00:00Marc Toitier avec nous, bonjour Marc.
00:01Bonjour Romain, bonjour à tous.
00:02A priori, les retraités vont être mis à contribution pour le budget de l'année prochaine.
00:07Oui, c'est un vrai scandale, j'ai envie de dire.
00:08Pourquoi un scandale ? Parce qu'en fait, on a l'impression qu'en temps de certains,
00:11que les retraités ne payeraient pas d'impôts.
00:13Vous voyez, pas de TVA, pas de CSG, etc.
00:15Ce qui évidemment est complètement le faux.
00:17Ils payent déjà énormément d'impôts, donc ils contribuent à augmenter les recettes de l'État.
00:21Et puis parallèlement, n'oublions pas, ils ont cotisé toute leur vie
00:24pour espérer avoir une retraite d'essence, ce qui malheureusement n'est souvent pas le cas.
00:27Alors, surtout, j'ai entendu qu'on disait, oui, mais les retraités vont gagner deux fois plus que ce qui
00:32touche.
00:32Alors, j'ai regardé les chiffres, parce que c'est quand même mon métier,
00:34et il y a une étude de la Caisse des dépôts, vous voyez, c'est très sérieux, très officiel,
00:37qui a été faite, et tenez-vous bien, chaque Français, avant de récupérer sa mise,
00:41c'est-à-dire tout ce qu'il a cotisé pendant toute sa vie pour ses retraites,
00:44et ensuite il va toucher des prestations de retraite,
00:46avant de récupérer tout ce qu'il a investi, entre guillemets, ça va prendre 15 ans.
00:52Or, aujourd'hui, l'âge de départ à la retraite en moyenne en France, c'est 64 ans.
00:56Donc, 15 plus 64, ça veut dire 79 ans.
01:00Donc, en moyenne, jusqu'à 79 ans, il n'a pas récupéré sa mise,
01:03il n'a pas récupéré tout ce qu'il a cotisé.
01:06Le problème, c'est que, quelle est l'espérance de vie aujourd'hui en France ?
01:09C'est 80 ans pour un homme et 85 ans pour une femme.
01:12Vous voyez qu'il n'y a pas d'excès de sur-profit, entre guillemets.
01:16Donc, intrinsèquement, le système est difficitaire.
01:18Non, c'est surtout que le retraité ne va pas gagner beaucoup plus que ce qu'il a cotisé.
01:22Et puis, parallèlement, malheureusement, pour beaucoup de Français, ils ne vont pas y arriver.
01:25Ce sont des moyennes.
01:27Beaucoup de Français vont cotiser beaucoup plus que ce qu'ils vont recevoir.
01:30Et puis, ne l'oublions pas, ça aussi, malheureusement, c'est un petit peu oublié,
01:35c'est que le système des retraites aujourd'hui du privé est à l'équilibre.
01:39Là où il y a un déficit, c'est sur le système des retraites du secteur public.
01:42On a 60 à 80 milliards chaque année de dotation de l'État pour financer les retraites.
01:48Parce qu'évidemment, il y a plus de retraités que d'actifs dans la fonction publique.
01:51Donc, c'est ça qui, aujourd'hui, coûte cher.
01:53C'est ce qui crée, évidemment, une distorsion.
01:55Donc, faire payer les retraités, évidemment, ça serait particulièrement, je dirais, difficile.
02:00Alors, la non-indexation des retraites sur l'inflation,
02:02c'est-à-dire que les retraites qui ne suivraient pas l'inflation,
02:05ça pourrait rapporter 6 milliards d'euros de dépenses en moins.
02:10C'est plutôt bien ou pas ?
02:10Oui, ça aussi, c'est assez incroyable.
02:12Le chiffre est complètement faux.
02:13En fait, oui, ces 6 milliards, ça veut dire qu'on taxerait tous les retraités.
02:18C'est-à-dire qu'il n'y aura pas d'indexation pour tous les retraités, y compris les plus
02:21pauvres.
02:21Ça va être difficile de faire passer ça politiquement.
02:23Donc, j'ai fait un calcul très optimiste, avec la fameuse barre à 2 000 euros, vous savez.
02:28Ça veut dire que ça a récupéré à peu près 3 milliards d'euros.
02:31Mais franchement, tout ça pour ça, c'est quoi 3 milliards d'euros par rapport aux 1750 milliards d'euros
02:37de dépenses publiques totales ?
02:39Vous voyez, on a également, regardez la charge d'intérêt de la dette.
02:44Sur le budget initial, qui a été fait il y a quelques mois finalement, l'État avait annoncé que ça
02:49va nous coûter 60 milliards d'euros.
02:51Juste la charge d'intérêt de la dette, ce qui est déjà énorme.
02:53En fait, non, ça va nous coûter 85 milliards d'euros.
02:56Donc, 25 milliards de plus jetés par les fenêtres.
02:59Et là, on nous parle de 3 milliards d'euros.
03:00Vous voyez que tout ça ne va pas résoudre grand-chose, malheureusement.
03:04Bon, alors on fait quoi pour réduire les déficits publics et, accessoirement, réduire la dette ?
03:08Je ne cesserai de le répéter, c'est le plus important.
03:10Plutôt que de faire payer les retraités, encore une fois, qui aident leurs enfants, qui aident leurs petits-enfants,
03:14eh bien, il faut réduire les dépenses publiques de fonctionnement.
03:18Qui ont augmenté depuis 2021 de 107 milliards d'euros.
03:22Rendez-vous compte, aujourd'hui, il y a 553 milliards d'euros chaque année de dépenses de fonctionnement.
03:27Ça veut dire, 32% de toutes les dépenses publiques, ce sont uniquement des dépenses de fonctionnement.
03:32Donc là, il y a quelque chose à faire.
03:33Vous voyez, alors je ne parle même pas des fameuses ODAC, organismes divers d'administration centrale.
03:37Il y en a 700 en France, j'en avais parlé la semaine dernière, ça coûte 150 milliards d'euros.
03:42Qu'on ne me dise pas qu'on ne peut pas trouver 3 milliards ou 6 milliards dans ces ODAC.
03:45Et qu'on arrête aujourd'hui de faire porter, justement, la difficulté sur des gens qui souffrent
03:50et qui, souvent, vont aider leurs enfants, leurs petits-enfants.
03:52Donc, ils ont un rôle social également à jouer.
03:55Autre question importante, comment est-ce qu'on fait pour limiter les déficits actuels et avenir des retraites ?
04:01Voilà, ça c'est pour moi l'essentiel.
04:02Il faut sauver notre retraite par répartition.
04:05Il faut être clair.
04:06Vraiment ?
04:06Il faut le sauver ?
04:07Il faut la sauver ?
04:08Pourquoi on ne bascule pas dans de la retraite par capitalisation ?
04:11Il faudra les deux, on ne peut pas faire que ça.
04:13On est seulement en France quand même.
04:14Mais n'oublions pas comment ça fonctionne, la répartition, c'est une sorte de système Madoff.
04:19C'est-à-dire que globalement, en fait, quand on est actif, on cotise non pas pour notre retraite,
04:24mais pour payer les actuels retraités.
04:26En espérant que quand nous, on sera à la retraite, il y aura assez d'actifs pour payer notre retraite.
04:30Or, on sait très bien depuis des années que ça ne sera pas le cas.
04:33Puisque ça, ça fonctionnait encore jusqu'aux années 70-80, il y avait 3,4 actifs pour un retraité.
04:38Ça c'est encore.
04:38Aujourd'hui, on est à peu près à 1,5 actifs pour un retraité, bientôt 1,2 actifs pour un
04:43retraité.
04:43Donc, ça n'est plus possible.
04:45Donc, disons-le, il faut le dire clairement, notre retraite par répartition est en danger.
04:49Donc, il faut la réformer complètement.
04:52Ça veut dire qu'il faut notamment harmoniser tous les systèmes, ce qui n'a jamais été fait malheureusement.
04:57Et puis, parallèlement, il faudra obligatoirement permettre aux Français de choisir.
05:01Moi, je ne suis pas pour fixer un âge de la retraite où on bloque le départ à la retraite.
05:05Non.
05:05Chacun doit pouvoir choisir, mais après, il aura une retraite en fonction de ce qu'il a cotisé.
05:10S'il part tôt, il aura moins de retraite.
05:11S'il part plus tard, il aura plus de retraites.
05:12Et enfin, dernier point, il faut également une retraite par capitalisation.
05:15Le mot fait peur en France, mais évidemment, imaginez si vous aviez mis tout l'argent que vous avez mis
05:20chaque mois sur les cotisations retraites,
05:23vous auriez plus que triplé votre capital.
05:25Et là, on a du mal à récupérer, on va dire, tout ce qu'on a cotisé.
05:28Vous imaginez donc, encore une fois, donnons le choix aux Français, un minimum de retraite par répartition,
05:32et on peut adjoindre une retraite par capitalisation qui permettra justement de sauver l'ensemble de retraites et l'ensemble
05:39des retraités.
05:39Donc voilà, plutôt que, encore une fois, de faire mal aux retraités, il faut plutôt sauver une retraite.
05:44Il faut écouter Marc Toiti.
05:47Il faut écouter Marc Toiti.
05:49Je le dis, Bruno Le Maire le dit également, et c'était chez Laurence Ferrari la semaine dernière.
05:54Regardez.
05:55On s'est vus à l'époque.
05:56L'éducation et la santé.
05:58Je me souviens de vos conseils, et je reconnais bien volontiers que quand on est ministre, on n'écoute pas
06:03suffisamment les conseils.
06:04Non, ça dépend. Certains vous avez écoutés, mais pas les miens, malheureusement.
06:07J'ai pris deux ans, deux ans, au recul.
06:12Comment là, quand on est ministre, on n'écoute pas assez les conseils, notamment de Marc Toiti ?
06:17Il aurait dû s'en rendre compte avant, quand même.
06:18Oui, parce que quand Bercy, pour faire vite, cette réunion incroyable en 2020-2021,
06:22où je lui dis, il faut arrêter d'augmenter la dette publique,
06:25et tout le monde dit, mais non, non, c'est pas grave, les taux d'intérêt n'augmenteront jamais,
06:27et voilà, on paye la facture aujourd'hui.
06:28Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires