00:007h51 sur France Inter et Benjamin Duhamel, vous recevez un homme de télévision.
00:04Il a créé et dirigé d'une main de fer le groupe M6 pendant 37 ans, a vu la télévision
00:09faire sa révolution en y contribuant souvent.
00:12Le loft c'est lui, la course à la rentabilité au point d'être parfois taxé de radinerie c'est
00:17aussi lui.
00:18Et à 76 ans il raconte dans un livre cet âge d'or de la télévision qui à beaucoup d
00:22'égards paraît révolu.
00:23Bonjour Nicolas Taverneau.
00:24Bonjour.
00:24Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter alors que vous publiez la télé comme jamais aux éditions.
00:29Alarie, je voudrais commencer par vous partager cette impression que j'ai eue en lisant votre livre où vous racontez
00:33des chaînes de télé qui gagnent de l'argent,
00:35des audiences records à plus de 10 millions de téléspectateurs, une forme de domination sans partage.
00:40En fait ce que vous racontez c'est une épopée d'un autre siècle.
00:43Tout ça c'est terminé Nicolas Taverneau ?
00:46Depuis 10 ans le monde a complètement changé, notamment avec l'internationalisation.
00:50C'est-à-dire qu'avant tous les produits par exemple les films américains etc.
00:55devaient passer par les chaînes de télévision pour être disponibles pour le téléspectateur français.
01:00Aujourd'hui ils s'abstiennent puisque avec internet on peut franchir les frontières sans avoir une barrière à l'entrée.
01:08Et donc ce monde c'est vraiment l'internationalisation qui a changé.
01:11C'est pas tellement le streaming.
01:12Le streaming c'est une évolution de la consommation.
01:14Mais par contre l'internationalisation ça a permis notamment aux américains,
01:18demain probablement aux coréens ou aux chinois, de rentrer.
01:21Enfin il y a Nicolas Taverneau, l'internationalisation, mais il y a aussi le constat qu'on connaît tous.
01:25C'est-à-dire des téléspectateurs qui sont de plus en plus vieux,
01:27une durée d'écoute qui baisse, des recettes publicitaires qui s'effondrent.
01:32La question qu'on se pose compte tenu de l'évolution des usages c'est
01:35est-ce que la télé est en train de mourir ?
01:37Est-ce qu'il y aura encore de la télévision, comme on dit, linéaire dans 5 ans, 10 ans, 15
01:41ans ?
01:42La réponse est oui pour les grands événements.
01:44La réponse est oui pour les grands événements.
01:46Quand vous faites la Coupe du Monde, vous avez encore plus de monde qu'il y en avait la dernière.
01:50Il y a eu 30% d'audience en plus.
01:51Lorsque vous allez faire un débat présidentiel, que ce soit en radio ou en télévision,
01:55vous allez avoir un événement.
01:55La Coupe du Monde c'est une fois tous les 4 ans et un débat présidentiel c'est une fois
01:59tous les 5 ans.
01:59Oui mais enfin vous avez aussi des grands matchs qui sont tous les ans.
02:02Quand vous avez le rugby aujourd'hui a pris énormément de place par exemple,
02:05ou le football dans les grandes compétitions.
02:07Donc je pense que si la télévision, notamment pour les directs, notamment pour l'événement de civilisation,
02:13se resserre là-dessus, elle fonctionnera, y compris la télévision linéaire.
02:17Et ça c'est très important.
02:18Simplement on a, de mon point de vue, fait une erreur considérable il y a une vingtaine d'années ou
02:2225 ans,
02:23en multipliant les chaînes de télévision.
02:26Au lieu plutôt de déconcentrer pour qu'ils aient les moyens de s'acheter les grands événements.
02:30Quand vous achetez la Coupe du Monde, ça vous coûte extrêmement cher.
02:33C'est quelque chose.
02:35Mais aujourd'hui, par exemple, M6, elle sait qu'en 2030, elle aura un énorme événement à ce moment-là
02:41qui lui permet déjà de négocier sa distribution, de faire beaucoup de choses de ce point de vue-là.
02:45Donc la télévision, si elle sait se reconcentrer sur des grands événements,
02:49si elle sait se concentrer, on a trop de chaînes de télévision aujourd'hui de cette façon-là,
02:55elle peut tout à fait avoir encore son avenir.
02:59Donc ça, c'est l'ordonnance du docteur Taverneau pour sauver la télé.
03:02Un mot encore sur le secteur, puisqu'on parle beaucoup dans cette campagne présidentielle de l'audiovisuel public,
03:08puisque vous avez la favorite de l'élection présidentielle, Marine Le Pen,
03:11qui souhaite privatiser l'audiovisuel public, privatisation à laquelle vous êtes opposé.
03:16Si vous l'aviez là, en face de vous, avec votre liberté de ton,
03:19qu'est-ce que vous lui diriez à Marine Le Pen pour tenter de la convaincre de ne pas privatiser
03:23l'audiovisuel public ?
03:24Je préfère passer le message par votre intermédiaire, mais je ne suis pas sûr qu'elle l'entendra.
03:29Mais la télévision, aujourd'hui la télévision dite gratuite, celle d'accès gratuite,
03:34il y a 3 milliards, 3 milliards 2 de recettes publicitaires.
03:37Ces recettes publicitaires, elles ne vont pas se multiplier, au contraire, elles vont plutôt se réduire.
03:41Donc si on veut avoir un système à peu près équilibré, on est obligé d'avoir un financement public.
03:46Qu'on le veuille ou non, il ne peut pas y avoir d'audiovisuel sans qu'il y ait un
03:49financement public.
03:50Après, quelles sont les missions du secteur public ?
03:52Ça, c'est la partie de la politique d'y répondre.
03:55Moi, j'ai une opinion tout à fait précise là-dessus.
03:58Je pense que le service public, c'est faire des choses que le privé ne fait pas.
04:03Alors, ce n'est pas simplement de faire harter.
04:06Le Tour de France, par exemple, ne peut pas être fait par le secteur privé,
04:09parce que c'est l'après-midi, parce qu'il n'y a pas assez de recettes publicitaires,
04:12parce que c'est une énorme production.
04:14Et il le fait d'ailleurs extrêmement bien, je dois le dire.
04:17Mais par contre, moi, il y a des tas d'émissions, je ne les citerai pas, de variétés.
04:21Si, allez-y.
04:22Le privé les fait aussi bien.
04:25Oh, ben non, ça, je vous laisse le choix.
04:27Mais il y a des films américains.
04:30Le secteur privé le fait très bien.
04:34Et vous, vous aviez un slogan formidable sur France Inter, je ne sais pas si vous l'utilisez toujours,
04:37qui était « Écoutez la différence ».
04:39Et maintenant, c'est « Écoutons nos différences ».
04:41Écoutons nos différences, c'est encore mieux.
04:43Je dirais que moi, je n'ai pas écouté avec la pub.
04:46Voilà.
04:46Ça, je n'ai pas vu de différence entre RTL, par exemple, et France Inter avec la pub.
04:51Donc moi, j'irais.
04:52Moi, je serais dirigeant du visage public.
04:55Je m'asseoirais pour qu'il y ait de moins en moins de pubs.
04:58Je pense que c'est assez difficile de comparer la quantité de pubs qu'il y a sur RTL et
05:02qu'il y a sur les antennes du service public.
05:04Il n'y en a quasiment pas.
05:05Mais c'est un signe.
05:06Non, je ne sais pas.
05:06Non, mais c'est un signe.
05:07C'est un signe, si vous voulez.
05:09Par exemple, dans l'audiovisuel public, en télévision, en ce moment vrai, en radio, il n'y a pas de
05:14limitation sur le digital.
05:16Le digital qui est demain, la consommation de demain.
05:18Il n'y a pas de limitation.
05:19Vous pouvez faire de la pub comme vous voulez.
05:20La limitation après 20 heures, vous savez, des chaînes linéaires, c'est sur le linéaire.
05:25Moi, j'aurais fait une limitation exactement de la même façon pour montrer que les usages sont les mêmes.
05:28Mais donc, en tout cas, une opposition à la privatisation de l'audiovisuel public.
05:32Si on revient à votre livre, Nicolas Taverneau, et en particulier à l'histoire folle du groupe M6 que vous
05:36racontez, qui raconte une époque.
05:38Il y a quasiment une anecdote à chaque page, notamment vos batailles homériques avec vos concurrents.
05:43Notamment cette fois où vous avez ostensiblement les yeux dans les yeux menti à votre homologue de TF1, Patrick Lelay,
05:48pour obtenir les droits du loft.
05:49Ça ne va pas améliorer l'image du monde de la télé, ça, Nicolas Taverneau ?
05:52Non, on a eu quelques discussions.
05:55Oui, un mensonge, les yeux dans les yeux. Mais racontez-nous alors ce mensonge.
05:58Non, mais Patrick, on hésitait à faire Big Brother, le loft.
06:04Donc Big Brother qui était l'émission originale au Pays-Bas, qui a donné le loft.
06:08Et le producteur voulait que ça soit sur une chaîne jeune.
06:11Il pensait que ça réussirait mieux sur une chaîne jeune.
06:13Bon, et puis on s'est vu, à un moment donné, on s'est dit, on ne va pas faire
06:16de télé-réalité en France.
06:18Il y a eu une sorte de pacte de non-agression TF1-M6 en disant, on ne va pas importer
06:21la télé-réalité en France.
06:22Oui, mais ça, c'est le concept.
06:23Oui, voilà. Et quelques mois plus tard, et quelques mois plus tard.
06:27Non, non, non, non. Et moi, je lui avais demandé de supprimer Survivor, qui aujourd'hui s'appelle Koh-Lanta.
06:31Il m'avait répondu, non, non, mais ça, c'est fort boyard, Koh-Lanta.
06:34Bon, je lui ai dit, non, c'est de la télé-réalité au sens strict.
06:36Vous le voyez bien, il mange des verres de terre et tout ça.
06:40Et donc, on a dit, écoutez, à partir du moment où ils n'ont pas supprimé Koh-Lanta, on s
06:45'est trouvé affranché de cette décision.
06:46Voilà comment ça s'est passé.
06:47Et donc, vous avez créé le Loft, qui est resté comme un des principaux phénomènes de la télévision de ces
06:5430 dernières années.
06:55Est-ce que, quand vous regardez votre carrière avec un peu de recul, votre bilan, c'est ce dont vous
07:00êtes le plus fier ?
07:01Vous écrivez dans votre livre, ça a été à la fois la meilleure chose et la pire des choses.
07:05On vous a accusé à l'époque de faire de la télé-poubelle avec le Loft.
07:08Ah oui, oui, ça, ça a été fort.
07:10Non, mais je suis plus content d'avoir créé Paris 1ère plutôt que d'avoir fait de la télé-réalité.
07:17Oui, et d'avoir donné la piscine avec Jean-Édouard et Loan.
07:20On ne fait pas la télévision qu'on aime.
07:22On fait la télévision pour laquelle il y a un public, il y a un public qui choisit.
07:26Bon, il y a des tas de choses que je déteste en télévision.
07:28Il y a des gens qui aiment les voitures, on fait turbo, il y a des gens qui n'aiment
07:31pas, qui n'aiment que les vélos.
07:32On fait une émission plutôt écologique.
07:34Ça aussi, c'est une différence entre le privé et l'audiovisuel public, Nicolas Taverneau.
07:38Quand vous dites qu'on fait de la télé pour ceux qu'on aime, peut-être que l'audiovisuel public
07:40fait aussi une télévision de l'offre plus que de la demande.
07:44Bon, ça, je vous laisse dire ça.
07:46Mais moi, je pense que quand on fait les émissions, par exemple, le dimanche soir, que ce soit Capitas, Zone
07:51interdite, Enquête exclusive, etc.,
07:53je pense qu'on fait de la bonne télévision qui n'a pas à souffrir de la qualité de celle
07:57du service public.
07:59Mais pourquoi j'ai fait ce livre ?
08:00D'abord, je suis un peu plus libre de parler aujourd'hui, notamment des institutions.
08:04Et la deuxième chose, c'est parce que c'est de l'optimisme.
08:07C'est-à-dire qu'on est né avec des vents contraires, beaucoup de vents contraires, la chaîne en trop,
08:12enfin tout le monde.
08:14Et on a réussi.
08:14Et pourquoi on a réussi ? Parce qu'on a eu un collectif.
08:17On a eu un collectif qui était vraiment soudé, un peu dans l'adversité.
08:20Et c'est un peu à rendre hommage à ce collectif avec lequel j'ai travaillé pendant 37 ans.
08:25Un dernier mot, Nicolas Taverneau.
08:26Il s'avère que cette semaine, vous êtes mobilisé par la visite du Pape en France,
08:29puisque vous êtes vice-président du conseil d'administration de GL Events,
08:32qui est l'entreprise de l'événementiel qui organise sa venue.
08:35Est-ce que Léon XIV est au courant que c'est l'homme du loft de Jean-Edouard et de
08:38Loana qui pilote sa venue ?
08:40Une bonne formule.
08:41GL Events est un grand groupe.
08:43C'est lui qui organise à la fois la manifestation au Stade de France de la veillée de vendredi soir
08:47et en même temps la grande messe de la Concorde aux Champs-Elysées.
08:52Et donc GL Events fait comme il le fait pour tous les grands événements, la Coupe du Monde, etc.
08:56Il fait la visite du Pape avec efficacité et professionnalisme.
09:00Et donc Nicolas Taverneau à 76 ans, la retraite c'est pour jamais ?
09:03Je serai au Stade de France avec les jeunes pour regarder si tout se passe bien.
09:07C'est une réponse de politique.
09:08Merci Nicolas Taverneau, le pape de la télé, d'être venu ce matin sur France Inter.
09:12Je rappelle votre livre, ça s'appelle La télé comme jamais, aux éditions Alary.
09:15Et à tout à l'heure Benjamin Diamel, on se retrouve pour le grand entretien.
09:18Il est 8h sur Inter.
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