00:007h, 9h, Europe 1 matin.
00:02Place à votre première signature du jeudi bonjour, jeudi Bastier.
00:06Bonjour à tous.
00:07Le vote fatidique du budget approche, le gouvernement distille ses pistes dans les médias.
00:11On a appris hier que le Premier ministre envisageait de baisser le salaire des ministres, histoire de montrer l'exemple.
00:17Et oui, une baisse des rémunérations des ministres est à l'étude, nous dit Matignon, pour montrer que tout le
00:21monde doit faire des efforts.
00:23Alors Gabriel Attal, qui tente depuis quelque temps de faire oublier son image de nantie à coup de demi et
00:27de démagogie,
00:28a approuvé cette mesure.
00:30Soyons sérieux deux minutes, elle ne changerait à peu près rien à nos finances publiques.
00:34Un ministre gagne aujourd'hui autour de 10 000 euros bruts par mois.
00:38Même appliqué à 40 ministres, l'économie dépasserait à peine le demi-million d'euros.
00:42Une goutte d'eau budgétaire, mais politiquement très rentable.
00:45Elle permet de donner aux Français le spectacle de dirigeants qui se punissent eux-mêmes avant de demander des efforts
00:50aux autres.
00:51Mais lorsqu'on demande des sacrifices aux Français, il n'est pas absurde que les ministres montrent l'exemple, non
00:55?
00:56Certes, j'entends l'argument selon lesquels, vu la médiocrité de notre personnel politique,
01:00celui-ci ne mérite peut-être pas de mirobolants et moluments.
01:03Je comprends mille fois nos compatriotes exaspérés de devoir payer par leurs impôts le salaire de l'inénarrable Monique Barbu.
01:10Mais regardons ce qui se passe ailleurs.
01:12Les ministres français sont certes mieux payés qu'en Espagne, mais deux fois moins qu'en Allemagne.
01:16Et beaucoup moins qu'au Royaume-Uni, au Canada, aux Etats-Unis, sans compter bien sûr les salaires des grands
01:20patrons.
01:21On pourrait imaginer une autre exemplarité.
01:23Réduire le nombre de ministres, de cabinets, les agences inutiles de l'Etat, les dépenses de communication,
01:28ou, idée folle, obtenir des résultats.
01:30On ne devient tout de même pas ministre pour devenir riche.
01:33La politique, c'est une forme de sacrifice.
01:36J'entends déjà la réduction ad de Gollum.
01:38Le général payait lui-même ses factures d'électricité.
01:41L'amour de l'Etat exige le désintéressement.
01:44Mais de Gaulle était une exception.
01:45Et les plus désintéressés ne sont d'ailleurs pas toujours les moins inquiétants.
01:48Robespierre était surnommé l'incorruptible.
01:51A force de rabaisser matériellement et symboliquement la fonction politique,
01:55on risque surtout de ne plus attirer que certains profils.
01:58Il faudra bientôt être un moine pour accepter les fourches codines de la transparence,
02:02l'exposition permanente de sa vie privée, l'opprobre médiatique, tout en étant payé au lance-pierre.
02:06Ou alors, nous produirons exactement ce dont nous nous plaignons.
02:09Une politique réservée à ceux qui n'ont jamais quitté la politique,
02:12ou à ceux qui sont déjà suffisamment riches pour ne pas avoir besoin d'un grand salaire.
02:17A Singapour, pays en tête du classement PISA,
02:20le Premier ministre vient de doubler son salaire pour passer à, écoutez bien, 2,4 millions d'euros par an.
02:27Et les ministres gagnent chacun au moins 1 million par an.
02:30La cité-État espère ainsi attirer les meilleurs profils.
02:33Mais alors, qu'est-ce que cette proposition de réduire les indemnités ministérielles nous dit du débat public français, Eugénie
02:38?
02:39Eh bien, elle flatte cette passion triste de notre pays pour l'égalitarisme et la jalousie sociale qui l'accompagne.
02:44Pour faire avaler la pilule de l'austérité, on veut l'enrober du sucre de la démagogie.
02:49Mais accepter ce chantage, c'est s'exposer à le voir se multiplier.
02:53Demain, faudra-t-il nécessairement taxer un riche pour faire passer chaque économie de l'État ?
02:58Trouver un privilégié à punir avant chaque réforme ?
03:01Baisser le salaire d'un ministre n'améliorera pas d'un iota le sort de la France.
03:05Cela donnera simplement, pendant quelques heures, ce sentiment délicieux que quelqu'un, là-haut, a été rabaissé.
03:12C'est une politique du ressentiment.
03:14Signature Europe 1, Eugénie Bastier. Merci beaucoup Eugénie.
03:17Dans un instant, Julia De Funès, Pascal Praud et la revue de presse d'Olivier Delagarde.
03:21A tout de suite.