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  • il y a 4 minutes
Dans ce documentaire, des Français partagent leurs souvenirs au sujet des attentats du World Trade center, événement majeur du XXIe siècle. Au coeur du drame ou simples spectateurs sous l'emprise d'un flot ininterrompu d'images, ils font le récit chronologique de cette journée inoubliable. Ils racontent aussi comment elle a changé leur vie. Il y a un avant et un après 11-Septembre.

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00:00:00...
00:00:11Au sommaire aujourd'hui, le lion du Panjshir est mort.
00:00:14Le commandant Massoud, principal opposant...
00:00:16Le président de la République, Jacques Chirac, endosse la tenue de candidat en campagne.
00:00:2111 septembre 2001.
00:00:23Cette date est à jamais inscrite dans la mémoire des Français.
00:00:26Les attentats du World Trade Center.
00:00:30C'est le point de départ d'une onde de choc qui va déferler sur le monde.
00:00:34Qui va déferler sur la France.
00:00:36Un véritable traumatisme.
00:00:47Aujourd'hui encore, chacun de nous se souvient exactement de ce qu'il faisait ce jour-là.
00:00:52Pour la première fois, des Français partagent leurs souvenirs de cet événement majeur du 21e siècle...
00:00:57...et nous racontent comment il a changé leur vie.
00:01:00Au cœur du drame, aux simples spectateurs sous l'emprise d'un flot ininterrompu d'images...
00:01:06...ils nous font le récit chronologique d'une journée inoubliable.
00:01:10Je suis à mon bureau, le téléphone sonne...
00:01:12...et Laurent me dit, Olivier, allume CNN, allume CNN, il se passe quelque chose.
00:01:18Je pense que comme tout le monde, la vie s'arrête.
00:01:21J'ai ce souvenir de regarder en boucle ces avions qui rentrent dans les tours.
00:01:31Quand la tour s'est écroulée, la probabilité qu'il y ait des survivants dans notre bureau était extrêmement faible.
00:01:39Mon corps a réagi comme si j'étais mort.
00:01:43Quel impact gardons-nous de cet événement ?
00:01:46Sous bien des aspects, la France dans laquelle nous vivons aujourd'hui est héritière du 11 septembre 2001.
00:01:52Les Français n'ont pas oublié.
00:01:54Pour certains d'entre eux, ce drame a laissé une empreinte profonde dans leur vie.
00:01:58Il y a un avant et un après 11 septembre.
00:02:01Ça m'arrive encore de passer devant une voiture et de me dire, j'ai peur qu'elle explose.
00:02:06Les blessures sont profondes chez plein de gens.
00:02:10J'arrive pas à en parler sans pleurer.
00:02:13Ça fait mal, quoi.
00:02:15Souvent, ils se demandent quelle aurait été sa vie.
00:02:18Et moi aussi, d'ailleurs, si mon fils avait été vivant.
00:02:26En France, tout commence à 14h46.
00:02:30Une image incroyable arrive dans les rédactions d'informations.
00:02:34Je suis en train de préparer mon journal de 15h.
00:02:37Mon rédacteur en chef déboule dans la rédaction.
00:02:39Il me dit, je crois qu'il faut que tu ailles à l'antenne tout de suite.
00:02:42Parce qu'il se passe quelque chose de bizarre.
00:02:45Il y a un avion dans une des tours du World Trade Center.
00:02:48Quand même, je dis, mais attends, je n'ai aucune dépêche d'agence, là.
00:02:51Je n'ai rien.
00:02:51J'ai un fil d'AFP devant moi.
00:02:54Sur mon écran, il n'y a rien.
00:02:55Il me dit, oui, mais moi, j'ai l'image.
00:02:59On vient de l'apprendre, un terrible accident d'avion en plein cœur de New York.
00:03:03Un avion s'est encastré dans une des deux tours du World Trade Center.
00:03:06On rejoint tout de suite notre correspondance.
00:03:08Je me retrouve à expliquer qu'il y a effectivement un avion
00:03:11qui s'est encastré dans une des tours jumelles.
00:03:13Je ne sais pas dans quelles circonstances.
00:03:15Je ne sais pas quel avion.
00:03:16Le ciel est bleu, donc on ne peut pas se dire que c'est dû à des intempéries.
00:03:22Peut-être une défaillance technique.
00:03:23On pense d'abord à l'accident.
00:03:26Symbole de la toute-puissance américaine,
00:03:28près de 50 000 personnes travaillent dans les Twin Towers du World Trade Center.
00:03:33Pour certaines d'entre elles,
00:03:35c'est le début d'une journée qui va faire basculer leur vie à jamais.
00:03:40L'avion arrive sur la façade nord où mes bureaux sont.
00:03:44Et donc je lève la tête, surpris par ce bruit énorme, colossal,
00:03:49et je vois l'avion.
00:03:51Et puis ensuite, en un quart de seconde, en un millième de seconde,
00:03:53le fracas de l'avion qui s'explose contre la tour.
00:03:58Et deux de mes collaborateurs sont là, déjà.
00:04:01Donc Suzanne et Jonathan.
00:04:04Et donc Suzanne vient dans mon bureau.
00:04:07Il a bien fallu une ou deux minutes avant qu'elle réagisse,
00:04:11qu'elle puisse traverser le bureau et ainsi de suite.
00:04:13Et je me rappelle très très bien
00:04:16la crainte que j'ai eue.
00:04:17Le bâtiment tanguait tellement fort
00:04:21que j'ai eu peur qu'elle tombe.
00:04:22Donc je l'ai pris par les épaules
00:04:25pour essayer de la maintenir tellement le bâtiment.
00:04:27Deux minutes plus tard, tanguait encore très très fort.
00:04:32Suzanne me dit, mais qu'est-ce que c'est ?
00:04:34Et je lui réponds de manière invraisemblable.
00:04:37Je lui réponds, ben, c'est un avion, ne t'inquiète pas.
00:04:55Je suis dans un restaurant, le 14 Wall Street.
00:04:58Et c'est à mon tour d'organiser, en fait, un petit déjeuner
00:05:01qui est un point que nous faisons régulièrement.
00:05:04Je suis avec un certain nombre de personnalités responsables
00:05:08d'entreprises parapubliques et du secteur public français,
00:05:12dont le consul de France, dont le directeur général d'Air France.
00:05:15Nous entendons une énorme déflagration.
00:05:19Nous sortons sur la terrasse.
00:05:23Le haut de la tour nord du World Trade Center
00:05:29est percé d'une longue balafre noire.
00:05:34Nous voyons aussi des milliers de feuilles de papier qui volent.
00:05:39Certaines tombent à nos pieds sur la terrasse.
00:05:43Un d'entre nous dit, un avion de tourisme a dû heurter la tour.
00:05:53Non, répond le directeur d'Air France à New York.
00:05:56L'impact est trop fort.
00:05:58Ça ne peut être qu'un jet commercial qui s'est encastré dans la tour.
00:06:09Moi, j'ai immédiatement pensé à l'histoire que tout New Yorkais connaît
00:06:14du bombardier qui s'était écrasé contre l'Empire State Building dans les années de guerre.
00:06:23Et il y a eu quelques morts, mais l'Empire State était toujours debout.
00:06:28Après quelques minutes, quand même, j'ai dit à mes employés de partir.
00:06:33Et moi, je suis resté parce que justement, je n'étais pas inquiet.
00:06:36Donc ils sont partis en courant.
00:06:37Puis moi, j'ai continué à répondre aux appels.
00:06:41Et puis d'un seul coup, pour une raison que j'ignore toujours et que je ne m'explique pas,
00:06:44qui restera une des questions de cette journée,
00:06:47mais j'ai eu l'intuition qu'il était urgent que je parte.
00:06:51Et je me rappelle très, très bien de cet instant qui...
00:06:56Maintenant, a une force considérable pour moi, bien sûr,
00:06:59du dernier tour de clé que j'ai donné sur la porte de mon bureau.
00:07:15Ma belle-fille m'appelle et me dit, Thierry vient de m'appeler.
00:07:19Et il m'a dit de vous rassurer qu'ils vont être évacués.
00:07:22Il pense que ça va être par le toit, mais de ne pas vous inquiéter.
00:07:26Alors je dis, bon, s'il a dit ça, c'est que tout va bien.
00:07:28C'est que tout va bien.
00:07:30Et je pars travailler.
00:07:31Donc je travaillais au quatre chemins à Port-de-la-Villette.
00:07:34Et j'arrive à mon travail.
00:07:36Et puis par curiosité, je voyais que les gens m'appelaient un petit peu.
00:07:40Enfin, j'avais des appels qui étaient un peu bizarres.
00:07:44Je mets la radio quand même.
00:07:46Et j'entends qu'il y a une deuxième tour qui a été touchée aussi.
00:07:52Et j'appelle mon mari.
00:07:53Je lui dis, écoute, j'ai l'impression que c'est plus grave que ce qu'on a pensé.
00:07:57Essaye d'appeler Thierry.
00:07:59Alors mon mari l'appelle, lui dit...
00:08:01Appelle, mais il n'est pas tombé sur lui, bien sûr.
00:08:03Et il y a eu une messagerie.
00:08:04Il dit, écoute, sois gentil.
00:08:06Dès que tu es en bas, tu appelles ta mère.
00:08:07Elle est inquiète.
00:08:08Il faut la rassurer.
00:08:09Et puis voilà.
00:08:10Juste, tu lui dis que tout va bien.
00:08:22Je prends le métro, la ligne N.
00:08:25Cette ligne N, elle est aérienne jusqu'à Queensborough Bridge.
00:08:30J'avais cours à 10h30 au lycée avec mes élèves de première.
00:08:35Et donc, voilà, je suis là, comme tout le monde.
00:08:38Je suis debout, accroché à ma barre de métro.
00:08:43Et on voit effectivement le trou dans une des tours.
00:08:49Assez haut dans la tour.
00:08:51Bon.
00:08:52Et puis d'un seul coup, mais vraiment d'un seul coup, on voit une boule de feu.
00:08:58Et là, waouh.
00:09:00Il y a tout le wagon qui se tait d'un seul coup.
00:09:06Rien que de reparler, ça me ment.
00:09:08Ça me fait quelque chose.
00:09:10Et on est tous là, comme ça, dans une sorte de temps suspendu, quoi.
00:09:19Le jour de ma mort, j'aurai encore cette image-là en tête.
00:09:38Oh my God.
00:09:43J'étais en Espagne avec mon épouse pour notre 25e anniversaire de mariage.
00:09:49Tout d'un coup, mon portable a sonné.
00:09:51Et c'était un de mes collaborateurs de Paris qui me disait
00:09:54« Un avion est rentré dans notre tour à New York ».
00:09:59Quand j'ai reçu ce coup de fil, ça m'apparaissait irréel, incompréhensible même.
00:10:09On a découvert sur l'écran de télévision les deux tours en feu.
00:10:13On a eu un premier moment de détresse.
00:10:16On pleurait honnêtement devant la situation.
00:10:19On était complètement effondrés.
00:10:21On avait 143 employés dans notre bureau.
00:10:26Et on ne savait pas combien on avait d'employés ce jour-là dans le bureau.
00:10:31Parce qu'on ne compte pas les gens quand ils rentrent.
00:10:34Donc on ne savait pas combien on avait d'employés.
00:11:01J'allume CNN et au moment où j'allume CNN,
00:11:03je vois le deuxième avion se cracher dans l'autre tour.
00:11:08Et après, pendant trois jours, plus de nouvelles de personnes,
00:11:12puisqu'il n'y avait plus aucune communication.
00:11:13Un silence complet.
00:11:15Donc ce n'est pas le plus agréable des souvenirs.
00:11:20Nous venons de rediffuser cette image...
00:11:23Une image incroyable.
00:11:31Je vois cette image qui arrive en direct.
00:11:33Et je me dis, mais là, ce n'est plus du direct.
00:11:35Ils sont en train de repasser l'image.
00:11:37Parce que ça se fait.
00:11:38C'est ce qu'on fait.
00:11:39Quand on arrive à l'antenne,
00:11:41on a déjà l'avion dans la première tour jumelle.
00:11:43Donc on se dit, ils ont eu les images avant.
00:11:46Ils sont en train de nous repasser l'image.
00:11:48Et en fait, le cadre s'élargit.
00:11:50Et là, on voit qu'il y a un deuxième avion dans la deuxième tour.
00:11:54Et là, vraiment, je vous assure, on a eu un blanc.
00:11:57C'est un souvenir que moi, je garde encore maintenant.
00:12:00Cette espèce de blanc que je n'ai plus jamais eu après, à l'antenne.
00:12:03Quel que soit l'événement.
00:12:05Quel que soit le news qui pouvait arriver.
00:12:07Jamais je n'ai plus eu ça.
00:12:09Et je ne l'avais jamais eu avant.
00:12:10Mais là, c'était tellement prenant.
00:12:13C'était tellement hallucinant.
00:12:15C'était au-delà de l'imagination.
00:12:18Qu'il n'y avait plus de mots.
00:12:20Et j'étais comme tout le monde.
00:12:22Comme le monde entier.
00:12:23Qui regardait ces images en direct.
00:12:25J'étais sidérée.
00:12:26C'était de la sidération.
00:12:28Au début, vous vous dites que ce n'est pas possible.
00:12:30C'est un film.
00:12:32C'est la tour infernale.
00:12:34Ce n'est juste pas possible.
00:12:38En une fraction de seconde,
00:12:40l'événement vient de passer du statut d'accident incroyable
00:12:43à celui d'attaque terroriste, d'acte de guerre.
00:12:46En France, le président de la République, Jacques Chirac,
00:12:50bien qu'en déplacement en Bretagne, est très vite informé de la situation.
00:12:54À Paris, le gouvernement de cohabitation de Lionel Jospin est également mis en alerte.
00:13:00J'avais rendez-vous à l'Assemblée nationale,
00:13:03où nous devions être entendus, Alain Richard, Mise de la Défense et moi,
00:13:07pour faire un point de la situation dans le monde,
00:13:09comme nous le faisions régulièrement.
00:13:11On arrive, on commence à s'installer,
00:13:14et tout à fait au début, il y a une dépêche qui indique qu'un avion a percuté une des
00:13:18tours de New York.
00:13:19On dit « Ah, c'est un accident regrettable ».
00:13:22On regarde un peu, mais enfin, la séance commence un peu, normalement, je veux dire.
00:13:27Et pas longtemps après, il y a une deuxième dépêche,
00:13:29qui annonce qu'il y a un deuxième avion.
00:13:32Ça paraît tout de suite pas normal, c'est pas un accident, c'est pas deux accidents.
00:13:37C'est un acte terroriste qui frappe la première puissance mondiale en son cœur.
00:13:43Notre préoccupation immédiate, c'est assurer la protection des Français.
00:13:46Nous n'excluons pas que nous puissions être frappés aussi dans une tentative
00:13:53qui, en fait, toucherait non seulement les États-Unis, mais aussi des alliés des États-Unis.
00:14:07Je suis arrivé au consulat, et nous avons tout de suite ouvert une cellule de crise
00:14:12qui a fonctionné 24 heures sur 24 pendant 17 jours.
00:14:18Et, bien entendu, la première question que nous nous posions,
00:14:23c'était de savoir s'il y avait des Français parmi les victimes.
00:14:31On commence à entendre le bruit des avions de chasse qui traversent le ciel.
00:14:37Évidemment, il y a tous les bruits de New York, mais amplifiés, les sirènes.
00:14:42Et puis, une tension qui est palpable.
00:14:48On ne sait pas très bien ce qui se passe.
00:14:51Ils parlent d'attentats, que c'est le chaos général,
00:14:55que toute la police a été immobilisée,
00:14:57enfin, qu'il n'est plus question de quitter, de sortir ou de rentrer dans Manhattan.
00:15:02Il y avait des sirènes, il y avait des policiers qui couraient partout.
00:15:05On voyait de la fenêtre du bureau.
00:15:07On était incapables de travailler.
00:15:13Le bureau est au 92e étage.
00:15:16L'avion est arrivé de face à notre bureau.
00:15:19Les employés l'ont vu arriver.
00:15:22Même si l'avion a touché au-dessus du bureau,
00:15:26la force destructrice du Boeing, quand il est rentré,
00:15:29a fait que toutes les infrastructures,
00:15:31non seulement les ascenseurs, mais surtout les escaliers de secours,
00:15:35ont été emportés et détruits.
00:15:38Et donc ça veut dire que tous les gens qui étaient de quelques étages en dessous
00:15:43du point d'impact de l'avion n'ont pas pu s'échapper.
00:15:49Ce qu'on a su après, c'est que nos employés ont évacué cette zone
00:15:53qui était une zone complètement dévastée,
00:15:56puisque c'était la zone qui avait été impactée directement par l'avion.
00:16:00Ils se sont réfugiés dans une réserve qu'on avait...
00:16:04On avait un autre...
00:16:05La moitié de l'étage qui était en réserve foncière,
00:16:08en quelque sorte, pour l'expansion de l'activité.
00:16:11Et ils sont restés ensemble.
00:16:13Ils ont attendu là.
00:16:14Ils ont compris qu'ils ne pouvaient pas s'échapper.
00:16:18Et d'ailleurs, il y a eu plusieurs coups de téléphone
00:16:20qui ont été donnés à des parents, à des épouses.
00:16:23Ils ont expliqué qu'ils étaient là,
00:16:25qu'ils avaient cassé des fenêtres pour avoir de l'air frais.
00:16:27Et donc, ils ont attendu.
00:16:459h37.
00:16:46La ville de Washington est touchée à son tour.
00:16:49Le vol AA-77 vient de s'écraser sur le Pentagone
00:16:53au lieu du commandement militaire des armées des États-Unis.
00:16:57La stupeur laisse place à l'effroi.
00:16:59J'entends une détonation sourde,
00:17:02une vibration extrêmement forte.
00:17:04Je la ressens encore.
00:17:05Mais c'est cette vibration et cette fumée
00:17:08que je n'oublierai jamais
00:17:10qui nous fait comprendre,
00:17:12aux deux, trois personnes qui étaient avec moi dans le bureau,
00:17:15qu'on est dans une situation
00:17:18dont on ne connaît absolument pas
00:17:20ni l'origine, ni les raisons,
00:17:23ni la suite,
00:17:24et encore moins à la fin.
00:17:25On se demandait si on n'allait pas
00:17:28voir un avion nous arriver dessus
00:17:30pile en plein dans la figure.
00:17:32Pendant tout le reste de la journée,
00:17:35on vit chaque minute
00:17:36parce qu'on ne sait pas si ce n'est pas
00:17:37peut-être la dernière.
00:17:39L'ordre est donné d'évacuer Washington.
00:17:41La prochaine cible est peut-être
00:17:43la Maison Blanche ou le Capitole.
00:17:45Déjà, un quatrième avion ne répond plus.
00:17:47Grâce à l'intervention courageuse des passagers,
00:17:49le vol UA-93 est détourné de son objectif.
00:17:55Mais il s'écrase en Pennsylvanie
00:17:5720 minutes plus tard.
00:17:58L'espace aérien américain est fermé.
00:18:01Tous les avions doivent atterrir en urgence.
00:18:04Quelque chose d'inimaginable
00:18:05est en train de se produire.
00:18:07Quelle sera la prochaine cible ?
00:18:08L'Europe ?
00:18:09La France ?
00:18:15C'est là que je me rends compte
00:18:17que ce n'est pas un acte isolé.
00:18:20Je prends le téléphone
00:18:21pour parler moi-même au président.
00:18:25Tout de suite, je lui dis
00:18:26qu'il faut que vous rentriez.
00:18:27Nous suivons depuis une demi-heure
00:18:29les événements naturellement,
00:18:31de minute en minute.
00:18:32Je suis dans l'obligation absolue
00:18:35de regagner immédiatement
00:18:37mon bureau à Paris.
00:18:38Je demande immédiatement
00:18:39à mon conseiller défense,
00:18:41à mon conseiller sécurité,
00:18:42au chef de mon cabinet militaire
00:18:44de me rejoindre.
00:18:45Puis ensuite, je demande
00:18:47aux quatre ministres
00:18:48qui m'apparaissent les plus
00:18:49directement concernés
00:18:50de me rejoindre
00:18:51dans mon bureau à Matignon.
00:18:53Et nous prenons au niveau
00:18:55de gouvernement
00:18:56les premières décisions.
00:18:57Le sentiment profond, immédiat,
00:19:00que l'émotion doit se transformer
00:19:03tout de suite en action.
00:19:05Le premier ministre vient d'ores et déjà
00:19:08de décider le déclenchement
00:19:10du plan Vigipirate renforcé.
00:19:13Il fallait garder son sang-froid
00:19:15et agir vite.
00:19:17La priorité, c'était de se prémunir
00:19:19contre une attaque.
00:19:20Ça pourrait très bien intervenir
00:19:22en France, soit autour
00:19:23de centrales nucléaires,
00:19:25soit autour de la tour Eiffel.
00:19:27Bref, des cibles faciles, je dirais,
00:19:29pour des gens déterminés
00:19:31et en capacité de nuire.
00:19:34On était dans la protection avant tout.
00:19:39Il est venu à ce moment-là
00:19:41dans le débat une question éthique
00:19:42tragique et qui existe toujours,
00:19:45qui est, si on acquiert la certitude
00:19:47qu'un avion détourné
00:19:48présente ce danger,
00:19:51on ferait évidemment tout
00:19:53pour le détourner
00:19:55et pour le contraindre
00:19:57à s'éloigner
00:19:59des zones les plus vulnérables.
00:20:01Mais si les gens
00:20:02qui le pilotent
00:20:04sont déterminés
00:20:05à provoquer un crash,
00:20:07que fait-on
00:20:08en termes d'atteinte
00:20:09à l'avion lui-même
00:20:10avec ses passagers ?
00:20:18La différence entre
00:20:19tous les autres événements
00:20:20que j'ai pu commenter,
00:20:22toutes les spéciales
00:20:22que j'ai pu faire,
00:20:23j'ai fait d'autres attentats,
00:20:25j'ai fait des lendemains
00:20:26d'attentats,
00:20:27et tous mes collègues
00:20:28sont pareils,
00:20:29même les soirs même
00:20:29d'attentats.
00:20:30Les attentats
00:20:31ont eu lieu,
00:20:32mais on est dans l'après.
00:20:34Nous, on était en train
00:20:35de commenter en direct
00:20:36des gens qui mouraient
00:20:37sous nos yeux
00:20:39au moment où nous on parlait
00:20:41des gens
00:20:42étaient en train de mourir.
00:20:44Et ça,
00:20:44on n'est absolument
00:20:45pas formés à ça.
00:21:03C'est une descente
00:21:04qui a mis plus de 50 minutes
00:21:06tout de même.
00:21:07Il y avait un monde considérable,
00:21:09il y avait trois fils de gens,
00:21:11des gens qui descendaient
00:21:13comme moi
00:21:13et qui allaient
00:21:14pas à pas,
00:21:16marche à marche.
00:21:20Des gens qui,
00:21:22déjà,
00:21:23montaient
00:21:24des secours.
00:21:27Des secours
00:21:29dont je garde
00:21:30l'insouvenir là aussi
00:21:30très très net,
00:21:31parce qu'ils étaient
00:21:33épuisés déjà.
00:21:34Ils mettaient une minute
00:21:35pour monter à pied
00:21:36pour monter à pied
00:21:36avec leur harnachement
00:21:38de pompiers de New York
00:21:39qui est très très lourd.
00:21:41Et la troisième file
00:21:43donc,
00:21:43qui descendait,
00:21:45elle aussi,
00:21:45c'était
00:21:46les grands brûlés
00:21:48qui descendaient
00:21:49des étages supérieurs
00:21:52et qui, eux,
00:21:54étaient précédés d'appels
00:21:55en disant
00:21:56« Emergency, emergency ».
00:21:57Et donc,
00:21:58les gens descendaient
00:21:58sans cheveux,
00:21:59sans peau,
00:22:00sans rien.
00:22:01Et on leur laissait
00:22:02une place
00:22:03pour passer.
00:22:09Inconsciemment,
00:22:10je percevais
00:22:11le danger
00:22:11très très grave
00:22:12qui nous menaçait.
00:22:14Mais,
00:22:16s'est enclenché
00:22:17tout au long
00:22:18de cette journée
00:22:19une multitude
00:22:20de mécanismes
00:22:21que j'ai pu observer.
00:22:25de la complexité
00:22:26et de la merveille
00:22:28qu'est l'être humain
00:22:28pour se défendre,
00:22:31puisant en lui
00:22:32des ressources
00:22:32qu'il ne soupçonne pas avoir.
00:22:35Et ça en fait partie.
00:22:36Ce calme
00:22:37qui habitait tout le monde
00:22:39et qui nous a amenés
00:22:40jusque dans les
00:22:4220 derniers étages
00:22:43où là,
00:22:44on commençait
00:22:44à couler
00:22:45des tas de choses
00:22:46dans les escaliers.
00:22:47Donc,
00:22:49c'était difficile.
00:22:51Les femmes
00:22:52qui avaient des talons
00:22:52étaient obligées
00:22:53d'enlever leurs chaussures
00:22:55puis le rythme
00:22:56s'est accéléré
00:22:57et d'un seul coup
00:22:58on a débouché
00:22:58dans ce lobby
00:23:00pour arriver
00:23:01donc vers l'escalator
00:23:03qui nous permettait
00:23:04de ressortir
00:23:04à l'air libre
00:23:07juste avant
00:23:07l'entrée du métro.
00:23:11On a pris
00:23:11cet escalator
00:23:13et pour la première fois
00:23:14de la journée
00:23:16alors que ça fait
00:23:17une heure,
00:23:18une heure et quart
00:23:18que les événements,
00:23:20les premiers événements
00:23:21sont déroulés
00:23:23là,
00:23:24on a senti
00:23:24que c'était
00:23:24très très grave.
00:23:25Moi en tout cas.
00:23:26Parce qu'il y avait
00:23:27en haut de cet escalator
00:23:32un policier
00:23:33du Port Authority
00:23:35qui hurlait
00:23:35« Sortez,
00:23:36sortez,
00:23:37pour l'amour de Dieu,
00:23:37sortez,
00:23:38tout va s'écrouler. »
00:23:44L'activité débordante
00:23:45des pompiers
00:23:46dans tous les sens,
00:23:47des gens qui couraient,
00:23:48de la panique
00:23:49à la sortie
00:23:50dans la rue,
00:23:51c'est encore New York.
00:23:52C'est New York blessé,
00:23:53mais c'est encore New York.
00:23:56Mais ce qui n'était plus
00:23:57New York,
00:23:58c'était
00:23:58les tâches de sang
00:23:59partout
00:24:02et les débris
00:24:03de gens
00:24:03qui s'étaient jetés
00:24:03par les fenêtres.
00:24:04c'étaient plus New York.
00:24:21Donc je suis parti
00:24:24en courant.
00:24:44Sous-titrage Société Radio-Canada
00:24:49C'est parti !
00:25:17Mais à l'époque, c'était un incendie, c'était gravissime, mais l'effondrement des tours, personne n'aurait pu
00:25:24l'imaginer.
00:25:33J'ai vu arriver cette espèce de monstre, mais littéralement de monstre, d'acier, de verre, de poudre, de papier,
00:25:42de débris, de toutes sortes gigantesques,
00:25:46précédées comme un train d'un souffle énorme, qui est arrivé sur moi, et j'ai vraiment cru que c
00:25:53'était ma dernière heure.
00:25:55J'ai senti le vent qui le précédait, et puis boum !
00:26:04Ce qui a été effarant, d'un seul coup, il y a eu plus un bruit, et plus un gramme
00:26:14de lumière, plus rien.
00:26:16Et ça, on se rend compte que c'est des choses auxquelles on ne fait jamais attention, la lumière, l
00:26:23'air, et ainsi de suite.
00:26:23On l'apprend à la naissance, d'une certaine manière.
00:26:26Et quand il n'existe plus, on est certain d'être mort.
00:26:30En tout cas, mon corps a réagi comme si j'étais mort.
00:26:41Je ne savais plus où j'en étais.
00:26:42Il y a un officier du FBI qui m'a vu, et qui a déloqué la porte, et qui m
00:26:47'a tiré à l'intérieur.
00:26:50Alors là,
00:26:56on n'est presque plus un homme à ce niveau de terreur.
00:27:00C'est-à-dire que moi, c'est des réactions que je n'ai jamais connues autrement.
00:27:04De terreur tellement grande,
00:27:07qu'en fait, ma seule préoccupation,
00:27:09c'était d'aller le plus loin possible à l'intérieur de cette agence bancaire,
00:27:12pour me cacher, essayer de trouver un endroit pour me cacher.
00:27:26J'ai vu la tour disparaître sous mes yeux.
00:27:29Il y avait de la fumée partout.
00:27:32J'étais totalement choquée.
00:27:34Je ne savais pas ce que je devais faire.
00:27:37Immédiatement,
00:27:37j'ai essayé d'appeler Jérôme parce qu'il avait un portable,
00:27:41mais cela n'a jamais abouti.
00:27:43Je tombais toujours sur sa messagerie.
00:27:47J'ai pensé,
00:27:48il n'est qu'au 26e étage,
00:27:50il a toutes les chances d'être vivant,
00:27:52de s'en sortir.
00:28:02La tour sud s'est effondrée 56 minutes après l'impact,
00:28:06dans un déluge d'acier, de béton et de verre.
00:28:12Ces images rares témoignent du spectacle de désolation
00:28:15qui règne au pied de la tour nord.
00:28:19Malgré le risque imminent,
00:28:21des hommes sont là.
00:28:22Sauveteurs, caméramens, journalistes,
00:28:25errants parmi les décombres,
00:28:27conscients du danger qui les menace.
00:28:36J'étais en train de parler avec une de mes tantes
00:28:38et j'ai eu comme un très fort sanglot.
00:28:41Et ma tante me dit,
00:28:42c'est bizarre, pourquoi tu pleures ?
00:28:43Tu as envie de pleurer, tu es comme ça ?
00:28:45Je lui ai dit, je ne sais pas.
00:28:47Je crois que je vais rentrer à la maison
00:28:49et voir ce qui se passe,
00:28:50parce que ça a l'air beaucoup plus grave
00:28:51que ce qu'on a pensé.
00:28:54Et je rappelle mon mari,
00:28:56je lui ai dit, écoute, je vais laisser tout,
00:28:57je rentre à la maison.
00:28:59Mon mari me dit, je suis aussi dans ma voiture déjà,
00:29:01je rentre à la maison aussi,
00:29:02parce que je ne sais pas ce qui se passe.
00:29:04Et tous les deux, au même moment,
00:29:05vraiment, je pense au moment où la tour,
00:29:07peut-être parce qu'on est des parents,
00:29:08je ne sais pas,
00:29:09c'est peut-être une réaction de parents,
00:29:11vraiment, je pense que c'est à la minute,
00:29:13ou en tout cas autour de cette minute-là
00:29:15où la tour est tombée,
00:29:17qu'on a ressenti la même chose
00:29:18et qu'on est rentré à la maison.
00:29:22Le monde retient son souffle
00:29:24entre espoir et incrédulité.
00:29:26Certains immortalisent les derniers instants
00:29:28de la tour Nord,
00:29:29comme en témoignent ces images amateurs
00:29:32tournées par un Français vivant à New York.
00:30:00Témoignage du choc,
00:30:01mais aussi de la détresse
00:30:03de ceux qui assistent en direct
00:30:04au spectacle hallucinant
00:30:06de la fin d'un symbole,
00:30:08la fin d'un monde.
00:30:09cheerful,
00:30:20la fin d'un monde,
00:30:20La fin d'un monde
00:30:38Je tombe sur France Info et un des premiers mots de la journaliste, je me rappelle, ça m'a beaucoup
00:30:43marqué, c'était « les tours jumelles viennent de s'effondrer ».
00:30:47Et ça s'en va, sur le coup, j'ai eu beaucoup de mal à le croire. C'était complètement
00:30:52irréel. Pour y être allé quelques mois auparavant, c'était impensable.
00:31:01J'étais en camping et on n'avait pas de télé, pas de smartphone, rien. On a fini par trouver
00:31:06un bar, un café où il y avait une télé et on est resté, je ne sais pas, quelques heures
00:31:10à observer les événements, à essayer de comprendre.
00:31:14Ça m'a vraiment affecté sur le coup. J'ai appelé de suite l'ami avec lequel j'étais parti
00:31:17en voyage à New York précédemment. On a beaucoup échangé, on avait besoin d'en parler.
00:31:28Il aura fallu moins de deux heures, 102 minutes très exactement, pour que les tours, emblème de la puissance économique
00:31:35américaine, disparaissent sous les yeux du monde entier.
00:31:38En ce mois de septembre 2001, la France préside le conseil de sécurité de l'ONU. Le choc des attentats
00:31:45va conduire les responsables français à rédiger en urgence une résolution historique.
00:31:51Lorsque le nuage s'est dissipé, les deux tours avaient totalement disparu. C'était évidemment une catastrophe totale, un acte
00:32:00de guerre. Qu'est-ce qu'on pouvait faire ?
00:32:03On a téléphoné aux Nations Unies, le bâtiment avait été fermé. J'ai essayé de joindre le président de la
00:32:11République, que j'avais servi pendant cinq ans à l'Élysée et que je pouvais joindre directement.
00:32:17Plus de téléphone. Et donc nous avons commencé à préparer, entre nous, Français, diplomates, que le hasard et la tragédie
00:32:28plaçaient devant une responsabilité historique.
00:32:31Nous avons commencé à préparer une résolution. Une résolution simple qui, en gros, disait, ce n'est pas une attaque
00:32:42contre les États-Unis, c'est une attaque de la barbarie terroriste contre la communauté internationale tout entière.
00:32:51Nous sommes tous avec les États-Unis. En gros, c'était le sens de notre résolution.
00:32:58À moins d'être dedans, on ne sait pas ce que c'est qu'une guerre ou ce que c
00:33:02'est qu'un tremblement de terre. On est dedans et on n'oublie jamais.
00:33:11Chacun était dans un mode, OK, on va essayer de rentrer dans un endroit sûr, rentrer à la maison home,
00:33:17back home.
00:33:20Pour moi, le 11 septembre est associé aussi à une odeur de brûlé, une odeur, pour moi, c'est l
00:33:27'odeur de la mort.
00:33:31La seule fois où j'ai pu approcher assez près de Grande-Zéro, c'était le 11 dans l'après
00:33:35-midi. Et ça, je n'oublierai jamais.
00:33:38Toutes ces minutes à marcher dans ce décor d'apocalypse. La bombe nucléaire, ça peut ressembler à ça.
00:33:43T'étais dans une cave, t'as survécu et tu sors, voilà ce que tu vois.
00:33:58D'abord, les odeurs, évidemment, les odeurs de brûlés, le bruit strident des balises d'alerte des pompiers.
00:34:07À la fois les véhicules et les pompiers eux-mêmes, ils ont sur eux des balises pour les retrouver si
00:34:13jamais ils sont sous un bâtiment effondré.
00:34:16Et là, ça sonnait de partout. Ça sonnait de partout.
00:34:21Donc on a entendu ça pendant des jours et des jours, jusqu'à l'épuisement des batteries.
00:34:30Si je me souviens bien, c'est le tout début, mon tout premier papier, celui que j'ai fait le
00:34:3411 au soir.
00:34:35Et j'ai commencé par un truc. Jamais à Beyrouth ou Sarajevo, on a connu quelque chose de cette ampleur
00:34:42-là.
00:34:56Quand je suis ressortie d'antenne, j'étais KO. Parce que j'en pouvais plus.
00:35:00Il y avait une telle tension pendant quatre heures, une telle tension dramatique de devoir aussi connecter son cerveau tout
00:35:10en maîtrisant ses émotions.
00:35:12Je suis sortie d'antenne, je me suis assise, je n'ai pas pu rentrer chez moi tout de suite.
00:35:16Déjà, je suis restée en régie pendant un moment, à regarder encore ce qui se passait.
00:35:22Parce que, voilà, on ne pouvait pas se détacher de ça.
00:35:36Sidération, émotion, et peut-être la peur.
00:35:44Peut-être la peur parce qu'elle est venue juste après.
00:35:50Mais au bout de quelques jours, mais quand on a vécu ça, on se dit, mais il va se passer
00:35:55quoi là maintenant ?
00:35:57Parce qu'on savait que c'était le début de quelque chose.
00:36:06Ce qui s'est produit aux Etats-Unis nous concerne tous.
00:36:12J'imagine les sentiments que chacun d'entre vous éprouve ce soir.
00:36:17Sentiment d'horreur et peut-être d'inquiétude.
00:36:22Et j'ai pensé qu'il était de mon devoir de vous parler.
00:36:39De part et d'autre de l'Atlantique, la nuit sera longue.
00:36:43Beaucoup de Français resteront devant leur écran de télévision à regarder les images,
00:36:49fascinés, tétanisés devant ce spectacle d'horreur,
00:36:52s'interrogeant sur le nombre de victimes,
00:36:54le sens d'un tel acte,
00:36:56s'inquiétant aussi pour l'avenir.
00:36:58Que nous réserve demain ?
00:37:01Je me suis barricadé chez moi, presque,
00:37:04parce que c'est plus ou moins les consignes qu'on nous donne à ce moment-là.
00:37:07On nous dit,
00:37:08« America is under attack ».
00:37:10On ne sait pas si ça se trouve,
00:37:12il va y avoir d'autres attaques qui vont se perpétrer.
00:37:17Je me souviens de deux collègues américains discutants,
00:37:20et il y en a un qui dit à l'autre,
00:37:22« C'est la plus grosse histoire depuis quand ? »
00:37:25Et le premier dit,
00:37:27« L'assassinat de Kennedy ».
00:37:28Et l'autre, il lui dit,
00:37:29« Non, la Deuxième Guerre mondiale ».
00:37:32Et c'est lui qui avait raison.
00:37:35J'ai passé toute la nuit à essayer de comprendre ce qui s'était passé,
00:37:39à regarder en boucle les images,
00:37:42parce que je ne comprenais toujours pas.
00:37:44Tout s'est enchaîné tellement vite,
00:37:47on vivait en paix dans cette tour.
00:37:56C'était un des seuls endroits de New York où il n'y a pas de bruit,
00:37:59parce qu'on est très très haut dans le ciel.
00:38:03C'était calme, toujours calme,
00:38:04et toujours très beau.
00:38:05Moi, j'avais une vue sur la rivière Hudson,
00:38:08en enfilade,
00:38:10et tout Manhattan en enfilade.
00:38:11C'était magnifique.
00:38:13Parfois, on était sous les nuages,
00:38:15parfois, on était sur les nuages.
00:38:18C'était une beauté, mais...
00:38:21insondable.
00:38:24Voilà.
00:38:25La nuit à l'a été blanche.
00:38:26Et ensuite, le 11 septembre s'est poursuivi pour...
00:38:30Je ne sais combien d'années, en moins,
00:38:34où il a fallu digérer.
00:38:42Les attentats du 11 septembre 2001
00:38:44sont les plus meurtriers jamais perpétrés dans le monde.
00:38:47En moins de deux heures,
00:38:49ils ont provoqué la mort de près de 3 000 personnes.
00:38:57Depuis, près de 40 % des disparus
00:39:00dans l'effondrement des tours jumelles
00:39:01ne sont toujours pas identifiés.
00:39:04La majorité était américaine,
00:39:06mais 93 nationalités ont été touchées.
00:39:09Parmi les victimes,
00:39:115 Français ensevelis dans les décombres
00:39:14du World Trade Center.
00:39:27Encore aujourd'hui,
00:39:28l'effondrement des tours jumelles
00:39:30demeure l'événement le plus marquant
00:39:31de ce début de 21e siècle.
00:39:34Un traumatisme qui perdure,
00:39:36des images qui ne s'effacent pas.
00:39:38Nos certitudes et notre monde
00:39:40ont changé ce jour-là.
00:39:45L'onde de choc des attentats
00:39:48a bouleversé les Français,
00:39:50les a marqués d'une empreinte
00:39:51parfois profonde.
00:39:55Une onde de choc
00:39:56dont les effets sont encore
00:39:57très présents aujourd'hui.
00:39:59D'abord, l'impact immédiat.
00:40:01Puis, la solidarité et l'entraide.
00:40:04La reconstruction,
00:40:06lente et difficile.
00:40:07Et enfin, le souvenir.
00:40:10Histoire de parcours personnel traumatisé,
00:40:12de vie brisée puis reconstruite.
00:40:15Histoire de Français.
00:40:31Comme nombre de familles,
00:40:33Martine a vécu l'attente,
00:40:35l'effroi,
00:40:36l'espoir,
00:40:37puis la souffrance du deuil.
00:40:40Elle a perdu son fils,
00:40:42Thierry,
00:40:42ce jour-là.
00:40:44Il travaillait depuis peu
00:40:45au 104e étage
00:40:46de la Tour Nord.
00:40:48Dès que les liaisons aériennes
00:40:49ont été rétablies,
00:40:51Martine et son mari
00:40:52sont partis à New York.
00:40:55Est-ce qu'on aurait pu changer
00:40:56quelque chose ?
00:40:57Je ne crois pas.
00:40:58Après, on se dit
00:40:58pourquoi ceci,
00:40:59pourquoi cela ?
00:41:00On peut se poser
00:41:01mille questions,
00:41:01mais c'est comme ça.
00:41:02Il était fier
00:41:03d'avoir réussi ce passage.
00:41:05Il était très fier.
00:41:06Alors, il faut les laisser
00:41:07faire leur vie.
00:41:08Après, le reste,
00:41:09on n'a pas la maîtrise,
00:41:10malheureusement.
00:41:16Toute la journée,
00:41:17on attendait.
00:41:17On allait voir
00:41:18les officiers du FBI.
00:41:20On était sûrs
00:41:20qu'il n'y a rien.
00:41:21Regarde bien
00:41:21si vous avez eu
00:41:22un signalement.
00:41:23Ils vous regardaient
00:41:24désespérément,
00:41:24ils vous serraient
00:41:25dans les bras
00:41:25et ils disaient
00:41:26non, il n'y a rien.
00:41:28On marchait tous
00:41:29avec des avis de recherche
00:41:30dans les mains.
00:41:31On les collait sur les armes,
00:41:32on les collait partout
00:41:33en disant
00:41:34si vous avez vu,
00:41:35appelez tel numéro
00:41:35et tout ça.
00:41:36Et tout le monde faisait ça.
00:41:37Il n'y avait rien à faire
00:41:38que d'attendre
00:41:39qu'est-ce qu'ils vont annoncer
00:41:40le soir comme corps retrouvé.
00:41:42Une semaine après,
00:41:43avec mon mari,
00:41:44on s'est dit
00:41:44on ne va pas rester comme ça
00:41:45à attendre toute la journée.
00:41:46En plus,
00:41:47nous, on n'avait pas
00:41:47vraiment de chez nous.
00:41:49Et on va aller voir
00:41:50sur place
00:41:51qu'est-ce qui se passe.
00:41:52Et on est arrivés,
00:41:53c'était interdit.
00:41:54Quand même,
00:41:55c'était interdit.
00:41:55On s'est rapprochés
00:41:56le plus possible.
00:41:57Quand on a vu
00:41:58ce spectacle,
00:41:59c'était une horreur.
00:42:01Le ciel était noir.
00:42:03C'était l'enfer.
00:42:04C'était l'enfer.
00:42:04Quand on a vu ça
00:42:06avec mon mari,
00:42:07on s'est dit
00:42:07mais comment on peut
00:42:08sortir vivant
00:42:08d'un truc comme ça ?
00:42:09Ce n'est pas possible.
00:42:10Ce n'est pas possible.
00:42:20Pendant des semaines,
00:42:21la montagne de gravats
00:42:22et de verts
00:42:23semble se consumer
00:42:24au sud de Manhattan.
00:42:26Les sauveteurs
00:42:26tentent de retrouver
00:42:27des survivants,
00:42:28mais très vite,
00:42:29l'espoir disparaît.
00:42:3369 employés
00:42:34de la société Carfutcher,
00:42:35filiales du groupe
00:42:36Crédit Agricole,
00:42:38ont disparu
00:42:38dans l'effondrement
00:42:39de la Tour Nord.
00:42:41C'est toujours
00:42:42un souvenir difficile.
00:42:43On avait réservé
00:42:44plusieurs grandes salles
00:42:45de réception
00:42:46à Waldorf Astoria.
00:42:47Il y avait aussi
00:42:48des équipes de psychologues.
00:42:49Et donc là,
00:42:50les familles ont mis
00:42:51des tableaux
00:42:54où ils pouvaient mettre
00:42:55des photos
00:42:56de leur être cher,
00:42:57etc.
00:42:58Et puis,
00:42:59heureusement,
00:42:59j'étais avec mon épouse
00:43:00qui m'a bien soutenu
00:43:01à ce moment-là.
00:43:03Ce dont je me souviens,
00:43:04c'est tous les contacts
00:43:04qu'on a eus
00:43:05avec ces familles
00:43:06qui ont été
00:43:07d'une grande dignité,
00:43:09qui ont été
00:43:10d'une gentillesse extrême
00:43:12et qui ont finalement
00:43:15affronté cette épreuve
00:43:17avec vraiment du courage.
00:43:20On a assisté
00:43:21à plus de 50 cérémonies
00:43:22d'enterrement.
00:43:23C'est tragique.
00:43:24On n'a pas vraiment
00:43:24de mots pour expliquer
00:43:25ce qu'on ressent,
00:43:26d'ailleurs.
00:43:27Qu'est-ce que je voulais dire ?
00:43:33La douleur des familles,
00:43:34le reporter de guerre
00:43:35Michel Mouteau
00:43:36y est confronté
00:43:37chaque jour
00:43:37lorsqu'il se rend
00:43:38dans le quartier
00:43:39du World Trade Center
00:43:40pour relater
00:43:41le travail des sauveteurs.
00:43:43Des rencontres bouleversantes
00:43:44qu'il voudra faire partager
00:43:45en devenant romancier.
00:43:47Des rencontres,
00:43:48oui,
00:43:48il y en a eu beaucoup,
00:43:49bien sûr.
00:43:50Notamment un,
00:43:51c'est le père
00:43:52d'un pompier
00:43:53qui est porté disparu.
00:43:54Lui-même pompier
00:43:55il y a des années.
00:43:56Son fils était pompier.
00:43:57Il a eu son fils
00:43:58au téléphone
00:43:59alors que son fils
00:44:00était dans les tours.
00:44:04Et depuis
00:44:05trois, quatre jours,
00:44:07il dort dans sa voiture.
00:44:08Il n'ose pas rentrer
00:44:09chez lui
00:44:09pour affronter
00:44:10ses petits-enfants.
00:44:12Et il creuse
00:44:13pour chercher son fils.
00:44:17Donc il me raconte ça.
00:44:18Il me dit que la première fois
00:44:19quand il est passé,
00:44:20il a dit aux flics
00:44:21qu'il faudra me tuer
00:44:22pour m'empêcher de passer.
00:44:23C'est mon fils
00:44:24qui est là-dessous,
00:44:24je vais le trouver.
00:44:27Il me parle à moi
00:44:28mais en fait
00:44:28il parle pratiquement
00:44:29tout seul en fait.
00:44:31Il ne répond pas vraiment
00:44:31à mes questions.
00:44:34Et petit à petit
00:44:34les conversations
00:44:35des flics
00:44:36et des pompiers
00:44:37qui sont là
00:44:39se taisent
00:44:41et tout le monde
00:44:42l'écoute.
00:44:43Et tout d'un coup,
00:44:45quand il a fini,
00:44:46il dit
00:44:46bon ben
00:44:47il faut que j'y retourne
00:44:48maintenant,
00:44:48c'est mon fils
00:44:49je vais le retrouver.
00:44:50Et là,
00:44:51tout le monde pleure.
00:44:53Les serveuses
00:44:54sont pétrifiées,
00:44:56elles ne servent plus
00:44:56le café,
00:44:57il y en a une
00:44:57qui est à côté de moi
00:44:58avec ça.
00:44:59Elle est en larmes
00:45:00et les gros costauds,
00:45:02vraiment les tough guys
00:45:04qui sont à côté de moi,
00:45:05tout le monde pleure.
00:45:06Moi,
00:45:06j'ai mes larmes
00:45:07sur mon cahier
00:45:09et ça ne m'arrive pas souvent
00:45:10parce que
00:45:11j'ai vu pas mal
00:45:12de choses
00:45:15assez dures
00:45:17mais ça ne m'était
00:45:18jamais arrivé
00:45:18sur un terrain de guerre.
00:45:19Une émotion pareille.
00:45:23Au lendemain du drame,
00:45:25les français découvrent
00:45:26les ruines
00:45:26des tours jumelles
00:45:27de New York,
00:45:28la détresse
00:45:29des survivants
00:45:29mais aussi le visage
00:45:31d'Oussama Ben Laden,
00:45:32le milliardaire saoudien,
00:45:34chef d'Al-Qaïda,
00:45:35possible instigateur
00:45:36de ses attentats meurtriers.
00:45:39Par peur
00:45:40qu'un tel drame
00:45:40ne se produise
00:45:41sur le territoire,
00:45:42des mesures sécuritaires
00:45:43se mettent alors en place.
00:45:45Elles font aujourd'hui
00:45:46partie de notre quotidien.
00:45:49Dix jours plus tard,
00:45:51le 21 septembre,
00:45:52un nouveau choc
00:45:53ébranle la France
00:45:54avec l'explosion
00:45:55de l'usine AZF de Toulouse.
00:45:57L'émotion est immense
00:45:58et un pays déjà sous tension
00:46:00se demande
00:46:01s'il est devenu
00:46:02à son tour
00:46:03la cible des terroristes.
00:46:05Cette première explosion
00:46:07qui aurait tout amorcé
00:46:08pourrait être criminelle
00:46:09ou bien
00:46:10pourrait être la conséquence
00:46:11AZF,
00:46:11la première réaction
00:46:12c'était de se dire
00:46:13bon ça y est ça recommence.
00:46:14Cette fois sur le sol français.
00:46:16Pourquoi pas ?
00:46:17Tout est possible.
00:46:18Il y avait un écho tel
00:46:19par rapport aux événements
00:46:20du 11 septembre.
00:46:20Tout le monde pensait
00:46:21que c'était lié,
00:46:22qu'il y avait encore
00:46:23un autre attentat
00:46:23mais sur ce coup-là
00:46:25en France.
00:46:26Alors on s'est dit
00:46:27c'est pas possible.
00:46:27Je me rappelle
00:46:28ce mois de septembre 2001
00:46:29a été empreint
00:46:30d'une ambiance anxiogène
00:46:33au possible.
00:46:40A New York au fil des jours
00:46:42les français apprennent aussi
00:46:44à apprivoiser leur peur
00:46:45à se relever
00:46:47et à faire face.
00:46:49Ce qui est difficile
00:46:50à saisir
00:46:51c'est l'impact individuel
00:46:52sur des millions
00:46:54je dirais de gens
00:46:55parce que
00:46:56il y a tous ceux
00:46:57dont leur vie
00:46:57a été bouleversé
00:46:58par cette histoire.
00:47:00Moi pendant des mois
00:47:01et des mois
00:47:02j'avais la peur instinctive
00:47:03de marcher
00:47:04vers le sud
00:47:05de Manhattan
00:47:07parce que
00:47:10parce que j'avais peur
00:47:11tout simplement
00:47:14de me rapprocher
00:47:15de ce lieu
00:47:16de terreur.
00:47:18Quand j'y suis allé
00:47:19la première fois
00:47:22il a vraiment fallu
00:47:23que des amis
00:47:25avec beaucoup de ruses
00:47:26arrivent à me faire descendre
00:47:27sous 14ème rue.
00:47:29Quand j'y suis arrivé
00:47:33j'étais fou de joie.
00:47:35Et vous savez pourquoi ?
00:47:38Parce qu'il restait
00:47:39ce grand pan de mur
00:47:41des façades
00:47:44qui restait là
00:47:45debout.
00:47:48Et ça c'était pour moi
00:47:50vous nous avez pas abattus.
00:47:57Je crois qu'on a toujours eu
00:47:58à coeur de rester
00:47:59combattifs.
00:48:00On a eu de la chance
00:48:01d'avoir des équipes
00:48:02qui étaient à la fois
00:48:03compétentes,
00:48:04intègres
00:48:05et dévouées
00:48:06et qui ont fait
00:48:07tout ce qu'il fallait
00:48:09pour finalement
00:48:10qu'on s'en sorte
00:48:11parce qu'il fallait
00:48:12qu'on s'en sorte
00:48:12aussi de cette situation.
00:48:15On a été capables
00:48:16d'envoyer à toute
00:48:16notre clientèle
00:48:17les relevés de comptes
00:48:18le 12 septembre.
00:48:19Et je pense que c'était
00:48:21aussi un élément
00:48:22qui était important
00:48:24y compris d'ailleurs
00:48:25pour la solidité
00:48:28des équipes
00:48:29pour leur stabilité
00:48:31parce que le fait
00:48:32qu'on ait pu résister
00:48:32à l'attaque
00:48:33a montré
00:48:34que les terroristes
00:48:35n'avaient pas gagné.
00:48:36Ils nous avaient
00:48:37cruellement blessés
00:48:38mais ils n'avaient pas gagné.
00:48:42Je ne dirais pas
00:48:43que c'est nécessairement
00:48:44le 11 septembre
00:48:44qui a fait
00:48:45que je suis devenu
00:48:45citoyen américain
00:48:46mais dans une large mesure
00:48:49mon attachement
00:48:50au pays
00:48:50a été quand même
00:48:51fortement renforcé.
00:48:53Le 11 septembre
00:48:54pour moi
00:48:54c'est un jour
00:48:55de recueillement
00:48:55et on pense
00:48:58à ce qui s'est passé
00:48:59et c'est un jour
00:49:00de tristesse
00:49:01toujours.
00:49:11On l'a retrouvé
00:49:12mais ça a mis du temps
00:49:14je peux la dire
00:49:14en plusieurs fois
00:49:15mais voilà
00:49:17ça a duré longtemps
00:49:19ça a duré très longtemps
00:49:21mais ça fait rien
00:49:22ça fait rien
00:49:24c'était important
00:49:24qu'il soit là
00:49:26avec nous
00:49:30on est apaisé
00:49:31un peu
00:49:32on avait toujours peur
00:49:33qu'il nous arrive
00:49:34quelque chose
00:49:34et qu'on n'ait pas
00:49:35été jusqu'au bout
00:49:35parce qu'on s'est dit
00:49:36on ne peut pas laisser
00:49:38cette charge
00:49:38aux autres enfants
00:49:39on a fait notre devoir
00:49:40de parent
00:49:41ça c'est sûr
00:49:42et ça nous a
00:49:43un peu
00:49:45on s'est dit
00:49:45maintenant il peut nous arriver
00:49:46n'importe quoi
00:49:47c'est pas grave
00:49:47c'est pas grave
00:49:50au moins on a
00:49:51pu faire quelque chose
00:49:52pour notre fils
00:49:57Rien ne sera plus
00:49:58jamais comme avant
00:50:00le 11 septembre
00:50:01a-t-il changé
00:50:01notre perception
00:50:02de l'avenir
00:50:03a-t-il fait voler
00:50:04en éclat
00:50:05toutes nos certitudes
00:50:07tout peut arriver
00:50:08alors face à la tragédie
00:50:10s'impose aussi
00:50:11pour certains
00:50:11l'idée de se rassembler
00:50:12d'aider
00:50:13et d'être solidaires
00:50:26la solidarité
00:50:27c'est d'abord
00:50:28celle de tout un peuple
00:50:30le vendredi 14 septembre 2001
00:50:32est déclaré
00:50:33jour de deuil national
00:50:34en hommage aux victimes
00:50:35la France
00:50:36mais aussi
00:50:37tous les pays
00:50:38de l'Union Européenne
00:50:39se figent à midi
00:50:40pour trois minutes
00:50:41de silence
00:50:45en centre-Bretagne
00:50:47c'est tout un village
00:50:48qui se retrouve
00:50:49en deuil
00:50:49et solidaire
00:50:50avec les New Yorkais
00:50:51un lien très fort
00:50:52unit les habitants
00:50:53de Gourin
00:50:54aux Etats-Unis
00:50:55plusieurs générations
00:50:56de Gourinois
00:50:57y ont émigré
00:50:58pour travailler
00:50:59depuis la fin
00:51:00du 19ème siècle
00:51:04je pense que
00:51:05dans toutes les villes
00:51:06de France
00:51:06ce matin-là
00:51:07tout le monde
00:51:07parle que de ça
00:51:08mais à Gourin
00:51:09en plus
00:51:09on cherche
00:51:10on cherche
00:51:11à savoir
00:51:11si on a un proche
00:51:12un ami
00:51:13un cousin
00:51:14quelqu'un
00:51:14qu'on connaitrait
00:51:15on espère
00:51:16qu'il n'y ait personne
00:51:17mais on se dit
00:51:17c'est pas possible
00:51:18qu'il n'y ait personne
00:51:22sur nos 4000 habitants
00:51:25on va dire
00:51:253800 habitants
00:51:26aujourd'hui à Gourin
00:51:26on a 5000 habitants
00:51:28à New York
00:51:29c'est-à-dire
00:51:29qu'à l'heure
00:51:29où je vous parle
00:51:30il y a plus de descendants
00:51:31de Gourinois
00:51:32à New York
00:51:33que d'habitants
00:51:34à Gourin
00:51:37ça sonne en mairie
00:51:38en permanence
00:51:39tout le monde appelle
00:51:39en disant
00:51:40est-ce qu'on a
00:51:40quelqu'un dans la tour
00:51:42donc nous on ne sait pas répondre
00:51:43et on construit
00:51:44petit à petit
00:51:44si vous voulez
00:51:45on échafaude
00:51:46les réponses
00:51:47qu'on va donner
00:51:47à notre population
00:51:48parce qu'on sait aussi
00:51:49que très vite
00:51:50les journalistes vont arriver
00:51:51et ça ne rate pas
00:51:53les journalistes arrivent
00:51:53très très vite
00:51:54et on a toutes les chaînes
00:51:55de télé en fait
00:51:56qui arrivent à Gourin
00:51:58on sait par avance
00:51:59que par rapport au réseau
00:52:01qu'on a à New York
00:52:01c'est pas possible
00:52:02qu'on ait personne
00:52:03et en effet
00:52:03on a quelqu'un
00:52:04dans l'une des tours
00:52:06dans la première tour
00:52:07donc Madame Daly
00:52:09qui travaille
00:52:10dans une société
00:52:10de réassurance
00:52:12et qui se retrouve
00:52:13à l'étage
00:52:14d'ailleurs
00:52:14qui sera percutée
00:52:15par le Boeing
00:52:16donc qui sera
00:52:17tuée sur le coup
00:52:20quand j'en ai su
00:52:21qu'il y avait eu
00:52:21une personne
00:52:22qui était la fille
00:52:22d'une copine
00:52:23avec qui j'étais à l'école
00:52:24à Gourin aussi
00:52:25où sa fille est née
00:52:26aux Etats-Unis
00:52:26elle a perdu la vie
00:52:27dans son premier retour
00:52:31donc je ne peux pas dire plus
00:52:32parce que ça revient
00:52:35c'est 20 ans déjà
00:52:36presque 20 ans
00:52:37c'est comme si c'était hier
00:52:38quoi si vous voulez
00:52:38tout de suite
00:52:39il y a eu un effet
00:52:40de qu'est-ce qu'on fait
00:52:42et qu'est-ce qu'on peut
00:52:43est-ce qu'on peut aider
00:52:45et spontanément
00:52:46il y a eu une cérémonie
00:52:47pour témoigner
00:52:48du soutien
00:52:49des Gourinois
00:52:50aux victimes
00:52:52c'était très très touchant
00:52:55c'était très calme
00:52:56on avait coupé
00:52:58les circulations
00:52:59de voitures
00:52:59pour que vraiment
00:53:00le temps s'arrête
00:53:02et ça a été
00:53:03l'un des moments
00:53:04je pense
00:53:05les plus forts
00:53:05de mes trois mandats
00:53:12la solidarité
00:53:13est aussi politique
00:53:14les 18 et 19 septembre
00:53:16Jacques Chirac
00:53:17est le premier chef d'état
00:53:19à se rendre aux Etats-Unis
00:53:20afin d'apporter
00:53:21le message d'amitié
00:53:22du peuple français
00:53:23mais aussi
00:53:24connaître les intentions
00:53:25de Georges Bouch
00:53:26le voyage de Jacques Chirac
00:53:27aux Etats-Unis
00:53:28était prévu avant
00:53:29la seule décision
00:53:30à prendre
00:53:31c'était
00:53:31faut-il le maintenir
00:53:33donc l'Elysée
00:53:34a demandé
00:53:34à la Maison Blanche
00:53:35qui a dit
00:53:36mais naturellement
00:53:37il faut maintenir la visite
00:53:39Condoleez Sarraïs
00:53:40qui est responsable
00:53:40des affaires de sécurité
00:53:41à la Maison Blanche
00:53:42m'a dit
00:53:43non seulement
00:53:44vous allez venir
00:53:45mais on va dérouler
00:53:46le tapis rouge
00:53:46je veux dire
00:53:47il faut montrer
00:53:48que les Etats-Unis
00:53:49ne sont pas abattus
00:53:50par cette affaire
00:53:50et que nous sommes debout
00:53:54on va parler beaucoup
00:53:55d'Afghanistan
00:53:56le président Bush
00:53:57va dire
00:53:57il faut que le taliban
00:53:58nous livre Ben Laden
00:53:59et s'il ne le livre pas
00:54:00et bien ils seront foudroyés
00:54:02la réplique
00:54:03ne se fera pas attendre
00:54:04quelques semaines plus tard
00:54:06la France participera
00:54:07à la coalition internationale
00:54:09conduite par les Etats-Unis
00:54:10contre l'Afghanistan
00:54:12mais en ce mois
00:54:13de septembre 2001
00:54:14l'heure est encore
00:54:15au recueillement
00:54:16après Washington
00:54:17Jacques Chirac
00:54:18se rend à New York
00:54:19Rudy Giuliani
00:54:21le maire de New York
00:54:22a proposé
00:54:23à Jacques Chirac
00:54:24de survoler
00:54:25en hélicoptère
00:54:27le site
00:54:27du World Trade Center
00:54:29ce qu'on appelait
00:54:30alors
00:54:31le Ground Zero
00:54:33c'était pas prévu
00:54:34au programme
00:54:36de sa visite
00:54:37mais le maire
00:54:38a beaucoup insisté
00:54:39en disant
00:54:39il faut que vous ayez
00:54:41une vue directe
00:54:42de ce qui s'est passé
00:54:43quand on voit ça
00:54:44on a envie de pleurer
00:54:47en imaginant
00:54:48l'ensemble
00:54:50des hommes
00:54:51des femmes
00:54:53peut-être des enfants
00:54:54qui ont péri
00:54:56et que l'on ne retrouvera pas
00:55:00sous les décombres
00:55:01que Jacques Chirac
00:55:02découvre ce jour-là
00:55:03on apprend rapidement
00:55:05que 343 pompiers
00:55:06font partie des victimes
00:55:07ce qui va susciter
00:55:09une émotion immense
00:55:09au sein de cette profession
00:55:11apaiser les souffrances
00:55:13de leurs frères d'armes
00:55:14de New York
00:55:15accueillir les familles
00:55:16endeuillées
00:55:17les initiatives sont nombreuses
00:55:19dans toute la France
00:55:42343 familles brisées
00:55:44plus de 1000 enfants orphelins
00:55:47d'un coup
00:55:48sur une opération
00:55:49c'est inimaginable
00:55:52on a voulu créer
00:55:54une dynamique
00:55:55d'échange
00:55:55entre
00:55:56la famille yvelinoise
00:55:58et les familles
00:55:59une urquise
00:55:59et donc depuis
00:56:01on a des nouvelles
00:56:02de certains enfants
00:56:03on a des nouvelles
00:56:04de certaines veuves
00:56:05certains enfants
00:56:06sont devenus
00:56:07même pompiers
00:56:08ce que l'on a voulu créer
00:56:09par l'association
00:56:11a fonctionné
00:56:12et fonctionne encore
00:56:16je ne peux pas dire
00:56:17que le 11 septembre
00:56:18est fondamentalement
00:56:19changé ma vie professionnelle
00:56:20elle a en revanche
00:56:21fondamentalement changé
00:56:22ma vie personnelle
00:56:22définitivement
00:56:24le 11 septembre
00:56:25je suis à New York
00:56:26il n'y a pas d'autre option
00:56:28possible
00:56:28pour rendre hommage
00:56:30à nos collègues
00:56:31à nos frères d'armes
00:56:32qui sont disparus
00:56:33non seulement
00:56:33les 343
00:56:35qui sont morts
00:56:36le 11 septembre 2001
00:56:38mais aussi
00:56:39et malheureusement
00:56:39depuis
00:56:40tous nos collègues
00:56:41qui continuent de décéder
00:56:42des conséquences
00:56:44de maladies
00:56:45qu'ils ont contractées
00:56:46alors même
00:56:46qu'ils ont passé
00:56:47des semaines
00:56:48des mois
00:56:48jusqu'au mois de mai 2002
00:56:50sur le site
00:56:53on a beau se préparer
00:56:55à tout un tas
00:56:56de situations
00:56:56le jour J
00:56:58on ne sait pas
00:56:59comment on va réagir
00:57:01on a une pensée
00:57:02quand on gravit
00:57:03des escaliers
00:57:04des escaliers
00:57:05avec tous
00:57:05nos vêtements
00:57:07l'arnachement
00:57:07le matériel
00:57:08que l'on a
00:57:08on se dit
00:57:10qu'est-ce qu'ils ont vécu
00:57:12éventuellement
00:57:13pour certains
00:57:13ils savaient
00:57:14qu'ils ne redescendraient
00:57:15peut-être pas
00:57:20comment vivre
00:57:21après un tel drame
00:57:22comment faire
00:57:23pour se reconstruire
00:57:24qu'ils aient échappé
00:57:26au pire
00:57:26subit le décès
00:57:27d'un proche
00:57:28ou simple témoin
00:57:29certains français
00:57:30portent en eux
00:57:30à divers degrés
00:57:31les séquelles du drame
00:57:34alors
00:57:34chacun doit trouver
00:57:35sa voie
00:57:36pour avancer
00:57:43on s'est obnubilé
00:57:44sur le nombre
00:57:44de victimes
00:57:47de mort
00:57:49mais nous
00:57:51victimes
00:57:51qui sommes restés
00:57:53on nous a dit
00:57:54ben
00:57:55vous avez de la chance
00:57:56vous en êtes sortis
00:57:58je peux vous assurer
00:57:59que dans les premiers jours
00:58:00après le 11 septembre
00:58:01je l'ai dit
00:58:02et ça a beaucoup choqué
00:58:04j'aurais préféré
00:58:05être resté là-bas
00:58:06sur place
00:58:07tant j'ai souffert
00:58:10aujourd'hui
00:58:11Dieu soit loué
00:58:12je suis là
00:58:12et je suis très heureux
00:58:13d'être là
00:58:16mais la douleur
00:58:17tant
00:58:18morale
00:58:19psychologique
00:58:20que physique
00:58:23a été telle
00:58:24que
00:58:24ça a été un supplice
00:58:27vraiment un supplice
00:58:32et dans toutes ces histoires
00:58:33de terrorisme
00:58:34je pense qu'on oublie toujours
00:58:35ceux qui restent
00:58:36parce qu'on estime
00:58:38qu'ils ont de la chance
00:58:43les blessures
00:58:44sont profondes
00:58:45chez plein de gens
00:58:46je me souviens
00:58:47des années après
00:58:48être tombé sur un ancien collègue
00:58:50du lycée français de New York
00:58:51on était à Paris
00:58:52on discute de tout ça
00:58:53et au bout de 20 minutes
00:58:54on était en larmes
00:58:55l'un comme l'autre
00:58:57et on est des grands garçons
00:59:00on n'est pas
00:59:03particulièrement sensibles
00:59:04mais c'est comme ça
00:59:06et c'est un traumatisme
00:59:08avec lequel il faut se débrouiller
00:59:09avec ça maintenant
00:59:14Tenning était marié
00:59:15à Jérôme Loez
00:59:16l'une des cinq victimes françaises
00:59:18le parcours a été long
00:59:19pour redonner du sens
00:59:20à sa vie
00:59:21mais après quelques années
00:59:22elle décide de créer
00:59:24une fondation
00:59:24au nom de son mari
00:59:25qui accorde des bourses
00:59:27aux étudiants étrangers
00:59:29je n'ai pas voulu participer
00:59:32au groupe de soutien
00:59:33des veuves et veuves
00:59:35et justement
00:59:35à l'inverse
00:59:37j'ai préféré voyager
00:59:39très loin
00:59:39là où personne
00:59:41ne savait qui j'étais
00:59:42c'est pour cela
00:59:43que je suis partie
00:59:44en Jordanie
00:59:45et en Égypte
00:59:48les 19 terroristes
00:59:50qui ont dérouté
00:59:51les avions
00:59:52venaient tous
00:59:53de cette région du monde
00:59:54ils étaient tous arabes
00:59:57donc je voulais savoir
00:59:58d'où venait
00:59:59cette haine
01:00:04créer une fondation
01:00:06était une manière
01:00:07thérapeutique
01:00:08de m'aider
01:00:09à guérir
01:00:10mes blessures
01:00:11de remplir
01:00:13mes jours
01:00:13avec un but
01:00:14et donner du sens
01:00:16à ma vie
01:00:18Jérôme et moi
01:00:19pensions avoir
01:00:20des enfants
01:00:21mais nous n'avons pas
01:00:22eu la chance
01:00:23d'en avoir
01:00:25donc j'ai décidé
01:00:26de créer une fondation
01:00:28pour garder en vie
01:00:29sa mémoire
01:00:35Il a quand même
01:00:37fallu digérer
01:00:37une histoire
01:00:38comme celle-ci
01:00:38c'est pas évident
01:00:40l'arrivée
01:00:40de mes enfants
01:00:41a été clairement
01:00:43un signe de vie
01:00:44il y a eu
01:00:44l'histoire extraordinaire
01:00:47l'histoire du livre
01:00:48aussi
01:00:48qui m'ont permis
01:00:49de me reconstruire
01:00:50et puis ensuite
01:00:50c'est le temps
01:00:50et puis le fait
01:00:52de ne pas hésiter
01:00:52d'en parler
01:00:53J'ai traversé la rue
01:00:54simplement
01:00:54et quand je traversais
01:00:55la rue
01:00:56à la hauteur
01:00:56de cet hôtel
01:00:58la tour numéro 2
01:00:59s'est écroulée
01:01:01et donc c'est là
01:01:01que j'ai vu arriver
01:01:02cette espèce de monstre
01:01:04Moi j'ai eu
01:01:04beaucoup de chance
01:01:05parce que
01:01:05les médias
01:01:06se sont
01:01:08jetés sur moi
01:01:09d'une certaine manière
01:01:09et moi j'avais tellement
01:01:11besoin de parler
01:01:14que j'ai accepté
01:01:15mais ça me faisait
01:01:16du bien de parler
01:01:18et au fond
01:01:18la reconnaissance
01:01:19que m'apportaient
01:01:21ces entretiens
01:01:23elle m'a aidé
01:01:23aussi
01:01:24à me tenir debout
01:01:27et à me reconstruire
01:01:28J'en ai parlé
01:01:29un peu
01:01:30comme ça
01:01:31mais pas trop
01:01:32avec mes proches
01:01:33et puis
01:01:34et puis avant
01:01:35je me suis dit
01:01:36quand même
01:01:37il va falloir
01:01:37que tu fasses
01:01:38quelque chose
01:01:39avec ça
01:01:41et le
01:01:42dix ans après
01:01:43je me suis dit
01:01:44il faut que j'écrive
01:01:45quand même
01:01:45tout ça
01:01:46et je me suis mis
01:01:47devant mon ordinateur
01:01:51et
01:01:53c'est la seule fois
01:01:55que ça m'est arrivé
01:01:56comme ça
01:01:56mais
01:01:57j'ai relevé la tête
01:01:58trois heures après
01:01:59le texte était là
01:02:00il m'a permis
01:02:02de tenir à distance
01:02:02ma propre émotion
01:02:04c'est ce qui m'a permis
01:02:05d'avancer
01:02:07le 2 mai 2011
01:02:08ressurgit le spectre
01:02:09du 11 septembre
01:02:10l'élimination
01:02:11de Ben Laden
01:02:12est annoncée
01:02:13par Barack Obama
01:02:31quels sentiments
01:02:32provoque cette nouvelle
01:02:33auprès des familles
01:02:34des victimes
01:02:35et tous ceux
01:02:36qui ont été impactés
01:02:37par le drame
01:02:37se sont-ils sentis
01:02:39soulagés
01:02:39apaisés
01:02:40peuvent-ils
01:02:41aujourd'hui pardonner
01:02:43parmi les propositions
01:02:45étonnantes
01:02:45qu'on m'a fait
01:02:46sur ce 11 septembre
01:02:48on m'a proposé
01:02:49de rencontrer
01:02:49des terroristes
01:02:52en me disant
01:02:53ça serait bien
01:02:54qu'il y ait un pardon
01:02:57alors il dit
01:02:57que ça me semblait
01:02:58difficile
01:03:00il ne s'agit pas
01:03:01de pardonner
01:03:01moi j'ai été élevé
01:03:03dans le pardon
01:03:04dans l'apprentissage
01:03:05du pardon
01:03:05mais je ne pardonne pas
01:03:10et je ne pardonnerai pas
01:03:11en revanche
01:03:12je n'ai plus de haine
01:03:13de la colère
01:03:13oui pas de la haine
01:03:14mais de la colère
01:03:15oui bien sûr
01:03:16parce que c'est
01:03:18gratuit quoi
01:03:18je veux dire
01:03:19ils ne nous connaissent pas
01:03:20ils ne savent même pas
01:03:20ce qu'on est devenus
01:03:21bien sûr de la colère
01:03:22bien sûr
01:03:27vous savez à un moment
01:03:27je ne sais pas
01:03:28ça fait partie des idées folles
01:03:29qui viennent
01:03:30j'écrivais comme une idiote
01:03:31sur les murs
01:03:32est-ce que le ciel de New York
01:03:34est le même que celui de Paris
01:03:35est-ce qu'on va se rencontrer
01:03:36un jour avec mon fils
01:03:37même dans le ciel
01:03:38je ne sais pas
01:03:41ces attentats ont marqué
01:03:43toute une génération
01:03:44ébranlant notre perception
01:03:46du monde
01:03:47une tragédie
01:03:48aujourd'hui enseignée
01:03:49dans les programmes
01:03:49de Terminal
01:03:52entre témoignages
01:03:53et transmissions
01:03:54le souvenir de cet événement
01:03:56est toujours aussi fort
01:04:07le sentiment de revivre
01:04:09continuellement l'événement
01:04:11et de devoir transmettre
01:04:12l'artiste Noël Pasquier
01:04:14était à New York
01:04:15le 11 septembre 2001
01:04:17depuis
01:04:17son oeuvre témoigne
01:04:19du choc qu'il a ressenti
01:04:20dans cette ville traumatisée
01:04:22tout est résumé
01:04:23de façon très stylisée
01:04:25on a l'impact
01:04:27la violence de l'action
01:04:30alors qu'il se retrouve
01:04:32donc dans la violence du geste
01:04:34là c'est en plein
01:04:34dans le nuage
01:04:35là les twins
01:04:36sont défigurées
01:04:38par le
01:04:41voilà
01:04:42elles sont
01:04:44torturées
01:04:45par le drame
01:04:46qu'elles sont en train
01:04:47de vivre
01:04:47et qu'on a tous partagé
01:04:49de près ou de loin
01:04:50quand on a vu
01:04:52ce nuage de la mort
01:04:53il n'y a pas d'autre mot
01:04:54on ne peut pas
01:04:55ne pas s'y penser
01:04:57très très souvent
01:04:58pendant des semaines
01:05:00presque des mois
01:05:00je n'ai pas pu travailler
01:05:02donc tous ces souvenirs
01:05:04ont besoin de ressurgir
01:05:07et je commence donc
01:05:09quelques semaines après
01:05:10à faire des petites esquisses
01:05:13des études préparatoires
01:05:14j'avais besoin
01:05:16de l'extérioriser
01:05:17de cette façon
01:05:22mon arme c'est le crayon
01:05:24la brosse
01:05:25le pinceau
01:05:26d'artiste
01:05:28alors évidemment
01:05:29face à une kalachnikov
01:05:31ou à un avion
01:05:32danser à 800 à l'heure
01:05:33sur une tour
01:05:36je préfère partager
01:05:37ce que je sais faire
01:05:39plutôt que de ressasser
01:05:40et de sombrer
01:05:42dans une espèce
01:05:43d'état dépressif
01:05:46trois amis
01:05:47un américain
01:05:48et deux français
01:05:49ont travaillé
01:05:49à la création
01:05:50de drapeaux
01:05:51rendant hommage
01:05:52aux disparus
01:05:53un flag of honor
01:05:55mentionnant le nom
01:05:56de toutes les victimes
01:05:57des attentats
01:05:57du 11 septembre
01:05:58et un flag of heroes
01:06:00avec celui
01:06:01de tous ceux
01:06:02pompiers
01:06:02secouristes
01:06:03policiers
01:06:04qui ont donné leur vie
01:06:05pour en sauver d'autres
01:06:08ça représente
01:06:0912 ans de labeur
01:06:10qui prend au trip
01:06:11c'est pas
01:06:13un travail habituel
01:06:16quand je travaillais
01:06:17là dessus
01:06:18il m'est arrivé
01:06:19parce que malheureusement
01:06:20on a ça partout
01:06:22en France
01:06:23mais je me suis demandé
01:06:24que ce soit
01:06:25après la première
01:06:26guerre mondiale
01:06:26ou la seconde
01:06:27comment les gens
01:06:28qui fabriquaient
01:06:29les monuments aux morts
01:06:30donc l'artiste
01:06:32parce que je considère
01:06:33ça quand même
01:06:34comme un artiste
01:06:35ils venaient graver
01:06:36le nom
01:06:37ce qu'ils pouvaient ressentir
01:06:38parce que c'est ce que
01:06:40moi je pense avoir ressenti
01:06:41en tant que les drapeaux
01:06:44pour les dixièmes commémorations
01:06:46le mémorial
01:06:47à Ground Zero
01:06:48n'était pas encore
01:06:49complètement terminé
01:06:50les parcs de New York
01:06:51nous ont autorisé
01:06:53à faire ça
01:06:54à Battery Park
01:06:55c'était
01:06:56dix ans de travail
01:06:57récompensé
01:06:58par l'émotion
01:06:59qui était palpable
01:07:00par les gens
01:07:00qui venaient
01:07:01se recueillir
01:07:02sur le mémorial
01:07:05je crois que ça m'a
01:07:06aidé à faire
01:07:07non seulement mon deuil
01:07:08le deuil de cet attentat
01:07:10mais également
01:07:11de savoir
01:07:11que toutes ces victimes
01:07:13ne sont pas oubliées
01:07:14elles sont déjà
01:07:15sur les drapeaux
01:07:15et les drapeaux
01:07:16ont vraiment
01:07:18il y en a
01:07:19il y en a pratiquement
01:07:19dans le monde entier
01:07:20maintenant
01:07:23malheureusement
01:07:24l'histoire
01:07:24s'est répétée ailleurs
01:07:26même en France
01:07:27on a été victime
01:07:27entre autres
01:07:28des attentats du Bataclan
01:07:30et à chaque fois
01:07:30enfin moi je sais
01:07:31que quand j'ai appris
01:07:32pour le Bataclan
01:07:32et là ça réveille
01:07:34tellement de choses
01:07:37vous vous dites
01:07:38non c'est pas possible
01:07:39ça recommence pas
01:07:44les familles endeuillées
01:07:45du 11 septembre
01:07:46continuent de faire vivre
01:07:47le souvenir
01:07:48de leur disparu
01:07:49de faire exister
01:07:50leur mémoire
01:07:50pour ne pas oublier
01:07:52mais aussi transmettre
01:07:53aux jeunes générations
01:07:54je me rappelle
01:07:55quand je l'avais rencontré
01:07:56il est venu à la maison
01:07:58manger avec sa femme
01:07:59j'avais 14 ans
01:08:00et je me disais
01:08:02c'est un homme
01:08:03il était imposant
01:08:05comme ça
01:08:05quand il rentrait
01:08:06dans un pièce
01:08:08il ressemblait
01:08:09à Superman
01:08:12ok
01:08:13ouais pareil
01:08:15on a les mêmes souvenirs
01:08:17et venu chez nous
01:08:18il venait souvent
01:08:20on était très attaché
01:08:22il était très attaché
01:08:23à ma famille
01:08:23mes frères et soeurs
01:08:24et très heureux
01:08:26d'avoir eu son travail
01:08:27de commencer à travailler
01:08:28dans les tours
01:08:29et tout
01:08:29donc à chaque fois
01:08:30qu'on voit les photos
01:08:31de cette époque
01:08:32ça nous ramène
01:08:33tous ses souvenirs
01:08:34on réalise pas
01:08:35qu'il y a eu 20 ans
01:08:36ouais
01:08:38on vit avec
01:08:38en fait
01:08:39on vit avec
01:08:39c'est vrai
01:08:40on en parle tout le temps
01:08:41mais même là
01:08:43on en parle tout le temps
01:08:44mais comme un vivant
01:08:45pas comme un mort
01:08:45ce qui est dur
01:08:46c'est d'expliquer aux enfants
01:08:47mes enfants
01:08:48ils m'ont beaucoup demandé
01:08:49mais pourquoi
01:08:50pourquoi on pouvait pas le sauver
01:08:52pourquoi je peux pas connaître
01:08:53mon entier
01:08:54mais pourquoi lui
01:08:54pourquoi t'es sûre
01:08:55qu'il est pas sorti
01:08:56les mêmes questions
01:08:57que nous on avait
01:08:57mais eux ils ont les mêmes questions
01:08:59et surtout
01:09:00mais je comprends pas
01:09:01comment
01:09:02comment il peut avoir
01:09:03tellement de haine
01:09:04dans le monde
01:09:05pourquoi
01:09:10beaucoup de gens
01:09:11notamment les jeunes
01:09:11aujourd'hui
01:09:12je vois mes enfants
01:09:12par exemple
01:09:13m'interrogent beaucoup
01:09:13parce qu'ils veulent savoir
01:09:15la jeune génération
01:09:16s'interroge
01:09:17et elles ont fait
01:09:18beaucoup réagir
01:09:19cette vidéo a été
01:09:20beaucoup vue
01:09:21et un réel questionnement
01:09:23surtout les gens
01:09:23qui n'ont pas connu
01:09:24qui étaient trop jeunes
01:09:25qui se rappellent pas
01:09:25ou même qui étaient pas nés
01:09:27ont besoin de savoir
01:09:30même s'ils n'étaient pas nés
01:09:31au moment des événements
01:09:32de nombreux adolescents
01:09:34se sont investis
01:09:35d'un devoir de mémoire
01:09:36et tentent ainsi
01:09:37de comprendre
01:09:38le choc vécu
01:09:38par leurs parents
01:09:40depuis que je suis tout petit
01:09:41je suis un très grand fan
01:09:42de New York
01:09:43un jour j'ai regardé
01:09:44une vidéo
01:09:44et j'ai vu ce qui s'était passé
01:09:45j'ai découvert
01:09:46des tonnes d'informations
01:09:47sur les survivants
01:09:48sur les avions
01:09:50tout ça
01:09:50j'entends beaucoup
01:09:51de messages
01:09:51où ils me disent
01:09:53franchement merci
01:09:53parce que j'ai vécu
01:09:54ce jour là
01:09:55et c'est rare
01:09:56de voir quelqu'un
01:09:56qui a 17 ans
01:09:57faire compte sur ça
01:09:58et qui fait revivre
01:09:59un peu les tours chemées
01:10:00et souvent on me dit
01:10:01beaucoup de messages
01:10:02comme ça
01:10:05la passion est venue
01:10:06il y a 3 ans
01:10:07j'ai tellement été ému
01:10:09par cette histoire
01:10:09que j'ai voulu partager
01:10:12l'histoire du World Trade Center
01:10:14avant qu'il ne soit détruit
01:10:15c'est quelque chose
01:10:16de particulièrement difficile
01:10:18à gérer
01:10:18surtout à 13 ans
01:10:20vous êtes là
01:10:20et vous créez un compte
01:10:23pour partager votre passion
01:10:24et on vous dit
01:10:25vous savez qu'il y a
01:10:262977 personnes
01:10:27qui sont décédées
01:10:28dans ce lieu
01:10:31et vous dites
01:10:33comment puis-je faire
01:10:34pour que je sois
01:10:35dans le plus grand des respects
01:10:40j'ai recréé le World Trade Center
01:10:41vous pouvez voir
01:10:42le hall des deux tours
01:10:44de la tour nord
01:10:45et de la tour sud
01:10:46ici présent
01:10:48dans le futur
01:10:49il y aura des ascenseurs
01:10:51qui nous permettront
01:10:52d'aller
01:10:54tout en haut
01:10:56à la terrasse
01:10:57à l'observatoire panoramique
01:11:00avec une vue
01:11:02époustouflante
01:11:03ça m'était important
01:11:04pour pouvoir
01:11:05le revisiter
01:11:06même si je ne l'ai pas connu
01:11:08mais aussi pour le faire
01:11:09découvrir aux autres
01:11:10j'ai eu beaucoup
01:11:11de retours positifs
01:11:12beaucoup de personnes
01:11:13qui aimaient y aller
01:11:15j'ai créé
01:11:15un petit son
01:11:17pour pouvoir en fait
01:11:18recréer l'ambiance
01:11:19de la place
01:11:21voilà
01:11:22vous êtes là
01:11:22vous imaginez
01:11:23qu'il y a du monde
01:11:24et qu'il y a les concerts
01:11:26dans l'estrade
01:11:27et tout
01:11:27et puis vous y êtes
01:11:43depuis 2014
01:11:44la tour
01:11:45One World Trade Center
01:11:46s'impose dans le ciel
01:11:48de New York
01:11:49située près du mémorial
01:11:50et du musée
01:11:51consacrée aux attentats
01:11:52deux bassins
01:11:53rappellent l'emplacement
01:11:54des tours disparus
01:11:56le nom de chacune
01:11:57des victimes
01:11:57y est gravé
01:11:58un lieu de mémoire
01:12:00devenu incontournable
01:12:02plusieurs années après
01:12:03je suis allée
01:12:04au mémorial
01:12:04je suis allée
01:12:05à l'emplacement
01:12:06des tours
01:12:06et je vous assure
01:12:07que j'avais
01:12:08la chair de poule
01:12:08j'avais la chair de poule
01:12:10parce que
01:12:11je suis allée voir
01:12:12donc ces stèles
01:12:13où il y a
01:12:13tous les noms
01:12:14des victimes
01:12:16et vous pouvez toucher
01:12:17les noms
01:12:18qui sont gravés
01:12:19et je me disais
01:12:20mais moi
01:12:21ces gens-là
01:12:21je les ai vus mourir
01:12:22ça m'a vraiment
01:12:23énormément touchée
01:12:25j'arrivais plus
01:12:25à partir
01:12:26de ce mémorial
01:12:31quand je suis allé
01:12:32voir Ground Zero
01:12:33j'ai eu une émotion
01:12:34en me disant
01:12:36ici
01:12:37il y a des âmes
01:12:38en suspension
01:12:39j'ai jamais ressenti
01:12:41ça ailleurs
01:12:46les tours sont toujours
01:12:48en train de tomber
01:12:49toujours
01:12:50toujours
01:12:50elles n'arrêteront
01:12:52jamais de tomber
01:12:53les attentats
01:12:54de 2015
01:12:55c'est encore
01:12:56les tours
01:12:56qui tombent
01:13:02on a ressenti
01:13:03cet écho
01:13:03de souffrance
01:13:04qui s'est répandue
01:13:04partout dans le monde
01:13:05et c'est encore
01:13:05très fort
01:13:05c'est très très très présent
01:13:07on y pense tous les ans
01:13:09il y a des jours
01:13:10où on se rappelle
01:13:11chaque minute
01:13:13ce jour-là
01:13:14on fait partie
01:13:17dès qu'on en parle
01:13:18on y est de nouveau
01:13:21on y est de nouveau
01:13:22on revoit tout
01:13:22et c'est comme si
01:13:24ça s'était passé hier
01:13:25ce sera
01:13:26toujours une partie
01:13:27de moi
01:13:27c'est évident
01:13:31si un jour
01:13:32je redémarre
01:13:32à New York
01:13:33vous pouvez être sûr
01:13:34que je reprendrai
01:13:35un bureau dans les tours
01:13:37ça c'est sûr et certain
01:13:39pour retrouver la vue
01:13:40et puis par
01:13:43par défi
01:13:44voilà
01:13:46parce que
01:13:51je ne sais pas
01:13:53on ne traite pas
01:13:54les gens comme ça
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