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  • il y a 2 mois
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le service national des chemins de fer français était dirigé par un gouvernement qui encourageait la collaboration avec les nazis. Mais rapidement, les cheminots s'y opposent et deviennent des éléments clés de la Résistance. En diffusant de fausses informations et en organisant des sabotages, ils ont considérablement gêné les Allemands. Lors du débarquement en Normandie, en juin 1944, ils jouent un rôle crucial en ralentissant les renforts allemands en route vers la ligne de front. Grâce à leur grève du 10 août 1944, ils ont déclenché l'insurrection populaire qui a abouti à la libération de Paris. Ils ont cependant payé un lourd tribut à leurs actions, avec plusieurs centaines de victimes dans leurs rangs. Année de Production :

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00:05De 1940 à 1944, les cheminots ont été un rouage essentiel de la résistance intérieure.
00:13Des premiers sabotages aux attentats individuels contre des soldats allemands,
00:17ils se sont battus pour chasser l'occupant.
00:20Mais leur engagement ne s'est pas limité à la lutte armée.
00:25Dans les ateliers, ils ont pratiqué le sabotage insaisissable.
00:28Le sabotage insaisissable est une forme véritablement d'engagement résistant.
00:36Ils ont été les pionniers de la presse clandestine.
00:40Ils ont collecté des renseignements sur l'ennemi, ses troupes et ses installations, au péril de leur vie.
00:46Il y a nombreux cheminots qui relèvent tous les convois allemands qui passent
00:51pour ensuite favoriser une action de sabotage ou un mitraillage sur ces convois.
00:59Pendant toute la guerre, les cheminots ont été au cœur d'un combat pour une cible hautement stratégique.
01:04Le réseau ferroviaire français.
01:07La paralysie du réseau ferré était essentielle à partir du moment où les troupes alliées avaient débarqué.
01:15Un combat dangereux et inégal, car ils étaient employés par une entreprise qui a en partie collaboré avec les nazis
01:22et sous la surveillance de milliers de cheminots allemands.
01:26Les cheminots sont étroitement surveillés par ce qu'ils appellent des banoffs,
01:31des civils allemands des services ferroviaires, qui sont chargés de surveiller l'exécution de leurs travaux.
01:38Face à cette poigne de fer qui s'abat sur eux, les cheminots vont se rebeller.
01:44Pour leur engagement, ces soldats de l'ombre ont payé un lourd tribut.
01:48« Les militaires allemands vont littéralement massacrer 86 personnes, dont 22 cheminots. »
01:56Plus de 2500 d'entre eux sont morts exécutés, déportés ou les armes à la main en combattant dans les
02:02maquis.
02:04Le sacrifice de ces anonymes ne sera pas vain.
02:07Les actions des cheminots finiront par paralyser l'ennemi, empêchant tout mouvement de troupes ou de matériel.
02:46Sous-titrage Société Radio-Canada
02:5016 avril 1942.
02:52Il est 7 heures du matin.
02:55À Errand, dans le Calvados, des cheminots s'apprêtent à faire dérailler un train.
03:07Le résultat est spectaculaire.
03:1040 soldats allemands sont tués.
03:12Plus d'une cinquantaine grièvement blessés.
03:16Cet acte de guerre marque les esprits.
03:19C'est le premier sabotage de cette ampleur depuis le début de l'occupation.
03:23Pourtant, la bataille du rail a commencé bien plus tôt.
03:27De manière plus discrète, mais très efficace.
03:35Le 14 juin 1940, les troupes d'Hitler rentrent dans Paris.
03:40C'est le début de 4 ans d'occupation.
03:448 jours plus tard, l'armistice est signé.
03:49Quand le maréchal Pétain négocie la paix au nom de la France, il accepte d'en payer le prix.
03:55L'occupation de plus de la moitié du territoire par les Allemands.
03:59En ce qui concerne la SNCF, son sort est scellé par l'article 13 de la convention d'armistice.
04:05L'article 13 de la convention d'armistice stipule que le réseau ferroviaire passe directement sous l'autorité de l
04:13'occupant, donc sous l'autorité allemande.
04:15Et que ces besoins, notamment en train militaire, devront être satisfaits en priorité.
04:24Plus de 25 000 kilomètres de voies, la moitié du réseau français, sont réquisitionnés pour servir l'économie de guerre
04:31nazie.
04:341000 locomotives et 3500 wagons sont confisqués.
04:41Ils forment des convois qui acheminent outre-Rhin des produits alimentaires et des matières premières pillées par les troupes du
04:47Reich.
04:49Les cheminots sont quand même sensibles et ne sont pas indifférents à l'occupation qu'ils voient sous les yeux
04:55s'étaler dans leur lieu de travail.
04:57Ils sont aussi les témoins du pillage économique qui passe par le transport ferroviaire.
05:04Et enfin, ils sont dans une entreprise qui est contrainte de servir prioritairement les intérêts de l'occupant.
05:11Les Allemands, les cheminots, les voient beaucoup plus que le reste de la population.
05:15Notamment au moment où il y a des transports, soit des transports de troupes, soit des transports de matériel de
05:22guerre, soit aussi des transports de prisonniers.
05:30A l'humiliation de ce rappel constant de la défaite, s'ajoute très vite une nouvelle blessure.
05:36Celle d'être dirigée par des chefs allemands.
05:42Pour contrôler le trafic ferroviaire et le travail de leurs homologues français, 25 000 cheminots allemands arrivent en France au
05:49début du mois de juillet 1940.
05:52Les cheminots sont étroitement surveillés par ce qu'ils appellent des banoffs, c'est-à-dire des civils allemands des
06:01services ferroviaires,
06:02qui sont chargés de surveiller l'exécution de leurs travaux.
06:08Depuis la signature de l'armistice, la propagande du maréchal Pétain impose aux cheminots de collaborer ouvertement et pleinement avec
06:16l'ennemi,
06:16par respect et par devoir pour la France.
06:21Une politique qui est loin d'être acceptée par tous.
06:25L'opposition aux allemands était générale, il y avait un antigermanisme très fort, on ne disait pas les allemands, on
06:33disait les boches, on disait les chleux.
06:35Certains cheminots étaient d'anciens soldats de la grande guerre, ou des fils de soldats de la grande guerre.
06:42Donc il y avait la question d'un devoir, d'un devoir patriotique, de celui de s'opposer à l
06:50'ennemi.
06:50Au début, il n'y a rien. Il n'y a pas de groupe organisé.
06:56Les premiers actes de résistance, il me semble que c'est toujours de toute façon une décision individuelle.
07:01Dans un premier temps, c'est une réaction un peu spontanée.
07:10Mais comment lutter contre cette oppression ?
07:13Comment faire quand on n'a pas d'armes, pas de moyens ?
07:16Quand on est isolé et qu'on travaille sous la surveillance permanente de l'ennemi ?
07:22Le premier réflexe, c'est d'utiliser la ruse.
07:25On travaille par exemple au ralenti.
07:29Chez les cheminots, cette technique s'appelle le freinage.
07:33Le freinage, c'est faire en sorte de faire des gestes professionnels
07:38qui vont retarder la sortie du matériel du dépôt.
07:42On est encore au temps de la vapeur, donc monter en chauffe une locomotive,
07:46ça prend des heures avant qu'elle soit en état de rouler.
07:49Ça peut être mettre du temps avant de faire démarrer le train,
07:55vérifier que tout est prêt, c'est une sorte de grève du zèle.
08:00Il peut aussi y avoir déjà un début de sabotage
08:05en supprimant le chauffage dans certaines voitures de voyageurs
08:12dans lesquelles il y avait des soldats allemands
08:13ou de la part des mécaniciens en freinant très brusquement
08:18de manière à ce que tous les soldats soient déstabilisés
08:23et puis tombent pour certains d'entre eux.
08:24Nous, ça nous paraît aujourd'hui presque, je ne dirais pas infantile,
08:28mais enfin bon, attention, à l'époque, c'était dangereux.
08:33D'autant plus dangereux que depuis le 11 juillet 1940,
08:37toutes les libertés fondamentales ont été supprimées par Vichy.
08:43Pétain est désormais le chef absolu du nouvel état français.
08:48Il a créé un nouvel ordre fondé sur l'autorité, la hiérarchie, le corporatisme
08:55et le culte du chef.
08:59La révolution nationale est en marche.
09:03Désormais, la police traque tous les ennemis intérieurs,
09:06tous ceux qui tentent de s'opposer au régime.
09:11Toutes manifestations, tout rassemblement public,
09:14toutes tentatives de grève sont passibles de la peine de mort.
09:22Malgré ces menaces, des cheminots refusent la dictature du maréchal
09:26et ils l'expriment.
09:29Sur les murs, ils collent tout d'abord de simples billets,
09:32des petits papillons.
09:39Certains distribuent même des tracts dans les rues.
09:43Pendant que d'autres les glissent dans le casier de leurs collègues,
09:47au risque de se faire prendre.
09:50Les premiers tracts, c'est lié à la situation d'occupation.
09:55On veut essayer que les Français prennent conscience de la situation
10:01et les inciter à eux aussi faire des actes de résistance.
10:07Ensuite, ça va être des revendications au niveau du quotidien.
10:13Ça va être du pain, par exemple,
10:16revendiquer un meilleur ravitaillement.
10:21Pour dénoncer la pénurie générale,
10:23les tracts deviennent de plus en plus vindicatifs.
10:27Ils critiquent ouvertement la politique collaborationniste de Pétain.
10:31Mais pour rédiger ces bulletins interdits par le régime,
10:35il faut du matériel.
10:39Dans les ateliers de Paris-Landy,
10:41le premier acte de résistance de Pierre Fouquet,
10:44un chef mécanicien,
10:45est de se procurer une précieuse machine à écrire.
10:49Un objet banal en temps normal,
10:51mais dont l'usage illégal aurait pu, à l'époque,
10:54lui coûter la vie.
10:55Voici ce que Pierre Fouquet écrit dans ses mémoires.
10:58On a demandé l'installation d'une machine à écrire.
11:02J'ai fait une demande officielle en remplissant un formulaire.
11:05J'ai déclaré que la machine devait nous servir
11:07à la correspondance avec la direction
11:08et pour les bulletins des services internes.
11:11Le tract est ensuite renéotypé,
11:14puis distribué sous le manteau au nez et à la barbe des occupants.
11:18A l'époque,
11:20d'autres journaux continuent d'être publiés clandestinement.
11:23Parmi eux,
11:24La Vie Ouvrière,
11:25un journal ouvertement anti-vichiste
11:27qui incite à organiser la résistance.
11:30Au mépris du danger,
11:32les cheminots en distribuent les exemplaires
11:34de ville en ville au gré des trajets.
11:37Ils les cachent dans les sacoches de service
11:39des conducteurs de locomotive
11:40ou dans les paniers repas du mécanicien.
11:44Petit à petit,
11:45des réseaux se constituent.
11:49Au sein de la SNCF,
11:51des cheminots se regroupent.
11:53Ils forment des petites cellules.
11:56Elles sont indépendantes
11:58et inconnues les unes des autres,
11:59mais toutes unies par le même but.
12:02Se battre contre le régime de Vichy
12:04et l'occupant allemand.
12:09Pour ces résistants de la première heure,
12:11il faut tout inventer.
12:13Prendre tous les risques.
12:16À la SNCF,
12:18grâce à leur savoir-faire professionnel,
12:20les cheminots effectuent des sabotages
12:22de plus en plus efficaces,
12:23car indétectables.
12:25Des sabotages insaisissables.
12:27Le sabotage insaisissable
12:29est une forme véritablement
12:31d'engagement résistant.
12:34Dans les ateliers
12:35ou dans les services du matériel,
12:37tout simplement,
12:38ils ouvrent la boîte à essieu
12:40et ils vont placer
12:41dans cette boîte
12:42qui contient de la graisse
12:43du sable
12:44ou de la limaille de fer,
12:45produisant ainsi
12:46une pâte abrasive
12:47qui va accélérer
12:49le processus d'usure
12:50de ces pièces mécaniques
12:52qu'il faudra changer
12:53et qui vont donc immobiliser
12:54le matériel ferroviaire
12:56qu'on destine aux Allemands.
12:59En changeant les étiquettes
13:01de destination des wagons,
13:02les employés des triages
13:04perturbent les transports
13:05destinés aux Allemands.
13:07Ils désorganisent
13:08le trafic ferroviaire.
13:12Il y a aussi d'autres techniques
13:14qui consistent à couper
13:16les câbles pneumatiques
13:17des freins
13:17pour, encore une fois,
13:19immobiliser le matériel.
13:21Toute la question, justement,
13:22de ce sabotage insaisissable,
13:25c'est que ça devait
13:26à la fois être du sabotage
13:27et être insaisissable.
13:29Et bien mieux même
13:30ne pas être perçu
13:31comme étant du sabotage.
13:33Simplement, ça ne marche pas
13:34parce que c'est
13:34de la mauvaise qualité.
13:37Ces actions individuelles
13:38se multiplient
13:39dans tous les dépôts
13:40et les ateliers
13:41de la zone occupée.
13:43Elles mettent en péril
13:44la politique de collaboration
13:45de la direction
13:46de la SNCF.
13:48Elles perturbent
13:49le pillage du pays
13:50mis en place
13:50par l'occupant.
13:53À la fin de l'année 1940,
13:55des notes de service
13:56rappellent clairement
13:57que tout acte illégal
13:58contre Vichy
13:59ou les Allemands
13:59sera sévèrement puni.
14:02Mais la diversité
14:03des métiers du rail
14:04rend leur application
14:05difficile.
14:07Le fait qu'à la SNCF,
14:09il y a des gens
14:09qui travaillent
14:10dans les ateliers,
14:11il y a des emplois
14:12de bureaux,
14:13il y a des gens
14:13qui travaillent
14:14sur les voies,
14:14dans les gares,
14:15enfin, tous les métiers
14:17cheminots, oui,
14:18permettent des modes
14:19d'action
14:20très diversifiés.
14:26Parmi tous ces métiers,
14:28une catégorie
14:28occupe une place à part.
14:30Les roulants,
14:31ceux qui conduisent
14:32les trains.
14:35Depuis l'armistice,
14:37la France est coupée
14:38en deux
14:38par la ligne
14:39de démarcation.
14:40Pour passer
14:41en zone libre,
14:42il faut un laisser-passer,
14:44un Hausweiss.
14:46Cette carte d'identité
14:48délivrée par les autorités
14:49allemandes
14:49est très difficile
14:50à obtenir.
14:52Et partout,
14:53le long des 1 200 km
14:54de la ligne,
14:55de la frontière suisse
14:56au Pays basque,
14:57les contrôles
14:58sont très stricts.
15:00Sauf,
15:01pour les roulants.
15:03Grâce à leur
15:04Banhausweiss,
15:05ils échappent
15:06aux restrictions
15:07de circulation
15:07entre la zone occupée
15:09et la zone libre.
15:10Un simple ordre
15:11de mission
15:12leur suffit
15:12pour la traversée.
15:14Une aubaine
15:15pour la résistance.
15:19Les agents de conduite
15:20se servent
15:21des gares
15:21les plus isolées
15:22pour faire passer
15:23en zone libre
15:23les fugitifs
15:24qui n'ont pas
15:25d'Hausweiss.
15:31Dès 1940,
15:33des filières
15:34permettent
15:34aux premiers clandestins
15:35de passer
15:36la ligne de démarcation.
15:38Parmi eux,
15:39un jeune garçon
15:40d'origine juive
15:41de 11 ans.
15:43Voici ce qu'il écrit
15:44à l'époque.
15:46Mes parents
15:47voulaient que je parte
15:48car ils avaient peur
15:50pour moi.
15:51Je me suis retrouvé là
15:52avec d'autres voyageurs
15:53qui voulaient passer
15:54en zone libre.
15:56Je crois que dans la pièce,
15:58il y avait des hommes
15:58qui étaient des prisonniers
15:59et qui s'étaient
16:01évadés d'Allemagne.
16:07À bord des trains,
16:09toutes les cachettes
16:09possibles sont utilisées.
16:12La plupart du temps,
16:13les fugitifs
16:14sont cachés
16:14dans les tenders.
16:18Le temps d'air,
16:19c'est le wagon réservoir
16:20situé juste à l'arrière
16:22de la locomotive
16:22où sont entreposés
16:24le charbon et l'eau
16:25nécessaires à la traction
16:26à vapeur.
16:30Pour permettre
16:31à ces clandestins
16:32de sauter en marche,
16:33les conducteurs résistants
16:34ralentissent
16:35dans des zones
16:36qui échappent
16:36au contrôle des Allemands.
16:44Les cheminots
16:45qui font passer
16:45des gens
16:46cachés dans l'étendard
16:48pour passer
16:48la ligne de démarcation,
16:49ils savent pertinemment
16:51que c'est formellement interdit.
16:52Les résistants
16:53qui sont pris
16:55à accomplir
16:55des actes de sabotage
16:57peuvent être arrêtés,
17:00pris en otage,
17:01déportés
17:03et même fusillés.
17:05La résistance,
17:06c'est toujours lié
17:07à la possibilité
17:08d'être réprimés
17:10pour ce qu'on fait.
17:13Pour les cheminots
17:14qui ont fait le choix
17:15de s'engager,
17:16le risque est permanent.
17:19Pourtant,
17:19malgré le danger,
17:21certains vont aller
17:21encore plus loin.
17:23Ils créent
17:24dès le début
17:25de l'occupation
17:25de véritables réseaux.
17:29Dans le nord
17:30de la France,
17:31Eugène Dallandre
17:32met en place
17:33une structure clandestine.
17:36Dallandre
17:36est contrôleur technique.
17:38Son travail
17:39consiste à vérifier
17:40l'état des voies ferrées.
17:41Avec la complicité
17:43de son épouse
17:43et de son fils,
17:44il fournit
17:45du papier et de l'encre
17:46pour la fabrication
17:47d'un journal clandestin
17:48à grande diffusion,
17:50la Voie du Nord.
17:54Il noyote
17:55les services
17:56des bagages
17:56de plusieurs gares
17:57pour l'expédier
17:58dans toute la France.
18:05Un peu plus tard,
18:07il convoie régulièrement
18:08des aviateurs britanniques
18:09jusqu'à Paris.
18:10Il leur fournit
18:11des faux papiers,
18:12des vêtements civils.
18:15Il récolte aussi
18:16des renseignements
18:16sur les transports
18:17militaires allemands.
18:20Arrêté,
18:22il sera fusillé
18:23en décembre 1943.
18:31Pourtant,
18:32parmi toutes les actions
18:33que Gênes Dallandre
18:33a menées,
18:34il en manque une,
18:35plus radicale
18:36et spectaculaire.
18:38Il n'a jamais fait sauter
18:40de voies
18:40ou d'installations ferroviaires.
18:43Dès le début
18:44de l'occupation,
18:45le sabotage
18:46pose un véritable problème
18:48de conscience
18:48aux cheminots.
18:51Les cheminots,
18:52les mécaniciens,
18:54les chauffeurs
18:54sont très attachés
18:55à leurs machines
18:56puisqu'ils roulent
18:58toujours
18:58sur la même locomotive.
19:00C'était
19:01ces deux-là,
19:02le chauffeur
19:03et le mécanicien
19:04qui s'occupaient
19:04de sept locomotives-ci.
19:07On me disait
19:08à l'époque,
19:08en plaisantant,
19:09mais c'était quasiment vrai,
19:11le mécanicien
19:12et le chauffeur
19:12passaient plus de temps
19:13ensemble
19:14qu'avec leurs épouses
19:15respectives
19:15puisque les trajets
19:17étaient longs
19:17et c'est vraiment
19:19leur machine.
19:23Au-delà
19:23de cet attachement,
19:25le sabotage
19:25des voies ferrées
19:26aurait aussi eu
19:27des conséquences dramatiques
19:28sur la vie quotidienne
19:29de millions de Français.
19:34Car à l'époque,
19:35tout le pays
19:36dépend du train.
19:38Le dilemme
19:39est fort
19:39pour les cheminots
19:40à ce moment-là
19:41que les Français,
19:42la population,
19:43c'est-à-dire
19:43leurs frères,
19:44leurs sœurs,
19:45leurs époux,
19:45leurs enfants,
19:46leurs parents
19:47avaient d'autant plus besoin
19:49des services
19:50qui étaient rendus
19:51par le chemin de fer
19:52pour le ravitaillement,
19:55pour toutes les fournitures,
19:58mais aussi
19:59pour les transports.
20:01Et puis,
20:03saboter une voie
20:04pour faire dérailler
20:05un train,
20:06ça met aussi en danger
20:07la vie
20:08du mécanicien
20:09et du chauffeur.
20:12Mais en 1941,
20:14un événement
20:15va transformer
20:16les cheminots communistes
20:17majoritaires
20:18à la SNCF
20:19en véritables combattants.
20:22Un événement
20:23qui se déroule
20:24à des milliers
20:24de kilomètres.
20:30Le 22 juin,
20:32les troupes allemandes
20:33envahissent l'URSS.
20:35L'opération Barberou
20:37s'est déclenchée.
20:40Le pacte germano-soviétique
20:41vient de voler en éclats.
20:47Deux ans plus tôt,
20:49l'URSS de Staline
20:50et l'Allemagne d'Hitler
20:51avait signé
20:52un pacte
20:52de non-agression.
20:55Pour les 300 000
20:56adhérents
20:57du Parti communiste
20:58français de l'époque,
20:59le choc
21:00fut énorme.
21:00Le mouvement
21:02communiste international
21:03avait toujours
21:04rejeté le fascisme.
21:06Désormais,
21:07un dilemme
21:08se posait aux militants.
21:10Fallait-il
21:10s'opposer aux nazis
21:11ou accepter
21:13la présence
21:13des troupes d'Hitler
21:14en France ?
21:15Après l'invasion
21:16de l'URSS,
21:17l'ensemble
21:17du Parti communiste
21:20peut vraiment
21:20se lancer
21:21dans la résistance
21:22et réactiver
21:24la CGT cheminot
21:26qui était très puissante
21:27avant la guerre.
21:31A la SNCF,
21:33en 1939,
21:3480% des employés
21:36étaient membres
21:37de la CGT.
21:38La plupart d'entre eux
21:39militaient aussi
21:40au Parti communiste.
21:44Après l'invasion
21:45de l'URSS,
21:46ils raniment
21:47leurs anciennes structures,
21:48des formations
21:49implantées
21:50dans toute la France
21:51et bien organisées.
21:53Le journal
21:54L'Humanité
21:55se fait l'écho
21:56des nouvelles consignes
21:57de l'international communiste
21:58qui exhortent
21:59tous les ennemis
22:00du nazisme
22:01à se lancer
22:01dans la lutte armée
22:02sans ambiguïté.
22:07Que faut-il
22:08pour aider l'URSS
22:09à écraser Hitler ?
22:10Du sabotage,
22:11encore du sabotage
22:13et toujours du sabotage.
22:18A partir de l'été 1941,
22:21des cheminots
22:22répondent à cet appel
22:23à la guerre clandestine.
22:26Ils deviennent
22:27des membres actifs
22:27d'une branche
22:28du Parti communiste,
22:29l'Organisation Spéciale.
22:32Ces cellules,
22:33les futurs FTP,
22:35les francs-tireurs
22:35et partisans,
22:36lancent des actions armées.
22:39Louis Coquillet,
22:41un ouvrier serrurier
22:42à la SNCF en Bretagne,
22:43rejoint une de ses cellules.
22:46Il monte à Paris
22:48et recrute
22:48d'autres militants.
22:51Très vite,
22:52son groupe
22:52se procure des armes
22:54et élabore
22:54des plans d'action paramilitaires.
22:57Puis,
22:58Coquillet et ses hommes
22:59attaquent des casernes
23:00et des véhicules allemands.
23:01Ils participent
23:02à l'exécution
23:03d'un officier.
23:05Le cheminot
23:06est arrêté
23:07au début de l'année 1942
23:08avec d'autres camarades
23:09lors d'un contrôle de routine.
23:16pour Vichy et les Allemands,
23:19le procès
23:19de ceux
23:20qu'ils considèrent
23:20comme des terroristes
23:21doit servir d'exemple.
23:24Il se tient
23:25durant une semaine
23:26à la maison de la chimie
23:27transformée en tribunal militaire
23:29pour la circonstance.
23:32L'arsenal des résistants
23:33est sans cesse
23:34exposé lors des audiences.
23:36Des armes de poing,
23:38des bombes de fortune
23:39fabriquées artisanalement.
23:42A l'issue des réquisitoires,
23:44sur les 27 accusés,
23:4626 seront condamnés à mort.
23:50Louis Coquillet
23:51est fusillé
23:52trois jours plus tard.
23:56Quel prix
23:57les cheminots
23:58devront-ils payer
23:59pour défendre
24:00leur liberté ?
24:04En Franche-Comté,
24:06un autre bataillon
24:07de FTP
24:07multiplie les sabotages.
24:10Les cheminots
24:11qui en font partie
24:12se servent
24:12de leur maîtrise du rail.
24:14Cette fois,
24:14ils s'attaquent
24:15à du matériel ferroviaire.
24:17Pour faire dérailler
24:18les trains,
24:19ils utilisent
24:20une technique simple,
24:22le détirfonnage.
24:24Il faut tout simplement
24:26pour procéder
24:27à un détirfonnage
24:28posséder une clé,
24:29une sorte de grande clé
24:30en T
24:31qui est adaptée,
24:32qui prend l'empreinte
24:33du tirefond.
24:34Il faut imaginer
24:35une énorme vis
24:36qui solidarise
24:38le rail
24:39à la traverse
24:40qui est posé
24:40sur le balastre.
24:41Il suffit simplement
24:42de déplacer
24:43les rails
24:43avec des baramines
24:44pour ainsi provoquer
24:46un déraillement
24:47qui va provoquer
24:48des dégâts importants
24:49s'ils sont faits
24:50dans une courbe.
24:53Au printemps 1942,
24:55une quarantaine
24:56de soldats allemands
24:57sont tués
24:57dans deux déraillements
24:58successifs
24:59dans le Calvados.
25:00De nombreux autres
25:01sont blessés.
25:09Cette opération
25:10a été soigneusement
25:11planifiée
25:12car le train détruit,
25:14le Cherbourg-Mastricht,
25:15est une cible de choix.
25:17Il transporte régulièrement
25:18des militaires
25:19en permission.
25:22Les dégâts matériels
25:23sont impressionnants.
25:25La locomotive
25:27est hors d'usage.
25:2925 wagons
25:29sur les 40
25:30qui composaient le train
25:31sont détruits.
25:33Le trafic a été
25:34interrompu
25:35pendant trois jours
25:36et il a fallu
25:37amener des grues
25:37pour déblayer
25:38tout le matériel
25:39et réparer les voies.
25:41Des travaux
25:42qui ont duré
25:43des semaines.
25:45Le sabotage
25:46est un véritable succès.
25:48Les auteurs
25:48sont quatre résistants
25:50de la gare de Caen
25:51qui sont
25:53d'obédience communiste
25:54et l'équipe
25:55FTP de Paris
25:56va venir
25:57en Normandie
25:59pour constater
26:00un petit peu
26:01les dégâts
26:01et interroger
26:02les résistants
26:03à l'origine.
26:04Ils vont ainsi
26:06rédiger
26:07un manuel
26:08du sabotage
26:09par la technique
26:10du détirphonage
26:11qui sera diffusé
26:12dans les organisations
26:14communistes
26:15dès l'été 1942.
26:18près de Châlons-sur-Saône
26:20un train
26:21de marchandises
26:22a déraillé
26:22à la suite
26:23d'un acte
26:23de sabotage
26:24commis
26:24par un groupe
26:25terroriste.
26:27De août 1941
26:29à mars 1942
26:31une centaine
26:32de sabotages
26:33de voies ferrées
26:34ont lieu en France.
26:35Des actes
26:36qui entraînent
26:37des réactions brutales
26:38de la part
26:39de l'occupant.
26:40Il y a eu
26:41des représailles
26:42il y a eu
26:42des déportations
26:43les allemands
26:44à partir de là
26:45vont utiliser
26:46des boucliers
26:47humains
26:47dans le cadre
26:48justement
26:49des déplacements
26:49de permissionnaires
26:50allemands.
26:55Printemps 1942
26:57Pierre Laval
26:58qui a pris
26:59l'ascendant
26:59sur Pétain
27:00gère désormais
27:01seul les affaires
27:02de la France.
27:04Il franchit
27:05une nouvelle étape
27:05dans la collaboration.
27:07Désormais
27:08la SNCF
27:09vit complètement
27:10à l'heure allemande.
27:13sur le front
27:14de l'Est
27:14la guerre
27:15contre l'URSS
27:16décuple
27:16les besoins
27:17des nazis.
27:20En Allemagne
27:21les industries
27:22d'armement
27:22connaissent
27:23une grave pénurie
27:23de charbon.
27:25Les convois
27:26de matières premières
27:27venus depuis la France
27:28doivent augmenter.
27:33Albert Schperr
27:34le ministre
27:35de l'armement
27:36et des munitions
27:36de Hitler
27:37vient en personne
27:38à Paris
27:39pour réclamer
27:39la construction
27:40de 2500 kilomètres
27:41de voies supplémentaires.
27:45Il exige aussi
27:461100 locomotives,
27:4837 500 wagons
27:49et des cheminots
27:51en nombre.
27:52C'est une volonté
27:54de la part
27:55des autorités
27:56allemandes
27:56toute cette année
27:581942
27:58que d'essayer
27:59d'avoir
28:00des travailleurs
28:00qui viennent
28:01des différents
28:03pays occupés
28:03pour travailler
28:04dans ces usines
28:05remplacer
28:06les soldats
28:07qui,
28:08en 1942,
28:10périssent
28:10par milliers
28:11en Russie.
28:14Les réquisitions
28:15ont énormément
28:17concerné
28:18les chemins
28:19de fer,
28:19ne serait-ce que
28:20parce que
28:20dans les chemins
28:21de fer,
28:21il y avait
28:22encore des gens
28:23qui étaient
28:23des ouvriers
28:24qui étaient
28:25très qualifiés
28:26dans le domaine
28:27de la métallurgie
28:28dont on sait
28:29qu'il peut aussi
28:30être utilisé
28:31pour l'industrie
28:32d'armement.
28:34Au même moment,
28:36la collaboration
28:36avec les Allemands
28:37franchit un degré
28:38dans l'horreur.
28:39Elle va laisser
28:41une tâche noire
28:41indélébile
28:42dans l'histoire
28:43de la SNCF.
28:4727 mars 1942.
28:51Le premier convoi
28:53de déportation
28:53quitte la gare
28:54du Bourget-Drancy
28:55pour le camp
28:56d'extermination
28:57d'Auschwitz.
29:01Il transporte
29:021112 Juifs
29:03vers la mort.
29:07Les trains
29:08qui partent
29:09de Drancy,
29:11par exemple,
29:13sont conduits
29:14par des chauffeurs
29:16et des mécaniciens
29:17jusqu'à la frontière
29:18avec le Reich.
29:20Ensuite,
29:21c'est des cheminots
29:23allemands
29:23qui prennent le relais.
29:24Il n'y a pas
29:25de cheminots français
29:26qui ont fait
29:27Drancy-Auschwitz.
29:30Il n'empêche
29:31que les demandes
29:32allemandes
29:33ont été respectées
29:34à la lettre
29:35par la direction
29:37de la SNCF
29:38qui n'a pas rechigné
29:39à former ces trains.
29:46Ces convois spéciaux,
29:48comme on les surnommait,
29:49sont toujours
29:50fortement escortés
29:51par des gendarmes français
29:53et de nombreux soldats allemands.
29:57Les cheminots
29:58assistent impuissants
29:59à ces déportations.
30:01Ils ne peuvent rien faire
30:03sous peine
30:04d'être exécutés
30:04sur le champ.
30:06Impossible donc
30:07pour eux
30:07d'agir
30:08même si la colère gronde.
30:10Ces trains
30:11n'étaient pas signalés
30:12comme des trains
30:13de déportés.
30:15Ils étaient choqués,
30:16mais véritablement
30:17parce que
30:18c'était incompréhensible.
30:21Ce qu'ils voyaient
30:22était quelque chose
30:23qui ne devait pas se passer,
30:24qui ne pouvait pas se passer.
30:26Il faut bien comprendre
30:28que ces hommes
30:29avaient été socialisés
30:31sous la Troisième République
30:32à un moment
30:34où l'on n'arrêtait pas
30:35quelqu'un
30:36qui n'avait rien fait.
30:38On n'arrêtait pas
30:39un enfant.
30:40C'était impossible
30:41d'arrêter des enfants.
30:42Or,
30:43ceux-là,
30:44ils en sont témoins.
30:45Ils en sont témoins,
30:46voire acteurs,
30:47dans le cadre
30:48de leur métier.
30:53Témoins
30:53ou acteurs,
30:55cela n'empêche pas
30:56les cheminots
30:56de manifester
30:57des gestes
30:58de solidarité individuelle.
31:00Une autre forme
31:02de résistance,
31:03plus discrète.
31:05Certains donnent
31:06de l'eau
31:06et de la nourriture
31:07aux déportés
31:08lors des arrêts
31:09des convois.
31:11D'autres
31:11ramassent sur les bords
31:12des voies ferrées
31:13les petits mots
31:14lancés depuis les wagons
31:16et transmettent ensuite
31:17aux familles
31:18ces derniers messages.
31:258 novembre 1942.
31:28300 navires
31:29et plus de 100 000 soldats
31:31anglais et américains
31:32s'approchent
31:33des côtes de l'Algérie
31:34et du Maroc.
31:35L'opération Torche
31:37commence.
31:40Les troupes
31:41du général Rommel,
31:42le commandant
31:43de l'Africa Corp,
31:44sont mises en déroute.
31:47en représaille,
31:49les nazis
31:49envahissent la zone libre.
31:52Ils occupent
31:53désormais
31:54tout le pays.
31:55Pas question
31:56que ces revers
31:57fragilisent
31:57les positions
31:58de l'Allemagne
31:58en France.
32:01Pendant ce temps,
32:02sur le front de l'Est,
32:04les troupes d'Hitler
32:04subissent revers
32:05sur revers.
32:07L'opération Barberousse
32:08est un désastre.
32:14L'Allemagne
32:15manque de plus
32:15en plus de bras.
32:18En février 1943,
32:20les nazis
32:21imposent donc
32:21au gouvernement
32:22de Vichy
32:22la mise en place
32:23du STO,
32:24le service
32:25du travail obligatoire.
32:28Des milliers
32:29de jeunes Français
32:30sont contraints
32:31de partir travailler
32:31dans les usines
32:32d'armement allemandes.
32:35Tous les moyens
32:36sont bons
32:37pour y échapper.
32:39Les cheminots
32:40vont encore une fois
32:41montrer leur esprit
32:42de résistance.
32:45Comme les autorités
32:46allemandes
32:46ont besoin
32:46des cheminots français,
32:47ils dispensent
32:48la SNCF
32:49de ce STO
32:51et pas mal
32:52de jeunes
32:53vont être
32:54embauchés
32:55de manière
32:56fictive
32:57à la SNCF
32:58pour échapper
32:59au STO.
33:00Mais ça,
33:01c'est pas un ordre
33:02de la direction.
33:03Mais c'est plus
33:04au niveau local
33:05à dire
33:05« Ah bah oui,
33:06moi j'ai besoin
33:06de quelqu'un là,
33:07donc on embauche
33:08des jeunes gens
33:08pour les soustraire
33:11au départ en Allemagne. »
33:15Dès le printemps 1943,
33:17ces jeunes cheminots
33:18montent au maquis.
33:19Ils intègrent
33:20des groupes de FTP.
33:23Ils apprennent
33:24le maniement des armes
33:25et les techniques
33:26de sabotage.
33:31Ils mettent en place
33:32des filières
33:33qui permettent
33:33aux autres réfractaires
33:35d'échapper au STO.
33:43D'autres cheminots
33:44plus âgés
33:45deviennent aussi
33:46des agents permanents
33:47de la résistance
33:47tout en gardant
33:48leur couverture professionnelle.
33:51Leurs informations
33:52sont précieuses.
33:55Placés au cœur
33:57du système militaire
33:58et économique
33:58d'occupation,
33:59ils peuvent cartographier
34:00le trafic ferroviaire.
34:03Ils sont capables
34:04de décrire
34:04avec précision
34:05les infrastructures
34:06et le matériel allemand.
34:08Ils sont irremplaçables
34:10pour porter des coups
34:11à l'ennemi.
34:13« La corporation
34:14cheminote
34:15sera beaucoup plus
34:16sollicitée
34:16par les organisations
34:17de résistance
34:18que les autres.
34:19Pourquoi ?
34:20Parce qu'ils sont
34:21des agents,
34:22des observateurs
34:24de l'activité
34:26militaire
34:27allemande. »
34:30Parmi les cibles
34:31les plus recherchées
34:32se trouvent
34:33des convois
34:33directement gérés
34:34par les cheminots
34:35allemands
34:35présents dans les bureaux
34:36de la SNCF.
34:37Ces convois,
34:39on les appelle
34:39des TCO.
34:42Un TCO,
34:43c'est un transport
34:44en cours d'opération,
34:45c'est-à-dire
34:46des transports
34:47de troupes.
34:47C'est les trains
34:48allemands
34:49qui avaient
34:51priorité absolue
34:52en matière
34:53de circulation.
34:55Ces informations,
34:56en général,
34:57ne sont jamais
34:58communiquées
34:58très à l'avance
34:59par les forces
34:59d'occupation
35:00parce qu'ils veulent
35:01protéger leurs troupes
35:03en évitant
35:04de faire connaître
35:04aux cheminots
35:05l'arrivée
35:06de troupes
35:07à des points précis.
35:11Malgré ces précautions,
35:13les cheminots
35:14transmettent
35:14des informations
35:15très précises
35:16aux maquis
35:16qui organisent
35:17l'attaque
35:17des transports
35:18de troupes.
35:21Les actions
35:22de guérilla
35:22sont de plus
35:23en plus efficaces
35:24et la bonne
35:25vieille technique
35:25du détirfonnage
35:26fait des ravages.
35:39Mais pour les cheminots
35:40qui ont intégré
35:41ces groupes armés,
35:42saboter
35:42reste toujours
35:43un dilemme.
35:45Saboter,
35:46c'est exposer
35:47la vie des roulants
35:48qui conduisent
35:48les trains.
35:50Saboter,
35:51c'est aussi risquer
35:52des prises d'otages
35:53à titre de représailles
35:54car l'étau
35:55se resserre
35:56autour des résistants.
35:57Les arrestations
35:59se multiplient,
36:00tout comme la torture,
36:01les déportations
36:02massives
36:03et les exécutions
36:04sommaires.
36:06Parmi les victimes
36:08de la répression,
36:09Roger Guintard.
36:11Ce cheminot
36:12sera fusillé
36:13pour avoir détruit
36:13cinq locomotives
36:14dans un dépôt.
36:18Malgré la violence
36:19de la Gestapo,
36:20la lutte contre Vichy
36:21et l'occupant
36:22se généralise.
36:24des collectes
36:25d'armes massives
36:26s'organisent.
36:28Le recrutement
36:29de volontaires
36:30s'accélère.
36:32Les sabotages
36:33se multiplient
36:34dans tout le pays.
36:37Depuis mai 1943
36:39et la création
36:40du Conseil national
36:41de la résistance,
36:42tous les mouvements
36:43de lutte
36:43sont unis.
36:45Parmi eux,
36:46un organisme
36:47directement financé
36:48par la France libre,
36:49le NAP,
36:50le noyautage
36:51des administrations publiques.
36:54Le noyautage
36:55des administrations publiques,
36:56c'est quoi ?
36:56C'est tout simplement
36:57un service central
36:59qui coordonne
37:00l'action clandestine
37:02des fonctionnaires
37:03résistants.
37:04Ils vont ainsi
37:05créer des plans
37:07d'action militaire
37:09en prévision
37:10de la libération
37:11et puis aussi
37:12mettre en place
37:13la prise du pouvoir
37:14au moment de cette libération.
37:16Il va y avoir
37:16une branche ferroviaire
37:18qui est créée
37:20dirigée par Lou Hermand,
37:22ingénieur en chef
37:23à la SNCF
37:23et il a
37:25beaucoup de gens
37:26de son service
37:28qui vont
37:29dans les différents dépôts
37:31pour voir
37:31si tout se passe bien
37:32et en fait,
37:33ces gens-là
37:33vont être des agents
37:34de renseignement
37:35sous prétexte
37:36de vérifier
37:37les locomotives
37:38et vont se livrer
37:39à des activités
37:40de renseignement.
37:45Cette branche ferroviaire
37:46du noyautage
37:47des administrations publiques,
37:48le NAP,
37:49prend le nom
37:50de NAP-FER.
37:52Si ses actions
37:53de résistance
37:53restent locales,
37:55ses responsables régionaux
37:56sont sous l'autorité
37:57du délégué militaire national,
37:59Jacques Chabandelmas,
38:00ce qui va augmenter
38:02son efficacité.
38:08Depuis plusieurs mois,
38:09des membres du NAP-FER
38:11aident les alliés
38:12à élaborer des plans
38:13pouvant être utilisés
38:14lors d'un débarquement.
38:18Ces plans
38:18ont un nom de code.
38:20On les appelle
38:21des plans verts.
38:23Leur importance
38:24va s'avérer vitale
38:25pour la reconquête
38:26de la France.
38:28En 1943,
38:30les services
38:30de la France libre
38:31vont demander
38:32au NAP-FER
38:33de prévoir
38:35des plans
38:35de destruction,
38:37des plans
38:37de sabotage
38:38des liaisons ferroviaires.
38:40Ce qu'ils vont faire
38:41en 1943
38:42et en mars 1944,
38:45les services
38:45du bloc planning
38:47vont peaufiner
38:48ces plans
38:49qui vont être
38:50validés
38:50par l'état-major allié.
38:56Au début
38:57de l'année 1944,
38:59la lutte armée
38:59monte encore
39:00d'un cran.
39:02Des commandos
39:03spécialement
39:03entraînés
39:04au sabotage
39:05sont envoyés
39:05d'Angleterre
39:06pour faire
39:06des cheminots
39:07une véritable
39:08armée du fer.
39:11Ce sont
39:12des experts
39:12des actions
39:13paramilitaires.
39:14Parmi leurs spécialités,
39:16le maniement
39:17des explosifs.
39:18Les explosifs
39:19principalement utilisés
39:21dans le cadre
39:21du sabotage ferroviaire,
39:22c'est le plastique.
39:24C'est un
39:25explosif
39:26qui présente
39:26plusieurs avantages.
39:27Tout d'abord,
39:28il est polyvalent
39:29et il est très puissant.
39:31Il permet
39:31de briser net
39:32de fortes sections
39:34d'acier
39:34comme un rail
39:37ou bien
39:37de s'attaquer
39:38à des ouvrages
39:40d'art
39:40que sont
39:41les ponts
39:41ou les viaducs
39:42ferroviaires.
39:43Il est extrêmement
39:45puissant,
39:46il est extrêmement
39:46intéressant aussi
39:47parce qu'il est
39:48malléable.
39:49Il peut être plaqué
39:50sur n'importe quelle
39:51cible
39:51à détruire.
39:53Et puis,
39:54surtout,
39:54c'est un explosif
39:55qui est très stable.
39:58Le pain de plastique
39:59peut subir des chocs
40:00très violents,
40:01il n'explosera pas.
40:02On peut tirer
40:03avec une arme à feu
40:04sur un pain de plastique,
40:05il ne se passera rien.
40:12quand ils ne font pas
40:13sauter eux-mêmes
40:13les voies,
40:15les cheminots
40:15se servent
40:16une fois de plus
40:16de leur connaissance
40:17du terrain
40:17pour aider les saboteurs
40:19à placer les explosifs
40:20aux meilleurs endroits.
40:21de la mort.
40:50Sous-titrage
40:53Entre janvier et mai 1944, plus de 800 attentats ferroviaires sont commis dans toute la France.
41:02Les occupants font face à une véritable bataille du rail.
41:09Désormais, les cheminots prennent de plus en plus de risques.
41:12Pour causer le maximum de pertes à l'ennemi, ils détruisent même le matériel ferroviaire destiné à la réparation de
41:18leur propre destruction.
41:27De leur côté, les alliés veulent en finir au plus vite.
41:31Les forteresses volantes anglaises et américaines entament donc une campagne massive de bombardements des nœuds ferroviaires, des centres de triage
41:39et des dépôts de tout le nord de la France.
41:47Mais ces bombardements ont parfois des conséquences dramatiques.
41:55Lorsqu'il y a des bombardements des enclaves SNCF, très souvent, les cités cheminottes sont également victimes des bombardements.
42:02Les cheminots habitent très souvent à proximité de leur lieu de travail, donc dans des cités cheminottes.
42:14Il y a eu le bombardement du 21 avril 1944 sur le dépôt de la chapelle, où les bombes tombent
42:23certes sur le dépôt, mais aussi énormément sur le 18e arrondissement, sur Aubervilliers.
42:29Et il y a plusieurs centaines de victimes civiles qui sont relevées à l'issue de ce bombardement.
42:396 juin 1944.
42:49Tandis que les alliés font pleuvoir des tonnes de bombes sur les défenses allemandes, 130 000 soldats mettent le pied
42:56sur le sol français.
43:01La veille, le plan vert général a été déclenché par la BBC, avec un message codé resté célèbre et spécialement
43:10adressé aux cheminots.
43:11Ici, l'an. Les Français parlent au français. Vous pouvez écouter tout d'abord quelques messages personnels.
43:22Les sanglots longs des violons de l'automne. Je répète, les sanglots longs des violons de l'automne.
43:31La consigne est claire. Le sabotage à outrance doit empêcher tous les transports allemands, de manière irrémédiable.
43:45La paralysie du réseau ferré était essentielle à partir du moment où les troupes alliées avaient débarqué.
43:54Donc les Allemands avaient des troupes un petit peu partout. Ils avaient beaucoup de troupes en France, contrairement à ce
43:58qu'on dit parfois en 1944.
44:00Mais elles étaient positionnées un peu partout.
44:05Paralyser le réseau ferroviaire permet d'encager, c'est un terme militaire,
44:10permet d'encager le théâtre d'opération.
44:13Ainsi, le plan vert va être déclenché dans la nuit du 5 au 6 juin 1944
44:21pour empêcher la remontée vers la Normandie des troupes vers les têtes de pont du débarquement allié.
44:32Pour empêcher les mouvements de troupes allemandes, des cibles hautement stratégiques doivent être détruites.
44:39Parmi elles, un important centre ferroviaire situé à proximité de Lyon.
44:46En Berrieux, en Bugé, est un dépôt très important dans la région et il fallait impérativement, dans le cadre du
44:54plan vert, le détruire.
44:58Les équipes sont dirigées par des cheminots qui vont s'attaquer d'abord au pivot de la rotonde.
45:07Ils vont placer une charge assez énorme puisqu'il y aura 3 kg d'explosifs qui vont être plaqués sur
45:13ce pivot.
45:16La puissance de l'explosion provoque la destruction de 52 locomotives.
45:21Dans un second temps, les cheminots parachèvent leur exploit.
45:26Ils lancent une locomotive et son convoi sur des wagons bloqués par l'empilement des épaves.
45:32Tout le réseau de la région lyonnaise est définitivement hors d'usage.
45:37Partout, les résistants du rail vont être héroïques.
45:42Les chemins de fer auraient fonctionné en juin 1944.
45:47Comme ils fonctionnaient en juin 1939, les alliés auraient eu beaucoup plus de difficultés à gagner la bataille de Normandie.
45:57On ne sait même pas d'ailleurs s'ils l'auraient gagné.
46:00Après le débarquement, les maquis investissent progressivement les villes libérées.
46:06Là encore, les cheminots sont en première ligne.
46:13Ils sont chargés par les FFI, les forces françaises de l'intérieur,
46:17de bloquer l'évacuation des convois allemands qui fuient vers l'Allemagne par tous les moyens.
46:22Mais aussi de protéger les installations ferroviaires contre les destructions de l'ennemi.
46:36Pour cet engagement sans faille, ils vont payer un lourd tribut.
46:41En représailles, les nazis mènent une lutte sans pitié contre tous les résistants.
46:47Ils arrêtent des cheminots et les assassinent.
46:52Le plus important massacre dont ils ont été victimes a eu lieu au printemps 1944,
46:58dans une petite ville du nord de la France.
47:02Le massacre d'Asques a lieu suite à un sabotage sur un train de permissionnaires ou de militaires allemands,
47:11donc en gare d'Asques, dans le nord de la France.
47:14Un sabotage qui est raté d'une certaine façon,
47:18puisqu'il n'y a quasiment pas de dégâts sur le train ni de victimes.
47:21Et en représailles, les militaires allemands vont littéralement massacrer 86 personnes, dont 22 cheminots.
47:44De 1940 à 1944, plus de 2500 cheminots sont morts,
47:50victimes de la répression du régime de Vichy et des autorités nazies.
48:01Été 1944, une question reste en suspens.
48:05La libération de Paris.
48:08Pour De Gaulle, c'est une priorité.
48:11Mais les Américains veulent continuer au plus vite vers l'Est, vers l'Allemagne,
48:15et donc contourner Paris.
48:18Finalement, ce sont les résistants qui vont prendre l'initiative.
48:23À Paris, le 19 août, l'insurrection est déclenchée.
48:29Elle est déclenchée par les policiers qui prennent la préfecture de police au centre de Paris, sur l'île de
48:34la Cité.
48:37Les cheminots participent activement à l'insurrection.
48:41Ils suivent à la lettre les consignes de la CGT et de la CFTC qui ont proclamé la grève générale.
48:52Les deux syndicats ont étendu les débrayages déclenchés une semaine plus tôt dans toutes les gares parisiennes,
48:57afin de désorganiser la retraite allemande.
49:09Les employés de la SNCF participent aussi au combat qui commence dans l'après-midi.
49:19Ils prennent le contrôle des principaux dépôts de la région parisienne,
49:22pour qu'ils ne soient pas détruits par les nazis.
49:278 jours après le début de l'insurrection,
49:30Von Scholtitz, le gouverneur militaire de Paris,
49:33remet sa capitulation au général Leclerc, installé gare Montparnasse.
49:49Dès l'été 1944 et jusqu'à la victoire finale en mai 1945,
49:54les cheminots continuent de participer activement à l'effort de guerre.
50:00La priorité est de rétablir le trafic au profit des transports stratégiques alliés
50:05et de ravitailler les Français.
50:10Mais les destructions du réseau ferré et du matériel,
50:14tant par les Allemands que par les Alliés,
50:16vont leur imposer un effort sans précédent pour tout reconstruire.
50:22Les cheminots sont là aussi en première ligne
50:25et c'est un moment où il y a une espèce d'union nationale,
50:30d'une certaine façon.
50:31Les cheminots acceptent de travailler jusqu'à 60 heures par semaine,
50:35de vraiment allonger considérablement leur durée de travail
50:40pour participer à la reconstruction du réseau ferroviaire
50:44ou avec une espèce d'analogie entre où on reconstruit le réseau ferroviaire,
50:49ça reconstruit la France.
50:50Il y a des affiches, là où le train passe, la vie renaît,
50:54enfin avec une espèce de slogan comme ça.
50:57La reconstruction participe aussi à la construction de l'image de cheminots.
51:12Que reste-t-il aujourd'hui du combat des cheminots pour la liberté ?
51:18Dans la mémoire collective,
51:20il demeure le seul groupe professionnel clairement identifié à la résistance,
51:25aux actions de sabotage et à la lutte armée.
51:32La résistance des cheminots reste à cet égard
51:35le symbole d'une action d'opposition collective,
51:37de conviction et d'entraide de toute une corporation.
51:42Sans eux, sans leurs actions qui ont paralysé les troupes allemandes,
51:47le débarquement aurait-il réussi ?
52:02Sous-titrage Société Radio-Canada
52:19Sous-titrage Société Radio-Canada

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