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  • il y a 4 semaines
Dans les années 30, suite au krach boursier de Wall Street, l'Europe est ébranlée par une crise sans précédent. Pour faire rempart à la misère et au fascisme qui, de l'Italie mussolinienne à l'Allemagne hitlérienne, menacent la paix et la démocratie, les gauches européennes - sous l'impulsion de la IIIe Internationale -, les syndicats, les intellectuels et de nombreux citoyens décident de se fédérer en une union inédite.
La jeune république d'Espagne constitue dès 1934 une Alliance ouvrière dans les Asturies, deux ans à peine avant l'arrivée au pouvoir du Frente popular.
En France, une coalition de communistes, socialistes et radicaux, regroupé autour de Léon Blum, triomphe pour la première fois aux élections législatives de 1936 avec le programme "Pain, Paix, Liberté". Si ces deux pays sont les seuls en Europe à hisser le Front populaire au pouvoir, la stratégie politique de fronts communs face à la peste brune est adoptée au même moment en Belgique, en Grèce, au Portugal et en Autriche où elle prend un visage plus clandestin.

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00:00...
00:08...
00:15Au printemps 1936, l'Europe est au bord du gouffre,
00:19mais la victoire électorale des gouvernements de front populaire
00:23remplit la rue d'espoir.
00:24Manuela Sania, en Espagne, et Léon Blum, en France,
00:28incarnent le triomphe d'une stratégie
00:30qui a rassemblé pour la première fois
00:32ouvriers, partis, syndicats et intellectuels
00:34autour de l'antifascisme
00:36dans une Europe ébranlée par une crise économique sans précédent.
00:39...
01:06...
01:19Tout commence à New York le 24 octobre 1929.
01:23En quelques heures, la bourse de Wall Street s'effondre.
01:27Ce jeudi noir provoque un désastre économique, social et politique
01:31qui va bouleverser le monde.
01:33...
01:47La récession frappe de plein fouet les Etats-Unis.
01:50L'Europe se croit à l'abri,
01:52et cependant, 2 ans plus tard,
01:54elle est à son tour balayée par la tourmente.
01:57Les piliers de l'économie capitaliste s'écroulent.
02:00Les systèmes monétaires et bancaires sont ébranlés.
02:03Des milliers d'entreprises en faillite.
02:06Les chômeurs se comptent par millions.
02:07A Londres, à Paris, à Vienne comme à Berlin,
02:10le peuple descend dans la rue.
02:13Il réclame du travail et du pain.
02:15L'Allemagne, qui paie encore les réparations de la Première Guerre,
02:19est avec l'Autriche le pays le plus touché par la crise.
02:22En 1933, on y recense 6 millions de chômeurs,
02:263 fois plus qu'en Grande-Bretagne et 6 fois plus qu'en France.
02:30Musique douce
02:33...
02:39Aucune démocratie ne parvient à enrayer la misère qui sévit en Europe.
02:43Une misère qui renforce le racisme et la xénophobie.
02:47Tout particulièrement en Allemagne, pays vaincu et humilié.
02:51Une Allemagne où ni les socialistes ni les communistes,
02:54dont le parti est particulièrement influent,
02:57ne mesurent la portée de cette détresse sociale.
02:59Ils sont aveuglés par des querelles internes.
03:02...
03:04Pour les communistes, les ennemis à combattre en priorité
03:07sont les sociodémocrates, qui accusent de trahir le monde ouvrier
03:10en soutenant la bourgeoisie.
03:12Pour les socialistes, la révolution est le pire des scénarios.
03:16...
03:28Cette guerre fratricide que se livrent les deux grands partis de gauche
03:31favorise la progression d'un nouveau parti,
03:34le parti nazi.
03:36...
03:41C'est en effet Hitler qui récupère les voix des chômeurs
03:44après avoir rallié les paysans, les classes moyennes
03:47et les milieux d'affaires.
03:49La menace est grande.
03:50...
04:04Cette menace est d'autant plus grande qu'en Italie,
04:06Mussolini parvient depuis 10 ans à sortir le pays de la crise.
04:10Vu de loin, le fascisme fascine plus qu'il n'effraie.
04:14Le Duce a pourtant déjà imposé un parti unique,
04:17une police politique.
04:19Il a aussi écrasé les syndicats.
04:22Mais la vraie nature du fascisme n'est pas encore perçue
04:24à la mesure de ce qu'elle est.
04:26Une menace véritable pour la paix et la démocratie en Europe.
04:29...
04:42En Europe, cette dictature est perçue
04:44comme un problème national italien,
04:46mais aussi comme un modèle d'efficacité
04:49et le meilleur des remparts au communisme.
04:52Hitler lui-même attribue au succès de Mussolini
04:55une part de la victoire électorale qui le mène au pouvoir.
04:58...
05:05C'est l'incendie du Reichstag, le Parlement allemand,
05:08un mois à peine après son accession au pouvoir,
05:11qui sort les gauches européennes de leur léthargie en février 1933.
05:16Cet incendie est une provocation nazie, un prétexte.
05:19Hitler accuse aussitôt les communistes
05:22sur lesquels s'abat une répression terrible.
05:24...
05:38Cette répression, suivie de l'interdiction
05:40des partis communistes et sociodémocrates,
05:42suscite l'indignation en Europe.
05:44La débâcle de la gauche allemande impose de se mobiliser contre le fascisme,
05:49d'autant que s'ouvre à l'automne à Leipzig
05:51le procès de 4 communistes accusés de l'incendie du Reichstag.
05:55...
06:01L'Inde est prévenue.
06:02Dimitrov est le représentant de l'Internationale communiste à Berlin,
06:06une organisation fondée par Lénine,
06:08dont dépendent tous les partis communistes.
06:11...
06:37...
06:46Ce procès, qui dure 3 mois, est relayé par la presse mondiale.
06:49Militant inconnu jusqu'alors,
06:51Dimitrov devient le symbole de la lutte antifasciste.
06:54Jusqu'à Londres, où sa sœur dénonce la machination hitlérienne.
06:59Les 4 communistes sont maintenant en délai
07:02de leur vie à Leipzig.
07:05Ils sont accusés de l'incendie du Reichstag.
07:08L'un d'entre eux est mon frère Dimitrov.
07:12L'autre est son père, Thorgler.
07:15Les deux autres sont Popov et Tanev.
07:19Ils ont tous passé leur vie en service aux travailleurs
07:24et n'ont jamais eu une capacité à faire des droits ou des crimes.
07:28Ce procès provoque une onde de choc au sein des gauches européennes et parmi les intellectuels.
07:39Des intellectuels indissociables de la vie politique, qui constituent l'avant-garde de la lutte antifasciste.
07:45Tout particulièrement en France, où ils ont fondé de multiples revues et collaborent à de nombreux journaux.
07:58En ce début des années 30, de nombreux écrivains font en effet de l'engagement une priorité.
08:14C'est ainsi qu'André Gide et André Malraux sont les présidents du comité de défense de Dimitrov.
08:19André Malraux note alors…
08:22« Des militants sont rentrés en Allemagne, sachant ce qu'ils risquaient, et ont photographié l'acte d'accusation clandestinement avec un laïcat.
08:29Ensuite, ils ont passé la photo morceau par morceau. On ne connaît pas un seul des noms de ceux qui l'ont fait,
08:34et je pensais à eux en regardant Dimitrov. »
08:38Ce combat, mené pour obtenir la libération de Dimitrov et des communistes allemands,
08:43est la première grande action de résistance au fascisme en Europe.
08:48« Demandez l'humanité ! Demandez Dimitrov, camarades !
08:55Demandez la photo de Dimitrov pour soutenir les vaillants lutteurs antifascistes d'Allemagne !
09:00Demandez la photo de Dimitrov pour soutenir les vaillants lutteurs antifascistes d'Allemagne !
09:05Deux fois la grande photographie, à titre de solidarité,
09:09pour aider nos camarades d'Allemagne à éditer des traces illégaux et à diffuser dans des conditions d'illégalité terribles ! »
09:18Grâce à cette pression internationale, Dimitrov est acquitté. Il est accueilli en héros à Moscou.
09:24Le socialisme soviétique est alors un mythe.
09:27Les images de cette société rêvée fascinent une partie de la gauche antifasciste.
09:33« L'URSS, c'est pour beaucoup la seule alternative.
09:36La seule force vivante du monde », écrit l'écrivain communiste français Paul Nizan en juin 1933.
09:43« La tâche la plus présente des prolétaires et des intellectuels est d'entrer dans l'armée des défenseurs de l'URSS,
09:48de se joindre au Front Rouge, de ceux qui ont résolu de suivre l'exemple qu'elle donne au monde. »
09:57« L'URSS, c'est pour beaucoup la seule alternative.
10:00La seule force vivante des prolétaires et des intellectuels est d'entrer dans l'armée des défenseurs de l'URSS,
10:05de se joindre au Front Rouge, de ceux qui ont résolu de suivre l'exemple qu'elle donne au monde. »
10:27L'engagement des intellectuels se radicalise,
10:30tandis que le nazisme contraint une partie de l'intelligentsia allemande à l'exil.
10:35A Berlin, plus de 20 000 livres sont interdits et brûlés,
10:39sur ordre du ministre de la Propagande et de l'Information, Joseph Goebbels.
10:58Les réfugiés à Prague, Vienne et surtout à Paris,
11:01les exilés allemands se mobilisent pour sauver la culture de la barbarie nazie.
11:05Ils protègent, traduisent et diffusent dans toute l'Europe les œuvres interdites.
11:10Parmi les grands défenseurs de cette outre-Allemagne, l'Allemagne démocratique,
11:14les écrivains Berthold Brecht, Anna Segers, Walter Benjamin et Heinrich Mann.
11:20Ce dernier multiplie ses publications anti-nazis et publie en France,
11:24un pamphlet, La Haine.
11:26L'auteur, qui, dépouillé par ses tristes vainqueurs,
11:29ne possède plus que sa pensée et ses talents d'écrivain,
11:32les met ici au service de l'Allemagne, ainsi que de l'Europe et du monde.
11:39C'est au tour d'Heinrich Mann que des écrivains allemands et français
11:42se réuniront bientôt dans un comité préparatoire de front populaire allemand,
11:46un front populaire en exil et éphémère.
11:50D'autres intellectuels sont en revanche fascinés par le nazisme.
11:53Ils militent au sein des ligues d'extrême droite française,
11:56des droites qui n'ont qu'un rêve, renverser la république
11:59dont elles dénoncent la corruption des parlementaires,
12:02impliquées dans une série de scandales politico-financiers.
12:06Le dernier en date, c'est l'affaire de l'Allemagne,
12:09l'affaire de l'extrême droite française,
12:11l'affaire de l'extrême droite française,
12:13l'affaire de l'extrême droite française,
12:15l'affaire de l'extrême droite française,
12:17le dernier en date, c'est l'affaire Stavisky.
12:20L'escroquerie de ce banquier qui a bénéficié de protections politiques
12:23provoque des émeutes d'une grande violence le 6 février 1934.
12:27Le bilan est lourd, 5 morts, 2'300 blessés.
12:31En réaction à ces émeutes, les socialistes appellent à la grève générale.
12:47Communistes et socialistes, divisés,
12:51défilent séparément sur le cours de Vincennes,
12:54quand, soudain, l'improbable se produit.
12:57Les manifestants appellent à la fusion des deux cortèges.
13:00La rue a triomphé des divisions.
13:06Cette unité est déterminante.
13:09Matrice du futur Front populaire,
13:11elle émeut le syndicaliste Daniel Guérin.
13:14Enfin, pour la première fois, nous agissons ensemble.
13:17Ce dont le mouvement ouvrier allemand s'est révélé incapable
13:20jusqu'à la dernière minute contre Hitler,
13:22nous venons, nous, de le faire.
13:29Provence soulevée tout entière,
13:32Paris rassemblée dans cette manifestation,
13:37signifie aux hommes du fascisme et du royalisme
13:42qu'ils ne passeront pas.
13:44La réaction ne passera pas.
13:47Vive la République des travailleurs.
13:51Vive la liberté.
13:55Vive l'unité prolétarienne
13:58sans laquelle aucune victoire n'est possible.
14:02Vive le peuple ouvrier de Paris.
14:13Devançant les partis politiques,
14:15la gauche intellectuelle, déjà unie dans le combat pacifiste,
14:18constitue dans les jours qui suivent
14:20un comité de vigilance antifasciste.
14:22Unis par-dessus toute divergence
14:24devant le spectacle des émeutes fascistes de Paris
14:27et la résistance populaire qui leur a fait face,
14:30nous venons déclarer à tous les travailleurs, nos camarades,
14:33notre résolution de lutter avec eux
14:35pour sauver contre une dictature fasciste
14:37ce que le peuple a conquis de droit et de liberté publique.
14:42Le fascisme continue de progresser.
14:45Après l'Allemagne et l'Italie,
14:47la Bulgarie et la Lettonie
14:49viennent de tomber sous le joug des dictatures.
15:04Le Duce, le président de la République,
15:08le Duce, c'est le modèle du chancelier d'Autriche,
15:11Engelbert Dolfus.
15:13Au pouvoir depuis un an,
15:15il a progressivement établi un régime fasciste chrétien.
15:18Les organisations ouvrières
15:20ont été remplacées par un syndicat unique.
15:22Privés de leurs acquis sociaux,
15:24les ouvriers, déjà dans la misère,
15:26n'aspirent qu'à s'insurger.
15:28Les communistes, dont le parti est interdit,
15:30les y incitent.
15:32Mais la direction du parti social-démocrate s'y refuse.
15:36Dans les cités ouvrières
15:38où se sont constitués des syndicats clandestins,
15:41les perquisitions et les arrestations se multiplient.
15:44C'est de là que part la révolte.
16:06La grève générale est proclamée à Vienne.
16:09Même s'elle n'est que partiellement suivie,
16:11le chancelier Dolfus décrète aussitôt l'état de siège.
16:14Il lance un ultimatum aux ouvriers.
16:17Réfléchissez, ouvriers d'Autriche,
16:19qui, dans votre aveuglement,
16:21vous trouvez encore de l'autre côté de la barricade.
16:24Le gouvernement dispose d'assez de moyens de violence
16:27et il en a fourni la preuve, le cœur gros.
16:29Mais c'était inévitable.
16:31Et si vous continuez la lutte,
16:33nous la continuerons aussi jusqu'au bout,
16:36aussi tragique soit-elle,
16:38et bien qu'elle ne puisse aboutir qu'à votre destruction.
16:45La semaine sanglante de Vienne
16:47fait des centaines de victimes
16:49et se solde par une longue et violente répression.
16:52La gauche est décimée.
16:54Le puissant parti social-démocrate est interdit.
16:57Ses dirigeants s'exilent en Tchécoslovaquie
17:00où ils fondent une nouvelle organisation.
17:02Leurs publications sont distribuées clandestinement en Autriche.
17:12Mais pour ces dirigeants socio-démocrates,
17:14s'allier aux communistes reste inconcevable.
17:17C'est donc en dépit de cette consigne
17:19qu'un groupe de jeunes révolutionnaires socialistes
17:21restés en Autriche
17:23décide de constituer un front unique antifasciste.
17:26Georg Scheuer fut l'un des militants
17:28de cette tentative clandestine de front populaire
17:30voué à terme à l'échec.
17:33Je continue vers d'autres actions contre le régime austro-fasciste.
17:36Fabrication de matériel, transmission, distribution,
17:39réunion clandestine, lancement de tracts,
17:42manifestations éclaires.
17:44Le régime prévoit le même tarif pour chacun de ces actes.
17:47Pour un seul tract de haute trahison,
17:49on écope de la même peine que pour un attentat à l'explosif.
17:52Nous savons que pour l'ensemble des activités d'une seule journée,
17:55nous en aurions pour cent ans de réclusion.
18:01La réforme agraire
18:08Quelques mois plus tard, en octobre 1934,
18:11c'est le peuple espagnol qui se soulève
18:13contre la droite monarchiste et fascisante
18:15de retour au pouvoir.
18:17Une droite soutenue par Mussolini.
18:19La réforme agraire en cours,
18:21dans une Espagne essentiellement rurale,
18:23est abandonnée.
18:25Les salaires sont revus à la baisse,
18:27la misère s'accroît.
18:31La gauche socialiste redoute d'être écrasée
18:34comme l'ont été les gauches allemandes et autrichiennes.
18:37Socialistes, anarcho-syndicalistes et communistes
18:40constituent le premier front unique antifasciste d'Europe.
18:43Ils se regroupent dans une alliance ouvrière
18:46et appellent à la grève générale.
19:01A Barcelone et à Madrid,
19:03les grévistes sont rapidement neutralisés par l'armée.
19:06Mais dans le bassin industriel des Asturies,
19:09mineurs et métallurgistes particulièrement organisés et armés
19:12résistent pendant deux semaines à l'assaut de l'armée.
19:16Un jeune garçon témoigne de la violence de la répression.
19:20La répression n'a eu aucune limite.
19:22Pendant des mois,
19:24les gens ont été assassinés dans toutes les Asturies
19:27et ont été torturés d'une façon qui dépasse l'imaginable.
19:30Les forces marocaines commandées par le général Franco
19:33brûlaient et assassinaient les ouvriers par centaines.
19:40Des milliers de révolutionnaires sont incarcérés.
19:43Déterminés à poursuivre la lutte,
19:45la gauche et l'extrême gauche font de l'unité
19:48la condition de la victoire finale.
19:50Prélude au futur front populaire,
19:52la commune des Asturies provoque un élan de solidarité internationale.
19:56Une dirigeante du Parti communiste, Dolorès Ibaruri, se rend à Paris.
20:00Je suis vraiment émue et profondément reconnaissante
20:05de l'expression de solidarité du peuple français
20:09avec le peuple espagnol.
20:11Que le peuple français n'oublie pas
20:13que la lutte que soutient le peuple espagnol
20:17c'est la lutte pour la liberté,
20:19c'est la lutte pour la paix.
20:24Pour mener cette lutte,
20:26les socialistes espagnols et français ont accepté de s'allier aux communistes.
20:30Ils font la figure d'exception.
20:32L'Europe social-démocrate y est en effet majoritairement hostile.
20:35Réunis à Paris,
20:37l'international socialiste vient d'ailleurs de se prononcer contre.
20:48A l'initiative de l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires,
20:51Paris devient pendant cinq jours la capitale de l'antifascisme.
20:55Venus de 38 pays,
20:57230 intellectuels se réunissent pour le premier congrès des écrivains
21:00pour la défense de la culture.
21:02Présidé par André Gide et André Malraux,
21:05ce congrès rassemble des personnalités de sensibilité diverse.
21:10Certains sont engagés dans ce combat car ils sont victimes de dictatures,
21:14comme l'écrivain allemand Heinrich Mann.
21:16D'autres, par militantisme communiste,
21:19comme le journaliste russe Ilya Rönnberg.
21:22Les écrivains allemands Gustav Regler et Anna Segers.
21:26Le poète français Paul Éluard.
21:28Le surréaliste suisse Tristan Tzara.
21:32D'autres encore par humanisme, comme André Malraux.
21:36Parmi les intellectuels venus débattre du sens et de la nature de leur engagement,
21:40il y a le dramaturge allemand Berthold Brecht.
21:44« Lui fait-on le reproche d'être sauvage ? »
21:46le fascisme répond par un éloge fanatique de la sauvagerie.
21:50Accusé d'être fanatique, il répond par l'apologie du fanatisme.
21:54L'inculpe-t-on de violation de la raison ?
21:56Il franchit le pas allègrement et condamne la raison.
22:00« La barbarie ne vient pas de la barbarie,
22:02mais des affaires qu'on ne peut plus faire sans elle. »
22:05L'écrivain autrichien Robert Musil.
22:08« Celui qui aime la culture aime la paix,
22:10car un peuple en guerre produit aussi peu de culture
22:13qu'un individu lorsqu'il est en danger de mort. »
22:17Le surréaliste français André Breton.
22:20« Transformer le monde, a dit Marx,
22:23changer la vie a dit Rimbaud,
22:25ces deux mots d'ordre pour nous n'en font qu'un. »
22:29L'essayiste italien Gaetano Salvemini.
22:32« Je ne me sentirais pas le droit de protester
22:34contre la Gestapo et contre la police politique italienne
22:37si je m'efforçais d'oublier qu'il existe une police politique soviétique. »
22:42En Allemagne, il y a des camps de concentration.
22:44En Italie, il y a les îles pénitentiaires.
22:47Et en Russie soviétique, il y a la Sibérie.
22:57Les critiques sur le communisme soviétique
22:59sont alors systématiquement écartées,
23:01même si le régime a fait ses premières victimes.
23:05C'est l'assassinat de Kirov,
23:07le chef du parti communiste de Leningrad,
23:09qui a donné en décembre 1934
23:11le coup d'envoi aux grandes purges et aux déportations.
23:16Mais pour l'heure,
23:17la plus grande menace reste le Troisième Reich.
23:20Une menace qui conduit Pierre Laval,
23:22le ministre français des affaires étrangères à Moscou,
23:25en mai 1935.
23:27Face à la menace de la guerre,
23:29le communisme soviétique s'éloigne.
23:32En mai 1935, face à la menace fasciste,
23:35la France et l'URSS ont décidé de signer un pacte d'assistance mutuelle.
23:51Je pars profondément touché
23:53de l'accueil qui m'a été fait par le gouvernement soviétique
23:56et par la population de Moscou.
23:58Je n'oublierai jamais cet accueil,
24:01car l'amitié est scellée entre nos deux pays.
24:08La signature de ce pacte
24:10et l'entrée de l'URSS dans la société des nations quelques mois plus tôt
24:13consolident les liens encore fragiles
24:15entre les socialistes et les communistes français.
24:20Les élections municipales de mai 1935 en France
24:23confirment alors la force d'une union des gauches.
24:26Pour la première fois,
24:27le candidat le moins bien placé
24:29accepte de se retirer au profit de l'autre.
24:31L'expérience se solde par un triomphe,
24:34notamment pour les communistes en région parisienne.
24:37Les banlieues rouges sont nées.
24:44C'est la date symbolique du 14 juillet
24:47que socialistes, communistes et radicaux
24:49choisissent pour sceller leur pacte d'unité d'action.
24:54Au stade Buffalo, aux portes de Paris,
24:57la gauche républicaine prête serment
24:59devant des dizaines de milliers de personnes.
25:03Au nom de tous les partis et groupements de liberté
25:07et des organisations ouvrières et paysannes,
25:10au nom du peuple de France,
25:13rassemblés aujourd'hui sur toute l'étendue du territoire,
25:17nous, représentants mandatés
25:20ou membres du rassemblement populaire du 14 juillet 1935,
25:25animés par la même volonté de donner du pain aux travailleurs,
25:29du travail à la jeunesse et la paix au monde,
25:32nous faisons le serment solennel
25:35de rester unis pour désarmer et dissoudre l'élite anxieuse,
25:39pour défendre et développer les libertés démocratiques
25:43et pour assurer la paix humaine.
25:45Nous nous unissons !
25:55Le Front populaire est bel et bien né.
25:57Plus d'un million de personnes manifestent dans toute la France.
26:01À Paris, une foule immense se presse vers la Bastille,
26:04où drapeaux rouges et drapeaux tricolores,
26:06champs révolutionnaires et champs républicains se mélangent.
26:56Deux semaines plus tard à Moscou,
26:58l'Union des Gauches Française est à nouveau célébrée,
27:01mais dans un cadre officiel.
27:06La direction de l'international communiste
27:08ouvre les portes de son septième congrès.
27:11La stratégie de Front populaire, amorcée par les communistes français,
27:14est alors érigée en modèle,
27:16devant les délégués du monde entier.
27:18L'Union des Gauches Française,
27:20qui a été créée en 1936,
27:22est alors érigée en modèle,
27:24devant les délégués du monde entier.
27:26Maurice Thorez est acclamé.
27:28La puissante démonstration du Front populaire
27:32le 14 juillet à Paris
27:35a eu de grosses répercussions
27:37en France et dans le monde entier.
27:40Jamais on n'avait assisté à Paris
27:43à une manifestation d'une telle ampleur.
27:46L'unité de la classe ouvrière,
27:48l'union de tous les antifascistes
27:51contre le plus grand crime que connaisse l'histoire,
27:54c'est encore Dimitrov
27:56qui l'a stimulé
27:58par l'exemple de son courage tranquille et indomptable.
28:04C'est Dimitrov,
28:05le héros du procès de l'incendie du Reichstag,
28:08qui a en effet élaboré la nouvelle stratégie communiste.
28:11C'est lui qui a désigné le fascisme
28:13comme l'ennemi principal.
28:15C'est lui qui prône l'union avec les socialistes.
28:21...
28:45C'est Dimitrov encore
28:47qui annonce que la priorité de l'international communiste
28:50est désormais de constituer
28:52un large front populaire antifasciste.
28:55C'est maintenant officiel,
28:57le front populaire est le mot d'ordre international.
29:05Et c'est en Espagne, en février 1936,
29:08que cette stratégie remporte sa première victoire électorale.
29:12Manuel Asaniar, républicain modéré,
29:14prend la présidence du premier gouvernement
29:16de front populaire de l'histoire.
29:18Dans la rue, l'euphorie est à son comble.
29:21La victoire était inespérée.
29:23Mais la révolte des esturies et sa sanglante répression
29:26ont incité la gauche et l'extrême gauche à faire bloc.
29:29Un bloc qui a remporté 260 sièges au Parlement
29:32quand la droite en a recueilli 150.
29:41Soudée dans le combat antifasciste,
29:43l'alliance des gauches ne reste pas moins politiquement fragile.
29:46Dangereusement menacée par une droite déterminée à la renverser,
29:49elle est aussi très divisée.
29:51Et ce n'est pas sans mal que le front populaire
29:53s'est accordé sur un programme.
29:55Un programme modéré, mais qui met fin à certaines injustices.
29:59La réforme agraire est relancée.
30:01Les terres sont collectivisées.
30:03L'enseignement, laïcisé.
30:05Les prisonniers politiques amnistiés.
30:08Et l'autonomie rendue à la Catalogne.
30:16Le peuple savoure sa victoire et occupe jusque les grands hôtels.
30:20L'Espagne opprimée prend sa revanche.
30:23Mais ses attentes sont immenses
30:25et dans le sud déjà, des grèves se déclenchent.
30:47Tout comme en Espagne, en France,
30:49les ouvriers revendiquent le droit à la dignité.
30:52En ce printemps 1936, la misère ne cesse de s'accroître.
30:56Une vague de grèves sans précédent paralyse le pays.
31:05Parties spontanément,
31:07ces grèves surprennent toutes les organisations du front populaire.
31:11La CGT récemment réunifiée voit ses rangs se gonfler.
31:14« C'est la ruée syndicale », déclare son secrétaire général.
31:21Le patronat est sous le choc.
31:23Pour la première fois, ouvriers et employés occupent leurs lieux de travail.
31:27Et ils sont plus de 3 millions.
31:38L'enthousiasme indicible qui accompagne cette explosion sociale
31:42est à la hauteur des souffrances silencieusement amassées pendant des années,
31:46explique dans un article la philosophe Simone Weil.
31:51« Il s'agit de bien autre chose que de telle ou telle revendication particulière,
31:54si importante soit-elle.
31:56Il s'agit, après avoir toujours plié, tout subi,
31:58tout encaissé en silence pendant des mois et des années,
32:01d'oser enfin se redresser, se tenir debout, prendre la parole à son tour. »
32:06L'attente est si forte que ce conflit social éclate
32:09avant même que ne soit formé le tout nouveau gouvernement de Front Populaire.
32:13Le 4 mai 1936, la gauche unie a remporté 378 sièges aux élections législatives.
32:19La droite n'en a obtenu que 220.
32:22Tout comme en Espagne, c'est une victoire historique.
32:25Rassemblés autour du programme « Du pain, la paix, la liberté »,
32:29le Front Populaire soulève de grands espoirs.
32:32Léon Blum, le leader socialiste, prend la présidence du Conseil.
32:37« Le gouvernement de Front Populaire
32:40agira dans le cadre de la société actuelle,
32:45mais avec la volonté délibérée d'en extraire
32:52tout ce qu'elle peut comporter d'ordre, de sécurité.
32:59D'ordre, de sécurité, de bien-être et de justice. »
33:08Les grèves obligent le gouvernement à étendre les réformes de son programme.
33:12La semaine de 40 heures, les conventions collectives et les congés payés sont institués.
33:17Un office du blé est créé pour assurer un revenu aux paysans.
33:20La scolarité est rendue obligatoire jusqu'à 14 ans.
33:23Le gouvernement, où pour la première fois entrent des femmes,
33:26est soutenu par les communistes qui n'y participent pas.
33:30« Nous accorderons au gouvernement socialiste
33:34une collaboration étroite, fraternelle et sans éclipse.
33:39Le parti communiste travaillera à faire une France libre, forte et heureuse. »
33:48« Tout est possible », estime Marceau Pivert, le leader de la gauche socialiste.
33:52Ce à quoi Maurice Thorez répond le 11 juin.
33:55Il faut savoir terminer une grève dès que satisfaction a été obtenue.
34:00Le danger, c'est la colère qui monte sérieusement au sein du patronat et de la droite.
34:05Mais c'est aussi de perdre le contrôle des masses.
34:16Peu à peu dans les usines, le travail reprend le pas sur la valse.
34:20Mais le rêve ne s'arrête pas là.
34:22L'été 1936 offre à plus de 500 000 salariés
34:26les joies inestimables des premiers congés payés.
34:30Léon Blum dira plus tard
34:32« Tout cela me donne le sentiment que par l'organisation du travail et du loisir,
34:36j'avais malgré tout apporté une espèce d'embellie,
34:39d'éclaircie dans les vies difficiles, obscures. »
34:43Cet embellie révolte les ligues de droite
34:45qui brandissent aussitôt le spectre du complot communiste.
34:48Ces ligues haineuses et antisémites aspirent, tout comme le patronat,
34:52à faire tomber le gouvernement de Léon Blum.
34:55Un gouvernement dont l'économie est sérieusement mise en péril
34:58par la fuite des capitaux.
35:00La Belgique, comme la France,
35:02est paralysée par une vague de grèves d'une ampleur inédite.
35:05Partisans de l'économie,
35:07elles ont gagné les bassins miniers.
35:09Cette pression sociale a poussé le gouvernement socialiste
35:12à voter à son tour la semaine des quarante heures et les congés payés.
35:22Mais contrairement aux Français,
35:24les socialistes belges interdisent toute alliance avec les communistes,
35:27même pour combattre la droite fasciste montante de Léon de Grelle.
35:31Léon de Grelle,
35:33même pour combattre la droite fasciste montante de Léon de Grelle.
35:41Car en Belgique, comme aux Pays-Bas,
35:43en Scandinavie, en Tchécoslovaquie et en Grande-Bretagne,
35:47les directions des partis sociodémocrates
35:49contre toute tentative d'unité d'action.
35:52En Belgique, les opposants seront jetés en prison
35:55et violemment réprimés.
36:04Bloqués par les sociodémocrates en Europe du Nord,
36:07les tentatives de front populaire sont attaquées au Sud.
36:10En Grèce, l'union de front populaire en marche depuis septembre 1935
36:14est définitivement écrasée à la demande du roi
36:17par un coup d'état du général Metaxas, le premier ministre.
36:24Il instaure aussitôt une dictature.
36:261330 communistes sont incarcérés.
36:34Ce même été 1936,
36:36les droits de fascistes espagnols mettent à exécution
36:39leur projet de renverser le front populaire.
36:42Le général Franco a pris la tête d'un soulèvement militaire.
36:46Le 18 juillet, il proclame l'état de siège.
36:49Parti du Maroc espagnol,
36:51l'insurrection contre le gouvernement légal
36:54gagne l'enjeu d'une réforme de l'état de siège.
36:57Une à une, les garnisons rallient le camp des franquistes.
37:00La guerre civile commence.
37:02Elle va durer trois ans.
37:08Sous la pression des organisations de gauche,
37:11le gouvernement de front populaire consente
37:14à distribuer aux peuples des armes de fortune.
37:22Le gouvernement de gauche,
37:25le gouvernement de droite,
37:31des milliers d'hommes et de femmes volent au secours de la République.
37:41« No pasarán », ils ne passeront pas,
37:44lance la communiste Dolores Ibaruri,
37:47futur passionnariat qui appelle à la résistance.
37:50Peuples de Catalogne, de Galice et du Pays Basque,
37:53Peuples d'Espagne,
37:55défendons la République démocratique,
37:57consolidons la victoire obtenue par le peuple le 16 février.
38:00Vive le Front populaire,
38:02vive l'union contre le fascisme,
38:04vive la République du peuple.
38:06Nous ne laisserons pas le fascisme triompher,
38:08nous ne les laisserons pas triompher.
38:19Appelé à l'aide,
38:21le gouvernement Blum apporte son soutien politique à la République espagnole
38:24et lui livre secrètement des armes.
38:27Mais les violentes attaques de la droite,
38:29la pression de sa majorité parlementaire
38:31et de l'Europe sociale-démocrate
38:33qui redoute d'entraîner le continent dans la guerre
38:35le poussent à la non-intervention.
38:37Cet abandon de l'Espagne est perçu comme une trahison
38:40par les communistes et une partie des intellectuels
38:42qui se désolidarisent de Léon Blum.
38:45La non-intervention porte un premier coup
38:47à l'unité du Front populaire français
38:49tout en laissant les mains libres
38:51à l'accélération des offensives franquistes
38:53qui ensanglantent l'Espagne.
39:02Peu avant d'être fusillé par les fascistes,
39:04le poète García Lorca écrit
39:06J'ai fermé la porte de mon balcon
39:08pour ne pas entendre les sanglots
39:10mais de derrière les murs gris
39:12ne percent que des sanglots.
39:20La tragédie espagnole conduit certains intellectuels
39:23à passer de l'engagement par les mots
39:25à l'engagement par les armes.
39:27André Malraux est l'un des premiers
39:29à partir au secours de la République.
39:31Il l'aide à constituer une aviation.
39:33Il crée l'escadrille España.
39:50Au fil des mois, des dizaines d'autres écrivains
39:53comme Simon Veil et Gustave Regler,
39:55Arthur Kessler ou Ernest Hemingway
39:57font leur deuil du pacifisme
39:59comme George Orwell.
40:01J'étais venu en Espagne dans l'intention
40:03d'écrire quelques journaux
40:05mais à peine arrivé je m'engageais dans les milices
40:07car à cette date et dans cette atmosphère
40:09il paraissait inconcevable
40:11de pouvoir agir autrement.
40:13En France, les manifestations
40:15en faveur de l'Espagne se multiplient
40:17et aggravent les dissensions
40:19entre partisans et non-partisans de l'intervention.
40:21L'unité du Front populaire se fissure.
40:23Certains intellectuels, dont l'écrivain
40:25Romain Rolland, appellent à se solidariser
40:27avec l'Espagne.
40:29Aide à l'Espagne, elle combat pour nous,
40:31pour nous France, pour nous démocratie,
40:33car l'une et l'autre sont en danger.
40:35L'unité du Front populaire
40:37se fissure,
40:39certains intellectuels dont l'écrivain
40:41Romain Rolland, appellent à se solidariser
40:43avec l'Espagne.
40:45Aide à l'Espagne, elle combat pour nous,
40:47pour nous France, pour nous démocratie,
40:49car l'une et l'autre sont en danger.
40:51Qui donc oserait nous interdire
40:53de défendre nos défenseurs ?
40:55Le combat d'Espagne est notre combat.
40:57Défendons-nous, défendons l'Espagne.
40:59Mais jamais la non-intervention
41:01n'est remise en cause
41:03par les socialistes européens.
41:05« Je n'admettrai jamais que la guerre
41:07soit inévitable », déclare Léon Blum,
41:09président de l'Assemblée nationale de la défense nationale.
41:11« L'Assemblée nationale
41:13ne se trouve contrainte
41:15de défendre par les armes
41:17l'intégrité de son territoire. »
41:31Alors que le président du Front populaire français
41:33fait de la défense nationale sa priorité,
41:35en Espagne, la guerre
41:37est un enjeu internationalisé.
41:39Hitler et Mussolini, qui ont promis
41:41leur soutien aux nationalistes,
41:43violent maintenant, ouvertement,
41:45les accords de non-intervention.
41:47Le ravitaillement en matériel militaire,
41:49avions et troupes, renforcent la rébellion
41:51menée par Franco.
41:53Proclamé généralissime,
41:55il poursuit sa croisade anti-républicaine
41:57avec la bénédiction de l'Église.
42:07Le manque d'armes et d'organisations
42:09menace en revanche le Front populaire.
42:11Le nouveau premier ministre, Largo Caballero,
42:13fait entrer pour la première fois en Europe
42:15des communistes au gouvernement.
42:17Les milices populaires sont réorganisées en armée.
42:37En réaction à l'entrée de l'Italie
42:39et de l'Allemagne dans la guerre civile,
42:41Staline dénonce à son tour
42:43les accords de non-intervention.
42:45Alors que la République ne l'espérait plus,
42:47il envoie à l'automne des cargaisons d'armes,
42:49de chars, des avions et des experts.
42:57Staline a également donné son accord
42:59à l'envoi des brigades internationales.
43:01Recrutés par les partis communistes,
43:0335 000 volontaires d'une cinquantaine de pays
43:05arrivent en renfort
43:07sur le Front républicain.
43:09Ils sont acclamés par le peuple.
43:25Majoritairement communistes,
43:27mais aussi simples militants antifascistes,
43:29ces bénévoles sont pour la plupart
43:31des ouvriers, des chômeurs
43:33et parfois des aventuriers.
43:41Portés par le seul idéal antifasciste,
43:43ces combattants du monde entier,
43:45dont des Allemands et des Italiens,
43:47sont honorés par les grands poètes espagnols
43:49comme Rafael Alberti.
44:03L'Europe antifasciste et l'Europe fasciste
44:05s'affrontent désormais par les armes
44:07sur la terre d'Espagne,
44:09où les combats s'intensifient.
44:11Le camp républicain se divise
44:13sur les stratégies pour gagner la guerre
44:15qui décime le pays.
44:33Chaque jour, le fossé se creuse
44:35entre les forces du Front populaire.
44:37Renforcé par l'intervention de Staline,
44:39le Parti communiste, insignifiant
44:41avant la guerre, occupe maintenant
44:43une place prépondérante
44:45dans le camp républicain.
44:47Le Front républicain
44:49n'est plus qu'un peu
44:51l'unité de l'Espagne.
44:53Il s'agit d'un groupe
44:55qui s'appelle le Parti communiste.
44:57Il s'agit d'un groupe
44:59qui s'appelle le Parti communiste.
45:01La guerre occupe maintenant
45:03une place prépondérante au gouvernement.
45:05Sa priorité, c'est de gagner la guerre.
45:07Les réformes sociales sont suspendues,
45:09les milices populaires militarisées.
45:13Mais pour les anarchistes
45:15comme pour les marxistes du POUM,
45:17proches des trotskistes,
45:19cette guerre doit être aussi
45:21une révolution sociale.
45:23Ces divergences se soldent
45:25par des affrontements.
45:27Qualifiés d'ennemis du peuple
45:29ne peuvent pas s'éliminer.
45:59Cette guerre dans la guerre
46:01pousse le chef du gouvernement
46:03de Front populaire, Largo Caballero,
46:05à la démission.
46:07Juan Negrin, son ancien ministre,
46:09favorable à la stratégie communiste,
46:11lui succède.
46:13Le Front républicain
46:15perd du terrain.
46:17L'Espagne fasciste soudée
46:19est en passe d'emporter la victoire
46:21sur un Front populaire
46:23que guerre et querelles internes
46:25n'en finissent plus de déchirer.
46:29En France,
46:31le malaise économique s'accroît.
46:33Sous la pression des marchés financiers,
46:35Léon Blum a déclaré la nécessité
46:37de faire une pause dans les réformes.
46:39L'incompréhension
46:41et la désillusion
46:43succèdent peu à peu à l'enthousiasme.
46:59En juin 1937,
47:01le Sénat lui refusant
47:03les pleins pouvoirs financiers,
47:05Léon Blum est à son tour
47:07acculé à la démission.
47:09En l'espace de quelques mois,
47:11le rêve d'unité des Fronts populaires
47:13a volé en éclats.
47:15Et avec lui, la légitimité
47:17de s'allier aux communistes
47:19pour vaincre le fascisme.
47:21Seule une minorité intellectuelle
47:23dont André Gide
47:25ose remettre l'URSS en cause.
47:27L'objectif de ce pays aujourd'hui
47:29fuse dans l'Allemagne de Hitler
47:31l'esprit soit moins libre,
47:33plus courbé, plus craintif.
47:43La répression communiste en Espagne
47:45et les grands procès
47:47qui ont débuté à Moscou
47:49consacrent aussi des ruptures
47:51entre intellectuels.
47:54Mais réunis pour le 2e congrès
47:56des écrivains en Espagne
47:58en juillet 1937,
48:00ils renouvellent tous
48:02leur soutien au Front populaire espagnol.
48:10Le Front populaire est en difficulté
48:12et ses lendemains sont comptés.
48:24En 1938,
48:26les pays signataires
48:28de la non-intervention
48:30ordonnent le départ
48:32des brigades internationales
48:34laissant un camp républicain
48:36en loque et à jamais désuni.
48:54En janvier 1939,
48:56le Front populaire espagnol
48:58est vaincu par Franco.
49:04Son gouvernement militaire
49:06est reconnu par la France
49:08dont le maréchal Pétain
49:10vient d'être nommé ambassadeur
49:12ainsi que par la Grande-Bretagne.
49:14Des milliers de républicains
49:16sont condamnés à l'exil.
49:20L'unité d'action antifasciste
49:22à l'origine des Fronts populaires
49:24est mortellement trahie
49:26par la signature du pacte germano-soviétique
49:28en août 1939.
49:32Ce retournement complet de Staline
49:34provoque la plus grave crise
49:36de l'histoire du Parti communiste français.
49:38Paul Nisan le quitte.
49:40Le choix n'est pas large.
49:42Mener une vie qui n'est qu'une espèce d'angoisse
49:44ou risquer la mort pour conquérir la vie.
49:46Il faut payer ce prix
49:48pour ne plus rougir d'être un homme.
49:52Nisan trouvera la mort sur le Front
49:54en 1940.
50:00L'Europe antifasciste
50:02est prise au piège.
50:04Les exilés allemands sont rattrapés
50:06en France par le nazisme.
50:10Désespérant d'échapper à la Gestapo,
50:12l'écrivain Walter Benjamin
50:14se suicide dans le petit village frontière
50:16de Portbou.
50:18Dans une situation sans issue,
50:20je n'ai d'autre choix que d'en finir.
50:22C'est dans un petit village
50:24où personne ne me connaît
50:26que ma vie va finir.
50:32Berthold Brecht
50:34est de ceux qui ont pu émigrer aux Etats-Unis.
50:36Apprenant la mort de son ami,
50:38il lui dédie un poème.
50:40Rejeté à la fin
50:42vers une frontière infranchissable,
50:44la mort de son ami
50:46Rejeté à la fin vers une frontière infranchissable,
50:48tu as franchi, me dit-on,
50:50une frontière infranchissable.
50:52Des empires s'écroulent,
50:54les chefs de bandes parades
50:56enjouant les hommes d'Etat.
50:58Les peuples disparaissent,
51:00invisibles, sous les armements.
51:06Constituée pour lui barrer la route,
51:08les fronts populaires ont été écrasés par le fascisme.
51:10Mais leur histoire
51:12est aussi celle d'une victoire.
51:14La victoire d'une mobilisation exceptionnelle
51:16pour le pain, la paix, la liberté
51:18est celle d'un printemps marqué
51:20du saut de l'embellie sociale.
51:44Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org
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