00:00Marc Toitier est avec nous. Rebonjour Marc. Merci beaucoup d'être là.
00:05Quatre Français sur dix sont favorables à une annulation de la dette publique.
00:10Ce matin, c'est plus un coup de gueule qu'une chronique, j'ai envie de dire,
00:14parce que j'ai vu ce sondage incroyable.
00:16Donc 43% des Français sont pour l'annulation de la dette.
00:20Et alors surtout, 50% des jeunes, les 18-24 ans,
00:24imaginent qu'on pourra annuler la dette publique française.
00:27Donc face à ces chiffres, j'ai envie de dire simplement deux mots,
00:29ça suffit. Il faut arrêter cette démagogie qui est assez incroyable,
00:33sachant qu'aujourd'hui, ça peut être particulièrement dangereux
00:36d'annuler cette dette, on va l'expliquer.
00:37Oui, justement, est-ce que c'est vraiment possible d'annuler
00:40la dette publique française détenue par la Banque de France
00:43comme le souhaite notamment Jean-Luc Mélenchon ?
00:46Voilà, alors évidemment, dans l'absolu, tout est possible.
00:48Il y a un petit problème, c'est que dans les statuts de la Banque de France
00:52et de la Banque centrale européenne, c'est tout simplement interdit.
00:55Donc il faudrait changer effectivement ces statuts.
00:57Et puis parallèlement, là aussi, n'oublions pas que cette dette,
01:01elle est à l'actif de la Banque centrale, dans le bilan de la Banque centrale,
01:04ce qu'on appelle une contrepartie de la masse monétaire.
01:07Il y a de l'or, des devises et donc des obligations d'État.
01:09Donc si vous annulez cette dette, ça veut dire qu'il faut aussi
01:12annuler de la monnaie en circulation.
01:14Alors comment fait-on ?
01:14Donc ça veut dire qu'on détruit de la richesse,
01:17donc c'est un appauvrissement évidemment des Français.
01:19Et puis je vous rappelle que nous sommes dans la zone euro.
01:21C'est-à-dire que si nous le faisons, il faut l'accord des partenaires européens.
01:25Et là évidemment, on imagine mal les Allemands de nous dire
01:27« oui, allez-y, faites-le, tout se va bien dans le meilleur des mondes ».
01:29Donc ça qui est particulièrement dangereux.
01:31Mais quand bien même, si on y est arrivé à le faire,
01:34ensuite il y aurait évidemment une défiance généralisée qui pourrait s'imposer.
01:38Pour imaginer ce que ça pourrait faire,
01:39c'est un peu comme quelqu'un qui est endetté pour acheter son appartement ou sa maison
01:42et qui dit à sa banque « j'arrête de vous rembourser ».
01:45Alors sachant surtout que M. Mélenchon propose d'annuler 18% de la dette publique,
01:51ça veut dire qu'il va en rester quand même 82%.
01:53Ça, cette dette, elle sera toujours là.
01:55Donc qu'est-ce qu'on fait de cette dette ?
01:56Elle est toujours là.
01:57Puis surtout, le problème, c'est que c'est ce que j'appelle un fusil à un coup.
02:00Une fois que vous avez annulé cette dette,
02:02mécaniquement, vous ne pouvez pas vous ré-endetter.
02:05Chat et chaud des crânes, eau froide,
02:06plus personne ne voudra nous prêter.
02:08C'est ça qui est très dangereux.
02:09Et puis si vous annulez cette dette,
02:10ce n'est pas ce qui va nous permettre de réduire notre déficit.
02:12Au contraire, il va également augmenter.
02:14Oui, c'est ça.
02:16Quels sont les cas les plus connus d'annulation de dette ?
02:19Et que nous enseigne-t-il ?
02:20Alors juste d'abord, les conséquences,
02:22parce que c'est ça qui est important pour les Français.
02:24Quelles conséquences va-t-il se produire ?
02:26Déjà, le premier point, c'est que si on annulé cette dette,
02:29là aussi, personne ne va vouloir nous prêter ensuite.
02:31Donc on ne pourra pas s'endetter de nouveau.
02:34Et donc, deuxième conséquence,
02:35les taux d'intérêt qui ont déjà fortement augmenté,
02:38on en a parlé la semaine dernière,
02:39vont encore augmenter.
02:40Là, on est à 4,2% sur le taux d'intérêt de 10 ans.
02:42On pourrait monter à 10%.
02:44Et surtout, ne l'oublions pas,
02:46je vous ai fait un petit graphique,
02:4857,5% de notre dette publique
02:51est détenue par des non-résidents,
02:53par des étrangers.
02:54C'est le chiffre de la Banque de France.
02:55Et la Banque de France a même sorti une étude
02:56en juin dernier en disant,
02:58je suis très inquiète,
02:59parce qu'aujourd'hui,
03:00la part des fonds spéculatifs,
03:02ce qu'on appelle les hedge funds,
03:03vous savez,
03:04qui détiennent la dette publique française,
03:05ne cesse d'augmenter.
03:06Donc, quand on est arrivé,
03:08nous les Français,
03:09à avoir besoin de ces fonds spéculatifs
03:10pour acheter notre dette,
03:12imaginez le danger.
03:13Donc, ça veut dire
03:13exploser les taux d'intérêt.
03:15Et donc, troisième conséquence,
03:16ça veut dire que
03:16si les taux d'intérêt augmentent,
03:18l'investissement s'effondre,
03:19la consommation s'effondre,
03:20le logement également,
03:21qui se porte mal,
03:22va encore plus s'effondrer.
03:24Donc, ça veut dire
03:24la récession,
03:25plus de chômage,
03:27donc plus de déficit public,
03:28plus de dette,
03:29nouvelle phase de hausse des taux d'intérêt.
03:30C'est un cercle pernicieux
03:32extrêmement dangereux.
03:33Voilà ce qui pourrait évidemment nous arriver.
03:34Les cas les plus connus
03:36d'annulation de dette ?
03:37Évidemment,
03:38il y a le cas le plus connu,
03:38c'est 1917,
03:39les emprunts russes.
03:41Beaucoup de Français
03:41avaient d'ailleurs épargné à l'époque,
03:43mis tout leur épargne
03:44dans ces emprunts russes.
03:45On dit,
03:46c'est prêté à la Russie,
03:47c'est prêté à la France de l'époque.
03:49Puis, donc,
03:49la Révolution russe,
03:50on annule tout
03:51et donc les épargnants
03:51se trouvent pas mal ruinés d'ailleurs.
03:53Mais bon,
03:54plus proche de nous,
03:54il y a bien sûr le cas grec,
03:56où là,
03:56on a annulé une partie
03:57de la dette grecque
03:57et puis on a reprété
03:58à la Grèce
03:59des taux d'intérêt
04:00plus intéressants,
04:00mais avec des conditions draconiennes.
04:02Et ça aussi,
04:03il faut bien prendre conscience
04:03de ce qui s'est passé ensuite.
04:05C'est-à-dire que le PIB grec,
04:07la richesse grec s'est effondrée.
04:08Je vais te faire un petit graphique.
04:09Il y a plus de 30%,
04:11près de 30% de baisse
04:12du PIB grec en quelques années.
04:14Et donc ensuite,
04:15bien sûr,
04:15ça a redémarré.
04:16Mais sauf que regardez,
04:16aujourd'hui,
04:17nous sommes en 2026,
04:18le niveau du PIB grec,
04:20il est encore 14% inférieur
04:23au niveau de 2008.
04:25C'est ça qu'on veut
04:26pour l'avenir de nos enfants,
04:27pour l'avenir de la France.
04:29C'est quand même assez incroyable.
04:29Et j'ai envie de dire,
04:30pour conclure,
04:31c'est que le simple fait aujourd'hui
04:32d'imaginer
04:33et même de poser la question
04:34qu'on puisse annuler notre dette,
04:36ça manque bien
04:36le déclassement de la France
04:38qui est en train
04:39de se tiers-mondiser.
04:40Donc j'ai envie de dire,
04:41bien annuler la dette,
04:43c'est tout simplement
04:43annuler la France.