00:00Yves Calvi, Aude Vernuccio, RTL Soir.
00:03Il est 18h43, bonsoir Jean-Paul Hamon.
00:05Bonsoir.
00:06Merci de nous rejoindre sur RTL, vous êtes médecin généraliste, président d'honneur
00:10de la Fédération des médecins de France, le bon traitement ce n'est pas forcément
00:14un médicament.
00:15Je répète, le bon traitement ce n'est pas forcément un médicament.
00:18Je viens de vous citer en avant-première le slogan de la future campagne de l'assurance-maladie.
00:22Elle a pour but de freiner notre consommation, consommation apparemment excessive, notamment
00:26quand on la compare à nos voisins européens.
00:27Est-ce nécessaire cette campagne Jean-Paul Hamon ?
00:30Écoutez, je n'en sais trop rien, si c'est un message de la sécurité sociale pour que
00:36les patients aillent voir les gogo-thérapeutes qui vont les mettre en régime ou leur faire
00:42quelques manipulations quelquefois dangereuses, ce n'est peut-être pas un bon signe.
00:48Maintenant, on sait que la caisse d'assurance-maladie constate comme nous que les médicaments
00:56coûtent cher, ils coûtent de plus en plus cher, mais ce n'est pas nous qui fixons le
01:02prix des médicaments.
01:03Maintenant que les patients consomment un petit peu trop de médicaments, peut-être
01:10que certaines personnes âgées ne nous préviennent pas qu'ils ont encore des médicaments en
01:15stock dans leur pharmacie parce que ce sont des médicaments qui sont prescrits en si besoin
01:21et qui les stockent.
01:22Des fois, on a des surprises quand on fait des visites à domicile, découvrir les boîtes
01:27à pharmacie qui débordent.
01:28Mais chez moi, ça me rend un service.
01:31Pardonnez-moi, est-ce que vos patients comprennent qu'aller chez le médecin, ça ne veut pas
01:35dire filer directement à la pharmacie ensuite ?
01:38Il y en a quelques-uns chez moi qui oublient carrément leur ordonnance et qui ne viennent
01:45même pas la chercher.
01:46Donc, ça veut dire que la consultation et l'examen les a suffisamment rassurés.
01:50Alors là, c'est Alzheimer quand même ?
01:52Non, pas forcément.
01:54J'avais une amie architecte qui me disait « quand on vient chez toi en consultation,
02:00quand on repart, on ne sait plus pourquoi on est venu ».
02:04La consultation, le contact avec les patients, l'examen, les rassurer, bien souvent, ça
02:11suffit.
02:12Vous n'avez jamais ressenti de pression cette espèce d'attente du patient à récupérer
02:17son ordonnance à la fin ?
02:19Bien sûr, bien évidemment, il y en a vraiment qui réclament les médicaments.
02:24Notre travail, c'est vraiment de limiter les médicaments au juste nécessaire.
02:30Comment on explique ce comportement ?
02:32Il y a plein de choses.
02:34Il y a eu une campagne qui avait été très efficace il y a quelques années, et ce serait
02:39bien que ce soit reconduit, c'était « les antibiotiques, ce n'est pas automatique ».
02:42Quand vous avez de la fièvre, quand vous avez un syndrome grippal, les antibiotiques,
02:47ce n'est vraiment pas automatique.
02:48Et là, pour ça, on a besoin de tout le monde, on a besoin de la Caisse d'Assurance Maladie
02:54qui recommence cette campagne, parce que là, c'est une campagne très bénéfique.
02:58Et puis, nous, c'était un soulagement de pouvoir être aidé de ce côté-là, parce
03:04que là, maintenant, on a des tests qui nous permettent de savoir si c'est la grippe,
03:10si c'est le Covid.
03:11Il y en a même des tests qui nous permettent de voir si c'est le VRS, et donc ça nous
03:14permet d'avoir des arguments à exposer aux patients pour leur dire « Écoutez, là,
03:20vous n'avez pas besoin d'antibiotiques, on va vous donner de quoi faire baisser la
03:25fièvre, vous allez boire.
03:26Bon, et puis, si vous avez un peu mal à la gorge, il y a toujours des vieilles recettes
03:29qui marchent au poil, c'est le citron pressé, une mielle, et puis vous gargarisez et vous
03:34avalez.
03:35C'est le grog sans le rhum, vous voyez, ça marche très bien.
03:38Et donc, il suffit d'expliquer ça aux patients, mais on a besoin d'une campagne pour rappeler
03:46ça parce qu'elle avait été très efficace et moi, je serais très heureux qu'on puisse
03:49la reconduire.
03:50Alors, je cite les chiffres, une consultation sur cinq n'aboutit pas à une prescription
03:57de médicaments en France contre une sur deux ou une sur trois dans d'autres pays.
04:02La prescription de médicaments est quasiment systématique.
04:06En fait, les patients ne sont pas préparés à ça, ils ne trouvent pas normal de quitter
04:11leur médecin sans au minimum une prescription.
04:14Je suis un peu surpris par le chiffre de 1 sur 5 et 1 sur 2, parce que franchement, c'est
04:21vrai que bon, quand les gens viennent nous voir, moi, je prends l'exemple de toutes les
04:25consultations que j'ai eues depuis ce matin.
04:28Franchement, il y a des gens qui ont mal au dos, il y a des gens qui ont des sciatiques.
04:33Franchement, je les vois mal sortir sans médicaments, parce que franchement, ils prennent
04:39carrément la gueule.
04:40Je viens de voir une enfant qui avait de la fièvre, c'était vraisemblablement viral.
04:51On fait une désinfection rhinopharyngée, on donne quand même du Doliprane pour faire
04:57baisser la fièvre.
04:58C'est une prescription médicamenteuse, il n'y a pas d'antibiotiques, on a éliminé
05:06des signes de gravité, mais bon, pour faire baisser la fièvre, franchement, je ne vois
05:10pas trop ce qu'on peut...
05:12Vous voyez, il y a des anthalgiques, si vous avez des lombalgies, vous êtes forcés de
05:16donner des anthalgiques.
05:17Les gens ne peuvent pas sortir avec de bonnes paroles, vous comprenez ?
05:19Alors, il y a quand même des maladies chroniques pour lesquelles des médicaments sont nécessaires.
05:25L'anthroplasme, l'allergie, certaines formes d'hypertension aussi.
05:29Oui, l'hypertension, le diabète, il y en a un paquet de maladies chroniques.
05:33J'ai vu des diabétiques, j'ai vu des hypertendus, forcément, ces gens-là ressortent avec des
05:43médicaments.
05:44Franchement, une personne sur deux, une personne sur cinq en Europe qui sortirait simplement
05:52sans ordonnance, là franchement, je suis épaté.
05:57Et pourtant, le coût des médicaments ne cesse d'augmenter.
06:0225,5 milliards d'euros de médicaments remboursés en 2023, augmentation de 3,4% par rapport
06:08à 2021.
06:09Ça coûte cher ?
06:10Oui, ça coûte cher, mais en même temps, on n'est pas responsable.
06:13On a beaucoup parlé du Doliprane ces temps-ci.
06:15Oui, en effet.
06:16On a beaucoup parlé du Doliprane.
06:18Écoutez, le Doliprane, en 2012, ne figurait pas dans le répertoire des génériques.
06:24C'est-à-dire que si je prescrivais du Doliprane, le pharmacien ne pouvait pas substituer pour
06:29du paracétamol.
06:30Sanofi avait vendu l'affaire au gouvernement en disant que ça économisait sa priorité
06:34de sauvegarder 1 000 emplois.
06:36En fait, on a découvert que c'était 500.
06:39Mais cette plaisanterie coûtait 360 millions d'euros à la collectivité.
06:44Sur le seul Doliprane ?
06:46Sur le seul Doliprane, et ça a duré pendant dix ans.
06:50Et ça a diminué seulement il y a quelques années, où le prix du Doliprane a été
06:56diminué, et ça a coûté 180 millions d'euros.
06:58C'est une plaisanterie qui a coûté, depuis 2012, écoutez bien, 4,6 milliards à la collectivité.
07:03On appelle ça aussi du paracétamol, donc voilà, elle est là l'information, on est
07:07bien d'accord ?
07:08Mais, preuve qu'on peut faire d'ailleurs des économies quand je vous écoute.
07:11Je suis désolé de vous couper la parole au moment où vous vous énervez.
07:15Merci beaucoup Jean-Paul Hamon, vous êtes médecin généraliste et président d'honneur
07:18de la Fédération des médecins de France.
07:20Dans un instant Marc-Antoine Lebray.
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