Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 mois
Agressé et défiguré par un patient : il témoigne dans « Police-justice : 24h en France »

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00Merci Mohamed Oumeki d'être là avec nous aujourd'hui.
00:04Pratiquement deux ans après, je le disais, opération très lourde du nez,
00:06bon, visiblement, ça va bien.
00:07Est-ce que ça va mieux ?
00:09Je sais, j'ai compris que vous continuez à exercer.
00:12Est-ce que les choses se sont calmées ?
00:14Ou vous êtes encore soumis à ce genre d'agression ?
00:16Et on va revenir évidemment à celle-ci.
00:19Les agressions, le fait, je pense, que l'affaire a été médiatisée,
00:22tout ça, ça a un peu calmé les choses.
00:25Pas aussi grave, je vais dire, entre parenthèses.
00:29Mais les agressions, il y en a quasiment tout le temps.
00:31C'est-à-dire que tous les jours ?
00:32Tous les jours.
00:33Avant, c'était quelque chose, je vous dis, en 26 ans, une altercation verbale.
00:37Avant, c'était presque une fois par mois.
00:40Maintenant, c'est quotidien.
00:41C'est quotidien.
00:42Je travaille avec le docteur Alouache, mon épouse, qui travaille le matin.
00:45Je suis obligé de venir rester avec elle le matin jusqu'à midi,
00:49avant qu'elle parte, pour que je prenne la relève pour la protéger.
00:54Parce que, bon, c'est juste pour...
00:56On a installé une alarme avec des caméras et tout ça pour...
01:01D'ailleurs, je tiens à remercier la police parce que le jour où je me suis fait agresser,
01:07en moins de 10 minutes, ils étaient là.
01:09Ils ont été vraiment...
01:10On revoit les images de l'époque, on voit les taches de sang par terre.
01:13Voilà, ça a été...
01:15Donc, moi, ce qui m'avait choqué, surtout, c'est l'agression.
01:18On peut en subir dans la rue, on peut se faire voler sang.
01:21Donc, ça, c'est pas...
01:22Ça aurait été...
01:23Alors, en faisant du sport, on a déjà eu des altercations et tout.
01:27Mais je pensais qu'un cabinet médical, c'était quand même un endroit respectable et respecté
01:33et que jamais un médecin subirait une agression pendant qu'il soigne.
01:37On soigne les gens de toute race, de toute confession, sans différence de statut social.
01:42On fait le maximum.
01:45Et j'espérais de cette affaire, je m'étais dit, la justice va donner un signal fort, vraiment.
01:51Et quand j'ai vu la peine...
01:54Ça vous a mis en colère.
01:55Ça m'a mis en colère, c'est pour ça que j'avais fait appel à votre émission.
01:59Vous m'avez beaucoup aidé.
02:00C'est grâce à ça que je suis allé en appel.
02:03Et en fait, on appelle, ça a confirmé juste le...
02:06On rappelle, cet homme de 23 ans à l'époque, condamné à trois semaines de travaux d'intérêt général
02:11et 2000 euros d'amende.
02:13Et en plus, vous dites, je crois que c'est ça qui vous a le plus dégoûté, il ne s
02:15'est pas excusé.
02:16Oui.
02:16Ni lui, ni ses parents, ni...
02:18Vous savez, on peut, quel que soit ce qui arrive, on peut, je veux dire, perdre le contrôle
02:23et faire des fois un acte qui va...
02:26Mais de s'excuser, ça atténue déjà beaucoup.
02:29La gravité de...
02:31Mais il n'a aucune, aucune excuse, ni du père, ni du mère, ni de...
02:35Donc ça veut dire que les gens trouvent normal ce qu'il a fait.
02:39En fait, il trouve normal.
02:40Pour lui, il n'y a pas de...
02:41Il n'y a pas de prise de conscience.
02:42Il n'y a pas de...
02:43Bon, son avocat, je n'en parle même pas parce que, bon, lui, il est fait pour...
02:47Justifier en disant, bon, le sang, ça impressionne, mais ce n'est pas grave.
02:51J'espère, j'espère pour lui qu'un jour, il subira ça, il verra...
02:54C'est quoi la gravité de...
02:56Et vous dites aussi, il y a autre chose qui vous a dégoûté au plus haut point à l'époque
02:59et moi, ça m'interpelle parce que dans cette émission, précisément, on veut donner la parole
03:03aux victimes.
03:03C'est, je n'ai pas eu l'occasion de dire un mot durant le procès, pas un mot.
03:08Oui.
03:10Mais, c'est pas possible.
03:12On ne vous a pas demandé comment ça s'est passé.
03:14Voilà, il rentre, donc il commence à parler, il dit, voilà ce qui s'est passé, voilà ce qui s
03:17'est passé.
03:18Donc moi, j'ai écouté.
03:19Moi, c'est la première fois que j'allais dans un tribunal, donc je...
03:21Il avait relaté les faits, sauf qu'il les avait déformés.
03:25Et au moment où il a terminé, au moment où il parlait, je voulais intervenir, je me dis, est-ce
03:29que je peux...
03:30Elle m'a dit, non, vous parlerez quand on vous donnera la parole.
03:32Et vous ne l'avez jamais eu.
03:33Quand ça s'est terminé, je n'ai pas eu la parole.
03:35Vous vous en êtes ému, vous leur avez dit, pourquoi je ne parle pas ?
03:38Non.
03:39Et donc, on appelle, j'étais, j'avais beaucoup d'espoir, mais il m'a dit, ah, enfin...
03:44Et donc, on appelle, je vous explique juste comment ça s'est passé.
03:47Au fait, au moment où je suis venu pour...
03:52Au moment où lui, il devait relater les faits, on m'a fait sortir.
03:55Avec le policier dehors.
03:56Je ne sais pas.
03:57Donc, je ne devais pas écouter ce qu'il dit.
04:00Donc, moi, je re-rentre pour parler.
04:02Et donc, je pensais qu'on allait le...
04:04Je lui ai dit, il ne sort pas, il m'a dit non.
04:06Et donc, j'ai raconté mon histoire.
04:09Donc, des fois, je ne sais pas.
04:11Peut-être, Maître, vous allez m'éclairer.
04:13Mais je vous jure que je ne comprends rien.
04:13Alors, Maître, on ne voit pas une petite précise.
04:15Oui, pourquoi on ne lui donne pas la parole et pourquoi on le fait sortir
04:18quand son agresseur, lui, s'exprime à la barre ?
04:21Alors, ça, je...
04:22Ce n'est pas commun, ça, Maître.
04:23Sans avoir été là, honnêtement, je ne saurais pas donner de réponse à cette question.
04:28Ce qui est vrai, de façon générale, c'est que dans le procès pénal,
04:31la victime, elle a un rôle qui est secondaire.
04:33C'est-à-dire qu'elle n'a pas...
04:34Parce que l'action publique appartient à l'État.
04:37Et qu'au fond, le procès, le questionnement sur la constitution de l'infraction,
04:42etc., ça n'appartient pas à la victime.
04:43La victime, elle est passive, elle regarde,
04:45elle demande une indemnisation, mais sur le volet civil du procès pénal.
04:49Mais en réalité, le procès ne la concerne pas.
04:51En France, la victime est un personnage secondaire.
04:54C'est un personnage négligeable.
04:55Mohamed Oumeki, quand on revient à votre décision,
05:00finalement, parce que là, vous disiez, moi, je vais prendre une retraite anticipée.
05:02Vous avez encore un peu confiance en la nature humaine aujourd'hui ?
05:07Sincèrement, je vous dis, moi, j'ai reçu...
05:11Ce qui me fait continuer, en fait, j'ai reçu un nombre incalculable
05:15de témoignages de patients qui ne me connaissent pas sur YouTube.
05:18J'avais un médecin belge, c'est vraiment...
05:21Son témoignage m'a énormément émulé à la retraite et tout.
05:23Il m'a dit, je ne vous connais pas et tout.
05:25Il pleurait le téléphone.
05:26Il m'a dit, j'ai été choqué de ce qui vous est arrivé et tout ça.
05:29Donc, j'ai beaucoup de patients qui sont venus,
05:31et des docteurs, ne nous abandonnez pas et tout ça.
05:34Vous allez faire exactement ce qu'ils veulent si vous partez.
05:40Donc, voilà.
05:40C'est pour eux que vous restez ?
05:41Voilà, c'est pour eux.
05:42Donc, j'ai essayé un petit peu de les accompagner.
05:44Le temps qu'ils trouvent quelqu'un, maintenant, il n'y a plus personne.
05:47Vous prenez le téléphone, appelez autant de cabinets médicaux.
05:51Vous verrez s'il y en a un qui vous répond, qu'on prend encore des patients.
05:54Donc, du coup, moi, j'ai des patients qui ont des pathologies très, très graves.
05:57Donc, si on les abandonne, on a dans notre cabinet 5 000 personnes entre moi et le docteur Alouache.
06:045 000 ?
06:045 000 personnes.
06:05La moyenne des médecins, il y a encore 10 ans, c'était 1100 personnes par médecin.
06:12Donc, on est à deux fois et demi.
06:14Donc, on n'est plus très jeune.
06:17C'est des journées, je vous jure.
06:18Quand je dis, je vais à l'usine, c'est beaucoup plus dur que l'usine.
06:23Et en plus de ça, quand on fait ce métier-là, on a de l'empathie pour les gens, on
06:27a juste la reconnaissance.
06:28Quelqu'un qui vous dit merci, même s'il n'a pas de copier, tout ça, ça vous fait énormément
06:33plaisir.
06:34Mais de aucune reconnaissance.
06:36J'ai des patients, ils arrivent, ils me disent, voilà, j'ai été sur Tchap, j'ai pété, ils vont
06:40me copier ça sur une ordre.
06:41Ils pensent que vous êtes un commerçant.
06:43Je lui dis, mais vous vous rendez compte à quel point vous rabaissez ?
06:47Mais ça, c'est quotidien, c'est tous les jours.
06:50Et donc, je ne sais pas s'il y a quelqu'un qui a une solution.
06:53Nous, on n'en a aucune.
06:54On a ici, Sabrina Philippe, quelqu'un qui fait preuve de la plus grande empathie,
06:58qui dit, je fais ce métier pour ça, face à des gens qui sont justement dénués d'une quelconque empathie
07:03et qui ne regrettent pas leurs actes, c'est-à-dire qu'il n'y a aucune prise de conscience.
07:07C'est quoi ce genre de comportement ?
07:09Alors, déjà, c'est pas le cas de tous les patients, vous le disiez, vous avez eu énormément de témoignages.
07:16C'est important aussi de comprendre que le fait de ne pas avoir d'empathie ne concerne pas la totalité
07:20de la population.
07:21Non, mais il vous dit aussi que les altercations sont de plus en plus nombreuses.
07:23Tout à fait, tout à fait.
07:25Et vous disiez tout à l'heure, d'ailleurs, un peu en off, vous disiez depuis 2022.
07:29Mais depuis 2022, c'est après Covid.
07:31Et il faut savoir que le Covid a isolé, notamment des jeunes,
07:39ça les a isolés, déscolarisés bien souvent, désinsérés de la société.
07:44Et ils n'y sont pas retournés.
07:46Voilà.
07:47Avec une exposition aux écrans qui a été extrême.
07:51C'est important de dire tout ça, parce que ça explique aussi pourquoi depuis 2022, il y a une dégradation,
07:59notamment dans ce type de jeunesse, je dirais, sur des passages à l'acte.
08:04Et c'est important de le noter.
08:06Voilà.
08:07Vous me posiez la question tout à l'heure, je vous réponds.
08:09Moi-même.
08:09Et moi, excusez-moi.
08:11Et moi, je pensais, si vous voulez, quand on a vécu le Covid,
08:13moi j'ai vu des milliers de personnes mourir.
08:17Je m'étais dit, l'être humain, il va enfin voir qu'on est peu de choses.
08:21Et une épidémie de rien du tout, et tout ça, a décimé je ne sais pas combien de personnes.
08:26Je m'étais dit, il va sortir ce qui est de meilleur en l'être humain.
08:29Vous avez cru à un sursaut.
08:30Et bien, c'est exactement l'inverse qui s'est produit.
08:32Enfin, ça concerne surtout la jeunesse.
08:33Oui, pour certaines personnes, je ne généralise pas.
08:36En fait, c'est par rapport à...
08:37Un côté agressif.
08:38Oui, voilà, le côté agressif et tout.
08:40Mais à quoi, rétrospectivement, à quoi vous attribuez tout ça ?
08:43Pourquoi vous avez l'impression d'être le réceptacle de toutes les frustrations des gens ?
08:47Je ne sais pas.
08:49J'ai l'impression que les gens ne supportent plus la frustration.
08:53C'est-à-dire, on a l'impression, vous êtes là, je viens, je veux ça, ça et ça.
08:59Je dis, mais vous savez, un médecin, ce n'est pas ça.
09:01Un médecin, vous venez avec votre problème.
09:03C'est lui qui va essayer, avec son savoir, de répondre à votre problème.
09:08Mais ce n'est pas parce que vous êtes allé sur Internet lire de lignes et de trucs.
09:13J'ai une dernière question.
09:14Ça concerne tous les âges ou c'est, pour ce qu'on parle des jeunes, des frustrations des écrans,
09:18ou c'est même des gens de 40, 50, 60 ans ?
09:21Même des gens, voilà.
09:21Ce qui est inquiétant, c'est que même des gens de 40, 50 ans, c'est un fléau, je ne
09:26sais pas.
09:27Sincèrement, je...
09:28Pardon, mais l'immédiateté qu'on a avec l'outil téléphonique,
09:32le téléphone que vous avez dans la main, H24, voilà.
09:35C'est je veux, maintenant.
09:36C'est l'instantanéité de la réponse, quoi que ce soit, l'achat ou un diagnostic.
09:42Oui.
09:43Bon, écoutez, on parle d'incivilité.

Recommandations