00:00Si vous êtes sur les réseaux sociaux depuis deux semaines, vous connaissez forcément Gégé tout compris et sa pente de
00:0515%.
00:05Et vous êtes d'ailleurs probablement très content pour lui.
00:08Mais cette affaire m'a donné envie de vous poser une question que je trouve assez pertinente.
00:11Alors pour la petite remise en contexte, Guillaume Gravier est chauffagiste à Orléans
00:16et il ne peut plus rentrer sa voiture dans son garage depuis des travaux de voirie mal effectués en 2020.
00:216 ans de procédure, 10 000 euros de frais et rien n'avance pour lui.
00:25Alors il prend son téléphone, il filme une vidéo qui va faire plus de 25 millions de vues.
00:29Et à l'issue de laquelle, le litige se résout enfin avec le maire d'Orléans
00:33qui se déplace personnellement à son garage.
00:35Un accord est alors plus ou moins trouvé entre les deux parties.
00:37Et on voit donc ici un bel exemple de ce que la pression populaire des réseaux sociaux
00:41peut permettre de faire en quelques jours par rapport à ce que la justice n'avait pas permis en plusieurs
00:46années.
00:46Et voilà la question que j'ai envie de vous poser maintenant.
00:48Qu'est-ce qui se serait passé si c'était quelqu'un d'autre qui tenait la caméra ?
00:51Quelqu'un qui aurait le même talent pour raconter les histoires, le même humour,
00:54le même instinct pour choisir les bons mots, les bons angles, mais aussi les bonnes émotions à activer.
00:59Mais quelqu'un qui vous aurait raconté le problème à l'envers.
01:01En omettant par exemple la moitié des faits.
01:03Est-ce que vous l'auriez su ? Est-ce que vous seriez allé vérifier ?
01:05Est-ce que vous auriez cherché un peu plus loin ?
01:08Parce qu'en réalité, voilà comment ça fonctionne.
01:09Quand une vidéo vous touche émotionnellement,
01:12quand vous ressentez de l'indignation, de l'empathie ou encore de la colère,
01:15votre cerveau va interpréter cette émotion comme une preuve.
01:18C'est pas une preuve factuelle, mais c'est une preuve viscérale.
01:21Ce que je ressens est réel, donc ce qu'on me raconte est vrai.
01:25C'est un biais cognitif qui est largement documenté,
01:27qui est d'ailleurs universel et parfaitement exploitable par quiconque sait raconter une histoire.
01:32Et ils sont pas toujours bien intentionnés.
01:34En France par exemple, on peut citer un exemple d'une habitante de Denain
01:37qui avait posté sur TikTok une vidéo de 4 minutes d'insultes de mort contre sa mère
01:42avant que la réalité ne rattrape ce récit-là.
01:45Parce qu'en fait cette femme, elle a été condamnée plus tard à 10 mois de prison ferme.
01:48Mais pendant le temps où la vidéo circulait, des milliers de personnes avaient déjà participé au lynchage de quelqu'un
01:54et tout ça sans contradictoire.
01:55C'est ce qu'on appelle le tribunal numérique.
01:57Donc ce qui me préoccupe dans l'histoire de Gégé, ce n'est pas lui, c'est nous.
02:01C'est la vitesse à laquelle on a tous pris partie.
02:03Et je ne dis pas qu'on a eu tort cette fois-là,
02:05mais la prochaine vidéo virale contre un élu, une institution,
02:08ou contre n'importe quelle cible en règle générale d'ailleurs,
02:11sera peut-être conçue par quelqu'un qui sait exactement ce qu'il fait,
02:14quelles émotions activer, quels récits narrer,
02:17et qui compte précisément sur le fait qu'on ne se posera aucune question.
02:20Alors aiguisons collectivement un peu plus notre esprit critique
02:23et gardons toujours en tête que quelqu'un qui tient la caméra,
02:25sait ce qu'il cadre et sait ce qu'il laisse dans l'ombre.
02:28Voilà, j'espère que cette vidéo vous aura plu.
02:29Et en attendant les prochaines, moi je vous dis à très bientôt.
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