Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 6 semaines
Ce dimanche 20 septembre, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé à Paris, Marseille, Lyon ou encore Toulouse contre la proposition de loi sur la présomption d’usage légitime des armes par les forces de l’ordre, qui revient, selon elles, à « un permis de tuer ».

Elles répondaient à l’appel de nombreuses organisations de défense des droits humains, dont Stop aux violences d’État, Amnesty International ou encore la Ligue des droits de l’Homme (LDH), mais aussi de la gauche et du syndicat de la magistrature.

« Nos vies méritent d’être vécues, pas abattues - Non au permis de tuer ! », « Plus de pouvoir = plus de bavure », pouvait-on lire sur des pancartes dans la capitale, où 21 000 personnes ont défilé, selon la préfecture de police.

Comme vous pouvez le voir dans notre reportage vidéo en tête d’article, Le HuffPost a suivi cette mobilisation sur le terrain. Notre reporter a récolté les inquiétudes de nombreux manifestants. Avec Sebastian Roché, politologue spécialisé en criminologie, directeur de recherche au CNRS et auteur de plusieurs ouvrages sur la police (dont La police contre la rue), il revient aussi sur les réserves de nombreux experts sur ce texte controversé, qui doit être examiné au Sénat après avoir été voté en juillet à l’Assemblée nationale.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00« Savo tutti anti-machistiques ! Savo tutti anti-machistiques ! »
00:09Des cortèges s'élancent dans plusieurs villes de France aujourd'hui pour dénoncer une loi très controversée actuellement débattue par
00:14les parlementaires.
00:15Celle-ci veut instaurer une présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre quand un policier utilise son
00:20arme de service.
00:21Ici dans la rue, on dénonce une dérive dangereuse et l'avènement, je cite, d'un permis de tuer.
00:40Alors voici ce que dit cette loi qui sera bientôt examinée au Sénat après avoir été votée en juillet dernier
00:45à l'Assemblée.
00:45Le texte prévoit que les policiers nationaux et les gendarmes qui font un usage absolument nécessaire et strictement proportionné de
00:52leurs armes seront présumés avoir agis dans le cadre de la loi.
00:55Ce cadre légal, il existe déjà. Il énonce cinq situations autorisant un tir.
01:00Elles peuvent être retrouvées facilement sur Internet, mais en résumé, chaque fois, il doit y avoir une vie en danger,
01:05soit celle du policier ou d'une autre personne.
01:07Voici comment le ministre de l'Intérieur justifie cette loi.
01:10On présume que l'usage s'est fait dans un cadre légitime, légal. Après, c'est une présomption simple. Elle
01:16peut être facilement démontée.
01:18Ce qu'on traite ici, c'est les cas d'usage légitime des armes qui sont déjà prévus par la
01:22loi et on prévoit simplement une présomption.
01:25C'est-à-dire qu'on part du principe, a priori, qu'il n'y a pas de raison de
01:29penser que le policier est coupable quand il fait usage de son arme.
01:31Qu'est-ce qui vous inquiète ?
01:32Ce qui m'inquiète, c'est le pouvoir qu'on donne à la police. Ce qui m'inquiète, c'est
01:37ce que devient l'état de droit en France.
01:39Déjà, actuellement, ce n'est pas assez encadré. Je pense qu'on l'a vu, il y a énormément de
01:43bavures policières.
01:44Et en fait, le fait de plutôt augmenter les situations où le policier serait dans son droit de tirer plutôt
01:49que l'inverse, pour moi, ça ne va pas dans le bon sens.
01:51On proteste contre la loi permis de tuer, qui pour nous est une loi qui va vraiment impacter, notamment pour
01:59moi, les personnes noires,
02:00puisqu'on est bien plus contrôlés que les autres. Donc on est bien plus sujets à ce genre de bavures
02:07policières.
02:07Il n'y a pas besoin d'une loi en plus pour leur permettre, en gros, d'avoir tous les
02:13droits finalement et de risquer de tuer encore plus d'innocents.
02:18Plus de respression ne font pas plus de sécurité.
02:21Ça n'a jamais été le cas dans l'histoire.
02:24Donc je ne comprends pas, en fait, l'utilité, l'intérêt de cette loi. Et c'est pour ça que
02:28je suis ici.
02:29Amnesty International, le rapporteur spécial des Nations Unies, le défenseur des droits.
02:33Plusieurs ONG et institutions ont dénoncé ce texte.
02:36Il y a eu aussi une pétition sur le site de l'Assemblée nationale signée par 730 000 personnes.
02:41Et enfin, de nombreux experts aussi ont partagé leurs réserves.
02:44C'est le cas, par exemple, de Sébastien Rocher. Il est directeur de recherche au CNRS,
02:48auteur de plusieurs ouvrages sur la police et la criminalité.
02:51Je l'ai interviewé sur ce sujet.
02:53La loi est problématique parce qu'en fait, elle demande au procureur de considérer a priori que le policier était
03:00dans son bon droit.
03:01Alors que l'impartialité commande que le procureur examine l'ensemble des preuves à charge et à décharge.
03:10Et donc, ce que fait le ministère, c'est qu'il attaque frontalement, mais en même temps doucement, j'ai
03:17envie de dire, le principe d'impartialité.
03:20Il veut créer une protection spéciale qui serait liée uniquement à la qualité de policier.
03:25Et la deuxième chose que ça va faire, c'est que ça va déclasser la charge de la preuve vers
03:29les familles des victimes.
03:30Or, c'est très difficile pour les familles déjà aujourd'hui d'aller au procès.
03:36C'est très difficile de faire en sorte que la police rassemble les preuves, qu'elle les rassemble de manière
03:41exhaustive.
03:43Et c'est très coûteux et c'est très long.
03:46Les preuves qui sont utilisées pour ces enquêtes-là, il faut qu'elles puissent être regroupées, rassemblées, dès que l
03:53'enquête est lancée, dès que le tir a eu lieu.
03:55Les armes, les munitions, les communications, les caméras de vidéosurveillance, etc.
04:00Des victimes ou des familles de victimes pourront essayer d'apporter des éléments de preuve contraires.
04:05Mais ils n'ont pas en possession, ils n'ont pas la main sur ces éléments de preuve.
04:08Donc il faudrait un cas très exceptionnel, comme par exemple ce qui s'est passé sur le cas de Naël,
04:13avec des vidéos de témoins qui circulent dans la presse, pour que cette présomption puisse être retournée.
04:20Plusieurs s'inquiètent que le nombre de tirs mortels augmente après le vote de cette loi.
04:24Car en 2017, il y a déjà eu un texte qui a élargi les possibilités, disons, de l'usage de
04:29l'arme à feu par les policiers en matière de refus d'obtempérer par des conducteurs.
04:33Et ça, ça a mené à des morts supplémentaires.
04:35C'est ce qu'a découvert Sébastien de Rocher dans une étude qu'il a publiée quelques années plus tard.
04:39Lorsqu'on a fait ça dans la loi, on a eu une multiplication par 6 du nombre de tirs mortels
04:45sur les véhicules en mouvement.
04:47Dans les 5 années qui succèdent à la loi par rapport aux 5 années qui précèdent la loi.
04:51Toutes choses égales par ailleurs.
04:53C'est-à-dire que c'est les mêmes policiers, avec les mêmes formations, travaillent dans les mêmes services, sous
04:58la responsabilité, du même encadrement local.
05:01Donc voilà, on a les fortes suspicions pour différentes raisons que la loi incitera les policiers à tirer plus.
05:08Ce qui est proposé par Les Républicains et par Laurent Nunes, le ministre de l'Intérieur, c'est de réintroduire
05:14des dispositions qu'on trouve dans les régimes autoritaires.
05:18Alors ça ne fera pas de la France une dictature, mais enfin c'est un signal politique qu'on va
05:22quand même dans un sens qui est très contestable.
05:25C'est dans un continuum, ce sont toutes les lois sécuritaires qui s'ajoutent, qui se superposent, l'état d
05:31'urgence qui devient l'état naturel.
05:35Et bien sûr, il faut l'outil, c'est la police. Et maintenant donner tout pouvoir à la police est
05:40très inquiétant pour nous, pour les libertés.
05:44Ce qui est intéressant aussi, c'est les origines de cette loi. En fait, cette idée de présomption de légitime
05:49défense, elle apparaît d'abord dans le programme présidentiel de Jean-Marie Le Pen en 2007.
05:53Il faut que les forces de police reçoivent les ordres qui sont du cadre de la légitime défense, c'est
06:02-à-dire s'il y a des gens qui portent des armes ou qui mettent la vie des citoyens en
06:08danger,
06:09ils doivent être réprimés par tous les moyens, y compris les tirs réels.
06:14L'idée a ensuite été reprise par Nicolas Sarkozy en 2012, puis aujourd'hui par un gouvernement qui, il n
06:19'y a pas si longtemps, qualifiait cette idée de démagogique. Regardez.
06:22La présomption de légitime défense pour les policiers ?
06:25Alors absolument, absolument non. Je pense que d'ailleurs, derrière cette proposition démagogique, il y a une vision à l
06:30'américaine de Madame Le Pen.
06:31Elle veut répondre à la violence qui existe par la violence. Et ça, c'est la guerre de tous contre
06:35tous.
06:36Évidemment, tout ça montre à quel point certaines idées, autrefois cantonnées à l'extrême droite, progressent aujourd'hui chez certains
06:42qui prétendent faire barrage.
06:43Le RN n'a pas manqué de le relever.
06:45Je voudrais remercier le groupe de la droite républicaine de présenter cette proposition de loi.
06:50Je rappelle que c'est une proposition de longue date de Marine Le Pen et j'avais eu l'honneur
06:54d'en être le rapporteur en 2022,
06:55lors de notre première niche parlementaire.
06:58Vous êtes comme le vin, vous vous bonifiez avec le temps, en allant surtout piocher dans le programme de Marine
07:04Le Pen.
07:05Ça dit le glissement de ce que moi j'appelle l'extrême centre vers autre chose.
07:10On sait qu'elle a été proposée par les républicains, mais que le gouvernement la soutient.
07:14Donc voilà, ça dit leur glissement pour moi.
07:15Ça dit le glissement depuis 2017 vers de plus en plus les politiques de l'extrême droite.
07:21Pour satisfaire des besoins immédiats de base politique,
07:27toutes ces idées passent dans tous les autres partis et en particulier dans le centre, dans les partis du centre.
07:35Oui, ça nous inquiète beaucoup.

Recommandations