00:00C'est l'édito politique. Question. Patrick Cohen a moins de huit mois du premier tour de la présidentielle.
00:06Le Rassemblement National est-il irrésistible ?
00:09En temps normal, en ce jour de rentrée de Marine Le Pen, j'aurais sous-pesé ses forces et ses
00:14faiblesses.
00:14La crédibilité de son projet, son flou persistant sur les retraites, la déception de ceux qui lui préféraient barder là,
00:20l'impact de sa condamnation en appel pour détournement de fonds, etc.
00:23Mais la configuration sondagiaire de ce début de saison présidentielle n'est pas normale.
00:28Elle n'a pas de précédent. Avec un mouvement qui continue de survoler le match, que rien ne semble atteindre,
00:33toujours à plus de 30% d'intention de vote pour Le Pen aujourd'hui, comme pour Bardella hier,
00:38surplombant le premier tour, gagnant seconde en toutes les hypothèses.
00:41Cela ne prédit pas la victoire, mais le Rassemblement National est devenu un parti dominant.
00:46LE parti dominant, comme le furent le gaullisme des années 60 ou le parti socialiste des années 80.
00:52J'emprunte la formule au politologue Pascal Perrineau qui, pour la Fondapol en juillet,
00:56a remarquablement disséqué l'exceptionnelle dynamique électorale du RN.
01:00Pourquoi exceptionnelle ?
01:02En 12 ans de la présidentielle de 2012 aux législatives de 2024,
01:06le RN engrange 4 200 000 électeurs supplémentaires,
01:11quand le FN a mis 18 ans pour en gagner 2,5 millions entre 1984 et 2002.
01:15L'envolée se poursuit donc lors de la dissolution, 10 600 000 voix.
01:19C'est là que les digs ont cédé et que le RN est devenu un parti attrape-tout.
01:24Perrineau l'analyse à partir d'un panel de 2 400 électeurs, suivi depuis 2017,
01:28qu'il classe en 4 catégories.
01:30Les hostiles, qui n'ont jamais voté RN, plus de 60% de l'échantillon tout de même.
01:35Les fidèles, qui l'ont toujours fait, ne sont que 9%.
01:38Les épisodiques, qui le font parfois 13%.
01:41Et les ralliés, qui basculent pour la première fois en 2024.
01:4410,5% du panel, soit un tiers des électeurs RN.
01:48C'est le groupe clé qui comprend une majorité de retraités, de diplômés du supérieur, de cadres.
01:54C'est-à-dire de toutes les catégories qui jusque-là résistaient au RN
01:57et qui sont gagnées à leur tour par l'inquiétude et la colère
02:00face à une vie difficile et un sentiment de déclin.
02:03Et ça dit quoi ça pour l'élection de 2027 ?
02:05Que rien n'est écrit.
02:06Que l'électorat de Marine Le Pen est loin d'être entièrement fixé.
02:10Que les ralliés de 2024 se cherchent encore.
02:13Alors, écoutez bien, seul un tiers de ceux-là se sentent proches du RN
02:17tandis qu'un autre tiers se reconnaît dans la droite LR
02:21et qu'un quart de ses ralliés estiment que le RN ne ferait ni mieux ni moins bien
02:24que le gouvernement actuel, votant une fois mais sans illusion.
02:28Je ne parle là que du premier tour.
02:29Le second mobilise d'autres logiques et 35% ne font pas une majorité.
02:33Mais pour le premier, il est clair que le RN est fort de la faiblesse de ses adversaires.
02:39A propos de sa capacité à capitaliser sur sa fonction d'opposition auprès de groupes auparavant éloignés de lui,
02:45Pascal Perrineau file la métaphore de l'abus de position dominante,
02:48ce qui suppose des concurrents défaillants.
02:50Et un RN pas irrésistible, non, mais à ce jour, sans résistance organisée.
02:54Merci Patrick Cohen.