00:02RTL Matin, Céline Landreau.
00:04Et l'invité d'RTL Matin maintenant à 7h44.
00:07Bonjour François Ruffin.
00:09Bonjour.
00:09Député de la Somme, président de Debout et candidat à la présidentielle.
00:13Vous venez d'écouter François Langlais.
00:15Mieux payé nos dirigeants pour espérer être mieux gouverné ?
00:18Moi je suis un député au SMIC et je suis prêt à devenir un président de la République au SMIC
00:23parce que je considère que c'est de l'argent de poche.
00:25En fin de compte il y a tout frais payé.
00:26Quand on est à l'Elysée, on ne paye pas ses factures de gaz.
00:29On ne paye pas, quand on va à Brégançon, on ne s'arrête pas sur une aire d'autoroute pour
00:33faire le plein du péage.
00:34Ce n'est pas nous qui sortons notre carte bancaire.
00:36Donc les 16 000 euros dont on parle, c'est de l'argent de poche.
00:39Donc je suis prêt à très largement diminuer tout ça et dire qu'un président qui avait doublé son salaire,
00:44c'était Nicolas Sarkozy.
00:45Ça n'a pas donné d'exemple en maillette en matière ni de politique publique, ni en matière de lutte
00:52contre la corruption.
00:53Puisqu'au contraire, il est maintenant depuis multi-candamnés avec bracelets électroniques et compagnie.
00:57Donc Sébastien Lecornu a raison de réfléchir à baisser les indemnités de ses ministres.
01:01En tout cas je pense que l'exemple doit venir d'en haut.
01:03Et quand on n'arrête pas de demander aux Français de faire des sacrifices, de se serrer la ceinture,
01:08ceux qui nous dirigent devraient être les premiers à montrer cet exemple-là.
01:11Bon, pour pouvoir toucher le SMIC à l'Elysée, il faudra être élu.
01:14François Ruffin évidemment.
01:16Pour l'instant vous souhaitez participer à la primaire socialiste, convaincu de pouvoir la remporter.
01:20Mais impossible de prendre la ligne de départ.
01:23On pensait que l'affaire était tranchée.
01:26Hier, le PS a exposé à la presse les règles de cette primaire.
01:30Et puis dans la soirée, une lettre ouverte d'une centaine de responsables socialistes
01:33appelaient encore à les revoir, ces règles, pour vous permettre de finalement participer.
01:37Comme Marine Tondelier d'ailleurs, ou l'homme d'affaires Mathieu Pigasse.
01:40Ça vire au mauvais feuilleton, non ?
01:42Écoutez, moi je suis prêt à y aller.
01:44Normalement il devait y avoir une grande primaire ouverte que je voulais de Poutou à Hollande.
01:48Et puis, ils ont eu peur.
01:50Ils ont eu peur que les partis socialistes, Passe-Pudic, Raphaël Glucksmann,
01:54ils ont eu peur de perdre ça.
01:56Donc ils se sont dit, bon, on va se replier dans notre coin.
01:58Moi je lis leur charte, je dis, bon, moi j'ai rien contre ça, pourquoi pas y aller ?
02:02Ça me fait marrer.
02:03Je suis prêt à aller sur leur terrain, avec leurs règles, avec leurs arbitres.
02:08Et qu'est-ce qu'ils font ?
02:08Ils ferment la porte à triple tour, ils la blindent,
02:11ils mettent des mines derrière pour pas qu'on puisse rentrer.
02:13C'est panique à bord.
02:14Bon, je le dis, moi je pense que ça ferait du bien.
02:17Ça ferait du bien à la démocratie, ça ferait du bien au pays
02:20que d'avoir un débat avec Raphaël Glucksmann sur comment on remet de l'argent dans le porte-monnaie du
02:24français.
02:25Comment on rapatrie de l'industrie dans notre pays.
02:27Comment on fait pour que les logements payent moins cher dans les budgets.
02:31Je pense qu'avoir un grand débat public plutôt que de se replier.
02:34Vous savez, si aujourd'hui chacun avance dans son couloir, les communistes avec les communistes,
02:38les socialistes avec les socialistes, les écologistes avec les écologistes,
02:41les insoumis avec les insoumis, il n'y a pas d'espoir de victoire.
02:44Je suis là pour bousculer, je suis là pour bousculer cette histoire-là.
02:48C'est l'an dernier, je suis allé à l'hommage aux Invalides à Lionel Jospin.
02:53C'était du temps du grand parti socialiste.
02:55Et pourtant, il a fait la gauche plurielle avec les communistes et avec les écologistes.
03:00Et aujourd'hui, on a le petit parti socialiste.
03:01Il n'a pas gagné la présidentielle.
03:03Aujourd'hui, on a le petit parti socialiste qui dit
03:05« Non, on va faire ça tout seul dans notre coin. »
03:07Ça ne peut pas marcher, ça ne peut pas marcher comme ça.
03:09Et moi, je vois, je regrette que Raphaël Glucksmann ait peur,
03:13mais il n'a pas peur de moi, en fait.
03:14Il a peur des électeurs.
03:16Pourquoi ils font un suffrage censitaire ?
03:18Pourquoi ils mettent une barrière de 15 euros de droit de péage à l'entrée ?
03:22Pour avoir le moins de votants possible.
03:25Comme s'il y avait un risque que Raphaël Glucksmann soit trop populaire.
03:29Eh bien, il faut en plus qu'il n'y ait pas des ouvriers pour venir les déranger.
03:33Si vous aviez pu y participer à cette primaire...
03:36J'y suis prêt, toujours.
03:37Oui, mais c'est dans un mois, exactement, le premier tour.
03:40Donc le délai se réduit quand même chaque jour.
03:41Alors, si vous pouvez y participer et si vous ne la gagnez pas,
03:45est-ce que vous allez vraiment pouvoir vous ranger derrière le vainqueur
03:48si c'est Raphaël Glucksmann ?
03:49Sacha Houllier, l'un de ses lieutenants, vous a interpellé sur X.
03:53Il dit « Tu es anticapitaliste, tu es souverainiste,
03:55tu es contre le nucléaire civil,
03:56tu es opposé à la régularisation des travailleurs étrangers.
03:59Comment peux-tu prétendre incarner la gauche sociale démocrate ? »
04:01À le lire, il y a un monde entre vous.
04:03Mais il y a un monde, surtout avec Sacha Houllier,
04:05il n'y a pas de doute,
04:05qui a appris le mensonge auprès d'Emmanuel Macron.
04:07Donc ça, ce n'est qu'un ramassis de mensonges.
04:11Est-ce qu'il faut que vous n'êtes pas anticapitaliste ?
04:13Je suis pour que, dans les entreprises,
04:15il n'y ait pas tout le pouvoir au capital,
04:17mais qu'il y ait du pouvoir pour les salariés
04:18et qu'il y ait du pouvoir aussi pour les ONG,
04:21pour un certain nombre d'élus locaux.
04:22Et que le seul but des firmes,
04:24ça ne soit pas de faire du profit
04:25et de le redistribuer en dividende à leurs actionnaires.
04:28Mais vous savez, il me semble que ça,
04:30normalement, c'est partagé par les socialistes.
04:32Je veux dire, moi, je me sens un héritier honnête, honorable
04:35de Léon Blum ou de Jean Jaurès.
04:39Voilà, je suis dans cette tradition.
04:40Je suis dans cette tradition qui considère qu'en effet,
04:43tout le pouvoir ne doit pas aller à l'argent.
04:45Alors, à défaut d'avoir des relations apaisées actuellement avec les socialistes,
04:48vous en avez avec Dominique de Villepin.
04:50Vous avez débattu ensemble.
04:52Et vous vous reniflez, ce sont vos mots.
04:54Qu'est-ce que vous sentez chez Dominique de Villepin ?
04:56D'abord, dire peut-être que ça fait du bien.
04:59Ça fait du bien.
05:00Il y a la deux hommes libres.
05:01Oui, l'un qui vient de la droite, l'autre qui est de gauche,
05:04mais qui débattent avec respect, avec honnêteté,
05:08qui se demandent qu'est-ce qu'on peut faire pour relever les défis du pays,
05:11le défi productif, pas de grand pays, sans grande industrie,
05:14sans une agriculture qui assure notre autonomie,
05:16le défi démographique, parce qu'il y a de plus en plus de personnes âgées
05:19dont il faut s'occuper.
05:20Mais à la fin, vous comptez faire quoi ensemble ?
05:21C'est un ticket ? On doit imaginer ça ?
05:23D'abord, dire qu'on en est loin.
05:26On en est loin.
05:27Vous savez, je disais, c'est un peu premier rendez-vous Tinder.
05:31Bon, ben, c'est pas à ce moment-là qu'on présente le Pax.
05:33Parfois, ça va vite.
05:35Peut-être que ça va vite, mais pas pour avoir des enfants,
05:37pas pour s'installer, pas pour prévoir un avenir ensemble.
05:40Donc, en revanche, dire qu'il y a là un échange sur le diagnostic,
05:45sur les points communs qu'il peut y avoir à l'horizon,
05:47et sur la nécessité qu'il y a de faire dérailler le train de l'histoire,
05:51le train de la fatalité.
05:52Un train qui amène Marine Le Pen à l'Elysée.
05:55Il y a quand même des divergences énormes.
05:56Votre rapport à l'argent, la question du climat.
05:59Bien sûr qu'il y a des divergences.
06:01Maintenant, vous savez, dans mon parcours,
06:03je suis venu ici dans ce studio pour présenter un film
06:06que j'avais fait avec Bruno Bonnel,
06:07qui était un député macroniste, chef d'entreprise, et ainsi de suite.
06:11Et pourtant, nous avons travaillé ensemble sur les métiers du lien,
06:13d'assistante maternelle, d'accompagnante d'enfants en situation de handicap,
06:17d'auxiliaire de vie.
06:17J'ai fait un autre film avec Sarah Salman,
06:20une députée qui tenait des propos à l'antenne,
06:23contre les salariés, et ainsi de suite.
06:24Je l'ai remise dans le monde du travail, quelque part,
06:27et je l'ai réinsérée,
06:28et finalement, elle tient des propos qui sont aujourd'hui plutôt de gauche.
06:32Donc moi, je ne suis pas quelqu'un qui suis figé,
06:35qui me dit, tiens, vous savez quand on me parle de périmètre,
06:37on me dit le périmètre politique.
06:39J'ai l'impression d'être dans un enclos aux eaux,
06:41et que je ne devrais pas en sortir.
06:43Mais non, si on laisse faire le jeu tel qui se produit,
06:46évidemment, on court au pire.
06:48Et je pense qu'il y a des républicains dans ce pays
06:50qui ont envie qu'on change de chemin.
06:53Et non pas pour faire du bricolage,
06:55non pas pour faire du ravaudage,
06:56et c'est quelque chose que je partage avec Dominique de Villepin,
06:58c'est que l'heure, aujourd'hui, est venue d'une grande remise à plat.
07:01Alors l'enclos, vous en sortez pour faire campagne,
07:03vous avez fait beaucoup d'autostop cet été,
07:05vous en avez tiré des vidéos qu'on peut voir sur votre chaîne YouTube.
07:08On vous voit attendre beaucoup au bord de la route,
07:11échanger parfois avec ceux qui acceptent de vous laisser monter,
07:13vous en avez retiré quoi ?
07:14Vous savez, c'est des discussions...
07:16Moi, en tout cas, s'il s'agissait pour moi de casser le mur de...
07:19Vous savez, quand vous faites campagne,
07:20vous êtes entouré par des gens qui pensent comme vous.
07:22Ben non, je ne voulais pas ça.
07:24Je voulais rencontrer les Français presque au hasard.
07:26Et qu'est-ce que j'en ai retiré ?
07:28Il y a un grand temps de rupture dans la vie des Français,
07:31ce sont les ruptures affectives.
07:33Le moment où, finalement, il y a un divorce,
07:37il y a une séparation,
07:38et derrière, c'est un choc sentimental,
07:41mais c'est aussi un choc financier.
07:42Ça peut être un choc de la pauvreté,
07:44c'est un choc sur le logement.
07:45Et je pense que c'est un moment où la société doit agir,
07:48où il doit y avoir, en gros, la sécurité sociale,
07:52prévu après-guerre,
07:53une lutte contre les risques de maladie, de vieillesse.
07:55Vous voulez une lutte contre la détresse affective ?
07:57Non, ce n'est pas la détresse affective.
07:59C'est qu'à ce moment-là,
08:00il doit y avoir une intervention publique
08:01pour se demander comment on fait pour que la femme,
08:03comment on fait pour que les enfants ne chutent pas dans la pauvreté.
08:05Et l'autre sujet qui a été endémique,
08:08c'est la question du handicap.
08:10Le handicap ne doit pas être synonyme de pauvreté.
08:13Il doit y avoir la possibilité de cumuler les revenus du travail
08:16et la loxiation à du profit.
08:18Et on retrouve tous ces échanges, évidemment, sur votre chaîne YouTube.
08:20François Ruffin, vous restez avec nous.
08:21Philippe Cavendres.