Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 1 semaine

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Le directeur de Sciences Po, Louis Vassi, alors ça c'est quelqu'un qu'on suit, qui a du courage
00:05et qui dit des choses.
00:07Il a accueilli le 24 août les étudiants de première année de bachelor et lors de son discours de rentrée,
00:11je ne sais pas pourquoi d'ailleurs ça sort qu'aujourd'hui puisque c'était le 24 août,
00:14il a rappelé que si l'établissement garantit la liberté d'expression, Sciences Po n'a pas vocation à devenir
00:19un lieu de meeting politique.
00:21Et ça aussi il a raison. Il dit les choses, Louis Vassi, il parle de la liberté d'expression
00:27et je trouve qu'il faut saluer cette prise de parole qui n'est pas si courante dans l'université
00:31française.
00:35Vous entendrez donc ici des personnes avec lesquelles vous serez profondément en désaccord.
00:40Ce n'est pas un dysfonctionnement de l'université, c'est l'université.
00:44Le droit à la parole ne commence pas là où finit votre accord et la contradiction n'est pas une
00:48agression.
00:49C'est pourquoi la liberté d'expression à Sciences Po est absolue.
00:53C'est pourquoi nous avons une vie associative, politique et syndicale extraordinairement riche,
00:58des milliers d'événements, une liberté d'expression, une liberté académique qui doivent être garanties pour tous.
01:04Mais la liberté bien sûr n'est pas la loi du plus bruyant.
01:07Elle ne donne à personne le droit d'empêcher les autres d'étudier, d'enseigner, de parler ou d'écouter.
01:13Elle ne donne à aucun d'entre nous le droit d'imposer son point de vue par la pression.
01:18On peut contester une conférence, on ne peut pas la faire taire par la force,
01:21on peut manifester contre une décision, on ne peut pas intimider ceux qui pensent autrement,
01:25on peut critiquer l'institution, on doit respecter les règles qui rendent possible notre vie commune.
01:32Et voilà des paroles, on soit obligé de rappeler ça.
01:35C'est dommage qu'ils ne sont pas invités sur France Inter pour dire la même chose.
01:38C'est dommage qu'ils ne soient pas ministres de l'enseignement supérieur aussi.
01:40C'est un discours qu'on attend du ministre en fait.
01:41Évidemment, mais Louise Vassil, vraiment nous le suivons régulièrement depuis qu'il a repris Sciences Po.
01:48Dans des circonstances très difficiles.
01:49C'est dommage qu'on soit obligé de rappeler ces évidences.
01:54Et d'ailleurs puisqu'on parle de l'école, on va recevoir Madeleine de Gesset
01:58qui a écrit l'école des illettrés.
02:01Madeleine de Gesset est normalienne, elle est professeure égrégée de lettres classiques,
02:05docteure en littérature française et comparée entre 2013 et 2018.
02:08Elle a été engagée en politique aux Républicains et dans la campagne de François Fillon.
02:12Elle est enseignante de lettres et je vous remercie évidemment d'être avec nous
02:17parce que l'école, c'est un sujet qui nous fait réagir
02:21puisque on pourrait tous se mettre d'accord sur un plan marchal de l'éducation
02:27puisque tout part de l'éducation.
02:30Tout à fait, tout part de l'éducation.
02:32Et si j'ai écrit ce livre, c'est parce que je suis persuadée
02:35que la langue est une source majeure d'émancipation
02:37et on constate malheureusement aujourd'hui que l'école peine à la transmettre convenablement.
02:44Et vous savez, j'ai enseigné en collège, j'ai pu voir que déjà il fallait s'estimer heureux
02:49quand il y avait trois lignes qui étaient alignées sans faute de construction
02:54dans un milieu assez défavorisé.
02:56Et ensuite, j'ai été nommée en classe préparatoire
02:57et là qu'elle n'a pas été ma sidération
02:59quand j'ai vu que même chez des élèves qui sont de bons élèves,
03:05eh bien il y a des lacunes en grammaire, en orthographe, en culture littéraire
03:08qui sont impensables à ce stade de leur formation.
03:11Et il faut bien comprendre que personne n'est à l'abri.
03:14Et c'est terrible parce que moi je suis donc entré en CP en 1970
03:20et c'est intéressant parce que j'étais un élève comme il y en avait des millions.
03:24C'est-à-dire que je n'ai pas fait, comme vous, une normale sup.
03:27Bon, je passais d'une classe à l'autre sans tableau d'excellence
03:31mais sans trop d'efforts.
03:33Bon, et dès le CM2, à la fin du CM2,
03:38et il se trouve que j'ai gardé les dictées, les notes, etc.
03:44Tous les élèves étaient comme moi, un élève lambda,
03:47comme il y en a des millions, je le répète,
03:49mais tous maîtrisaient l'orthographe et la grammaire.
03:53Et la grammaire.
03:55Donc d'une certaine manière, on n'y pouvait rien
03:58puisqu'on nous l'apprenait.
04:00En CP, j'avais une dame qui s'appelait Madame Lozac.
04:03Elle est toujours de ce monde d'ailleurs.
04:04Je la salue.
04:05Elle nous écoute.
04:06Et je me souviens des cinq instituteurs que j'ai eus
04:09ou institutrices que j'ai eus à CE1, CE2, CM1, CM2.
04:13Mais on n'y pouvait rien, je le répète, puisqu'on nous l'apprenait.
04:16Mais, alors qu'est-ce qui a fait ?
04:19Et à quel moment est-ce le collège unique ?
04:21Est-ce la réforme à billes ?
04:23Pourquoi ? Comment ? Est-ce autre chose ?
04:25Quelle est votre analyse ?
04:26Pourquoi il y a eu cette baisse d'exigence ?
04:30Alors, il y a plusieurs facteurs que je dégage justement dans mon livre.
04:33Pour moi, on met vraiment du plomb dans l'aile de nos élèves
04:36dès leur premier envol dans la langue
04:38avec les méthodes de lecture.
04:40L'apprentissage de la lecture va conditionner ensuite
04:43toute la trajectoire scolaire et il y a un rapport qui est sorti
04:46là en août 2026 du Haut Commissariat à la stratégie et au plan
04:50et qui montre que seulement 5% des professeurs des écoles
04:54utilisent la méthode préconisée par la recherche,
04:58les conclusions de la recherche, c'est-à-dire la méthode
05:00dont on sait qu'elle obtient les meilleurs résultats
05:03sur tous les profils d'élèves, aussi bien favorisés que défavorisés.
05:06C'est la méthode syllabique ?
05:07C'est la méthode, voilà, on parle de méthode phonique, synthétique, stricte,
05:11en gros c'est la méthode syllabique.
05:12Mais je ne sais même pas moi comment j'ai appris en fait
05:15et je pense que je ne me souviens même pas,
05:17ça a dû être automatique.
05:18Je ne me souviens pas, je ne sais pas comment j'ai appris à lire,
05:22j'ai appris à lire...
05:23P.A. P.A. P.A.
05:23Oui mais voilà, vous voyez, j'avais...
05:25Mais tout ça était...
05:26Alors d'ailleurs c'est formidable parce que vous, vous écrivez
05:28Madame, je ne sais pas quoi ce mot,
05:30la lecture est extrêmement laborieuse et n'augure rien de bon,
05:33je reprends donc tout mot après mot avec Éléa.
05:36Arrivé à la deuxième phrase du texte,
05:38je m'étonne de l'entendre buter sur un mot latin
05:40dont le sujet donne pourtant la traduction en notes en bas de page.
05:43En bref, il ne s'agit même plus de se souvenir
05:45des listes de vocabulaire vues en classe,
05:48il suffit de savoir lire.
05:50Éléa lève vers moi des yeux mi-amusés, mi-gênés,
05:54puis me confesse, de sa petite voix enfantine,
05:57le sourire au livre, le sourire aux lèvres,
06:00Madame, je ne sais pas c'est quoi ce mot,
06:03doué d'eux, je ne sais pas c'est quoi son sens.
06:06Cet élève était en classe préparatoire littéraire.
06:10C'est-à-dire qu'elle avait à son actif 15 années de scolarité
06:15sur les bancs de l'école, du collège et du lycée réunis.
06:19Je peux vous donner d'autres phrases que je trouve
06:21dans des copies de classe préparatoire.
06:23Le fait de lire des romans du fait de leur accessibilité,
06:26nous comprenons mieux le défaut que nous avons
06:28en regardant un exemple.
06:30C'est du charabia.
06:31Et en fait, comme on n'enseigne plus correctement la syntaxe,
06:37comme on a totalement baissé les objectifs en grammaire,
06:40un élève de troisième et même de seconde atteint péniblement
06:43le niveau que nous on pouvait avoir en fin de CM2,
06:46en fait ils perdent le sens de la construction des phrases.
06:49Vous, vous êtes de 89 ?
06:52Alors vous êtes passée dans quelle école ?
06:54Alors j'ai eu la chance d'échapper à ces méthodes-là
06:56puisque j'ai eu la chance d'être dans une école
06:58où on a refusé les réformes des années 70.
07:00Mais vous étiez dans le privé ou dans le public ?
07:02J'ai commencé dans le public.
07:04Je suis passée ensuite dans une école Montessori
07:06et après je suis revenue, je suis allée dans le privé.
07:09Donc j'ai testé plein de systèmes scolaires différents.
07:11Je suis allée dans un privé sous contrat
07:14mais qui en restait aux méthodes classiques.
07:16Mais vos parents étaient eux-mêmes littéraires peut-être ?
07:21Ma mère est professeure d'histoire
07:23et là on touche du doigt un point très important,
07:27effectivement que le rôle des parents est important.
07:29Et si les enfants de professeurs réussissent souvent,
07:32c'est parce qu'ils ont des parents qui valorisent l'école
07:35et le savoir à l'école.
07:36Et moi j'ai vu des enfants qui venaient de milieux très défavorisés,
07:40de milieux issus de l'immigration
07:42mais dont les parents derrière croyaient dans l'école
07:45et donc les trajectoires de ces élèves ensuite étaient très bonnes.
07:48Il n'y a pas de fatalité.
07:50La réussite des enfants, c'est la volonté des parents.
07:53Tout à fait.
07:54Et les parents sont l'éternel angle mort
07:55des politiques éducatives en France.
07:57Tout à fait.
07:58Bon, Richard Millard, c'est un collègue.
08:01Vous savez qu'il a été professeur de français pendant combien de temps ?
08:0420 ans.
08:05Ah oui.
08:06Et la première place, c'était en quelle année ?
08:09En 77, j'ai eu les premiers élèves qui étaient atteints par la réforme à vie.
08:14C'est-à-dire que j'avais certains élèves qui étaient abisés, si j'ose dire,
08:19et les autres qui ne l'étaient pas encore.
08:20C'est-à-dire qu'on pouvait faire des classes qu'on appelait des classes de niveau.
08:24Ce que la réforme à vie a détruit.
08:26Avec les classes de niveau, vous pouviez avoir, j'avais trois troisièmes, je me souviens,
08:30une bonne, une moyenne, une moins bonne.
08:32Et je faisais exactement le même programme, mais j'adaptais.
08:35Avec le collège unique, ça n'était plus possible et vous avez eu une espèce de marécage médiocre
08:41où on s'adressait au fond à un milieu et on finissait par donner des nôtres entre 7 et 12
08:47pour ne mécontenter personne.
08:50Alors, ce qui m'intéresse dans ce que vous disiez, c'est un, pas tellement quand on a renoncé à
08:57enseigner la langue,
08:58mais pourquoi on a.
09:00Il y a une trentaine d'années, le philosophe Jean-Claude Michiat a écrit un livre
09:03qui porte presque le même titre que le vôtre, c'est L'enseignement de l'ignorance.
09:08Où il dénonçait déjà un peu cette volonté probablement politique
09:11de ne plus transmettre la langue
09:14et de faire de ses élèves au fond des consommateurs, de futurs consommateurs.
09:18Si vraiment ça a été pensé, je vous assure, moi je ne suis pas complotiste du tout.
09:22Moi non plus, je ne suis pas complotiste.
09:23Je ne souhaite pas entrer là-dedans, parce que si vraiment ça a été pensé
09:25pour que les gens deviennent des crétins, je trouve que c'est horrible.
09:27Pas des crétins, des consommateurs, ce n'est pas forcément la même chose.
09:31Ce n'est pas forcément tout à fait la même chose.
09:32La fabrique des crétins de Jean-Paul Brighelli d'ailleurs, qui avait écrit ça.
09:35Oui, bien sûr, exactement.
09:37Donc c'est extrêmement inquiétant, parce que ça veut dire qu'on a voulu
09:40gouverner les gens autrement, au lieu de les ouvrir.
09:44Une chose encore, ça veut donc dire qu'il y a un refus de l'héritage.
09:50Et on le voit aujourd'hui avec ces influenceuses à la con, pardonnez-moi, qui disent qu'il
09:56faut une littérature halale, qu'on n'a plus besoin de la littérature classique, qu'on
09:59n'a plus besoin de rien.
10:00Au fond, si on n'a plus besoin de rien du tout, pourquoi on fait encore l'école ?
10:03Ça ne sert à rien.
10:04L'école, au fond, si on voulait résumer l'école, à quoi elle sert ?
10:09D'abord peut-être à penser par soi-même, apprendre à penser par soi-même.
10:13Ce n'est pas facile.
10:15Apprendre à penser par soi-même.
10:16Et moi j'ai l'impression, là on sort d'un été, on a écouté beaucoup de jeunes, j'ai
10:20l'impression que voilà, ils écoutent les réseaux sociaux, ils répètent à peu
10:24près tous la même chose souvent.
10:25Alors je ne sais pas, peut-être qu'on était pareil quand on avait 20 ans, je n'en sais
10:28rien.
10:28Mais j'ai l'impression qu'il y a moins de singularité, que c'est moins personnel,
10:33première chose.
10:34Et puis l'exigence, l'exigence qu'on retrouve dans le sport d'ailleurs, et qu'on ne
10:39retrouve pas forcément dans l'éducation nationale.
10:42Oui, d'ailleurs il y a un exemple très intéressant, c'est le campus de formation
10:46du PSG.
10:47Vous savez que dans ce campus de formation pour les jeunes, les jeunes je crois de 11
10:51à 13 ans, ils interdisent les téléphones forçables.
10:54Oui, ils ont raison.
10:54dans leur internat du dimanche soir au jeudi soir.
10:58Le jeudi soir, ils ont droit à une heure et puis les rendre le vendredi.
11:02Ils ont raison.
11:03Et ils ont compris, si vous voulez, que le téléphone était aujourd'hui un destructeur
11:09d'attention chez nos élèves.
11:10Et là, on touche du doigt à un deuxième problème, c'est qu'on avait déjà une situation
11:15linguistique qui était très faible chez nos élèves à cause des grandes réformes
11:18des années 70 dont on a parlé et des méthodes inefficaces.
11:21Et sur cette situation de faiblesse, de précarité, est venue se greffer l'offensive des écrans,
11:27de l'économie de l'attention, des réseaux sociaux, qui vient capter toujours plus l'attention,
11:33la disponibilité mentale des élèves, à un stade de leur développement cognitif
11:38qui est capital, et on le sait.
11:39Et moi, je rêverais, en fait, qu'il y ait un travail de sensibilisation beaucoup plus
11:43fort pour dire aux parents, je suis désolée, je vais être sévère, mais voilà, arrêtez
11:47d'acheter des smartphones à vos collégiens.
11:49Et là, on entend le ministre de l'éducation qui dit qu'on les interdit aux collèges
11:53et aux lycées.
11:54Mais on sait très bien que c'est chez eux que ces élèves regardent leurs smartphones.
11:59Bon, Madeleine de G7 est avec nous, l'école des illettrés, c'est chez Albin Michel,
12:03réapprendre à lire et à écrire.
12:04Vous restez évidemment avec nous, mais traditionnellement, dans cette deuxième heure, nous sommes sur
12:08Europe 1, nous sommes sur CNews, nous faisons des allers-retours entre le livre que nous
12:13écoutons chaque matin, que nous recevons chaque matin, et puis le reste de l'actualité.
Commentaires

Recommandations