- il y a 7 semaines
Le 11 septembre 1973, l’armée chilienne renverse le président socialiste Salvador Allende dans un pays au bord de l'effondrement économique et social et un général encore peu connu prend bientôt la tête du pays : Augusto Pinochet. S'ouvrent alors dix-sept années de pouvoir militaire, marquées à la fois par une répression bien réelle et par un redressement économique qui fera parler, plus tard, du "miracle chilien". Un régime qui organisera, en 1988, le référendum qui conduira finalement au retour de la démocratie.
Plus d’un demi-siècle après le coup d’Etat, Pinochet demeure ainsi enfermé dans deux récits irréconciliables : celui du dictateur sanguinaire et celui du sauveur ayant empêché le Chili de devenir un nouveau Cuba. Que s’est-il réellement passé sous la présidence de Salvador Allende ? Le coup d’Etat était-il inévitable ? Peut-on parler d’un "miracle économique chilien" ? Et comment juger Pinochet sans dissimuler les crimes de son régime, sans oublier non plus le contexte de la guerre froide ?
Pour en parler, "Passé-Présent" reçoit Jean-Claude Rolinat, auteur de "Augusto Pinochet, La résurrection du Chili", paru dans la Biocollection des éditions Déterna-Synthèse nationale.
Plus d’un demi-siècle après le coup d’Etat, Pinochet demeure ainsi enfermé dans deux récits irréconciliables : celui du dictateur sanguinaire et celui du sauveur ayant empêché le Chili de devenir un nouveau Cuba. Que s’est-il réellement passé sous la présidence de Salvador Allende ? Le coup d’Etat était-il inévitable ? Peut-on parler d’un "miracle économique chilien" ? Et comment juger Pinochet sans dissimuler les crimes de son régime, sans oublier non plus le contexte de la guerre froide ?
Pour en parler, "Passé-Présent" reçoit Jean-Claude Rolinat, auteur de "Augusto Pinochet, La résurrection du Chili", paru dans la Biocollection des éditions Déterna-Synthèse nationale.
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00:19Bonjour à tous et bienvenue dans Passé Présent.
00:22Le 11 septembre 1973, l'armée chilienne renverse le président socialiste Salvador Allende dans un pays au bord de l
00:31'effondrement économique et social et un général encore peu connu prend bientôt la tête du pays, Augusto Pinochet.
00:38S'ouvrent alors 17 années de pouvoir militaire marquées à la fois par une répression bien réelle et par un
00:45redressement économique qui fera parler plus tard du miracle chilien.
00:48Un régime qui organisera en 1988 le référendum qui conduira finalement au retour de la démocratie.
00:56Plus d'un demi-siècle après le coup d'État, Pinochet demeure ainsi enfermé dans deux récits irréconciliables, celui du
01:02dictateur sanguinaire et celui du sauveur ayant empêché le Chili de devenir un nouveau Cuba.
01:08Que s'est-il réellement passé sous la présidence de Salvador Allende ? Le coup d'État était-il inévitable
01:14?
01:14Peut-on parler d'un miracle économique chilien et comment juger Pinochet sans dissimuler les crimes de son régime, mais
01:20sans oublier non plus le contexte de la guerre froide ?
01:23Pour en parler, je reçois aujourd'hui Jean-Claude Rolina, auteur d'un nouvel ouvrage consacré au général chilien.
01:30Jean-Claude Rolina, bonjour.
01:32Bonjour Guillaume.
01:33Alors, écoutez, les téléspectateurs de TVL vous connaissent bien, vous êtes écrivain, journaliste, passionné d'histoire et grand voyageur,
01:41et vous avez publié une trentaine d'ouvrages.
01:44Je vais citer les quatre derniers, par exemple, le Guide touristique et géopolitique des pays imaginaires de la bande dessinée,
01:50vous étiez venu nous en parler.
01:51Également, ça c'était en 2023 chez Dualpha, et également un livre sur la Grèce des colonels, Grèce 1967-1974,
02:03le septennat des colonels,
02:05ça c'était au cahier d'histoire du nationalisme, aux éditions Synthèse Nationale en 2024.
02:11Aux éditions Godefroy de Bouillon en 2024, également Monaco, plus qu'une principauté de rêve, un État, vous étiez venu
02:20d'ailleurs parler de ces deux derniers livres.
02:23Israël, Palestine, la mort aux trousses chez Dualpha en 2024.
02:28Également L'avion, ce mystérieux tueur de célébrités, aux éditions Maya, c'est une réédition de juin 2025.
02:36Et votre dernier ouvrage, donc Augusto Pinochet, La résurrection du Chili, c'est dans la biocollection, chez aux éditions Les
02:46Bouquins de Synthèse Nationale.
02:49Donc dans ce livre, bon, le titre est provocateur, on en parlera.
02:54Donc je disais, Pinochet demeure, pour certains, le dictateur responsable d'une répression sanglante et de milliers de morts et
03:02de disparitions et de victimes de la torture.
03:03Et pour les autres, c'est celui qui empêcha le Chili de basculer dans le communisme qui a rétabli l
03:10'ordre et qui a posé les fondements de son redressement économique.
03:14Donc entre la légende noire et la nostalgie, on va voir avec vous ce qui reste de la réalité historique.
03:20Nous en parlions en préparant l'émission.
03:22Je crois que les livres sur Pinochet sont très très rares, du moins en langue française.
03:28Donc pourquoi consacrer aujourd'hui une biographie à Pinochet, qui est un personnage toujours presque réduit en France aux seuls
03:37mots de dictateur ?
03:38Oui, alors justement, c'est la raison qui a poussé Francis Bergeron et Roland Elie, qui dirigent la biocollection des
03:49éditions Synthèse Nationale,
03:52dans le cadre justement de ces biographies qu'ils éditent régulièrement pour redresser un petit peu les choses
04:01et mettre effectivement l'église au centre du village, si je puis dire, à l'égard de ce personnage.
04:08Alors, le général Pinochet ne méritait certainement pas les éloges flatteuses de son entourage,
04:15ni non plus cette réprobation et cette haine qu'on a entretenue contre lui,
04:21et qui continue d'ailleurs, puisque dernièrement, je suis tombé sur une bande dessinée
04:26qui raconte toutes les turpitudes de la dictature Pinochet, sans parler des aspects positifs du régime.
04:35Et d'ailleurs, quelle idée reçue votre enquête ? Quelle est la première idée reçue qui est tombée lors de
04:41votre enquête ?
04:42Alors, Pinochet a été un dictateur. Ceci étant dit, est-ce que vous connaissez, mon cher Guillaume,
04:49beaucoup de dictateurs qui, perdant une élection, rendent le pouvoir ?
04:52Non, ça ira.
04:53J'en connais pas beaucoup, j'en vois un, qu'on peut peut-être pas appeler dictateur,
04:57mais enfin, un homme à poingues, le général de Gaulle.
04:59On en parlera.
05:00Bon, il a perdu en 1969 un référendum, il a claqué la porte.
05:05Pinochet a fait pareil quelques années plus tard.
05:08Alors, vous présentez Pinochet comme une sorte de franco-andain, de franco-sud-américain.
05:14Alors, jusqu'où la comparaison est-elle avérée, ou à partir de quel point elle devient trompeuse ?
05:20Alors, le général Franco comme le général Pinochet sont des généraux légalistes.
05:27Franco respectait la République, et Pinochet aussi respectait la République chilienne.
05:34C'est, dans un cas comme dans l'autre, les turpitudes gauchistes, socialistes, communistes,
05:43la ruine de leurs pays respectifs, qui les ont poussés à franchir le Rubicon.
05:50Mais au départ, ni Franco ni Pinochet n'avaient été pressentis pour être les leaders du mouvement du 18 juillet
05:581936
05:59et du mouvement du 11 septembre 1973.
06:03Ils ont été poussés en avant par leur père,
06:06parce qu'il a été considéré, dans un cas comme dans l'autre, qu'ils étaient les plus représentatifs.
06:12Et notamment, Pinochet aussi était commandant suprême de l'armée,
06:16donc ça lui donnait une qualification supérieure à ses pairs.
06:22Voilà, bon, c'est...
06:23Alors, la comparaison, évidemment, d'abord, c'est les deux personnes-là, c'est l'anticommunisme absolu,
06:29c'est l'ordre, l'ordre et l'ordre,
06:32et c'est la remise sur les rails de l'économie de leurs pays respectifs.
06:37En Espagne, on l'oublie quand même,
06:39c'est que l'explosion économique de ce pays dans les années 60,
06:44c'est quand même dû au franquisme, à la solidité du régime
06:48et à la tranquillité économique et sociale.
06:51Au Chili, on parle de...
06:53Oui, oui, on utilise le mot résurrection,
06:55mais il faut savoir où les communistes et les socialistes de Salvador Allende,
07:00vers quel abîme ils avaient entraîné leur pays.
07:02Alors justement, nous allons y venir.
07:05On va, avant d'aborder vraiment Pinochet,
07:07pendant quelques minutes, parler du Chili d'Allende.
07:10Donc, il arrive en tête en 1970 aux élections avec 36,2% des voix.
07:17Oui, oui, exact.
07:17Il est désigné par le Congrès et confirmement à la Constitution.
07:20Vous avez expliqué comment ça fonctionne.
07:22Mais vous insitez beaucoup sur la faiblesse de sa base électorale.
07:26Ah ben oui.
07:27Attendez, il a un tiers seulement au suffrage universel,
07:31il a un tiers des électeurs pour lui.
07:32Comment ça se passe, les élections au Chili, c'est...
07:34C'est à deux tours, comme chez nous, c'était comme ça.
07:36Alors, il est...
07:38Sauf que le deuxième tour n'est pas au suffrage populaire,
07:43il est réservé au Congrès.
07:45D'accord.
07:45C'est-à-dire que ce sont les membres du Congrès,
07:47les députés, les sénateurs,
07:48qui élisent le président avec une majorité absolue.
07:53Donc, monsieur Pinochet...
07:55Monsieur, pardon, le président Salvador Allende,
07:58qui n'est pas encore président,
08:00qui est candidat socialiste, socialo-communiste,
08:03puisque c'est le camp d'une coalition populaire,
08:07évidemment, il est le candidat en tête devant les démocrates chrétiens
08:12et un indépendant.
08:15La Constitution, vous l'avez dit,
08:16prévoit donc, en cas d'échec pour désigner un chef de l'État
08:21dès le premier tour,
08:21prévoit un second tour au Parlement.
08:23C'est le Parlement qui a élu...
08:25Qui a élu, pardon, qui a élu le président Allende,
08:29avec la complicité scandaleuse des démocrates chrétiens
08:33qui s'emborderont les doigts quelques années après.
08:38Les démocrates chrétiens ont joint leur voix
08:41au suffrage du Parti communiste et du Parti socialiste
08:44qui fait qu'Allende a eu une majorité de gouvernement.
08:48Alors, comme dans tout bon régime socialiste qui se respecte,
08:52on répartit la pauvreté plutôt que de distribuer la richesse.
08:57Ça a été très rapide.
08:58Très, très rapide.
09:00Un échec absolu.
09:01On va en reparler, oui.
09:02Parce que c'est donc trois années...
09:05À trois ans.
09:06C'est l'unité populaire.
09:07C'est le gouvernement d'unité populaire.
09:08C'est le gouvernement d'unité populaire.
09:10Est-ce que c'est vraiment une crise économique
09:12qui est objectivement musérable ?
09:13Donc, c'est l'inflation, la pénurie,
09:15le chiffre de la production.
09:16Est-ce que vous pouvez nous donner...
09:17Oui, mais il y a un cumul.
09:17Vous pouvez nous donner quelques chiffres.
09:20Il y a un cumul absolu.
09:22L'inflation, si vous voulez, c'est une inflation à trois chiffres.
09:26On monte jusqu'à 300%.
09:30La pauvreté s'installe.
09:32Bon, les mines ont été nationalisées.
09:37On a, dans la fonction publique, un surnurmiraire.
09:42On embauche.
09:42Pour lutter contre le chômage, le régime embauche.
09:45Mais évidemment, vous comprenez, c'est facile, ça.
09:48Mais il y a un moment donné où il n'y a plus de données publiques.
09:52Donc, il y a aussi une, comment dirais-je, une insécurité larvée.
09:57Parce que ce n'est pas parce que la gauche est au pouvoir que les extrémistes de l'ultra-gauche
10:02se sont calmés.
10:03Donc, c'est un pays qui s'enfonce dans la crise et on va aboutir à une conjonction, si vous
10:11voulez, spectaculaire de toutes les forces sociales qui, au départ, étaient des piliers du régime socialo-communiste qui vont se
10:21rendre compte que la réalité est plus forte que tout.
10:24Et donc, le peuple va descendre dans les rues des grandes villes.
10:29Oui, donc, il y a des grandes, on appelle ça, enfin, des manifestations des casseroles.
10:33Des casseroles.
10:34Il y a des camionneurs.
10:34Alors, la vraie.
10:35Est-ce que c'est vraiment une opposition sociale réelle ou est-ce qu'on peut déjà, on parlera plus,
10:40on développera ça, est-ce qu'on peut déjà parler d'une responsabilité des États-Unis dans l'agitation sociale
10:47?
10:48Alors, oui, il est indubitable que les États-Unis...
10:50Je ne parle pas encore du coup d'État, je parle vraiment de l'agitation sociale.
10:53Non, non, non, le coup d'État, ce n'est pas les États-Unis qui l'ont organisé, c'est
10:56l'armée chilienne.
10:56Mais, il est de fait que, bon, la CIA, entre autres, et les autres officines américaines, ont poussé dans les
11:06coulisses à la roue pour la grève, notamment, des camionneurs.
11:09Or, la grève des camionneurs a paralysé complètement l'économie chilienne.
11:13Bon, qui n'avait pas besoin de ça.
11:16Bon, ensuite, les investissements étrangers se sont raréfiés.
11:21Qui voulait investir au Chili de M. Allende ?
11:24Personne.
11:25Donc, vous avez, là, déjà des éléments d'une crise.
11:29La situation économique s'effondre.
11:34Le cours du cuivre, aussi.
11:36Alors, le cuivre, c'est fondamental.
11:38C'était fondamental.
11:39C'est la matière première.
11:40C'est la matière première, oui.
11:41C'est un gros exportateur.
11:43Donc, si vous voulez, vous avez deux fois plus de personnel dans les mines qu'il n'est nécessaire.
11:48L'aéroport de Santiago connaît une chute spectaculaire de son trafic,
11:53mais les effectifs de l'aéroport sont doublés.
11:55Donc, vous avez ça qui se passe partout.
11:58Donc, pas besoin d'être polytechnicien pour comprendre qu'effectivement,
12:03à un moment donné, ça ne peut pas fonctionner.
12:05On va heurter le mur.
12:06Et donc, l'armée, qui est la gardienne des traditions, qui est la gardienne de l'honneur, de l'histoire,
12:11parce que là-bas, les pays d'Amérique latine, vous le savez, on est très sensibles et on est chatouilleux
12:17sur l'honneur.
12:18Donc, l'armée voit le Chili péricliter, s'effondrer de jour en jour.
12:24La fierté nationale est bafouée.
12:27Donc, là...
12:29Avant ça, la Chambre des députés, déjà, vous dites, la Chambre des députés dénonce de graves atteintes à l'ordre
12:34constitutionnel.
12:35Oui, alors, les démocrates chrétiens, je vous l'ai dit tout à l'heure, s'en mordent les doigts.
12:40Déjà, les démocrates chrétiens, notamment, j'ai oublié son nom, la responsable des sections féminines du Parti démocrate chrétien,
12:49appelle l'armée à faire quelque chose, avant même le putsch.
12:53Une démocrate chrétienne dont le parti était membre de la coalition populaire.
12:58Donc, il y a une désaffection.
13:00J'ai parlé tout à l'heure de la crise égrémique, mais en même temps des désordres.
13:05Il y a des mouvements d'extrême gauche qui ne font pas partie de la coalition d'unités populaires
13:09et qui en veulent toujours plus.
13:11Donc, qui en coulissent, passez-moi l'expression...
13:14On peut faire une analogie avec l'Espagne, d'ailleurs.
13:16Oui, passez-moi l'expression, foutre le bordel.
13:18Voilà, bon, donc, c'est plus tenable.
13:21Et alors, évidemment, il y a des conciliabules dans les casernes, dans les états-majors.
13:24Ça fossoit sous les képis, voilà.
13:27Et ce n'est pas le général Pinochet qui va déclencher, qui va mettre la...
13:32Parce que lui, il est quoi ? Il est chef d'état-major ?
13:34Il est commandant en chef de l'armée chilienne.
13:39Donc, il est le supérieur de l'amiral qui commande la marine, l'amiral Merino.
13:45Il est le supérieur du général Lec, qui est le chef d'état-major de l'armée de l'air.
13:49Il est le supérieur du général Mendoza, qui commande les carabiniers.
13:52Voilà, et en même temps...
13:53Carabiniers, c'est l'équivalent de la gendarmerie.
13:55Absolument.
13:56Et lui, il est commandant en chef également de l'armée de terre.
14:02Donc, ses pères se réunissent sans lui, commencent à comploter.
14:07Vous dites qu'il n'est pas l'architecte initiale coup d'état.
14:08Il n'est pas, non, non.
14:09On va le chercher.
14:10Qui l'a préparé et à quel moment ?
14:12Ceux qui l'ont préparé, je viens de vous citer les noms.
14:14D'accord.
14:15C'est l'amiral Merino, qui est un peu la cheville aurière.
14:17C'est le français d'état-major.
14:18Et alors, il prend avec ses collègues des autres armes.
14:22Évidemment, alors, ça descend en profondeur.
14:26Je l'ai dit, ça fossoit sous les casquettes.
14:27Mais dans les casernes, on parle.
14:30Bon, ici ou là, dans les divisions, dans les différentes garnisons,
14:33dans la marine, dans l'aviation, partout.
14:35Bon, quand même, les militaires, je vous l'ai dit,
14:38sont très sensibles à l'ordre, à l'honneur, à la patrie, etc.
14:42Et là, c'est la chienlit.
14:43Bon, donc, c'était inéluctable.
14:46Et alors, il y a un coup de pouce qui va être donné, quand même.
14:48C'est la venue de Fidel Castro.
14:50Fidel Castro, le leader maximo,
14:53donc, qui a implanté le marxisme à Cuba,
14:57est reçu pendant presque un mois au Chili.
15:01Et alors, évidemment, il va répandre le venin marxiste
15:05un peu partout, dans les universités, dans les entreprises,
15:09à la télévision, etc.
15:11Il va même rencontrer Pinochet, qui ne dit mot.
15:15Et ça, je pense que, j'en ai pas la certitude,
15:17mais en réfléchissant, je pense que ça a dû être l'accélérateur,
15:22la petite étincelle qui fait que c'est trop.
15:25Et donc, les officiers généraux se sont rencontrés,
15:32avec leur subalterne, ils ont mis au point un plan d'opération,
15:36et ils ont décidé du jour I, J et de leur H.
15:40Alors là, ça n'a été pas de quartier.
15:43Ça n'a été pas de quartier.
15:46Les blindés sont arrivés.
15:47– Non, on va y venir.
15:48Je veux savoir, à un moment, Pinochet,
15:49il est tenu au courant de tous ses préparatifs ?
15:53– Alors, oui, il est tenu, évidemment, il a forcément des informateurs,
16:00mais il a du mal, il est hésitant, il est légaliste.
16:02– Il serait légaliste, mais comme le reste de l'armée, au départ.
16:04– Oui, oui, l'armée du Chili avait une spécialité, c'est d'être légaliste.
16:10Alors que vous avez énormément de forces d'armée d'Amérique latine
16:12qui pratiquaient le prononciamiento,
16:15comme les catholiques bontins vont à la messe le dimanche.
16:19Donc, si vous voulez, Pinochet était sur la réserve.
16:24Quelques semaines, même avant le coup d'État,
16:27il rencontre le président Salvador Alliané et il discute.
16:30Bon, il est évident qu'il lui fait part de la crise…
16:34– De ses inquiétudes.
16:34– Et de ses inquiétudes et des bruits qu'il entend dans les casernes.
16:39– On sait quelle est la réaction d'Alliané.
16:42Qu'est-ce qu'on sait d'Alliané ?
16:43Est-ce qu'il se sent complètement acculé ?
16:45Il a conscience de la situation ?
16:46– Alliané est tenu, il est tenu.
16:48C'est-à-dire que c'est un homme au départ, c'est un médecin,
16:50c'est un homme honnête au départ.
16:52Et puis, pour gagner le pouvoir, vous savez,
16:55le pouvoir, quand on ne la pense, c'est pas ce que c'est.
16:58Quand on ne l'a, on ne veut plus le lâcher.
17:00Donc, pour tenir, il a besoin de l'appui des marxistes
17:03et même des plus durs.
17:04Et il est obligé de leur donner des gages.
17:07Donc, quand un général vient le voir pour lui dire
17:10« Monsieur le Président, vous savez, ça ne va pas fort »,
17:14il écoute poliment, mais il sait très bien
17:17qu'il ne va pas pouvoir aller au-devant des désidératas de ces gens-là
17:20puisqu'il est tenu.
17:21– Il est tenu par sa base, vous l'avez dit tout à l'heure,
17:26sa base populaire qui n'était pas très large.
17:28Le Parti Socialiste n'était pas un parti monstrueux.
17:31Et les communistes, comme partout d'ailleurs,
17:33étaient les plus en pointe, les plus agissants,
17:35les plus performants, entre guillemets.
17:36Bon, donc là, si vous voulez, il y a un moment donné
17:40où c'est comme la lave dans le volcan,
17:44il y a un moment donné où ça va sortir.
17:45– Ça va exploser.
17:46Avant d'arriver vraiment au 11 septembre 1973,
17:51savoir quel rôle ont réellement,
17:52on l'a évoqué tout à l'heure,
17:54quel rôle ont réellement joué les États-Unis
17:57et la CIA particulièrement dans ces événements ?
17:59– Je vous l'ai dit, la CIA, qui est l'instrument,
18:03mais il n'y a pas que lui à la CIA,
18:05c'est le cache-nez de beaucoup d'autres organisations.
18:09Les États-Unis ne pouvaient voir que d'un bon oeil
18:13le renversement d'un président communiste,
18:17enfin, socialo-communiste.
18:18Il y avait déjà Cuba,
18:19mais Cuba qui était quand même une épine dans leur talon
18:23dans les Caraïbes,
18:24et puis il y avait le risque que dans le cône sud
18:27de l'Amérique latine,
18:29vous ayez un autre pays communiste.
18:30Donc pour eux, c'était inacceptable, impensable.
18:34Donc il est évident qu'ils ont encouragé en sous-main
18:38un coup de force
18:39et qu'ils ont financé la grève des camionneurs.
18:46Et la grève des camionneurs a facilité,
18:49si vous voulez, l'effondrement.
18:51Ça a été le coup final donné à l'économie chilienne,
18:55paralysie complète.
18:56Donc il n'y avait plus de livraison, plus rien,
18:58plus de produits alimentaires, etc.
19:00Et puis ça continuait à descendre dans les rues partout
19:02en tapant sur les casseroles.
19:04Donc, et puis, vous aviez tapis dans son coin,
19:08la bourgeoisie qui faisait, comment dirais-je,
19:12triste figure,
19:14qui voyait quand même ça avec une lueur d'espoir.
19:17Bien le dire.
19:18Bon.
19:19Et puis, je vous l'ai dit, la lave.
19:21Il y a un moment donné où c'est l'incandescence,
19:23ça sort parce que le président n'a pas donné de réponse positive
19:28aux inquiétudes de l'armée et des démocrates chrétiens
19:32qui, rappelons-le, avaient voté pour lui.
19:36Sinon, est-ce qu'on observe, je ne sais pas,
19:38la présence de conseillers militaires,
19:39de choses comme ça sur le terrain,
19:41ou finalement l'armée chilienne est assez expérimentée ?
19:44Écoutez, il y a l'école des Amériques,
19:48qui est une école fort benning en Géorgie,
19:51il y a l'école des Amériques au Panama,
19:52à l'époque, qui formait énormément d'officiers
19:56des différentes armées d'Amérique latine.
20:00Donc, il y a énormément d'officiers chiliens
20:03qui sont passés par cette école,
20:04par ces deux écoles, fort benning et l'école des Amériques.
20:07Et, bon, ils sont imprégnés.
20:11Comme nous, par exemple, la France qui a formé,
20:14ça s'est retourné contre nous,
20:15la France qui a formé des élites militaires africaines,
20:18bon, il y avait forcément, indubitablement,
20:21une influence.
20:22Une influence des contacts.
20:23Une influence qui a disparu, entre parenthèses.
20:26Alors, arrivons au 11 septembre,
20:30au matin du 11 septembre, qu'est-ce qui se passe ?
20:32Au matin du 11 septembre, les habitants de Santiago
20:35entendent les chenilles des chars dans la rue,
20:37et des blindés convergent sur la place de la présidence,
20:41le palais qui s'appelle la Moneda.
20:48L'aviation entre en jeu.
20:52Canonade et mitraillage de la présidence.
20:56– Mais, c'est-à-dire qu'on attaque le palais présidentiel ?
20:58– On attaque le palais présidentiel où réside Salvador Allende.
21:02Là, c'est, on veut frapper le cœur.
21:04– Et est-ce qu'on prend télévision, radio, tout ça,
21:07comment ça s'organise dans tout le pays ?
21:09– Après, dans tout le pays, dans les différentes villes,
21:12vous avez les militaires qui s'emparent des préfectures, etc.
21:18– Ah bon, bien entendu, bon, ça, ça ne peut pas passer autrement.
21:23La télévision, bien sûr, la télévision sera contrôlée tout de suite après,
21:26puisque les généraux apparaîtront à la télévision
21:29pour dire ce qu'il en est, notamment Pinochet.
21:31Et donc, ça va durer une journée, une nuit.
21:37On départ, on essaye de négocier avec le président son abandon du pouvoir
21:44et son départ garanti en toute sécurité.
21:47L'homme est entouré de ses conseillers, dont beaucoup de communistes.
21:50Il refuse, c'est courageux de sa part, à moins qu'il soit l'otage de ses conseillers.
21:56Ça, une petite souris seule pourrait le dire.
21:59C'est un refus.
22:00Donc, là, c'est encore un straffing, les hunters de l'aviation.
22:04Mitra, il appelle le palais.
22:05Il y a une aile qui est incendiée.
22:07Les grands salons d'apparat, les lustres s'écroulent.
22:11Bon, les tapis prennent feu, etc.
22:13– Il n'est pas défendu, le palais ?
22:14– Ah non, non, non, il y avait une garde républicaine qui est fidèle.
22:17– Une garde, comment dirais-je, non, non.
22:20Il y avait une garde prétorienne de civils armés,
22:23enfin, des membres du parti.
22:25L'armée officielle, les carabiniers sont partis tout de suite.
22:28Bon, ils n'ont pas résisté à leur paire,
22:32d'autant plus qu'ils devaient certainement avoir des huvents du coup d'État.
22:38Mais un coup d'État, pour réussir, il faut que ça reste quand même très secret.
22:41Donc, peu de gens devaient être au courant.
22:44Uniquement les chefs des unités qui s'en sont emparés
22:46et les chefs militaires dans les garnisons de province.
22:49Donc, l'opération, en fin de compte, se déroule sans problème.
22:53Sauf qu'évidemment, le palais de la Moneda est partiellement brûlé,
22:58est en ruine.
22:59Et l'IND, qui refuse de se rendre,
23:03va décider, à la version officielle, de se suicider.
23:07– Oui, on a cette image célèbre de lui, casque sur la tête, pistolet à la main.
23:11– Absolument, avec la kalachnikov à la main et le casque sur la tête.
23:13– Bon, donc, c'était perdu d'avance.
23:17À partir du moment où vous avez une force militaire unanime,
23:22unanime, des trois armes, plus les carabiniers,
23:26qui est destiné, qui veut s'emparer du pouvoir,
23:29et qui tape au cœur du pouvoir, là, c'est fini.
23:31Bon, donc, il s'est suicidé.
23:34C'est une version, effectivement, qui n'est pas contestée par sa famille.
23:41On peut imaginer qu'il a été suicidé, aussi.
23:45Je pense que le général Pinochet a été suffisamment abreuvé de péché
23:52pour ne pas lui ajouter celui-ci sur le dos.
23:56Donc, Allende est mort.
23:59C'est rare que des chefs d'État meurent au pouvoir, quand même.
24:03Bon, mais ça arrive, ça arrive.
24:05Eh bien, nous avons eu ça en France, au moment de la Révolution française.
24:11Donc, exit, monsieur Allende, et une jonte militaire…
24:16– Il y a beaucoup d'autres morts dans le palais ?
24:18– Oui, oui, oui, forcément.
24:21Je n'ai pas les chiffres, mais forcément, ce n'est pas sans bavure.
24:24Quand vous avez un mitraillage, quand vous avez des chars qui donnent des coups de canon
24:27et des avions de chasse qui mitraillent, bon, il y a de la casse.
24:31Bon, mais les chiffres ne sont pas… je n'ai pas les chiffres personnellement.
24:37Donc, une jonte militaire prend le pouvoir, passe à la télévision
24:41et apparaissent évidemment Pinochet, Merino, le général Lett et Mendoza,
24:47c'est-à-dire les représentants des quatre armes.
24:52et le pouvoir va être exercé pendant un certain temps par ces quatre-là.
24:58C'est une jonte révolutionnaire de gouvernement
25:01qui a à la fois le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif.
25:04– Oui.
25:05– Et ils font le ménage.
25:07Ils font le ménage, et alors là, les stades se garnissent non pas de supporters,
25:12mais de tout ce que la gauche peut comprendre,
25:16de syndicalistes, de députés, de journalistes, etc.
25:20C'est une purge impitoyable, et c'est vrai.
25:24C'est un peu comme ce qu'ont fait les colonels grecs en 74,
25:29c'est-à-dire un an après, quand ils ont…
25:33pardon, en 68, quand ils ont pris le pouvoir,
25:38et qu'ils l'ont quitté en 74.
25:40Ils ont fait la même chose.
25:42C'est une purge intégrale.
25:43Alors évidemment, là, les droits de l'homme,
25:46les droits constitutionnels, tout ça, c'est bafoué.
25:49Où est la justice ?
25:51L'état de droit, là, objectivement, il passe à la trappe.
25:56Mais, d'un autre côté, le malade était tellement malade,
26:02presque à l'agonie, il fallait un remède de cheval.
26:06Et ce remède de cheval, ça a été l'RRCito chilienne.
26:10– Qu'est-ce que c'est ?
26:11– L'armée en espagnol.
26:13– D'accord.
26:14– Je connais au moins un mot.
26:16– Un mot d'espagnol.
26:17Est-ce qu'il y a une violence, est-ce qu'il y a quand même une réaction
26:21de l'extrême-gauche avec le front patriotique ?
26:25– Plus tard, plus tard.
26:26Alors, il y a beaucoup d'exilés, beaucoup de gens qui fuient.
26:30Et puis, il y a des cellules clandestines, bien entendu.
26:33Alors, il y en a qui se sont laissés…
26:36Ils ont été cravatés chez eux.
26:38Bon.
26:39Et alors, là, effectivement, il va y avoir le tri,
26:43les gens qu'on va mettre définitivement en prison,
26:46ceux qu'on va mettre en résidence surveillée,
26:48et ceux qui seront libres et surveillés, etc.
26:50Là, si vous voulez, l'appareil policier se met en place.
26:53Le patron de ça, c'est le général Contreras,
26:57qui est le chef de la CNI, qui est le service secret,
27:00qui est un personnage très controversé,
27:02qui sera le vilain petit canard du régime,
27:04et sur les épaules duquel on voudra faire porter
27:07toutes les méchancetés du régime.
27:10Donc, Pinochet est nommé président de l'agent de gouvernement.
27:17Évidemment, il va le rester jusqu'à le premier référendum
27:23qui va être organisé, un référendum plébiscitaire.
27:27Oui, dont on peut douter de la légitimité.
27:31Non, je vais vous dire pourquoi,
27:32parce que le troisième référendum, il est perdu.
27:34Non, mais je parle des deux premiers.
27:38Je pense que non.
27:40Pourquoi les deux premiers n'auraient-ils pas été honnêtes
27:43alors que le dernier serait honnête ?
27:45Non, Pinochet, il y a un plébiscite.
27:50Est-ce que vous voulez que le général Pinochet soit président de l'agent ?
27:54C'est quelle année, ce premier référendum ?
27:5578.
27:57Cinq ans près, donc ?
27:58Cinq ans.
27:59Pendant cinq ans, c'est un régime d'exception.
28:01Donc, régime d'exception, je vais revenir aux victimes.
28:04Les commissions chiliennes d'aujourd'hui ont documenté
28:06plus de 3 000 morts ou disparus.
28:08Oui, oui.
28:09Des dizaines de milliers de victimes.
28:11Ça, on a dit de la détention politique, de la torture.
28:14Où est-ce qu'on peut placer la limite entre la répression d'une guérilla
28:18ou un véritable terrorisme d'État ?
28:20Alors, il y a eu, vous avez parlé, vous avez lâché le mot guérilla,
28:24il y a eu le front patriotique Manuel Rodriguez,
28:26il y a eu le mouvement de la gauche révolutionnaire,
28:28il y a eu le MAPU, il y a eu des organisations terroristes,
28:31on va dire de résistance marxiste,
28:35qui, effectivement, ont lutté les armes à la main
28:38contre le régime de Pinochet.
28:39Il y a eu énormément de militaires d'assassinés.
28:41Bon, donc, si vous voulez, je ne vous fais pas un dessin,
28:44quand vous avez des carabiniers qui découvrent le corps de leurs camarades
28:48qui ont été exécutés,
28:50s'ils tombent sur un Pueblo où il y a dedans des guerrilleros marxistes,
28:56ils passent tous à la marmite.
28:58Bon, si vous voulez, hélas, c'est le lot de toutes ces guerres civiles.
29:03Parce que c'est une guerre civile, quand même, en toile de fond.
29:06Mais l'ordre est quand même bien là,
29:09et l'économie va pouvoir prospérer.
29:12Et les Chiliens vont quand même donner confiance,
29:15avec 75% de oui, à Pinochet, en janvier 78.
29:23En janvier 80, deux ans après,
29:26ils proposent une constitution pour rétablir la démocratie.
29:31Et on va y venir.
29:33Je voudrais continuer, moi, encore deux petites questions
29:35où je vais vous titiller,
29:36notamment sur l'opération Condor,
29:38j'aimerais vous expliquer,
29:38qui va porter la répression au-delà des frontières chiliennes.
29:42Il y a l'assassinat d'Orlando, l'hôtelier à Washington.
29:46Est-ce qu'on peut parler d'une coopération
29:48antiterroriste clandestine internationale ?
29:50Il n'y a pas de contrôle ?
29:51Oui, on peut le dire.
29:53C'est complètement illégal, c'est hors la loi,
29:57c'est confidentiel, c'est secret,
29:59c'est tout ce que vous voulez.
30:00C'est une coopération souterraine, sous-marine,
30:03entre le Chili, la Bolivie, le Paraguay, l'Argentine,
30:09le Brésil, la Colombie, qui est victime des guerrillas des Farc,
30:15tous ces pays qui sont entre les mains,
30:18peu ou prou, de jantes militaires aussi.
30:20Il faut savoir qu'en Argentine, vous avez une dictature impitoyable
30:24et qui, en plus, a piteusement terminé avec l'affaire des Folclans, des Malouines.
30:29Au Brésil aussi, vous avez le général Geisel,
30:32qui a renversé le parti travailliste du président Goulard
30:36et donc qui est président militaire du Brésil.
30:43Vidéla en Argentine, c'est pas un tendre,
30:45c'est le moins qu'on puisse dire.
30:46En Bolivie, vous aurez le président Hugo Banzer, qui est un général aussi.
30:51Et malgré l'hostilité du Chili et de l'Argentine,
30:54hostilité traditionnelle,
30:57à cause du canal de Biggles,
30:59dont les uns et les autres réclament la maîtrise des eaux.
31:03Vous avez la Bolivie aussi,
31:04qui pourtant a des raisons d'en vouloir au Chili,
31:07puisque le Chili l'a privé d'accès à la mer.
31:10Ben, ça fait rien.
31:11Contre le communisme, on fait front commun.
31:14Et alors, vous avez le Paraguay du président Stroessner,
31:17bien entendu, je ne vous fais pas un dessin,
31:18Stroessner, c'est l'anticommuniste,
31:21super-mère, suprême.
31:23Et donc, finalement, quand on compare...
31:25Si on veut comparer le bilan du Chili,
31:27je dirais le bilan répressif du Chili
31:29par rapport à l'Argentine ou à l'autre pays des mairies du Sud,
31:33le Chili se place comment ?
31:34Il n'est pas dans le peloton de tête, finalement.
31:35Non, il n'est pas dans le peloton de tête.
31:37Si vous voulez, le pire, c'est l'Argentine.
31:39Le Brésil non plus n'est pas dans le peloton de tête.
31:41Le pire, c'est l'Argentine.
31:42L'Argentine, vous avez au minimum 20 000 victimes.
31:46Quand vous allez à Buenos Aires,
31:47vous avez d'ailleurs les folles de mai, on les appelle,
31:49c'est les femmes, les maires, etc.,
31:52qui tournent autour du palais présidentiel.
31:55Et il y a même leurs fichus qui sont peints
31:57en blanc sur la chaussée.
31:59Pourquoi ? Parce qu'effectivement,
32:01il y a eu des milliers de disparus.
32:02Et on sait comment ces gens-là ont disparu.
32:05Alors, ce n'était pas des tendres non plus.
32:07L'armée argentine ne s'en est pas prise
32:09à des libéraux modérés.
32:11Elle s'en est prise, effectivement,
32:12à des terroristes ou des proto-terroristes.
32:16Et alors, effectivement,
32:20l'une des façons les plus cruelles
32:21de se débarrasser de ces gens-là,
32:23c'était de les faire monter dans un avion ou un hélicoptère
32:26et de les balancer dans les eaux du Rio de la Plata.
32:28Et ça, bon, objectivement,
32:32vous ne pouvez pas cautionner
32:35des solutions pareilles,
32:36des solutions qui n'ont pas existé au Chili.
32:38Mais il y a eu des bavures, très probablement.
32:41Le chiffre de 3 000 est crédible, tout à fait.
32:44Mais dans ces 3 000, il faut tenir compte, quand même,
32:46qu'il y a eu aussi des forces de l'ordre
32:48qui ont perdu des hommes dans des attentats.
32:51Même Pinochet a été victime
32:53d'une tentative d'attentat.
32:56Donc, je ne veux pas dire
32:57que c'était un mensonge.
33:00Non, c'est très crédible, ce chiffre.
33:04Effectivement, il y a eu des bavures,
33:06il y a eu des gens qui ont été exécutés sommairement
33:08en dehors de tout périmètre judiciaire.
33:11Mais il y en a eu aussi qui ont été jugés
33:13et fusillés, j'allais dire, régulièrement.
33:17Alors, maintenant, je voudrais parler également
33:19du miracle économique chilien
33:24et que vous nous parliez des Chicago Boys.
33:26Alors, Chicago Boys, qui sont-ils ?
33:28Et en quoi leur politique ront-elle
33:29avec l'étatisme antérieur ?
33:31Alors, ces Chicago Boys,
33:33dont les principaux sont
33:35Hernan Bouchy, Rheim Guzman,
33:37Nifraud, José Pignera,
33:40dont le frère sera président ultérieurement,
33:42ces gens-là sont des universitaires
33:45de grands talents,
33:46qui ont fait leurs études
33:47principalement aux États-Unis
33:49et ils ont un fil commun,
33:52ils sont tous issus des universités catholiques chiliennes.
33:55Bien.
33:57Et leur credo, c'est le libéralisme intégral
34:00sous l'influence de Morton Friedman,
34:02l'économiste américain, bien connu.
34:05Et ils vont appliquer, évidemment,
34:07une potion de choc.
34:08Ils vont mettre le libéralisme en œuvre au Chili,
34:12c'est-à-dire que les nationalisations sont supprimées,
34:15on privatise, on réorganise,
34:18on privatise le système des retraites,
34:21ce qui n'est pas rien.
34:21Ce qui est étonnant, oui.
34:22– Et évidemment, ça va laisser sur le bord de la route
34:27quelques-uns, mais par contre,
34:29l'ensemble, une majorité de Chiliens
34:30va connaître une élévation de son niveau 10.
34:33– Donc on peut parler vraiment de miracle économique,
34:34vous avez quelques chiffres à nous donner ?
34:35– Miracle économique, oui,
34:37si vous voulez, on part de très bas.
34:39On part de très bas, par exemple,
34:42entre 1975 et 1990,
34:44le taux de croissance a été de 5%,
34:45alors qu'il était nul auparavant.
34:46L'inflation qui était à 3 chiffres va redescendre sur un seul chiffre.
34:52Bon, la balance des paiements, par exemple,
34:55en 1976, elle était excédentaire d'un million de dollars.
34:59– Comment dirais-je ?
35:01L'exportation, elles sont passées sous le régime Pinochet
35:07de 300 millions à 800 millions de dollars.
35:11Le taux de chômage, lui, a connu des variations.
35:15En 1981, il était de 12,5%.
35:18En 1982, là, vous m'avez parlé tout à l'heure
35:22de la crise de 1982.
35:23Effectivement, il y a eu un stop dans le…
35:25– Une crise bancaire.
35:27– Une crise bancaire, il y a eu un stop
35:29et le taux de chômage est monté à 21,6%.
35:31En 1983, ce taux de chômage redescend à 16,1%.
35:35Et en 1990, quand Pinochet n'est plus président de la République,
35:39il est de 7%.
35:40Bon, donc, si vous voulez, il y a indubitablement…
35:44– Donc, on peut parler de miracle économique.
35:46Est-ce qu'on ne peut pas dire que l'économie chienenne
35:47est sous perfusion américaine ?
35:49– Ah non.
35:49– Non, non, non, non, non.
35:51Alors, le cuivre, par exemple…
35:53– Le cuivre, il reste public ?
35:55– Alors, il y a eu une redistribution…
35:58Par exemple, il y a eu beaucoup de nationalisations.
36:00On a reprivatisé derrière.
36:02Et bien entendu, les usines de cuivre, dans un premier temps,
36:05ont été maîtrisées…
36:06C'est les militaires, c'est les officiers
36:07qui ont pris en main la gestion des usines de cuivre
36:11qui étaient nationalisées.
36:12Et il y a eu une purge, par exemple, dans les effectifs.
36:16Vous comprenez ?
36:17Là où il y avait besoin d'un seul ouvrier, il y en avait deux.
36:19Donc, ça ne pouvait pas fonctionner comme ça.
36:21Évidemment, le capital privé a été réintroduit.
36:26Et je pense que, enfin, les travailleurs, dans leur ensemble,
36:30ne s'en sont pas pleins, puisque le baromètre de l'économie
36:38affiche quand même, nous donne un beau temps.
36:41Bon, alors, là, il y a des laissés pour compte.
36:44Indubitablement, quand on fait une révolution économique
36:46aussi radicale, il y a forcément des gens qui perdent leur job
36:50et qu'ils ne le retrouveront pas.
36:51Et donc, sous le régime de Pinochet,
36:53on a fait ce que font beaucoup de gouvernements.
36:56C'est que, oui, on fait une sorte de RSA
37:01pour ceux qui restent au bord de la route.
37:03Et dans les populationnistes,
37:05ils sont l'équivalent des favelas, si vous voulez.
37:09Des bidonvilles, oui.
37:10Des bidonvilles.
37:11Bon, là, on envoie des agents sociaux, etc.
37:16Enfin, bref, on essaye de faire du social
37:18et de colmater autant que faire ce que...
37:20Est-ce qu'il y a des troubles sociaux, en revanche, ou pas ?
37:22Il y a...
37:23Enfin, ils sont sous-jacents.
37:26Le droit de grève est...
37:27Le droit de grève sera rétabli
37:31quand la Constitution entrera en vigueur.
37:33Pendant les années de dictature intégrale,
37:36pendant les années de jonte,
37:39il n'y a pas de droit de grève.
37:40Il s'est supprimé.
37:43Alors, le gouvernement des militaires
37:46ferme les yeux sur les activités souterraines
37:49du Parti démocrate chrétien.
37:51Voilà.
37:52Autant les cocos socialaux sont persécutés,
37:56autant la jonte militaire fermera les yeux
37:59sur les activités clandestines des démocrates chrétiens.
38:03C'est-à-dire qu'on n'ira pas chez eux
38:05à l'heure du laitier pour les incarcérer.
38:08On ferme les yeux sur leurs activités politiques.
38:11Et d'ailleurs, je pense que les militaires
38:14voyaient loin,
38:15puisque le premier des présidents
38:18qui prendra la suite au général Pinochet
38:22est un démocrate chrétien.
38:23Après, il sera suivi par un indépendant.
38:27Malheureusement, il y a un retour des socialistes
38:30très provisoire,
38:31puisque d'autres présidents de droite
38:35reprendront le manche.
38:37Donc, cette révolution militaire, économique,
38:42très dure, en fin de compte,
38:43pour ceux qui ne partageaient pas
38:45les idéaux de droite,
38:49il faut bien le dire,
38:50c'est un gouvernement de droite intégral.
38:53– Des droites à l'américaine, ultra-libérale.
38:55– Oui, ultra-libérale,
38:56et donc avec tous ses avantages
38:58et ses inconvénients.
39:00Sauf que là, au Chili,
39:01on a quand même essayé de penser
39:03les plaies sociales,
39:04alors qu'aux États-Unis,
39:07les sociales, on ne connaît pas.
39:08– Alors, je voudrais savoir,
39:10donc, cinq ans de dictature pure.
39:13Ensuite, donc, en 78,
39:16une constitution est établie.
39:21– Et alors, là, en ce moment,
39:22– Grosso modo, quelle est cette constitution ?
39:23– Allez, on va dire que ça serait
39:25presque celle de la Ve République.
39:28Le président de la...
39:30Alors, Pinochet, dans le référendum,
39:34présente la constitution,
39:35et en même temps, il y a une question
39:36qui est opposée, est-ce que vous acceptez
39:38que le général Augusto Pinochet
39:40soit le président de la République
39:42pour la prochaine mandature ?
39:44Et c'est là où il y a un oui majorité.
39:46– Donc, c'est des mandatures de combien ?
39:47– Eh bien, c'est une mandature de cinq ans.
39:50– De cinq ans, oui.
39:53– Alors, en 1980, c'est là où...
39:57– Mais, excusez-moi,
39:58il y a un parlement, des élections ?
40:00– Pendant le gouvernement de la junte militaire,
40:03il n'y a pas de parlement.
40:03– Non, mais on a fini avec la junte.
40:06– Il n'y a pas de parlement.
40:08Le 11 janvier 1980, je vous l'ai dit tout à l'heure,
40:13en 1978, le peuple dit oui
40:17pour que Pinochet soit président.
40:19– D'accord.
40:20– En 1980, Pinochet récidive,
40:24et en même temps qu'il offre sa candidature,
40:28il propose une nouvelle constitution.
40:30C'est accepté par une majorité de Chiliens
40:33plus faible.
40:35Il devint donc président de la République,
40:37une nouvelle fois,
40:40et il garde le pouvoir jusqu'en 1988.
40:45– En 1988, le nom l'emporte avec 54,7% des suffrages valides,
40:52et Pinochet accepte le résultat.
40:54C'est surprenant.
40:54– Eh oui, c'est surprenant.
40:56En fait, en général, un dictateur ne quitte pas le pouvoir,
40:58et en général, il ne sollicite pas non plus le suffrage universel.
41:02Et là, c'est une exception.
41:03Alors, ce terrible dictateur, ce croque-mitaine, n'est-ce pas,
41:07ce père fouettard qu'est Pinochet,
41:10battu aux élections, de peu d'ailleurs,
41:1240-45%, il quitte le pouvoir.
41:16Il va y avoir, deux mois après, en décembre,
41:18des élections présidentielles ouvertes.
41:21Et là, c'est un démocrate chrétien, Patricio Hallouine,
41:24qu'il va être élu en face d'un candidat de rénovation nationale,
41:29Hernan Bouchy, qui est l'un des Chicago Boys,
41:32qui va quand même faire presque 30% des voix.
41:35Donc, on ne peut pas dire qu'il y a un rejet total du Pinochetisme,
41:38si on peut utiliser ce mot-là,
41:40parce qu'il n'y a pas eu de doctrine Pinochetiste.
41:43– Mais on ne peut pas dire qu'il abandonne vraiment le pouvoir,
41:45parce que je crois que la Constitution…
41:46– Lui permet.
41:47– Lui, c'est moi, qu'il est un petit poste confortable.
41:49Lui permet de rester commandant en chef de l'armée.
41:52Donc, l'air de rien, le pouvoir civil est sous le regard de l'armée.
41:57Il y a des élections législatives,
41:59et c'est les démocrates chrétiens qui les emportent.
42:03En 1998, dix ans après…
42:07– Donc, pendant ces dix ans, huit, dix ans,
42:09il est toujours commandant en chef de l'armée ?
42:10– Il est toujours commandant en chef de l'armée.
42:12– Et là, comment ça se passe économiquement parlant ?
42:13Ça rebondit de nouveau ?
42:15– Oui, c'est plutôt…
42:16– Oui, ça ne va pas dans le mauvais sens.
42:17– Et au niveau des libertés individuelles ?
42:19– Ah ben oui, non, mais c'est totalement rétabli.
42:21C'est totalement rétabli, si vous voulez.
42:24Justement, la constitution que Pinochet a mis sur les rails permet…
42:27Alors, en revanche…
42:28– Et lui n'est pas inquiété dans le pays ?
42:30– Il n'est toujours pas inquiété, il ce sera ultérieurement.
42:33– Et est-ce que d'autres sont inquiétés,
42:36les gens qui l'entouraient, des responsabilités ?
42:38– Alors oui, oui.
42:38– Est-ce qu'il commence à y avoir une purge ?
42:40– Une purge, oui.
42:41– Entre 90 et 90.
42:42– Alors, il y en a un…
42:42– Mais on ne touche pas à Pinochet.
42:43– On ne touche pas à Pinochet, il y en a un qui va morfler,
42:46passez-moi l'expression, c'est le général Cantreras,
42:48qui était le patron de la DINA,
42:50qui la DINA, ce sont les services secrets,
42:52et effectivement, lui, il a mis les mains dans le cambouis,
42:56il faut vraiment le reconnaître.
42:58Et donc, vous avez parlé tout à l'heure de…
43:01je ne sais pas si vous en avez parlé de l'assassinat de l'hôtelier.
43:04– Non.
43:04– Qui était ministre des Affaires étrangères socialiste,
43:08évidemment, qui est mort dans des conditions étranges.
43:11Il y a aussi le général Prats, qui était hostile à ses pairs,
43:17qui a disparu aussi dans des conditions mystérieuses.
43:20Donc, on a pensé que le général Cantreras avait la main longue,
43:27et qu'il a fait exécuter ses opposants farouches au régime de Pinochet.
43:33La question se pose, est-ce qu'il a fait ça de sa propre initiative,
43:37ou est-ce qu'il l'a fait sur ordre ?
43:39– Pinochet a désavoué son subalterne en disant qu'il n'était pas responsable,
43:47il ne lui a même pas rendu visite en prison.
43:52Alors, ingratitude ou pas ?
43:54Ça, je laisse le téléspectateur en décider.
43:58– Donc, je reviens, pendant ces huit ans,
44:02Pinochet est à la tête de l'armée, les choses se calment,
44:05il y a une épuration politique tout de même,
44:08c'est-à-dire qu'on peut dire que ce sont les seconds couteaux qui trinquent ?
44:11– Oui, parce que la justice, bon, petit à petit,
44:15est rétablie la justice civile.
44:18Et il y a quand même un certain nombre de crimes
44:21qui vont remonter à la surface.
44:22On ne parle pas des combats qui ont eu lieu
44:25entre les terroristes d'extrême-gauche et les carabiniers,
44:29ça c'est l'ailleurs.
44:30Là, il y a des victimes, on ne dit plus rien.
44:32Donc, on parle d'exécution sommaire qui aurait été faite
44:35par des militaires.
44:38Et pour l'instant, le général Pinochet n'est pas inquiété,
44:42on ne lui met pas sur le dos ses turpitudes,
44:47et il est toujours commandant en chef,
44:49et il est atteint par la limite d'âge,
44:52et en mars 1998, dix ans après,
44:56et donc, pendant ces dix années-là,
45:00Pinochet est toujours bien vivant,
45:03à son poste de patron de l'armée,
45:06et bon an, mal an, ça se passe bien,
45:09plutôt bien avec le pouvoir civil.
45:11Le pouvoir civil qui a repris la direction du pays,
45:14grâce à lui, il ne s'est pas cramponné au pouvoir
45:17comme certains dictateurs,
45:19qui ont été obligés de prendre la fuite en catastrophe,
45:22comme dit Caraguan.
45:22– Ça, c'était son côté légaliste qui ressortait,
45:24ou c'était une lassitude du pouvoir aussi, peut-être ?
45:27– Alors, difficile à dire si c'est son tempérament…
45:32À l'origine, ce n'est pas lui le putschiste.
45:35À l'origine, ce n'est pas lui le putschiste.
45:37Il est entraîné par ses collègues
45:39qui le mettent sur le pavois
45:41parce que c'est lui qui est le plus haut gradé.
45:44Donc, son enfant, c'est le rétablissement d'un régime normal.
45:49On ne peut pas dire que ce soit une vraie démocratie intégrale,
45:52mais un régime normal où il n'y a plus, si vous voulez,
45:55d'actes arbitraires.
45:58– Mais il y a le voyage à Londres.
45:59– Ça, c'est après.
46:00Il devient sénateur à vie, comme la Constitution le prévoyait,
46:06sénateur à vie en quittant son poste de commandant-chef.
46:08Et il y a le voyage à Londres pour raison de santé,
46:11et en même temps pour négocier des marchés,
46:13contrats d'armes.
46:14– Et alors là, sur la requête d'un juge espagnol,
46:19le juge Garfon,
46:21qui représente les intérêts de centaines de disparus, etc.,
46:26le gouvernement socialiste, travailliste de Londres,
46:30arrête le général Pinochet, l'interne,
46:32dans une résidence surveillée.
46:34Évidemment, ce n'est pas une prison,
46:36c'est plutôt une prison dorée.
46:37Et alors là, le pouvoir légaliste à Santiago
46:40joue les outragés.
46:44Là, si vous voulez,
46:46il y a une de mauvaises relations diplomatiques
46:50entre Santiago et Londres,
46:51parce que Londres a capturé quand même un général chiniens.
46:55La seule qui va soutenir M. Pinochet
46:58en résidence surveillée, qui va venir le voir,
47:01c'est Margaret Thatcher.
47:02Margaret Thatcher, conservatrice,
47:04qui rendait hommage aux petits services
47:08que les Chiliens lui avaient rendus,
47:10dans l'affaire des Malouines.
47:11– Bien sûr.
47:12– Voilà, donc, Pinochet va être libéré
47:15au terme de 503 jours de résidence surveillée,
47:19et il va rentrer dans son pays,
47:22où là, il y a des petits juges
47:24qui vont essayer de trouver des astuces juridiques
47:29pour le poursuivre en justice.
47:32Et c'est ce qui va se passer,
47:35il s'en sortira quand même tête haute,
47:38et évidemment, il va terminer sa carrière
47:42par son décès, le 10 décembre 2006,
47:47après avoir démissionné de son poste de sénateur
47:50quatre ans avant,
47:51parce qu'effectivement,
47:53là, j'étais là.
47:55– Et il a fait un très beau discours
47:58quand il a quitté le pouvoir,
48:01je le publie intégralement dans le livre,
48:03où vraiment, il fait appel à…
48:07Enfin, je ne sais pas si c'est lui qui l'a rédigé,
48:10mais en tout cas, il y a une hauteur de vue incroyable.
48:13– Alors, très vite, parce qu'il nous reste deux minutes,
48:16donc en une minute déjà,
48:17on n'a pas parlé de l'homme, Pinochet.
48:19Qu'est-ce qu'on sait de lui ?
48:20On a ce côté un peu mystérieux,
48:22caché, coiffé de sa grande casquette
48:25et de ses lunettes noires.
48:27Qu'est-ce qu'on sait de l'homme ?
48:28– Alors, d'abord…
48:29– Une minute.
48:30– Une minute.
48:31– Une minute.
48:31– Bon, Pinochet, écoutez,
48:34son origine est française,
48:36bretonne.
48:37Bon, il a eu même un tonton,
48:39un grand-tonton,
48:40qui était Camelot-du-Roua, vous voyez ?
48:43– C'est un…
48:44– Qu'est-ce qu'on sait de sa personnalité ?
48:46– Sa personnalité.
48:48– Il est volontaire.
48:50Il est né à Valparaiso,
48:51dans un foyer modeste.
48:52Le père était douanier,
48:54la maman était mère au foyer.
48:55C'est l'armée qui l'a formée.
48:57L'armée, l'armée, l'armée, l'armée.
48:59Il passe pour un bon père de famille.
49:02Quoique, quand il a été attaché militaire
49:04en Équateur,
49:05il y a eu une petite bavure.
49:09– C'est un homme austère, un drôle.
49:12– C'est plutôt un homme austère.
49:13Sa femme n'avait pas apprécié du tout
49:14ce petit écart.
49:16Et puis, c'est un bon grand-père.
49:17Voilà.
49:18On peut dire que c'est un bon grand-père.
49:19Et pourtant, il a cette allure père fouettard.
49:21– Mais ce n'est pas un personnage flamboyant.
49:24– Non, regardez,
49:25il porte des lunettes noires tout le temps.
49:27Ça assombrit le personnage.
49:28Mais c'est la mode à l'époque.
49:30– Oui, oui.
49:30– Vous avez même en Pologne,
49:32Jaruzelski,
49:33qui est un général aussi,
49:34qui est au pouvoir,
49:35qui porte des lunettes de soleil.
49:36Bon.
49:37Et pourtant, en Pologne,
49:38il y a moins de soleil qu'au Chili.
49:39– Alors, comment on peut-on expliquer
49:41que la gauche internationale,
49:42finalement,
49:42parce qu'on a parlé des autres dictateurs sud-américains.
49:45Pourquoi est-ce qu'on continue vraiment à vouer à Pinochet
49:48une haine quasi unique,
49:51plus qu'à d'autres régimes autoritaires
49:52qui, finalement, ont fait bien davantage de victimes ?
49:55– Si vous voulez,
49:56il paye pour les autres.
49:58C'est un symbole.
49:59C'est un symbole.
50:00En plus, pourquoi ?
50:01Parce qu'il a réussi.
50:03Donc, c'est d'autant plus,
50:04si vous voulez,
50:04c'est d'autant plus
50:07la gauche peut être hargneuse
50:09contre ce type-là
50:10parce que,
50:11malgré ses travers de dictateurs
50:14et les bavures de son régime,
50:16ce régime a quand même réussi
50:18à faire quelque chose.
50:19En Argentine,
50:20les généraux
50:21ont foiré lamentablement,
50:23comme les colonels grecs d'ailleurs.
50:26Bon, partout ailleurs,
50:27les régimes militaires
50:28ont été plus ou moins balayés
50:30et remplacés par des pouvoirs de gauche.
50:32Ce qui s'est passé d'ailleurs au Chili
50:34avec une mandature de Mme Bachelet.
50:37Mais ça a été provisoire.
50:39C'est une parenthèse
50:40parce que la droite
50:40est vite revenue au pouvoir.
50:41– Et d'ailleurs,
50:42aujourd'hui, au Chili ?
50:43– Au Chili,
50:44c'est un président de droite,
50:46le président Pineda,
50:48qui a été remplacé,
50:49pardon,
50:51dernièrement par,
50:53j'ai oublié son nom,
50:56par un homme de droite aussi.
50:58Donc, vous voyez,
50:59il y a un coup de balancier
51:01et un coup de balancier
51:03qui n'est pas exceptionnel au Chili.
51:04Ça se généralise partout
51:06en Amérique latine.
51:07Il y a quelques exceptions.
51:10Le Brésil avec l'Oula,
51:12l'Uruguay,
51:13mais tous les autres pays
51:14d'Amérique latine,
51:15par exemple en Colombie,
51:16récemment,
51:16un nouveau président.
51:17Vous avez la Bolivie aussi,
51:21qui a foutu à la porte
51:23le système bolivarien.
51:26Vous avez le Paraguay,
51:28bien entendu.
51:29Vous avez en Amérique centrale
51:30le Costa Rica avec une femme
51:31à poignes,
51:32etc.
51:33Salvador.
51:34Bon, vous voyez,
51:35il y a un retour de bâton.
51:37Alors, en 15 secondes,
51:39Jean-Claude,
51:40quelle est la mémoire
51:40aujourd'hui de Pinochet
51:42au Chili ?
51:43Écoutez,
51:44il y a une fondation
51:45qui porte son nom,
51:47il y a un musée,
51:49et cette fondation
51:50est en parallèle
51:52à la fondation franco
51:53en Espagne.
51:54C'est le même système.
51:55Et puis,
51:56évidemment,
51:57dans les manuels scolaires,
51:59dans la presse.
52:00C'est très nuancé,
52:01mais il conserve
52:04un meilleur souvenir
52:05que le caudilio
52:06dans son pays.
52:07Ça sera le mot de la fin.
52:08Donc,
52:08Augusto Pinochet,
52:09la résurrection du Chili
52:10par Jean-Claude Rolina,
52:13donc,
52:14chez Synthèse Nationale,
52:15dans la biocollection
52:16qui est dirigée
52:16par Francis Bergeron
52:18et David Gattegnaud.
52:20Jean-Claude,
52:21merci infiniment.
52:22C'est moi qui vous remercie.
52:22Peut-être avec un autre dictateur
52:24sud-américain.
52:26Nous verrons ça.
52:27C'était Passé-présent,
52:29l'émission historique de TVL,
52:32réalisée en partenariat
52:33avec la revue d'Histoire européenne.
52:36Alors,
52:36avant de nous quitter,
52:37vous n'oubliez pas,
52:37bien sûr,
52:38de cliquer sur le pouce levé
52:39sous la vidéo
52:39et de vous abonner
52:40à notre chaîne YouTube.
52:42Merci,
52:42à bientôt.
52:43Sous-titrage Société Radio-Canada