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  • il y a 27 minutes
Regardez l'échange entre Natacha Regensberg, médecin généraliste, membre de l'Union française pour une médecine libre (UFMLS), et Martial You, éditorialiste au service économie de RTL.
Regardez C'est notre époque avec Céline Landreau du 14 septembre 2026.

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Transcription
00:00C'est notre époque sur RTL, on est ensemble jusqu'à 9h30 et cette question, pourquoi les arrêts maladie augmentent
00:14-ils autant en France ?
00:15Faut-il serrer la vis, limiter le nombre d'arrêts ? Est-ce qu'il vous est déjà arrivé à
00:19vous d'en profiter un peu, de demander gentiment à votre médecin de vous arrêter quelques jours de plus ?
00:24On en parle avec nos deux experts pour répondre à toutes vos questions, Martial You, éditorialiste au service Éco d
00:30'RTL, bonjour Martial, et Natacha Régensberde et Andréis, bonjour, vous êtes médecin généraliste, membre de l'UFMLS, l'Union française
00:39pour une médecine libre, syndicat de médecins, merci d'être avec nous ce matin.
00:43Martial, d'abord peut-être une petite cartographie, un état des lieux de la situation, on entend beaucoup parler d
00:49'explosion, des arrêts maladie, est-ce que c'est vrai d'abord ?
00:52Oui, c'est vrai, si on regarde par rapport à l'avant Covid, donc par rapport à 2019, on est
00:56à peu près à 45% d'arrêt maladie supplémentaire, ça ne veut pas dire 45% de fraude supplémentaire,
01:02c'est pas ça,
01:03mais ça veut dire qu'un salarié sur trois, donc 35%, s'arrête désormais au moins une fois dans l
01:10'année, donc c'est plus qu'avant.
01:11Ça représente une enveloppe globale de 18 milliards, 17,9 milliards pour être très précis, d'indemnités journalières qui ont
01:18été versées l'année dernière, ce qui représente donc là aussi un bond assez important de l'ordre de, c
01:23'est normal, la même échelle, 45-50% de plus.
01:2645-50% de plus qu'avant le Covid, dit Martial. Comment on explique ça, docteur ?
01:33Il y a plusieurs explications. Il y a tout d'abord un vieillissement de la population, donc plus de maladies,
01:38plus de gens âgés qui travaillent.
01:40Deuxièmement, il y a probablement aussi un durcissement des conditions de travail, et avec en effet des arrêts de travail
01:46qui sont parfois à la limite entre le médical et le médico-professionnel ou médico-social.
01:51Ce serait bien peut-être de trouver une façon de le gérer autrement. Il y a des troubles anxio-dépressifs
01:56croissants dans la population, et notamment chez la population jeune.
02:00Donc ça c'est souvent des arrêts longue durée en plus ?
02:03Ce sont des arrêts en effet qui sont plus longs. Il y a également un effet post-Covid. On a
02:07appris pendant le Covid qu'un rhume pouvait nous tuer, et que l'enfer c'était les autres avec le
02:11risque de contamination.
02:13Donc il y a des gens qui, dès qu'ils ont un rhume maintenant, demandent un arrêt de travail, ce
02:16qui n'était pas le cas avant. On nous explique qu'ils vont être refoulés de leur lieu de travail
02:20parce que les gens auront peur.
02:22Il y a une baisse de la démographie médicale catastrophique, ce qui fait qu'il y a parfois des arrêts
02:27de travail d'attente, tout simplement, pour avoir une consultation ou un traitement.
02:31Vous avez également des médecins, ceux qui travaillent, qui sont surmenés, et c'est toujours plus long de dire non
02:36que de dire oui.
02:37Il y a probablement aussi un consumérisme un petit peu plus important, qui est facilité par des plateformes.
02:45Et enfin, il y a une augmentation.
02:46Les consultations en visio, c'est plus facile pour obtenir un arrêt maladie rapidement que...
02:49Exactement, puis vous avez des plateformes où vous n'êtes pas obligé de consulter votre médecin.
02:53Et c'est vrai qu'un médecin, théoriquement, il croit quand même son patient.
02:56Quand quelqu'un vous dit, je ne peux pas aller travailler, je vais crever, il faut le croire.
03:01Alors ensuite, ça ne doit pas déboucher sur un moins d'arrêt de travail.
03:03Mais le jour où on arrêtera de croire nos patients, on ne sera plus des médecins.
03:07Et enfin, il y a une augmentation également des violences contre médecins,
03:10et donc une augmentation aussi des arrêts de travail obtenus sous la contrainte.
03:15D'accord, donc ça ce n'est pas un mythe, c'est réel, et vous le constatez vous dans votre
03:18syndicat ?
03:19Absolument.
03:19Vous avez des témoignages qui remontent à tout.
03:20On a des témoignages, et notamment un témoignage d'un confrère qui avait eu le courage d'écrire sur la
03:25feuille d'arrêt maladie,
03:26puisque c'était encore une feuille, que c'était obtenu sous la contrainte, puis il n'a pas eu de
03:31nouvelles.
03:31Donc il a appelé l'assurance maladie, et là on lui a répondu, mais on ne lit pas, vous savez,
03:35à partir du moment où vous faites l'arrêt de travail, on l'enregistre.
03:38Je voudrais qu'on accueille Laurent maintenant, qui nous a appelé au 3210.
03:41Bonjour Laurent.
03:43Oui, bonjour à tous.
03:44Vous appelez de Carcassonne, je crois que vous avez un avis, vous, sur cette explosion du nombre d'arrêts maladie.
03:49Vous pensez qu'on est peut-être un peu trop laxiste, c'est ça ?
03:52Alors, laxiste, peut-être pas, mais je constate que depuis 30 ans que je dirige des entreprises,
04:00c'est souvent arrivé qu'après un petit désaccord avec un collaborateur,
04:05on se retrouve avec un arrêt de travail sur le bureau le lendemain ou le surlendemain.
04:09Mais ça, depuis 30 ans, ou c'est un phénomène que vous voyez grossir ces dernières années ?
04:15Ça a toujours existé.
04:17Peut-être une petite accélération depuis la fin du Covid,
04:21où certains changements sociétaux ont fait que.
04:26Mais c'est des choses qui se sont toujours passées.
04:29Personnellement, je n'ai pas senti une grosse accélération,
04:32mais c'est quelque chose qui a toujours existé, qui existera toujours, je pense.
04:36Et vous réclamez quoi ? Davantage de contrôle, peut-être pour éviter ces arrêts liés à une dispute avec le
04:42patron ?
04:43Alors, nous n'allons pas jusqu'à la dispute.
04:46C'est des petites fâcheries ou des désaccords qui peuvent entrer naissant.
04:50Mais mon ressenti, c'est que le fait d'accroître ce genre d'arrêt pénalise des gens qui sont peut
04:58-être sûrement très, très malades
05:00et qui n'ont pas été pris en charge par leur mutuelle ou leur pension d'invalidité.
05:07En dépensant trop d'un côté, on n'arrive pas à bien soigner les gens qui en ont vraiment besoin.
05:12On entend, Laurent, cet appel à la raison, si je puis dire, à ne pas abuser d'un système pour
05:18ne pas le fragiliser,
05:18si je résume votre intervention.
05:20Si vous aussi, vous avez des questions, si vous voulez témoigner, appelez-nous au 3210.
05:25On continue de parler de ces arrêts maladiques qui ont explosé depuis le Covid.
05:29C'est notre époque. On est ensemble jusqu'à 9h30 sur RTL. A tout de suite.
05:33Pour participer à l'émission, appelez le 3210, 50 centimes la minute.
05:41RTL Matin, c'est notre époque. Avec Céline Landreau.
05:45C'est notre époque sur RTL et on continue à parler de ces arrêts maladiques qui ont bondi, on le
05:49disait, de 45% depuis la période avant Covid.
05:53On en parle avec Martial You, éditorialiste ici au service économique d'RTL et avec le docteur Natacha Gerensberg de
06:00Andréis.
06:00Merci d'être avec nous. Je voudrais qu'on accueille Jacques qui nous a appelé au 3210. Bonjour Jacques.
06:06Bonjour.
06:07Vous, vous montez un peu au créneau contre une suspicion généralisée, on peut dire ça ?
06:12Oui. Je pense qu'on a la chance d'avoir un système de santé qui est bien en France et
06:17qu'on culpabilise les gens, et les médecins, et les malades.
06:21Je pense que si on a un arrêt maladie, c'est qu'il y a une raison. On ne va
06:25pas comme ça chez le médecin pour avoir un arrêt maladie.
06:28Et puis je voulais aussi réagir sur le fait qu'on ne se met pas en arrêt maladie, on nous
06:32met en arrêt maladie.
06:34Donc c'est différent. Et quand vous dites qu'il y a une explosion, on se trouve des arrêts maladie,
06:38je suis d'accord avec vous,
06:39mais on a quand même vécu le Covid, les gens sont au moins en moins bien, on nous stresse et
06:43on nous fait peur.
06:45On est là dans un monde qui bouge très très vite et qui nous stresse.
06:49Et est-ce que ce n'est pas ça qu'il faut aussi qu'on va vers un arrêt maladie
06:53plus facilement ?
06:54Et on retient cette phrase, Jacques, que vous nous dites, on ne se met pas en arrêt maladie, on est
07:00en arrêt maladie.
07:02Docteur Natacha Géransberg-Déandris, quand vous entendez un possible patient parler comme ça, c'est important de le rappeler.
07:08On n'est pas client de son médecin quand on vient le voir.
07:11Absolument, et on n'est pas un bien de consommation quand on est un médecin.
07:14Donc un arrêt maladie, c'est un avis d'ailleurs d'arrêt maladie, c'est une prescription médicale.
07:19Et ça doit reposer sur quelque chose de médical.
07:21Alors comme le soulignait le premier interlocuteur, on est parfois à la limite du médico-psychologique, socio-professionnel.
07:29Et je pense que là encore, il y aurait sûrement une prévention à mettre en place.
07:33On est en manque flagrant de médecins du travail par exemple.
07:36Des aménagements de postes pourraient sûrement améliorer les choses.
07:40Quitte à être un peu polémique, je pense que le fait qu'il y ait un délai de carence, ça
07:45peut aussi améliorer un tout petit peu les choses, sur les arrêts de travail court notamment.
07:49Le délai de carence, on rappelle pour nos auditeurs, Marcia Liu, c'est les jours qui ne sont pas indemnisés
07:54entre le...
07:55Par l'assurance maladie, donc souvent quand on est dans une entreprise un peu importante, c'est pris en charge
08:00par l'employeur.
08:02Mais c'est vrai que sur des petites structures, vous avez trois jours qui ne sont pas pris en charge
08:06directement par la sécu.
08:08On parlait du mal-être au travail, Sylvie nous a appelé au 3210 sur ce thème.
08:12Bonjour Sylvie.
08:13Oui, bonjour.
08:14Vous nous appelez de Lyon, c'est ça. Et vous, vous avez connu un arrêt maladie longue durée, je peux
08:20le dire comme ça ?
08:21Oui, oui, oui, c'est ça.
08:23Racontez-nous.
08:23Alors que je n'ai jamais été arrêtée de ma carrière, mais simplement, et que j'avais un médecin qui
08:30ne m'arrêtait pas jusqu'à janvier 2024,
08:35où j'ai fait une décompensation corps-esprit due au stress, au travail, un burn-out.
08:41Et mon corps n'a pas voulu se lever, donc je suis allée après m'être rendormie et poser chez
08:50le médecin,
08:50qui lui m'a prise en charge pendant trois mois, m'a soignée pendant trois mois, et il m'a
08:55dit maintenant on retourne au travail.
08:57Et je lui ai dit mais non, parce qu'en plus du burn-out, j'ai fait une anémie sévère,
09:02je saignais de l'estomac.
09:04Donc voilà, il a fallu aussi rassembler tout ça pour pouvoir dire que c'était bien une maladie professionnelle.
09:12Le 18 août de cette année, j'ai été reconnue en maladie professionnelle.
09:16Donc c'est ni le médecin qui voulait m'arrêter, c'est bien moi qui ai été malade, qui n
09:22'ai pas pu aller jusqu'au bout.
09:24Alors que de toute ma carrière, j'ai 62 ans, donc on m'a passé à la retraite.
09:30J'ai été arrêtée de janvier 2024 au 31 décembre 2025 avec inaptitude, licenciée pour inaptitude.
09:41Et après, on m'a passé en invalidité de janvier 2026 à avril 2026 à l'âge de 62 ans,
09:50parce qu'on m'a mis à la retraite d'office.
09:52D'une certaine manière, et on entend la souffrance que ça provoque et qui s'entend chez vous, Sylvie.
09:59Ce cas-là, l'histoire que le témoignage de Sylvie, c'est fréquent, docteur ? C'est des choses qu
10:04'on entend souvent ?
10:05Alors malheureusement, on l'entend, c'est aussi l'échec d'un système.
10:08Ça veut dire que la prévention n'a pas été efficace, que la souffrance n'a pas été reconnue, qu
10:13'il n'y a pas eu d'aménagement, de prise en charge auparavant.
10:16Et en effet, on a des patients qui arrivent à un point de rupture.
10:19Et de façon curieuse, qui va d'ailleurs à l'encontre de l'exemple de Sylvie,
10:23lorsque un patient est en danger et que je veux vraiment l'arrêter, souvent il refuse.
10:28Il est tellement dans le devoir, tellement dans le « je dois tenir », que c'est moi qui dois
10:32insister.
10:33Je n'ai jamais eu, plutôt, d'arrêt maladie avant, jusqu'au matin, où je n'ai plus pu me
10:39lever.
10:39Absolument. Et donc là, c'est trop tard, en fait. Les dégâts sont là.
10:43Ensuite, bien entendu, il peut y avoir une réhabilitation. Il y a une façon aussi de reprendre.
10:47À mi-temps, on peut aménager les choses. Et là encore, peut-être qu'on ne le fait pas encore
10:51assez.
10:52Mais ne pas arriver à ce point de rupture est important.
10:54Il y a deux choses importantes dans ce qu'on dit. C'est qu'avant de stigmatiser, c'est-à
10:57-dire de parler, comme on a pu l'entendre, d'open bar des arrêts de travail,
11:02comme l'a dit Édouard Philippe en campagne, il y a d'abord un travail de prévention. Ça a été
11:07évoqué.
11:07Moi, j'avais retrouvé les chiffres sur l'évolution du nombre de médecins du travail.
11:11C'est-à-dire ceux qui sont là, au plus près, pour justement prendre en considération les premiers signes.
11:16Ils étaient 5 9 en 2019, donc avant le Covid. Ils sont tombés à 4 812 en 2022. Et le
11:23chiffre continue à baisser.
11:25Donc, on n'a déjà plus cette première strate de prévention auprès des salariés pour possiblement établir un diagnostic.
11:32Et puis, ce qu'on est en train de pointer du doigt aussi avec tous ces témoignages, c'est que
11:36vous avez ce qu'on a très bien identifié en entreprise,
11:38les TMS, les troubles musculo-squelettiques, c'est-à-dire les maladies liées à l'effort physique.
11:43On est en train de découvrir quand même avec une société tertiaire qu'il y a beaucoup de maladies mentales.
11:47Et c'est en train de devenir une vraie question en termes de santé publique.
11:50Il y a beaucoup d'appels au 3210. Malheureusement, on ne va pas avoir le temps de te donner tous
11:54la parole.
11:54Merci à Jacques, à Laurent, à Sylvie qui ont accepté de témoigner ce matin au 3210.
11:59Merci Martial et merci Natacha.
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