- il y a 6 semaines
Après avoir remporté l'UTMB, la double championne du monde Blandine Hirondel revient sur son parcours sportif de traileuse, sa carrière médicale puisqu'elle aussi gynécologue-obstétricienne. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-mardi-08-septembre-2026-7230482
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00:00Quand elle était enfant, Blandine Hirondel était la seule petite fille de la famille.
00:05Elle avait 4 frères. Eux, ils faisaient les 400 coups.
00:09Elle, on lui interdisait de se faire mal.
00:12Maintenant qu'elle a 35 ans et qu'elle est double championne du monde de trail,
00:17qui osera lui dire de ne pas se faire mal ?
00:20Elle vient de gagner la course Rennes.
00:22Le Mont Blanc, 174 km, 10 000 m de dénivelé positif,
00:2822 heures de foulée dans la caillasse.
00:30Elle est devenue une héroïne pour des légions de femmes
00:33qui la voient repousser les limites du corps.
00:36Elle, qui pourtant, est médecin.
00:39Elle, qui est gynécologue spécialiste du corps féminin.
00:44Mais qu'est-ce qu'elle fait, elle, avec le sien ?
00:47Portrait numéro 175.
00:51Bonjour docteur.
00:54Ça fait longtemps qu'on ne m'a pas appelée comme ça.
00:55Bonjour Blandine Hirondel.
00:58Pour ceux qui ont envie de vous voir courir, pleurer parfois,
01:04s'effondrer sur la ligne d'arrivée et remercier le ciel et les étoiles,
01:09je signale qu'il y a un documentaire sur votre parcours qui est en ligne sur le site de l
01:13'équipe
01:13qui est intitulé Blandine et qui est réalisé par Aurélien Delfos.
01:18Dans quel état vous l'avez terminée cette course hallucinante de l'ultra trail du Mont Blanc,
01:23l'UTMB, comme on dit dans notre jargon, la semaine dernière ?
01:27Ah, dans quel état ?
01:28Je pense que j'ai repoussé, je suis vraiment allée essayer de repousser mes limites,
01:34tout le temps ne les dépassant pas.
01:36Parce que c'est vraiment, moi, mon gage de ne pas aller non plus au-delà de mes limites
01:43pour préserver ma santé, mais effectivement, j'ai poussé bien loin
01:46et repoussé justement ces fameuses limites dans la douleur, contrôlée, on va dire,
01:53mais sans aucun regret, parce que les émotions étaient incroyables.
01:58C'était incroyable, ça c'est l'arrivée.
02:09La fin a été très dure, donc il y a eu des chutes.
02:14Oui, des chutes filmées.
02:16Alors, je ne vais pas vous cacher qu'il y a régulièrement quand même des chutes sur tout le parcours.
02:20Surtout, moi, je suis quelqu'un qui chute beaucoup,
02:23mais là, en l'occurrence, j'ai quand même chuté beaucoup de fois sur la fin.
02:26Pourquoi vous êtes quelqu'un qui chute beaucoup, à votre avis ?
02:29Eh bien, écoutez, je ne sais pas trop, je n'ai pas le pied montagnard,
02:32je ne sais pas si vous l'avez précisé.
02:34Au-delà d'avoir vécu avec quatre frères, effectivement,
02:37je viens aussi de Normandie, d'un pays plat,
02:39et j'ai découvert la montagne à l'âge de 26 ans.
02:43Et donc, oui, effectivement, je n'ai pas ce pied montagnard,
02:45donc je l'ai appris à côtoyer la montagne, les descentes,
02:49mais parfois, je me prends facilement les pieds dans les branches.
02:54Pendant la course, la dernière chute,
02:57j'ai pris un coup au niveau de ma cuisse, de mon quadriceps.
03:02J'ai un bel hématome, d'ailleurs, qui est encore présent, même à AJ plus 10.
03:05Des larmes ?
03:06Alors là, oui, des larmes, beaucoup.
03:07Vous avez dit pleurer parfois, j'aurais dit pleurer souvent même.
03:11Des larmes de joie, pas de souffrance.
03:13Des joies ?
03:14Oui.
03:15C'est vrai.
03:16Il n'y a pas de moment de découragement ?
03:17Alors, je pense vraiment juste à la fin,
03:19quand j'arrive au sommet de la Flégère.
03:21Donc, la Flégère, c'est une station de ski, une télécabine,
03:24et c'est vraiment le dernier ravitaillement avant la fin,
03:28à peu près au dixième, enfin, dix kilomètres avant l'arrivée.
03:32Je ne me rappelle pas, mais je revois des images.
03:33Et à ce moment-là, oui, j'ai pleuré.
03:35J'ai dit, j'y arriverai jamais.
03:36Là, c'était peut-être le seul moment où vraiment j'étais découragée
03:40et j'étais exténuée au bout de moi-même.
03:42Et c'était peut-être les seuls moments où j'avais des larmes de découragement.
03:46Vous l'avez fait combien de fois ce parcours ?
03:49Parce qu'en course, c'était la troisième fois.
03:51Mais en fait, à chaque fois que je me prépare pour la course,
03:54je le fais à peu près une à deux fois.
03:56Donc, peut-être entre six et douze fois, oui.
03:59Et douze fois.
04:00C'est ça, dans une vie normale, on va dire,
04:03faire le tour du Mont Blanc à pied, ça arrive une fois dans la vie.
04:06Vous êtes presque à douze.
04:07C'est un objectif d'une vie, c'est vrai.
04:09Et avec du recul, a posteriori, je ne me rends pas compte.
04:12Parce que quand je refais ces courses,
04:14là, ça avait beau être la peut-être dixième fois que je faisais ce parcours.
04:16Chaque fois, c'est dans des contextes différents,
04:19en course, en entraînement, avec des gens différents,
04:21une météo différente.
04:21Est-ce qu'on est encore ébloui par la beauté des sommets,
04:25quand on est là-haut ?
04:27Oui, j'essaie de profiter à chaque fois, de m'éblouir.
04:30Par contre, quand je suis en course,
04:32la plupart du temps, j'essaie d'être focalisée
04:33et de rester vraiment...
04:34Sur mes pieds ?
04:35Oui.
04:35On regarde ses pieds ?
04:36On regarde ses pieds et puis on reste vraiment dans sa gestion d'effort.
04:38Par contre, c'est un de mes tiroirs mentaux, on va dire,
04:42que je vais dégainer à des moments où j'aurai des coups de moins bien.
04:47Et parmi tout cela, effectivement, parfois, je vais me dire,
04:50lève les yeux, regarde tout ce qui t'entoure,
04:52admire ce paysage et prends conscience de la chance que tu as d'être ici.
04:56Et là, vous avez un souvenir, une image qui restera ?
04:59Si on veut parler d'un souvenir au niveau paysage,
05:03effectivement, je me rappelle d'un moment,
05:05on était donc au petit matin, vers 7-8 heures,
05:09c'était, on va dire, à peu près au 90e kilomètre.
05:12Et là, je retrouve des amis photographes et vidéastes.
05:16Normalement, on n'a pas trop le droit d'échanger avec eux,
05:18mais je les entendais derrière leur appareil photo dire
05:20« Waouh, c'est magnifique, c'est incroyable, etc. »
05:22Donc, je me doutais qu'ils ne parlaient pas de moi.
05:24Et là, je me retourne et le cadre était somptueux.
05:29C'est-à-dire que derrière moi, il y avait le Mont-Blanc,
05:32qui se dressait.
05:34Et comme c'était au petit matin,
05:35donc on avait juste le sommet du Mont-Blanc
05:38qui était illuminé d'une couleur rosâtre,
05:41derrière un fond un peu orangé.
05:43Et surtout, la lune, c'était pleine lune.
05:46Donc, on avait le coucher de lune
05:47juste à côté du Mont-Blanc rose.
05:50C'était effectivement somptueux.
05:51Et j'ai un souvenir de la première sortie
05:54qu'on fait ensemble.
05:55Tu sais, moi, je vis un peu du sud.
05:56Donc, tu vois, tu as un peu ce côté,
05:58un peu je bombe le torse.
06:01Je suis un mec.
06:03Surtout quand tu as 25 ans, tu es un peu con.
06:05Et dans la première bosse, elle m'a explosé.
06:07Elle était presque bouche fermée.
06:09Elle me parlait.
06:09Moi, je n'arrivais même pas à lui répondre.
06:13Elle ne s'entraînait pas.
06:14Elle le courait à peine.
06:15Et là, je me suis dit,
06:16ce n'est pas possible.
06:17Elle est hors norme, cette fille.
06:19Qui en entend, là ?
06:20Votre amoureux.
06:22Effectivement, Mathieu.
06:22D'ailleurs, j'ai fait un petit clin d'œil
06:23parce que juste avant de venir en studio,
06:26il m'a avoué qu'il était en train d'écouter la radio.
06:29Il travaille au bloc opératoire actuellement
06:31de Folle où je travaille.
06:32Donc, je salue le bloc opératoire de Folle.
06:35Salutons le bloc opératoire.
06:37Mais restez concentrés sur le travail quand même.
06:40Qu'est-ce que c'est qu'un trail ?
06:41Qu'est-ce que c'est qu'un ultra trail
06:42pour ceux qui ne connaissent pas ?
06:44Alors, le trail, c'est juste de courir dans des sentiers.
06:49Donc, effectivement, la plupart du temps,
06:53ça reste de la montagne.
06:55C'est là où il y a du dénivelé.
06:56Mais en fait, on peut faire du trail tout simplement
06:57aussi à côté de Paris, en Normandie.
06:59Il y a des sentiers, il y a un petit peu de dénivelé.
07:01L'ultra trail, après, ça va être des distances
07:04bien plus élevées.
07:05Mais même dans notre milieu,
07:06même les experts du trail et de l'ultra trail,
07:08à chaque fois, on se pose la question
07:09quelle est la limite entre le trail et l'ultra trail.
07:1280 kilomètres ?
07:13Plus de 80 kilomètres, c'est l'ultra trail ?
07:14Ça peut être 80, ça peut être 100.
07:16Ça peut être aussi le fait de passer une nuit en montagne.
07:21Enfin, une nuit dehors.
07:22Moi aussi, j'aime bien le dire comme ça.
07:23Mais effectivement, c'est soit une distance, soit...
07:25Donc, ça veut dire courir dans le sable,
07:28courir dans la boue, courir dans les rivières,
07:29courir dans les rochers, courir dans les forêts.
07:31C'est courir en pleine nature.
07:33Quand est-ce qu'on marche ?
07:34Quand est-ce qu'on court ?
07:35Blandine Hirondelle.
07:37Eh bien là, ça va dépendre aussi
07:38de l'allure à laquelle on va.
07:41Pour parler à ma propre personne,
07:42souvent, on va marcher dans les montées.
07:45Par exemple, dans des montées qui font plus de 20-30%,
07:48donc des montées plutôt raides, on va marcher.
07:51Quand on est encore un petit peu en forme,
07:52quand on est en début de course,
07:54même sur des montées, des pentes légères,
07:56on va essayer de trottiner.
07:58Et on va essayer quand même de courir
07:59dans toutes les descentes et sur du plat.
08:02Je pense qu'en fin de peloton,
08:04on ne va pas courir dans tous les plats.
08:08Il y a certaines descentes où on va être un peu fatigué,
08:10donc on va marcher.
08:13Mais on va dire que c'est de la randonnée active.
08:15C'est ça.
08:16Moi, ce que je voudrais, c'est que vous me décriviez
08:18qu'est-ce que vous ressentez physiquement, psychologiquement,
08:21que vous ressentez une descente,
08:23parce que les images, c'est spectaculaire
08:25de vous voir descendre à ces vitesses-là,
08:27dans la caillasse.
08:30Évidemment, la moindre faute de carte,
08:32c'est-à-dire si vous mettez le pied à côté du caillou,
08:35la cheville ripe.
08:38C'est un travail de longue haleine, on va dire.
08:42Ça fait longtemps que je m'entraîne pour ça.
08:44Et finalement, maintenant, mon cerveau,
08:46c'est instinctif.
08:48Quand je descends, je ne réfléchis même plus.
08:51Mon cerveau fait vraiment le travail d'analyse du terrain.
08:54Il le repère un petit peu en amont.
08:56Donc, on essaie d'avoir le regard quand même un petit peu loin
08:58pour aller repérer les dangers,
09:00quel caillou il y aura, quelle marche, quelle branche.
09:03Donc, vous avez les yeux qui balayent en permanence, en permanence,
09:06pied droit, pied gauche, pied droit, pied gauche,
09:07pied droit, pied gauche, à une vitesse folle ?
09:09Oui, mais on ne s'en rend même plus compte.
09:11En fait, c'est vraiment quelque chose qui est ancré.
09:15Comme vous, je suis impressionnée quand vous défilez
09:18et que vous parlez aussi facilement,
09:20vous ne réfléchissez même plus à ce que vous dites.
09:22Mais nous, pareil, c'est notre travail.
09:23On s'entraîne depuis des années pour ça.
09:26Donc, quand on descend, c'est fluide.
09:27Sauf peut-être vers la fin.
09:29Il y a des petits couacs.
09:32Blandine Hirondel, les marathoniens sont maigres et secs.
09:35Dans votre discipline, il faut des cuisses, il faut des fesses.
09:40Et ce qui est assez drôle, c'est que vous,
09:41vous vous présentez comme l'anomalie du peloton.
09:46Pourquoi ?
09:47Oui, quand je suis sur une ligne de départ et que je regarde à droite, à gauche,
09:50je me sens un peu plus petite, un peu plus trapue.
09:52Je n'ai pas effectivement le morphotype.
09:54Les clés marathoniens sont grands et secs,
09:56mais il y a aussi beaucoup d'ultra-trailers qui sont comme ça.
09:58Mais moi, je n'ai pas eu la chance.
10:00Mais vous, vous dites, quand les autres font un pas, j'en fais trois.
10:06Oui, effectivement.
10:07Donc, je dépense peut-être un peu plus d'énergie.
10:10Après, j'aime à dire aussi que, par chance, ma petite taille fait que quand je tombe,
10:13et je tombe souvent, je me fais moins mal parce que je suis plus près du sol
10:17et donc l'impact est moins important.
10:19Oui, c'est vrai.
10:20C'est vrai, probablement.
10:21Non, non, c'est vrai que quand on chute et qu'on est grand,
10:26c'est beaucoup plus violent.
10:27Au départ, vous avez couru coller au groupe des filles,
10:31disons dans le groupe de tête, très rapidement,
10:33ce qu'on va comprendre.
10:34Petit à petit, vous avez senti que ça décrochait derrière vous,
10:38que la distance se creusait.
10:39Je n'ai absolument rien senti parce que je voulais vraiment
10:44ne pas me focaliser sur le classement, sur le chrono.
10:46Je voulais juste rester vraiment dans mes sensations, dans mon ressenti.
10:51Et j'avais dit à mon entourage, ne me dites pas les écarts
10:55tant que c'est le début de course, début de course, milieu de course.
10:59Là, je ne vous parle même pas de cette course-là.
11:01C'est en général, l'écart n'a fait que se creuser entre vous
11:04et le groupe de tête des filles.
11:06C'est-à-dire qu'il y a quelque chose où vous avez pris votre envolée, en fait.
11:11Sans mauvais jeu de mots ?
11:12Oui, parce que vous vous appelez l'hirondelle
11:14et que c'est votre vrai nom, ça n'est pas un pseudo.
11:16Ah non, absolument pas.
11:17Qu'est-ce que c'est joli comme elle !
11:19J'en suis fière.
11:21Oui, mais alors encore une fois, vraiment pendant toute la course,
11:23je m'attendais à chaque fois à ce qu'on me reprenne.
11:25Ça peut paraître beaucoup, 20-30 minutes,
11:27mais finalement, sur 22 heures d'effort, dans un ultra-trail,
11:30ça peut se reprendre tout peu tard, il y a une chute, un coup de moins bien
11:32et 20 minutes, ça part en éclat.
11:34Votre ancien coach ?
11:35C'était vraiment, comme on l'appelle dans notre jargon, une petite toupie.
11:38Elle bougeait dans tous les sens.
11:40Elle n'avait pas une foulée académique,
11:44mais elle avançait du feu de Dieu.
11:52Quand tu as quelqu'un qui commence tout juste
11:54et qui a cette aisance, cette facilité,
12:01c'est comme si tu rentrais dans un garage,
12:04tu avais un truc sous une bâche,
12:06tu ne vois pas ce que c'est,
12:08et tu soulèves le bâche, tu te dis
12:09« Tiens, t'as un logo Ferrari. »
12:14Donc ce matin, on vous raconte l'histoire
12:15de quelqu'un qui n'avait jamais fait de sport.
12:19Oui, excusez-moi, cet extrait du film
12:21me touche profondément, énormément.
12:23C'est vrai ? Pourquoi ?
12:25La personne qui parle s'appelle David.
12:28Effectivement, ça a été la personne
12:29qui m'a mise au trail il y a presque maintenant 10 ans.
12:32Et je lui ai dédié avec sa femme Valérie
12:35ce tour du Mont-Blanc
12:37parce que cette année, il y a quelques semaines,
12:41il leur est arrivé une terrible chose,
12:43la pire chose qui puisse arriver à des parents.
12:45Et ma préparation a été vraiment tronquée
12:48jusqu'à quelques semaines avant le départ de l'UTMB.
12:51Je n'étais pas sûre d'être sur cette ligne de départ.
12:55Et je me suis accrochée à eux
12:56pour finir ce tour du Mont-Blanc pour eux.
12:58C'est beaucoup d'émotion de rentrer le savoir.
13:01Oui, c'est beaucoup d'émotion.
13:02Évidemment que c'est beaucoup d'émotion.
13:04Et il a suivi votre victoire ?
13:06Oui, ils étaient là.
13:08Et j'espère bien pouvoir aller à La Réunion
13:11pour la diffusion de ce film
13:13et leur rendre hommage en personne
13:15et les serrer fort dans mes bras.
13:16La Réunion, c'était là où vous avez fait
13:19votre internat en gynécologie ?
13:20Exactement.
13:21Voilà, l'internat de médecine.
13:23La Réunion, vous l'aviez choisie
13:25parce que ça allait être la fiesta,
13:27la plage, les full moon party.
13:29Exactement.
13:29Je savais ce qu'il y avait autour de cette île,
13:31donc la plage et les petits ponches
13:34et les apéros sur la plage.
13:35Je n'avais pas du tout notion
13:36de ce qui se passait à l'intérieur.
13:38La montagne, les cirques.
13:40Et j'ai découvert ça et j'ai été émerveillée.
13:42Complètement éblouie.
13:43Exactement.
13:43Complètement éblouie.
13:44Vous avez choisi de ne plus opérer,
13:46docteur Léon Bell,
13:48parce que vous êtes gynécologue obstétricienne.
13:50L'obstétrique, c'est la partie de la gynécologie
13:54où on opère.
13:56C'est la partie où on prend soin des femmes enceintes
14:01pendant leur accouchement.
14:03Mais les accouchements physiologiques
14:04sont réalisés par les sages-femmes.
14:06Un métier remarquable.
14:08Et dès que ça devient un peu compliqué,
14:09on a affaire aux obstétriciens.
14:11Donc les accouchements par instruments,
14:14les cuillères, les ventouses,
14:15comme on peut entendre dans le jargon.
14:16Et parfois aussi les césariennes
14:18et aussi après les prendre en charge
14:20les complications de l'accouchement.
14:21Voilà.
14:22Vous avez choisi de ne plus opérer
14:23parce qu'à force d'entraînement,
14:25vous n'étiez plus sûre de la précision de vos gestes.
14:27Et que, comme vous dites,
14:29il y a deux vies qui dépendent de vous à ce moment-là.
14:31Celle de la mère, celle du bébé.
14:33Exactement.
14:34est arrivé un moment dans ma carrière
14:36où j'ai voulu concilier toujours les deux.
14:41Mais forcément,
14:42à un tel niveau de pratique sportive,
14:45il a fallu que je mette ma pratique professionnelle
14:50de gynécologue à temps partiel.
14:53Et la chirurgie...
14:55En fait, on ne peut pas pratiquer la chirurgie
14:57à temps partiel.
14:57Ça se perd.
14:58Alors, la gynécologie,
15:00vous avez décidé d'en faire le cœur
15:02de votre pratique,
15:03évidemment à la fois médicale et sportive.
15:06Vous devenez médecin du sport.
15:07Il y a très peu en France
15:09de médecins qui sont à la fois
15:11médecins du sport et médecins gynécologues.
15:13On se demande pourquoi.
15:14Parce qu'en réalité,
15:14il y a tellement de femmes
15:15qui pratiquent le sport
15:17qu'on se demande pourquoi
15:17la gynécologie est à ce point-là
15:20absente de la médecine sportive.
15:22Oui, ça fait quelques mois
15:23que j'ai passé mon diplôme
15:24pour avoir encore plus de crédibilité.
15:26mais parce que c'est encore
15:29un sujet, on va dire, tabou
15:30et que...
15:32Enfin, tout ce qui est
15:33spécificité féminine
15:34et puis qu'en fait,
15:35comme dans les études scientifiques
15:38sportives,
15:39il y a encore très peu...
15:41Les femmes sont sous-représentées.
15:43On n'a pas eu encore notion
15:44de cette grande problématique.
15:47On les a forcément exclues,
15:50on va dire,
15:50des études scientifiques
15:52parce qu'une femme,
15:53malheureusement,
15:53elle n'est pas linéaire
15:55à chaque moment de son cycle,
15:57que ce soit pendant l'ovulation
15:58ou pendant sa phase de menstruation,
15:59les hormones ne sont pas
16:01du tout les mêmes.
16:01Si on prend des femmes aussi
16:03dans les études scientifiques,
16:04on peut avoir aussi
16:05des chances qu'elles aient
16:06des risques de grossesse.
16:07Donc, on ne peut pas les étudier.
16:09Donc, on préfère les exclure.
16:10Et du coup,
16:11on n'a pas encore...
16:12Enfin, on est vraiment...
16:14On manque de données.
16:15On manque de données.
16:16On n'a pas encore mis en évidence
16:17totalement, en fait,
16:18vraiment,
16:19ces spécificités.
16:20Et ce qui est extrêmement intéressant,
16:21c'est que vous me disiez tout à l'heure
16:23qu'un effort aussi phénoménal
16:27que 24 heures de course d'affilée
16:29en altitude,
16:30vous avez mis 24 heures,
16:32les derniers qui sont arrivés
16:33du Tour du Mont-Blanc
16:34ont mis 46 heures.
16:35Donc, c'est 46 heures d'effort,
16:37de manque de sommeil.
16:38On ne mange que du sucre.
16:40Par exemple,
16:41ça dévaste totalement les hormones
16:43et ça dévaste le cycle menstruel.
16:46Alors, effectivement,
16:46après une telle course particulière,
16:48moi, je le sens très bien
16:49au niveau hormonal,
16:49que ce soit au niveau de l'appétit,
16:51du sommeil,
16:52du cycle
16:52et même au niveau biologique,
16:53on est complètement déréglé.
16:55Il faut plusieurs semaines,
16:56voire à moins,
16:56pour s'en remettre.
16:57Mais ce qui est encore...
16:58Ce qui est dérègle encore plus,
16:59c'est finalement...
17:00Parce que la course,
17:01c'est la petite cerise sur le gâteau.
17:03Mais il y a des heures
17:05et des heures d'entraînement
17:07pour ça.
17:08Et c'est surtout ça,
17:09en tout cas,
17:10d'un point de vue hormonal
17:11et physiologie de la femme.
17:14C'est aussi ça
17:14qui va beaucoup dérégler
17:16où il faut être attentive.
17:18Merci,
17:18Blandine Lirondel.
17:19Docteur Lirondel,
17:20qui vient de remporter l'UTMB,
17:22la course reine,
17:23les JO,
17:24en réalité,
17:25les Jeux Olympiques
17:26de l'Ultra Trail.
17:27C'est elle,
17:28notre gagnante.
17:28Je vous l'ai dit,
17:29vous êtes devenue une star
17:30pour des légions
17:31et des légions de femmes.
17:32Vous vous en rendez compte de ça ?
17:34Pas tellement,
17:34mais là,
17:35effectivement,
17:35à faire plusieurs plateaux,
17:36effectivement,
17:37et de l'entendre
17:38de votre bouche.
17:40Peut-être que je réalise
17:40de plus en plus.
17:41Merci de m'avoir invitée.
17:42de l'Ultra Trail.
17:42Sous-titrage Société Radio-Canada