00:00Xavier, aujourd'hui vous nous recommandez une retrospective intitulée
00:03« Sois belle et tais-toi » consacrée à l'incroyable Delphine Seriguet.
00:07Et oui, à partir du 24 septembre jusqu'au 1er novembre, le Forum des Images à Paris
00:11propose de redécouvrir une petite partie des films auxquels participa cette iconique comédienne
00:17disparue en 1990 qui brilla sur les planches au cinéma mais aussi sur les plateaux de télé
00:22où à l'encontre de la rigide pensée masculine des années 70 qui dominait alors le petit écran,
00:28elle porta inlassablement l'estocade au patriarcat de l'époque faisant entendre une parole féminine et libre.
00:34Eh bien écoutons-la car c'est une grande voix.
00:36Vous êtes une femme très secrète, vous n'avez pas parlé de vous.
00:39Non, je ne suis pas secrète du tout, je crois que je n'ai pas la réputation d'être secrète
00:44parmi mes amis.
00:47Je ne suis pas secrète, je pense que ça n'intéresse pas les gens de savoir des choses sur moi
00:53personnellement,
00:54ça n'a aucun intérêt.
00:55Sa voix lui ressemblait voilée, légèrement rauque, discrète et pourtant percutante au diapason de son regard,
01:02perçant et inquiet, le sourire était immense, enjoué tout en semblant dissimulé,
01:07une fêlure enfouie avec sa chevelure ébouriffée.
01:09Elle était d'une beauté rare mais elle n'en fit jamais une raison d'être,
01:12autant de contraires qui firent d'elle une star refusant le système établi.
01:16On la disait actrice diaphane et intellectuelle parce qu'elle jouait au théâtre les grands noms de la littérature de
01:20l'époque,
01:21Marguerite Duras en particulier, mais son jeu était à l'encontre profondément incarné.
01:26Vous êtes amoureux mon garçon, la carrière fut très éclectique.
01:31Sa présence à nul autre, pareil, illumina quelques chefs-d'oeuvre du 7e art des années 60 et 70,
01:36l'année dernière à Marine Bas de René, les films de Louise Bonoëlle,
01:40l'adaptation par Joseph Lozet de la pièce d'Aucombien féministe,
01:43la d'Ibsen maison de poupée, elle fut même une sublime comtesse lesbienne et vampire dans un film de 1971,
01:48les lèvres rouges, petit à traduire comme vous le souhaiterez.
01:52Les femmes qu'elle interpréter était invisibilisées, remisées sur le côté,
01:56elle leur redonnait présence et fierté d'être,
01:58comme dans le magistral Jeanne Dillemann, 23 rue du Commerce,
02:011080 Bruxelles de Chantal Ackermann,
02:04où elle campait dans le temps réel de la balanéité des gestes du quotidien d'une femme au foyer,
02:08la vie de Jeanne qui, une fois le linge repassé,
02:11recevait contre argent comptant des hommes de 17h à 17h30.
02:16Une actrice sérieuse qui ne s'est jamais pris au sérieux, Xavier.
02:18La preuve avec son rôle culte que l'on connaît tous par cœur,
02:21dans « Peau d'âne » de Jacques Demier, où elle devient la cultissime fée d'Illila,
02:25donneuse de conseils avisée et intéressée à sa prude nièce
02:28pour se débarrasser des avances d'un père incestueux.
02:32Ma chère enfant, ce serait une grande faute que d'épouser votre père.
02:35C'est très simple, il faut le décourager sans le contredire.
02:38Mais je l'aime.
02:40Je sais que vous l'aimez, mais je vous l'ai déjà dit.
02:44Vous confondez les amours.
02:46Il me presse et je dois lui rendre réponse demain.
02:51La situation mérite à l'étention.
02:58C'est extraordinaire ce film.
03:00Tout est bien.
03:01Tout est toujours bien.
03:04Et tout est subversif.
03:05C'est vraiment LSD.
03:06Tu connais la chanson, Fiona ?
03:08Non, mais c'était très beau.
03:10On a fini l'entendre.
03:12Elle ne chante pas, donc c'était un tout petit peu…
03:15Oui, mais vous rappeliez au début de la chronique, Xavier,
03:17qu'elle fut l'une première comédienne à faire entendre la voix des féministes.
03:21Et en effet, Anne eut de cède de détourner le jeu pourtant très établi de la promo pour défendre ses
03:26consœurs
03:26à une époque où le corps des femmes était l'objet de législations faites par et pour les hommes.
03:32Jamais provocatrice, toujours juste et asserrée dans ses propos,
03:35elle refusait les dictates claquemurants femmes et actrices,
03:38objet d'une fétichisation dont Anne eut de cesse de défaire les liens.
03:42Les femmes peuvent et pensent qu'elles sont moins douées, moins intelligentes,
03:48que le génie est une chose qui ne leur appartient pas.
03:50On peut décider que les femmes sont inférieures.
03:53C'est une décision qu'on peut prendre, c'est une décision raciste.
03:57C'est une décision raciste.
03:58Moi, en fait, j'ai toujours beaucoup de peine quand j'entends Delphine Siric
04:01parce que si elle n'a pas été heureuse dans la vie, c'est à cause de l'époque dans
04:04laquelle elle a vécu
04:05parce qu'être une femme libre, ça a un prix et elle, elle l'a payé très cher.
04:09J'ai toujours beaucoup de tristesse quand je l'entends.
04:11Mais il reste ses paroles, il reste ses prises de position, il reste son intelligence.
04:15Il reste tout ce qu'elle nous a laissé.
04:18Merci, madame.
04:19Et bravo pour la rétrospective.
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