00:00Oui, je crois qu'hier à la fête de l'Humanité, vous avez débattu avec Sophie Binet, la patronne de
00:04la CGT, que vous connaissez bien.
00:06La CGT, comme un certain nombre de parties de gauche face à la hausse du prix des carburants et l
00:10'inflation, réclame une hausse du SMIC et un gel du prix des carburants.
00:14Est-ce que c'est une idée qui, selon vous, est recevable, avec l'idée que le travail ne paie
00:18plus en France et qu'avec un SMIC, on n'arrive pas à vivre ?
00:20Qu'est-ce que vous répondez à Mme Binet ?
00:22D'abord, sur le principe, discuter avec les partenaires sociaux, c'est une bonne chose, qu'ils soient syndicats ou
00:26patronats,
00:26parce que dans les partenaires sociaux, il ne faut pas oublier qu'il y a aussi les organismes patronales qui
00:29sont très attentives au développement des entreprises.
00:31Moi aussi, d'ailleurs, venant de l'entreprise, je le redis très clairement, le social est un aval de la
00:37dynamique économique.
00:38Il faut, en gros, créer la richesse avant de la partager. Je suis pour le partage, mais je suis aussi
00:41très pour la création.
00:43Voilà, donc je ne l'oublie jamais, il faut mettre les choses dans le bon ordre.
00:46D'où le SMIC ? Là, c'est la réponse au SMIC.
00:47Bon, on a en France une loi qui fait que le SMIC est indexé quand l'inflation dépasse 2%, très
00:52bien, c'est quand même une forme de protection.
00:54Il y a peu de pays qui ont ça, donc on a une forme de protection des salaires les plus
00:58bas, dont acte, de là à l'augmenter.
01:00Vous voyez bien que les entreprises, et ce n'est pas possible, c'est les entreprises qui paient les salaires.
01:03Dans leur compte d'exploitation, dans l'équilibre général, est-ce qu'elles peuvent le faire ?
01:07Si jamais elles le faisaient, de toute manière, elles le répercuteraient sur le prix de leurs produits, ce qui alimenterait
01:11l'inflation.
01:12Donc, ce n'est pas si simple.
01:13Et de la même manière, ce n'est pas le ministre du Travail qui fixe les salaires dans toutes les
01:16entreprises de France.
01:17C'est ce qu'on appelle la négociation annuelle obligatoire.
01:19Moi, j'en ai fait beaucoup quand j'étais chef d'entreprise, il faut laisser aux entreprises le souhait de
01:23négocier.
01:24Et le gel des prix des carburants, la deuxième mesure qu'elles réclament, et que réclament notamment la France insoumise,
01:28on en a déjà parlé sur ce plateau.
01:30Oui, on en a parlé tout à l'heure, on a échangé là-dessus.
01:32Oui, il y a des aides ciblées pour les entreprises, je le redis, pour leur permettre de continuer leur activité,
01:37et pour les salariés les plus modestes, gros rouleurs,
01:39mais on ne peut pas généraliser de manière très extensive un système d'aide structurelle.
01:44Non, mais là, ce serait les compagnies pétrolières qui paieraient, pour le coup, s'il y avait un gel du
01:47prix des carburants, ce ne serait pas l'État, c'est leur argument.
01:50C'est toute la discussion qu'on a, notamment avec le premier d'entre eux.
01:53Moi, je vois que le groupe Total tient parole, maintient le prix des carburants au-dessous des seuils de 2
01:58euros,
01:58c'est leur manière à eux de participer à l'effort, ça me semble une bonne manière d'avancer.
02:02Mais ce que vous dites me semble absolument essentiel, c'est-à-dire, vous vous rappelez par exemple que ce
02:06sont les entreprises qui paient les salaires,
02:08qu'on ne peut pas décréter l'État une hausse des salaires artificiels comme ça-là,
02:11des raisonnements économiques élémentaires, mais qui me semblent manquer peut-être une partie de la gauche et des syndicats,
02:15vous parlez des partenaires sociaux, qui croient qu'il suffirait que l'État décrète pour que la société s'adapte
02:20immédiatement.
02:21Est-ce qu'il n'y a pas une forme de raisonnement économique élémentaire qui manque quelquefois à gauche?
02:25– À gauche et parfois ailleurs, on le sait, c'est un problème un peu qu'on a de manière
02:32assez générale,
02:33c'est que les raisonnements économiques effectivement de base ne sont pas toujours installés,
02:37qu'est-ce que c'est qu'un amortissement, qu'est-ce que c'est qu'un bilan, qu'est
02:40-ce que c'est qu'une dette, un déficit, des taux,
02:42tout ça c'est peut-être des notions économiques peu maîtrisées dans la classe politique,
02:47et c'est embêtant parce qu'elle vous rattrape l'économie, c'est terrible, l'économie, on peut la négliger.
02:51– Vous voulez dire que les politiques sont nulles en économie ?
02:52– C'est-à-dire que vous vous retrouvez par exemple avec des partenaires politiques qui comprennent rien à ce
02:56que vous dites ?
02:56– Non mais c'est intéressant pour les Français de savoir ça.
02:59– Je dis en tout cas que ce sujet de l'économie, au sens qu'il est une science,
03:03l'économie ce n'est pas un dogme, c'est une science, et n'est pas la compétence la plus
03:08installée.
03:09– C'est la façon jolie de le dire Jean-Pierre Farrand.
03:12– Oui, parce qu'il faut être nuancé dans le propos, et c'est vrai que le fait de prendre
03:15des chefs d'entreprise comme moi,
03:16forcément ça ramène dans le monde politique des gens qui savent ce que c'est,
03:19puisque ça a été notre vie pendant des années, je ne suis pas tout seul d'ailleurs,
03:23j'ai le ministre Papin aussi qui vient de la grande distribution, vous le savez,
03:26nous on essaie d'amener cette vision économique parce qu'elle est essentielle,
03:30et je le redis, tournez le dos à l'économie, ça tient quelques années,
03:32mais elle vous rattrape inéluctablement, et on est sanctionné par les marchés financiers,
03:36on a un certain nombre d'indicateurs qui traduisent bien comment le monde extérieur,
03:40notamment le monde qui vous finance, traduit la performance économique.
03:42– Oui, c'est ça, c'est ça, c'est ça.
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