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  • il y a 1 semaine
Si vous êtes sur les réseaux sociaux, vous avez forcément suivi l’histoire de Guillaume Gravier, ce chauffagiste bloqué par sa fameuse pente de 15 %. En une seule vidéo virale, il a réussi à faire plier la mairie d’Orléans et à obtenir ce que six années de procédures judiciaires et des milliers d’euros de frais n’avaient pas permis de résoudre.

Sauf que derrière cette belle victoire de la pression populaire se cache une mécanique psychologique redoutable. Que se passerait-il si la personne derrière la caméra manipulait les faits ? Comme l’explique cet extrait, notre cerveau a un biais cognitif puissant : il interprète une forte émotion (colère, empathie, indignation) comme une preuve factuelle. C’est ce mécanisme qui alimente les lynchages en ligne et les tribunaux numériques, condamnant parfois des individus sans le moindre débat contradictoire, simplement parce que le récit était bien ficelé. @elia.santa.baldi nous en parle aujourd’hui.

Et vous, pensez-vous que la « justice des réseaux sociaux » est un nouveau contre-pouvoir indispensable ou une dérive dangereuse pour la vérité ? Dites-nous en commentaires 👇💬

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Transcription
00:00Si vous êtes sur les réseaux sociaux depuis deux semaines, vous connaissez forcément Gégé tout compris et sa pente de
00:0515%.
00:05Et vous êtes d'ailleurs probablement très content pour lui.
00:08Mais cette affaire m'a donné envie de vous poser une question que je trouve assez pertinente.
00:11Alors pour la petite remise en contexte, Guillaume Gravier est chauffagiste à Orléans
00:16et il ne peut plus rentrer sa voiture dans son garage depuis des travaux de voirie mal effectués en 2020.
00:216 ans de procédure, 10 000 euros de frais et rien n'avance pour lui.
00:25Alors il prend son téléphone, il filme une vidéo qui va faire plus de 25 millions de vues.
00:29Et à l'issue de laquelle, le litige se résout enfin avec le maire d'Orléans
00:33qui se déplace personnellement à son garage.
00:35Un accord est alors plus ou moins trouvé entre les deux parties.
00:37Et on voit donc ici un bel exemple de ce que la pression populaire des réseaux sociaux
00:41peut permettre de faire en quelques jours par rapport à ce que la justice n'avait pas permis en plusieurs
00:46années.
00:46Et voilà la question que j'ai envie de vous poser maintenant.
00:48Qu'est-ce qui se serait passé si c'était quelqu'un d'autre qui tenait la caméra ?
00:51Quelqu'un qui aurait le même talent pour raconter les histoires, le même humour,
00:54le même instinct pour choisir les bons mots, les bons angles, mais aussi les bonnes émotions à activer.
00:59Mais quelqu'un qui vous aurait raconté le problème à l'envers.
01:01En omettant par exemple la moitié des faits.
01:03Est-ce que vous l'auriez su ? Est-ce que vous seriez allé vérifier ?
01:05Est-ce que vous auriez cherché un peu plus loin ?
01:08Parce qu'en réalité, voilà comment ça fonctionne.
01:09Quand une vidéo vous touche émotionnellement,
01:12quand vous ressentez de l'indignation, de l'empathie ou encore de la colère,
01:15votre cerveau va interpréter cette émotion comme une preuve.
01:18C'est pas une preuve factuelle, mais c'est une preuve viscérale.
01:21Ce que je ressens est réel, donc ce qu'on me raconte est vrai.
01:25C'est un biais cognitif qui est largement documenté,
01:27qui est d'ailleurs universel et parfaitement exploitable par quiconque sait raconter une histoire.
01:32Et ils sont pas toujours bien intentionnés.
01:34En France par exemple, on peut citer un exemple d'une habitante de Denain
01:37qui avait posté sur TikTok une vidéo de 4 minutes d'insultes de mort contre sa mère
01:42avant que la réalité ne rattrape ce récit-là.
01:45Parce qu'en fait cette femme, elle a été condamnée plus tard à 10 mois de prison ferme.
01:48Mais pendant le temps où la vidéo circulait, des milliers de personnes avaient déjà participé au lynchage de quelqu'un
01:54et tout ça sans contradictoire.
01:55C'est ce qu'on appelle le tribunal numérique.
01:57Donc ce qui me préoccupe dans l'histoire de Gégé, ce n'est pas lui, c'est nous.
02:01C'est la vitesse à laquelle on a tous pris partie.
02:03Et je ne dis pas qu'on a eu tort cette fois-là,
02:05mais la prochaine vidéo virale contre un élu, une institution,
02:08ou contre n'importe quelle cible en règle générale d'ailleurs,
02:11sera peut-être conçue par quelqu'un qui sait exactement ce qu'il fait,
02:14quelles émotions activer, quels récits narrer,
02:17et qui compte précisément sur le fait qu'on ne se posera aucune question.
02:20Alors aiguisons collectivement un peu plus notre esprit critique
02:23et gardons toujours en tête que quelqu'un qui tient la caméra,
02:25sait ce qu'il cadre et sait ce qu'il laisse dans l'ombre.
02:28Voilà, j'espère que cette vidéo vous aura plu.
02:29Et en attendant les prochaines, moi je vous dis à très bientôt.
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