au fil du temps, on voit bien que ça change autour d'elle.
01:31Et puis, elle change de Jules pour une Julie.
01:34Et puis, elle change d'appart.
01:35Un coup, c'est une coloc, un coup, c'est un studio toute seule.
01:38Et puis, un coup, c'est un placard chez une copine.
01:40On retrouve tout ce qui faisait à la fois l'intérêt et les défauts des films précédents de Jeannery.
01:47Alors, elle a une technique très particulière d'écriture, en fait, d'immersion, de documentation très, très forte.
01:53En fait, elle travaille un peu comme une journaliste.
01:56Au début, Jeannery, quand elle s'empare d'un sujet, elle lit tout ce qu'il y a sur le
01:59sujet.
02:00Elle fait des enquêtes, elle va rencontrer des gens.
02:02Et ensuite, elle se met à écrire.
02:05Ça donne des choses assez intéressantes parfois.
02:08Mais aussi, je trouvais que dans les deux précédents films de Jeannery, où ça coinçait un peu, c'était le
02:12passage à la fiction.
02:13Et là, c'est pareil.
02:14On a vraiment sur l'alcoolisme, tout est décrit.
02:18Après, dans les deux films précédents, il y avait parfois le passage à la fiction était un peu lourdeau, pas
02:22très convaincant.
02:23Il se trouve que dans Je verrai toujours vos visages, comme par hasard, la partie la moins bonne, c'était
02:29la partie la plus chorale,
02:30où il y avait une espèce de, vous voyez, différentes victimes qui se retrouvaient dans la même pièce face aux
02:35personnes qui leur avaient fait du mal.
02:37Et voilà, donc il y avait un côté un peu lourdeau, très didactique, qui ne passait pas bien.
02:41Et il y avait une première partie qui, elle, était, enfin une autre histoire dans le film, qui, elle, était
02:44beaucoup plus intéressante,
02:45parce qu'elle se focalisait sur une personne.
02:47Et comme par hasard, c'était déjà Adèle Exarchopoulos qui jouait ça.
02:50C'était une histoire d'inceste entre un frère et une sœur.
02:52Et là, le film était assez fort, et là, je trouve que Janéry arrivait à dépasser son matériau documentaire
02:59pour arriver à quelque chose de, on va dire, de plus intéressant ou de vraiment très cinématographique.
03:04Dans Garance, il y a un petit peu ça, grâce à la rencontre entre le personnage de Garance et sa
03:12nouvelle Julie,
03:13que joue Sarah Giraudot merveilleusement.
03:15Et là, il y a vraiment quelque chose de vraiment très très beau dans cette rencontre,
03:18sur aussi la relation entre elles deux, qui est de l'ordre de l'évidence, tellement évidente
03:23qu'elle revient à perturber même le personnage de Garance.
03:26Il ne comprend pas pourquoi une femme s'accroche à elle, malgré tous ses défauts.
03:30Et voilà, il y a quelque chose de vraiment de très beau qui se passe.
03:32C'est la meilleure partie du film, moi, je trouve, cette relation entre les deux femmes.
03:35Par contre, j'ai un petit problème avec Adèle Exarchopoulos.
03:38Alors, pas avec ses talents d'actrice, elle est une nouvelle fois formidable.
03:41D'ailleurs, je pense que si le film a été sélectionné en compétition à Cannes,
03:44ou comme Marie l'a dit, c'était peut-être pas la bonne place pour lui,
03:47c'est que je pense que Thierry Frémot et ses sélectionneurs se sont dit
03:50avec un rôle comme ça, une performance comme ça, elle peut avoir le prix d'interprétation.
03:54Elle aurait pu l'avoir, ça aurait été mérité, elle ne l'a pas eu malheureusement.
03:58Voilà, donc ce n'est pas du tout son talent d'actrice qui est en cause.
04:00Ce qui est plus en cause, c'est vraiment, c'est le personnage en lui-même.
04:02C'est qu'en fait, elle est peut-être trop jeune et pas assez abîmée
04:06pour pouvoir jouer le rôle d'une alcoolique qui boit autant.
04:08Parce que ça, pour le coup, elle boit beaucoup, Garance, quoi.
04:11Je trouve que ça m'est un peu sévère.
04:13Adèle Exarchopoulos.
04:14Effectivement, elle était ce qu'il y avait de mieux dans « Je verrai toujours vos visages ».
04:19Et ça se reproduit ici, mais alors à grande échelle, parce qu'elle est de presque tous les plans.
04:23Elle a vraiment, je trouve, un beau personnage auquel elle apporte
04:27cette espèce d'intensité brute qu'est la sienne,
04:31ce côté complètement moderne, etc.
04:33Et j'aime bien que le film n'aille pas fouiller dans le sordide,
04:39mais laisse quand même, ça et là, des traces, des traces sous la forme de nions.
04:44C'est-à-dire qu'on ne la voit pas tomber, mais à un moment, elle saigne, quoi.
04:47On ne la voit pas comater dans le bus de nuit, mais sauf qu'elle se réveille au terminus,
04:51et puis qu'elle a son collant baissé et qu'elle ne sait plus ce qui lui est arrivé.
04:55Donc, je veux dire, la noirceur de ce que c'est que la maladie alcoolique,
04:59notamment pour une jeune femme, est bien là.
05:01Je suis peut-être un peu sévère.
05:04Après, je vais quand même dire quelque chose de positif sur le film, malgré tout.
05:07Mais en fait, c'est tout le casting qui est formidable.
05:09Et en fait, c'est quand même la grande force, je pense, de Jeanne Hery.
05:13C'est une exceptionnelle directrice d'acteur et d'actrice.
05:16Elle arrive vraiment à associer des comédiens de différentes générations,
05:21de différents styles de jeu, et de les faire travailler en harmonie
05:24et de les rendre tous vraiment remarquables.
05:25Et c'est encore une fois le cas dans Garance.
05:29Voilà, donc Jeanne Hery peut continuer à faire des films.
05:31En tout cas, on sait qu'on ne sera jamais déçu dans sa direction d'acteur et d'actrice.
05:36Garance, c'est émouvant, c'est imparfait, c'est très grand public, c'est bien.
05:42Garance, j'aurais aimé, aimé davantage, malgré de réelles qualités, c'est bof.
05:48T'es malade, mon amour.
05:50Moi, je suis un peu perdue.
05:52Je t'avais prévenu, Pauline.
05:57Vous devriez faire du sport.
05:59Oh là là, c'est pas possible, ça va.
06:01J'ai pas moyen.