00:00Alors toute la presse française, c'est ça qui est drôle, mais à juste titre, je le dis vraiment,
00:04moi je suis, on est des fans, parce que c'est générationnel, Marseille à Baila, tout ça,
00:09c'est vraiment générationnel, les gens qui avaient 20 ans, en 84, tous adoraient l'Erytha Mitsuko.
00:16Et d'ailleurs c'était trans, j'ai envie de dire trans-social, je ne sais pas si ça existe
00:20de dire ça,
00:21mais les bourgeois, comme les prolos, vous voyez, tout le monde aimait l'Erytha Mitsuko,
00:26comme Renaud d'ailleurs, de la même manière.
00:30Voyez la une des journaux ce matin, Libération, je ne sais pas si on le voit à l'antenne,
00:36ah on ne les a pas à l'antenne, Libération, l'Humanité, et même le Parisien.
00:39Alors je voulais vous montrer un premier échange, alors ça dure un petit peu de temps,
00:44mais ça montre l'état d'esprit de cette année-là, et quand je parlais d'Irrévérence,
00:48c'est une émission d'Anne Sinclair, célèbre, 7 sur 7, il y a Robert Rue qui est sur le
00:52plateau,
00:53et il y a l'Erytha Mitsuko, Fred Chichin qui est beau comme tout,
00:56et Catherine Ringer, ils sont là tous les deux pendant 3 minutes, 20,
01:00et je vous propose, je l'ai pris en longueur pour qu'on voit l'atmosphère aussi de ces années
01:05-là,
01:06et je vous propose d'écouter cette archive.
01:09Vous êtes un couple sur la scène et dans la vie.
01:13Oui, un duo.
01:14Mais Fred Chichin, Catherine Ringer, vous diriez que c'est votre femme ou votre partenaire ?
01:18Les deux.
01:19Les deux ?
01:19Je dis ça parce qu'on est en pleine conférence de Pékin sur les droits de la femme,
01:23et vous avez écrit une chanson sur le mariage assez traditionnel,
01:27comme mariage qui doit être un contrat de longue durée,
01:32c'était presque surprenant.
01:33Contrat, oui, contrat.
01:34Qu'on ne peut pas rompre comme ça.
01:36On peut rompre, le divorce existe.
01:38Oui, mais vous trouvez ça léger, et un peu désinvolte.
01:42C'était le sens de la chanson, non ?
01:44Oui, c'était un peu un mode d'emploi, de longévité, de durée,
01:51de s'accrocher à des choses qu'on a dites.
01:54C'est ça, c'est dans l'engagement, ça peut être dans l'art.
01:57Oui, tenir ses engagements, dans un contrat.
02:00Exactement, c'est ça.
02:01Après, ça peut être une durée déterminée, rien n'a été donné.
02:04Il y a des gens qui pourraient, par exemple, faire des contrats d'union,
02:06de mariage à la durée déterminée.
02:10Quand on est amoureux, par exemple, les gens qui s'unissent parce qu'ils sont amoureux.
02:13Par exemple, ils savent que ça dure trois ans,
02:15après, il y a deux autres années où ça descend un peu,
02:17au bout de cinq ans, sept ans, crac, etc.
02:20Ils pourraient faire des contrats déterminés, avec enfants, sans enfants,
02:23partagent des bénéfices s'il y a une entreprise qui se fait à deux.
02:27Parce que c'est vrai, des fois, les gens, ils travaillent ensemble,
02:29des fois séparément.
02:31Où va l'argent ?
02:32C'est plus le mariage religieux, c'est le mariage...
02:34Où va l'argent ?
02:35On y viendra, ça, sûrement.
02:37Vous êtes un peu à part dans le show business,
02:41parce que vous faites des apparitions, puis vous disparaissez.
02:44Vous n'êtes pas comme beaucoup d'artistes,
02:45avec un album par an, une série de concerts par an.
02:49Vous avez peur que le succès, ça vous bouffe ?
02:51Vous êtes prudent, vous prenez ça avec des pincettes ?
02:55On essaye de faire aussi ce qu'on aime bien faire,
02:58et ne pas se forcer à faire des choses qu'on n'a pas envie de faire.
03:00Et que le rythme vous paraît quelquefois trop dévorant, trop pressant ?
03:03Oui, il ne faut pas tomber à se faire entraîner,
03:07à faire des choses qu'on n'a pas envie,
03:08uniquement pour des contingences commerciales ou industrielles,
03:11ou des choses comme ça.
03:12Là, on a fait beaucoup de scènes, parce qu'on avait un bon orchestre,
03:14on s'est dit, tiens, continuons, on prend du plaisir à le faire.
03:18Après, on fait un disque parce qu'on a envie de le faire,
03:22parce qu'on a des idées.
03:22Sinon, le faire, parce qu'il faut le faire.
03:24Mais les délais de l'hypression, c'est cool, quand même.
03:26C'est-à-dire ?
03:27Parce qu'on a bien travaillé comme ça,
03:29c'est-à-dire qu'on nous donne un délai,
03:30parce que sinon, ces fois, ça traîne en longueur.
03:32Sinon, on ne verra jamais le prochain album.
03:34Oui, c'est ça, c'est bien.
03:34Moi, j'aime bien avoir de travailler avec des contraintes,
03:36comme les horaires pour un concert,
03:37donc c'est bien.
03:38On le verra quand, là ?
03:39On y va, on y va pas.
03:41Au printemps, je pense.
03:45Vous aimez la provocation, c'est pour vous...
03:47J'aime, on s'amuse.
03:48Mais c'est pour mettre un peu de la folie dans la vie, c'est ça ?
03:53Non, pas de la folie, mais de la place, de l'espace.
03:55Du rire, de la joie de vivre.
03:57Oui, la joie de rire, l'émotion, tout ça, quoi.
04:03On va parler tout à l'heure avec Robert Rue
04:05de la rentrée sociale, des menaces de grève,
04:07de la vie des gens difficiles.
04:10Vous avez envie de parler de ça
04:12ou vous vous dites, c'est pas des sujets pour nous,
04:14nous, on préfère parler de notre métier,
04:17on ne veut pas se mêler, de donner notre avis.
04:19Vous avez quelle approche par rapport à la qualité ?
04:21Enfin, moi, je peux répondre.
04:22On répond séparément, chacun son opinion là-dessus.
04:24Mais par exemple, moi, j'aime bien en parler avec des amis.
04:27J'aime bien en parler avec les gens
04:29avec qui ça m'intéressera d'en parler,
04:30avec des gens avec qui je travaille, etc.
04:32Mais à la télé, comme ça, donner mon avis
04:35sur des choses...
04:38C'est un peu de la conversation de bistrot, quoi.
04:41C'est pas la place des artistes.
04:43Mais sur des trucs, je peux quand même répondre.
04:44Des fois, est-ce que ça, j'aime bien ?
04:46Non, ça, est-ce que je suis contre ?
04:48Plutôt contre.
04:49Et oui, mais sinon, non, quoi.
04:51Je trouve que c'est magnifique,
04:52et d'intelligence et d'humilité.
04:54Et elle est ennuyée, Anne Sinclair,
04:56parce qu'elle ne joue pas tout à fait le jeu.
04:58Et c'est ça qui est formidable.
04:59Elle ne joue pas le jeu des médias
05:01de dire ce que l'on veut entendre dans les médias.
05:05C'est pas les pétitionnaires de France Inter.
05:09Mais c'est quoi le point commun entre Canal+,
05:11et cette interview ?
05:12C'est le non-formatage ?
05:13On ne peut pas savoir ce qu'elle va répondre.
05:15Alors que les autres artistes, je suis bien placé,
05:17j'ai travaillé pour...
05:18On n'est pas couché, je savais à l'avance
05:19ce qu'ils allaient dire sur tous les sujets.
05:21Et toute cette petite caste d'artistes
05:26qui ont signé cette tribune contre Charles Sapin,
05:31ils ne se rendent même pas...
05:33Il n'y a pas plus conformistes que...
05:35Ce sont vraiment les bien-pensants de l'époque,
05:38les donneurs de leçons, les tartuves.
05:41Alors je ne vais pas citer leur nom,
05:42mais c'est formidable d'entendre.
05:43On a entendu Brassens l'autre jour,
05:46qui disait...
05:48Elle est là, le vrai talent et l'humilité,
05:51et l'intelligence.
05:53Et elle ne joue pas le jeu, vous avez vu.
05:55La première chose, Anne Sinclair lui dit,
05:57vous êtes en couple ?
05:59En duo.
06:00Boum !
06:03C'est difficile de l'interroger.
06:05Tu sens qu'Anne Sinclair,
06:06elle est ennuyée parce qu'elle ne joue pas le jeu.
06:08Dans une émission,
06:09ils s'interviewaient l'un l'autre,
06:11et chacun demandait à l'autre
06:12si on ne s'était pas rencontrés,
06:14qu'est-ce que tu serais devenu ?
06:15Alors Fratichin lui pose la question.
06:17Elle dit,
06:18oh, t'aurais fait ça avec quelqu'un d'autre.
06:20Donc il ne joue pas le truc,
06:21c'est un couple fusionnel,
06:22on est là pour toujours.
06:24La présence de Robert Rue.
06:25Alors Robert Rue, il est magnifique.
06:27Et puis Anne Sinclair est belle.
06:30Elle est plus nostalgique en fait dans cet archi.
06:32Mais bien sûr,
06:33mais c'était la grand-messe
06:35que notre ami Gérard a connue,
06:377 sur 7,
06:38sur le décor noir,
06:40et c'était effectivement un moment,
06:42à l'époque,
06:43je ne sais pas si ça faisait 10 millions de téléspectateurs peut-être,
06:45entre 19h et 20h,
06:46c'était le rendez-vous effectivement politique de la semaine.
06:49Alors il y a une autre archive très célèbre,
06:51c'est Gainsbourg qui est odieux ce jour-là,
06:55et qui lui reproche d'avoir tourné dans des films pornographiques.
06:58Alors attention, âme sensible,
07:00je le dis pour Europe 1,
07:01je le dis évidemment pour CNews,
07:04parce que ça aussi,
07:05c'est une émission qui était formidable de Denisot,
07:08qui était à 19h tous les jours,
07:09qui s'appelait Zénith.
07:10Après, il y a eu mon Zénith à moi,
07:12mais il y a eu Zénith.
07:13Et il recevait tout ce qui était de personnalité artistique,
07:16jovahistique, médiatique,
07:17tout ce que vous voulez.
07:18Et il y avait un ton, une couleur, une liberté.
07:20Écoutez.
07:22C'était sur la joue,
07:23après il y a eu des vrais baisers, etc.
07:24Les baisers, puis il y a baisers.
07:26Mais baisers,
07:27mais vous savez comment on baisse dans un hardcore ?
07:29On vous dit,
07:29tenez, voilà le plan,
07:31la fille est en levrette,
07:32le mec est comme ci,
07:34et vous faites tant de...
07:35Vous êtes une pute.
07:36Oui, ça a à voir avec ça.
07:38Vous êtes une pute, c'est tout.
07:39Non, parce que c'est pas la même chose.
07:41Vous êtes une pute, hein ?
07:41C'est pas le même métier, non.
07:43Oh, écoutez, vous êtes fait baiser.
07:45C'est pas le même métier.
07:46Baiser par la caméra.
07:48Non, parce que c'est pas des clients que j'avais, moi.
07:50C'était des...
07:51Non, vous êtes dégueulasse.
07:53Que ce soit dégueulasse, c'est possible.
07:55C'est dégueulasse.
07:55Oui, c'est dégueulasse.
07:56C'est dégueulasse.
07:58Arrêtez vos conneries.
07:59Vous avez plein de foutres.
08:01Non, non, non.
08:03Pas dans les prises.
08:05C'est vrai que c'est dégueulasse.
08:07Ah.
08:08Eh bien, alors, vous êtes dégueulasse.
08:09Moi, je vous trouve dégueulasse.
08:11Ça, c'est l'aventure moderne.
08:13Non, non, l'aventure moderne n'est pas dégueulasse.
08:16Nous avons des éthiques.
08:19Mais vous, vous avez l'air d'un vrai dégueulasse.
08:21Mais c'est vrai, depuis des années, moi, quand j'étais petite, tout le monde disait ça de vous.
08:24Moi, je n'ai jamais montré ma queue.
08:27Que ça se trouve, vous vous sentiez mauvais et tout ça.
08:29Alors, arrêtez de me faire la morale alors que vous, vous êtes le dégueulasse type.
08:33On ne comprend même pas ce que vous dites quand vous parlez.
08:35L'ingénieur du son, il râle parce qu'on ne comprend pas ce que vous dites quand vous parlez.
08:39Alors, merde, vous êtes un vrai dégueulasse.
08:40Même avec les gens avec qui vous travaillez, vous venez à une émission, on n'entend pas ce que vous
08:43dites.
08:43Vous allez prendre deux baves dans la gueule, ça va vite fait.
08:45OK.
08:45Vous êtes une salope et vous êtes une putain.
08:48Non, mais vous vous rendez compte, tu vas prendre deux baves dans la gueule, dit Serge Gainsbourg.
08:54Alors, c'est ça le paradoxe, c'est qu'on adore ces années-là et en même temps, ses propos
09:00sont parfaitement inadmissibles.
09:03Donc, tu vas prendre deux baves dans la gueule, voilà ce que dit Serge Gainsbourg.
09:06Le tout est inadmissible, les leçons de morale par Serge Gainsbourg.
09:09Moi, autant j'aime Gainsbourg, autant Gainsbar, je le laisse où il est, vraiment.
09:14Sabrina Medjabur.
09:15Autant, évidemment, les propos sont odieux, mais au moins, ils conversaient.
09:20Et on la voit, on la sent très libre, très forte de caractère.
09:24Ah ben, elle répond.
09:24Et elle répond.
09:25Elle répond, elle se fait attaquer une fois, deux fois, trois fois, quatre fois, et la cinquième, elle répond.
09:28Elle répond, elle répond toute seule, et voilà, en raison de ce qu'elle fait, elle assume et elle lui
09:33rend la pareille, en effet.
09:34Donc, c'est une liberté qui, aujourd'hui, ne pourrait plus exister tant le débat est polarisé entre les hommes
09:39et les femmes.
09:39Moi, j'étais très loin d'être né à l'époque de Serge Gainsbourg, mais quand je vois à quel
09:44point...
09:45Joachim Lefloc qui m'a...
09:46La parole est triste et aseptisée, aujourd'hui, je mesure tout ce qu'on a perdu.
09:50Et je pense que beaucoup de Français, y compris des très jeunes, d'ailleurs, sont nostalgiques de cette époque, même
09:54si...
09:54Mais oui, mais...
09:55Sauf Gainsbourg, parce que vous de dire, je vais te mettre de baffe...
09:57Voilà, on ne peut pas...
09:58Non, mais bien sûr.
09:59Mais cette séquence, et moi, je trouve cette séquence...
10:03...
10:03Merci.
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