- il y a 2 heures
C'est un duo un peu particulier qu'accueille Claire Chazal cette semaine sur le plateau de « Au bonheur des livres », puisqu'elle reçoit un écrivain et son éditeur : Jean-Paul Dubois et Olivier Cohen, fondateur des éditions de L'Olivier. Le premier vient de publier un nouveau roman, « Chacun », fidèle à sa manière légèrement ironique et dégingandée d'aborder la condition humaine, incarnée cette fois par un cardiologue dépressif depuis que sa femme a disparu...
Le second a, avec son auteur, dont il édite les romans depuis une trentaine d'années, une relation privilégiée et franchement amicale.
Comment se conçoivent, à partir de là, les livres si singuliers de Jean-Paul Dubois, qui font le bonheur de tant de lecteurs ? Nul doute que la conversation avec Claire Chazal permettra de lever, avec le sourire, un peu du voile sur les mystères de la création littéraire ! Année de Production :
Le second a, avec son auteur, dont il édite les romans depuis une trentaine d'années, une relation privilégiée et franchement amicale.
Comment se conçoivent, à partir de là, les livres si singuliers de Jean-Paul Dubois, qui font le bonheur de tant de lecteurs ? Nul doute que la conversation avec Claire Chazal permettra de lever, avec le sourire, un peu du voile sur les mystères de la création littéraire ! Année de Production :
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00:05Musique
00:20Bienvenue dans l'émission littéraire de Public Sénat.
00:22Je suis ravie de vous retrouver pour un nouveau numéro d'Au bonheur des livres.
00:25C'est notre émission hebdomadaire qui nous permet simplement,
00:29enfin en tout cas nous l'espérons, vous donner envie de lire des livres
00:32et de connaître mieux, et même de découvrir leurs auteurs.
00:36Alors aujourd'hui, une émission spéciale pour saluer l'œuvre d'un auteur un peu exceptionnel
00:41que nous adorons, que personnellement j'adore, et de son éditeur.
00:45Et oui, c'est une première.
00:46L'auteur c'est Jean-Paul Dubois qui publie un nouveau livre,
00:49réjouissant bien que sombre, un peu sombre,
00:52qui s'appelle Chacun,
00:54et qui chemine donc ici pour nous,
00:57avec son éditeur, le fondateur des éditions de l'Olivier,
01:00Olivier Cohen.
01:02Il travaille de conserve depuis une trentaine d'années, même plus,
01:06et on est tout à fait ravis de les recevoir.
01:09En tout cas, merci Olivier Cohen,
01:10c'est la première fois que nous recevons un éditeur,
01:12et ça nous fait très plaisir de vous avoir à côté de Jean-Paul Dubois.
01:15Oui, on va pouvoir parler évidemment de vos relations,
01:17mais aussi de ce que c'est que le travail d'un éditeur et de ses choix.
01:20Alors, cher Jean-Paul Dubois,
01:22je rappelle que vous avez écrit une vingtaine de romans,
01:24vous avez obtenu le prix féminin en 2004,
01:26pour une vie française,
01:29merveilleuse, fresque,
01:30pleine d'humour,
01:31sur notre société,
01:33et aussi pleine de notations personnelles,
01:35très touchantes.
01:36Et puis le prix Goncourt en 2019,
01:38sur tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon.
01:42Et donc, je le rappelais,
01:43vous avez publié pour la première fois,
01:45enfin je crois, je ne sais pas si je me trompe,
01:46avec aux éditions de l'Olivier.
01:49J'ai lu que c'était en 1996,
01:51avec l'Amérique m'inquiète,
01:52mais je ne sais pas si Olivier Cohen vous êtes d'accord.
01:54Ce n'est peut-être pas ce livre qui a fondé votre relation.
01:56Je ne suis pas absolument certain,
01:58mais j'avais publié avant un livre de Jean-Paul Auxseuil.
02:05Donc vous vous connaissiez.
02:06Oui.
02:07Mais les éditions de l'Olivier,
02:09ce sont des éditions particulières,
02:11qui ont une âme.
02:12Je rappelle que, par exemple,
02:13vous avez publié Richard Ford,
02:15Florence Aubenas et bien d'autres.
02:17Donc il y a une âme dans cette maison d'édition
02:19et sans doute elle a correspondu avec vous,
02:22Jean-Paul Dubois.
02:24Est-ce qu'on peut dire déjà,
02:25avant de parler du livre,
02:26naturellement que c'est une histoire,
02:28pour vous deux, d'amitié, de fidélité,
02:31cette coopération, cette collaboration, ce travail ?
02:34Oui, mais c'est conventionnel,
02:37mais c'est plus que ça.
02:38C'est beaucoup de non-dits qui se comprennent.
02:42Moi, je suis quelqu'un d'inquié.
02:47Je suis quelqu'un de pas sûr de lui.
02:50Et avec Olivier, j'ai trouvé...
02:53Il y a Olivier, mais il y a tous les gens qui travaillent là.
02:56C'est-à-dire, depuis 30 ans,
02:57il y a des gens qui ont défilé,
02:59mais rien n'a changé.
03:00C'est-à-dire, il y a toujours cette douceur,
03:04cette...
03:04Une bienveillance, enfin, un accueil.
03:06Oui, mais c'est quasi familial
03:10quand les familles s'entendent bien.
03:12Ah oui.
03:13Ces moments...
03:13Moi, je n'ai jamais eu un problème,
03:17jamais dans cette maison.
03:18Donc, ça va bien au-delà des livres.
03:20Bien sûr.
03:21On ne se saute pas au cou.
03:23On se dit vous depuis 30 ans,
03:25mais il y a quelque chose...
03:27Vous le vivez comme ça, Olivier Cohen ?
03:30Comme une famille d'auteurs qui sont autour de vous ?
03:33Oui, c'est un peu ça, effectivement, oui.
03:36Au départ, je n'avais pas d'intention particulière
03:41sur le plan familial,
03:43mais ça s'est fait tout seul.
03:46Ça s'est fait petit à petit.
03:47Alors, on va essayer de comprendre, d'ailleurs,
03:49comment, par exemple, pour un livre,
03:51pour un livre particulier,
03:52ce travail de collaboration,
03:55ce travail en commun s'effectue,
03:57s'il s'effectue vraiment.
03:59Mais disons, évidemment, un mot de ce nouveau roman,
04:01Jean-Paul Dubois, que ça s'appelle Chacun.
04:03On va expliciter le titre au fur et à mesure,
04:05parce que c'est un peu mystérieux, je dois dire,
04:07et peut-être on a finalement...
04:09L'éditeur...
04:10Je ne sais pas si c'est vous qui l'avez choisi.
04:11Il y a un petit secret.
04:11Il y a un petit secret.
04:12Vous l'avez choisi, Olivier Cohen ?
04:13Non, c'est Jean-Paul.
04:14C'est Jean-Paul qui l'a choisi.
04:15Parfois, on est d'accord.
04:17Ce n'est pas moi qui l'ai choisi.
04:18Ah oui ? Non.
04:19Il s'est fait tout seul ?
04:20Non, c'est mon éditeur chinois.
04:22Ah !
04:23Tout ça s'est fait involontairement.
04:24C'est-à-dire qu'il a traduit
04:25« Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon »
04:28et il m'a téléphoné,
04:28enfin, il m'a fait téléphoner,
04:30parce qu'on ne parle pas la même langue,
04:32et il m'a dit
04:32« Si on le traduit tel quel,
04:35le titre occupe toute la première page de couverture,
04:38il n'y a plus de place.
04:39Donc, est-ce que vous nous autorisez à modifier
04:41et à rectifier, à raccourcir le titre ? »
04:43Je lui dis « Bien sûr. »
04:44Et trois semaines après, je reçois un mail.
04:46« Votre éditeur est très embêté
04:47parce qu'il a raccourci le titre. »
04:49Mais vraiment, il est un peu gêné de vous le présenter.
04:51Alors je dis « Il n'y a aucun problème. »
04:53Il a envoyé le titre et je vois chacun.
04:56– Ah, donc c'était le livre du prix Goncourt ?
04:58– C'est la traduction chinoise du prix Goncourt.
05:02J'admirais l'intelligence,
05:04la finesse chinoise
05:06qui est capable de synthétiser en un mot.
05:07– C'est vrai.
05:08– Sur le moment, j'étais sidéré,
05:09mais dans « Chacun », il y a tout le titre.
05:11– Tout à fait.
05:11Ça nous étonne moins, d'ailleurs,
05:13chacun pour l'autre livre que pour celui-là.
05:15– Oui, mais le problème,
05:17c'est que moi, je trouve ça tellement intelligent
05:19d'avoir fait ça
05:20que mon prochain livre s'appellera « Chacun ».
05:22– D'accord.
05:23Alors, je veux dire que c'est très simple comme explication.
05:25là, c'est… voilà.
05:26– Mais attendez, vous savez très bien,
05:27les livres, pour moi,
05:28les livres ne se font que comme ça.
05:31C'est qu'il y a quelque chose
05:32qui va déclencher une idée.
05:34Ça, c'est un titre,
05:35mais ce n'est pas le problème.
05:37Il y avait…
05:37C'est un problème entre moi et moi avec ma tête
05:39et j'essaie de…
05:40Voilà, c'est le départ d'un livre.
05:42Le départ d'un livre,
05:43c'est la traduction du…
05:44– D'un titre précédent.
05:45– De l'anté pénultième.
05:46– Vous connaissiez tout ce processus, Olivier,
05:48vous aviez, Olivier Cohen,
05:50de tout ce qui s'était passé de ce titre, etc.
05:53Ça ne vous a pas choqué
05:53qu'il prenne ce titre-là aujourd'hui.
05:55– Pas du tout.
05:56J'ai trouvé ça logique, oui.
05:58– Logique, oui.
05:59– Surtout quand je lui ai dit
06:01que si ce livre était traduit en chinois,
06:04ils avaient deux chacun.
06:05– Oui, ils avaient deux chacun.
06:07– Donc c'était chacun d'eux.
06:07– Ils vont peut-être allonger le titre,
06:09ils vont peut-être trouver…
06:10– Ça, ça serait élégant,
06:11mais ça m'obligera à ce moment-là
06:12à reprendre le titre.
06:13– On pourrait faire de la disparition,
06:15enfin bon, je ne sais pas.
06:16Alors, essayons justement
06:17de raconter un peu ce que c'est que ce livre,
06:20qui est donc, enfin, moi,
06:21que personnellement j'ai adoré,
06:22mais j'aime beaucoup votre univers
06:24et votre écriture et vos personnages,
06:26dans lesquels il y a toujours de l'humour,
06:28mais un petit peu décalé,
06:29parfois désespéré ou désabusé,
06:31je ne sais pas.
06:32Ce personnage principal,
06:33il s'appelle Paul Vess Melville.
06:37Il est un cardiologue,
06:38il est médecin à Toulouse,
06:40donc il est entouré
06:42des fantômes de sa famille,
06:43il vit dans cette maison.
06:46Et c'est donc encore un Paul.
06:49– C'est normal,
06:50puisque c'est moi qui fais le livre.
06:52– Oui, enfin,
06:53il faut préciser à nos auditeurs,
06:54et donc à vos lecteurs,
06:55enfin, qui n'ont pas forcément
06:56lu les livres avant,
06:57il y a très souvent,
06:58pratiquement tout le temps,
06:59– Il n'y a que des Pauls.
07:00– Un héros qui s'appelle Paul, voilà.
07:02– Et c'est…
07:03– Parce que c'est vous,
07:04parce que c'est…
07:05– Parce que c'est la voix,
07:06quand je fais un livre,
07:06je monte les images les unes
07:08après les autres,
07:09des pages, c'est des plans,
07:10et la voix off,
07:11qui raconte,
07:12c'est toujours la même.
07:13Donc je m'accroche
07:14à l'idée d'un prénom
07:16qui est la moitié du mien
07:17et la voix off,
07:17qui raconte l'histoire,
07:19puisque c'est toujours
07:19à la première personne.
07:20C'est assez artisanal,
07:22comme…
07:23– Oui, et puis ça nous attache
07:25à votre œuvre.
07:26On dit, tiens,
07:26on va le retrouver,
07:27ce personnage.
07:28– Ah oui, ça le prouve.
07:29– Ça, c'est très fort.
07:30– Ah, allez-y.
07:31– Je peux faire
07:31une petite digression.
07:32– Allez, faites-le.
07:32– Ça m'arrive souvent,
07:33quand je lis un manuscrit
07:36de quelqu'un,
07:37de débutant,
07:38mais de doué néanmoins,
07:42de repérer la même,
07:44la même erreur
07:45et de dire à l'auteur,
07:48c'est très intéressant,
07:50mais il manque
07:52qui raconte tout ça.
07:53– Ah oui.
07:54– C'est le point de vue
07:54de qui.
07:55– Oui.
07:56– Et donc l'idée
07:57qu'un roman,
08:00c'est pas simplement…
08:01Écrire un roman,
08:01c'est pas simplement
08:02inventer une histoire,
08:04c'est inventer la personne
08:05qui raconte l'histoire.
08:06et je trouve que chez Jean-Paul,
08:09c'est admirablement fait.
08:11– Bien sûr,
08:12parce que ça nous attache,
08:13en fait.
08:13– Bien sûr.
08:14– Voilà, c'est ça qui se passe,
08:15c'est qu'il y a cette alchimie-là.
08:17On reconnaît,
08:17on vous reconnaît,
08:18on se reconnaît aussi
08:19nous-mêmes souvent.
08:21Mais est-ce qu'on peut dire
08:22cette fois que ce Paul,
08:23qui va donc,
08:25qui vit dans…
08:25qui, on peut dire,
08:27erre un peu
08:27dans cette maison familiale
08:28où il est tout seul
08:30puisque sa femme,
08:32sa compagne,
08:32enfin sa femme,
08:34Rose,
08:34a disparu depuis deux ans.
08:36Est-ce qu'on peut dire
08:37que c'est un anti-héros,
08:38au départ,
08:39un peu dépressif,
08:40un peu…
08:42– Non,
08:43c'est simplement quelqu'un
08:44qui aimait sa femme,
08:45qui est parti,
08:46qui ne sait pas pourquoi,
08:48et qui est rythmologue.
08:49Il est plus…
08:50– Oui,
08:51cardiologue,
08:51mais sur le rythme cardiaque,
08:53oui.
08:53– Dans un domaine
08:54où l'instantanéité
08:56et la mort sont quotidiennes.
08:58Donc,
08:59il traite une maladie
09:01qui en plus
09:01a la limite
09:02de la vie.
09:05– La vie et de la mort, oui.
09:05– Donc,
09:06c'est quelqu'un
09:07qui est fragilisé
09:09quand même par tout ça
09:10et qui a des réactions
09:13qui sont tout à fait normales.
09:15Ce n'est pas un héros,
09:16ce n'est pas un anti-héros,
09:17c'est quelqu'un
09:18qui est dans sa maison,
09:20qui compte habiter
09:20des gens avant lui,
09:21qui sont morts,
09:23qui sont là,
09:23qui fument,
09:24parce que c'est toujours
09:26comme ça
09:26quand vous vivez
09:26dans la vie
09:27d'une vieille maison.
09:28– Vous avez toujours
09:29les odeurs
09:29des gens
09:30qui vous ont précédés ?
09:31– Bien sûr.
09:31– C'est normal,
09:32tout est normal.
09:33– Il y a des odeurs
09:33tabagiques des parents
09:34très fortes
09:35parce que ce sont
09:35les deux parents
09:36de ce pôle.
09:38Effectivement,
09:39ça fait deux ans
09:39qu'il n'exerce plus
09:40ce métier de médecin,
09:41enfin,
09:42il s'est mis entre parenthèses
09:43parce qu'il est triste,
09:45qu'il attend,
09:45qu'il est en dépression,
09:46qu'il a vu cette femme
09:48disparaître.
09:48Il faut juste préciser
09:49que Rose,
09:50donc,
09:51elle est météorologue,
09:52enfin,
09:52où elle était,
09:53bon,
09:53je ne sais pas,
09:54et elle est partie
09:55parce qu'elle adore
09:55faire du cano et kayak
09:56et elle a disparu.
09:58On ne sait pas trop comment
09:59parce qu'on n'a pas
10:00retrouvé le corps.
10:01Il y a toujours,
10:02d'une certaine façon,
10:03chez vous aussi,
10:05des accidents
10:05liés à l'eau,
10:08à quelque chose d'autre,
10:10à des éléments
10:11un peu hostiles.
10:13Est-ce que je me trompe ?
10:15– Vous ne vous trompez pas,
10:17mais dans ce livre,
10:18personne ne meurt.
10:19C'est le premier livre,
10:21c'est le premier livre
10:22où personne ne meurt.
10:24– Ah,
10:26il y a un doute,
10:27Jean-Paul Duboy,
10:29il y a un doute.
10:29– Enfin,
10:30je ne sais pas,
10:30ou alors je me suis trompé
10:31quelque part.
10:32Non,
10:32pour moi,
10:33il n'y a pas de doute
10:34parce que,
10:35enfin,
10:35il y a quelqu'un
10:36qui est absent
10:36qui restera absent.
10:37Voilà.
10:38L'absence,
10:39ce n'est pas la mort,
10:40c'est le doute raisonnable.
10:42– Il n'a pas trouvé le corps,
10:43donc c'est ça
10:44que,
10:44oui.
10:45– Six ans avant d'hériter.
10:47Donc,
10:48non,
10:49non,
10:49c'est,
10:51pour moi,
10:52c'est un livre,
10:53au contraire,
10:55de vie,
10:56je trouve qu'il y a
10:57de la vie dans ce livre.
10:58– Vous avez trouvé ça aussi,
11:00Olivier Cohen,
11:00quand vous avez
11:02lu le manuscrit ?
11:03– Il y a beaucoup
11:04de vitalité,
11:04effectivement.
11:06– Et pourtant,
11:06il est triste,
11:07il attend,
11:08il est seul,
11:09c'est ça,
11:10une bonne partie du roman.
11:11– Oui,
11:12mais ça,
11:12c'est l'arrière-plan.
11:13et devant,
11:15il se passe énormément de choses
11:17et des choses très vivantes,
11:20les gens s'engueulent,
11:22s'énervent,
11:23s'aiment,
11:25se quittent,
11:26se retrouvent.
11:28il y a une énergie,
11:30disons,
11:31dans ce livre,
11:32qui est très particulière,
11:35et qui ressemble,
11:36vous parliez d'une vie française
11:37tout à l'heure,
11:39qui est un livre que,
11:41très, très beau livre,
11:44et quand j'ai lu le manuscrit,
11:47je me suis dit,
11:48tiens,
11:48c'est curieux,
11:49alors qu'une vie française,
11:51c'est un livre qui a été écrit
11:51il y a longtemps,
11:53il y a une sorte
11:54de continuité
11:56entre ces deux livres,
11:58alors laquelle,
11:59il faut la trouver,
12:02mais pour moi,
12:04un des éléments
12:04de cette continuité,
12:07c'est cette énergie vitale.
12:09– Et vous avez eu conscience,
12:11vous,
12:11Jean-Paul Dubois,
12:12de faire ce livre
12:13un peu moins,
12:15peut-être un peu moins sombre
12:16que les autres,
12:17avec cette,
12:18est-ce que ça correspondait
12:20à votre état d'esprit,
12:21personnel,
12:22j'allais dire ?
12:23– Toujours.
12:24– Oui.
12:25– Toujours.
12:25Mais,
12:26vous voyez,
12:27ce que dit Olivier,
12:31chaque fois que je lui envoie un livre,
12:33il peut vous le dire,
12:34je lui dis,
12:35c'est une merde,
12:36je l'ai raté.
12:36– Oui, ça…
12:37– Non, mais attendez,
12:37je suis tout à fait cessé,
12:39c'est pas du tout
12:39de la fausse médecine.
12:40À la fin du livre,
12:41je pleure,
12:42parce que je l'ai fini
12:43et je suis content
12:44de l'avoir fini
12:45avant d'être mort,
12:46et je lui dis,
12:47Olivier,
12:48je l'ai raté.
12:49Et là,
12:50c'est quelque chose,
12:52quand je vous parle
12:53de famille,
12:54il va pas me réconforter
12:55comme un éditeur,
12:56il va me réconforter
12:58comme un parent proche
12:59qui dit,
13:00mais non,
13:00mais calme-toi,
13:01détends-toi,
13:01tu sais que c'est
13:02chaque fois pareil,
13:03ça va s'arranger.
13:04Et,
13:06l'intérieur de ma tête
13:08est modifié,
13:09non pas par…
13:10Il y a quelque chose
13:11qui opère,
13:12et ça,
13:12c'est la durée,
13:13c'est le temps,
13:13c'est la confiance.
13:14Pour moi,
13:15un éditeur,
13:15c'est ça,
13:16c'est quelqu'un
13:16qui va me donner
13:18à la fois
13:22l'envie
13:22de faire ce livre
13:24un peu pour lui,
13:25parce que ça compte aussi,
13:26je le ferai pas
13:27pour quelqu'un d'autre,
13:30de me dire
13:31qu'à la fin,
13:32je vais pouvoir
13:33me reposer sur lui,
13:34sur son avis,
13:36sur ça,
13:37faire confiance,
13:38mais pas faire confiance
13:39comme un dominant,
13:41mais quelqu'un
13:41qui est…
13:43C'est fin,
13:43c'est un truc très fin.
13:44Comme un égal.
13:45C'est pour ça
13:46qu'on se dit.
13:47oui.
13:47Comme un lecteur
13:48très familier
13:49qui appartient
13:50à l'entourage familial.
13:52Vous qui connaissez bien
13:53Jean-Paul Dubois,
13:55est-ce que ce Paul
13:55qu'on retrouve dans les livres,
13:56enfin, ce héros récurrent
13:58qui est…
13:58Est-ce que il est
13:59Jean-Paul Dubois,
14:00il ressemble
14:01à celui que vous connaissez
14:02avec cet humour,
14:04cet état un peu dépressif,
14:06ce décalage aussi,
14:08cette qualité
14:09d'observation des autres ?
14:11Est-ce que c'est
14:12votre auteur,
14:13ce héros ?
14:14C'est un cousin
14:15de Jean-Paul Dubois.
14:17Il y ressemble.
14:18Mais c'est pas lui.
14:20C'est pas lui.
14:21De même que…
14:22Je pense qu'un romancier,
14:25c'est quelqu'un
14:26qui invente un monde.
14:28Un monde
14:29qui ressemble
14:30beaucoup au monde
14:31dans lequel nous vivons,
14:34mais avec quelques différences.
14:37Et pour moi,
14:38le héros récurrent
14:40des livres de Jean-Paul,
14:42c'est quelqu'un
14:43qui lui ressemble.
14:44Et c'est quelqu'un,
14:45et c'est ce que vous dites,
14:46qui vit dans un certain monde,
14:47c'est ce que vous dites,
14:49c'est très juste,
14:49parce qu'au fond,
14:50un roman,
14:50c'est peut-être une histoire,
14:52peut-être une intrigue,
14:53mais pour le lecteur,
14:54pour moi,
14:55c'est avant tout
14:55un univers,
14:56une atmosphère,
14:57des lieux,
14:58un style,
14:59une écriture.
14:59Enfin, ça,
15:00c'est mon avis personnel.
15:02Je ne cherche pas forcément
15:03une dramaturgie, moi,
15:04mais je suis attirée
15:05par autre chose.
15:06Et là,
15:06ce que je trouve effectivement
15:07très beau et très touchant,
15:09c'est tout ce qui entoure
15:10le héros.
15:10C'est cette famille
15:11que vous décrivez,
15:12c'est les lieux,
15:13c'est…
15:13On a le sentiment
15:15qu'ils vous appartiennent,
15:16ces lieux,
15:16Jean-Paul Dubois,
15:17cette famille
15:17qui vit dans une maison
15:19à Toulouse,
15:19ses parents
15:20qui ont fumé
15:20toute leur vie,
15:23ces vieilles motos
15:24que le père a réparées,
15:27ces vinyles
15:27qui traînent
15:28dans la maison.
15:29On sent que c'est
15:30quelque chose
15:30que vous avez vécu.
15:32Si vous venez à la maison,
15:33tout ce que vous venez
15:34de vous écrire,
15:35les pièces,
15:36les parents,
15:37les pièces
15:37où les parents ont vécu,
15:39est une forme d'amour
15:42qui n'a aucune raison d'être,
15:43ces frères et sœurs.
15:45Oui.
15:45Ils n'ont aucune raison.
15:46Pour moi,
15:47ce sont eux
15:47qui sauvent
15:49l'envie
15:49de continuer à vivre,
15:51ce sont ces gens-là,
15:52des gens
15:52qui n'ont aucune raison,
15:54mais qui sont liés
15:55en dehors d'eux
15:56par l'histoire
15:57de ces deux parents
15:58extraordinaires
15:59dont on ne sait pas grand-chose.
16:01Mais quand même,
16:02vous faites ce qu'ils sont des portraits.
16:03Mais si, on sait qu'ils fumaient
16:04comme des malades,
16:05qu'ils étaient
16:05peu conventionnels.
16:07Quelle a l'été de ça que lui ?
16:07Le père avait tout quitté
16:09pour réparer
16:09les motos anciennes.
16:10La mère était urologue
16:11à l'époque
16:12où il y avait
16:137 ou 15 urologues
16:15en France,
16:16femmes.
16:17Donc,
16:17c'était une famille singulière
16:19qui a fabriqué,
16:20sans le vouloir,
16:22trois gosses singuliers
16:23qui ont toutes les raisons
16:24de se détester
16:25et qui, malgré tout,
16:28finissent par repas.
16:29Doivent s'aimer
16:30parce que c'est plus fort
16:31qu'eux,
16:31même si ça ne les arrange pas.
16:33C'est cette idée
16:34qui me plaît.
16:34Et dans cette histoire étrange,
16:35on va en parler,
16:38la sœur,
16:38elle est présente,
16:39le frère jumeau,
16:40il est présent,
16:41mais en fait,
16:41il ne se ressemble pas du tout.
16:43Il y a des agacements
16:44mutuels,
16:45mais il y a beaucoup
16:46de tendresse aussi.
16:47C'est ça que l'on sent.
16:48– Envers les deux frères,
16:50– Entre les deux frères jumeaux,
16:52c'est compliqué.
16:52– C'est violent.
16:53– C'est violent.
16:54Enfin, c'est violent,
16:54ça finit par être plus doux à la fin.
16:56– C'est des caractères
16:57qui ne sont pas missibles.
16:58Vous avez un…
16:58– Un sarkoziste acharné.
17:00– Un sarkoziste acharné
17:01qui ne pense qu'à rajeunir,
17:03alors qu'ils sont jumeaux.
17:04Son frère paraît donc
17:05dix ans de plus que lui.
17:06Sa sœur est une fille formidable
17:09qui est une…
17:11une femme d'argent
17:12qui travaille
17:13dans des agences financières
17:15qui en reviennent.
17:16Et le cardiologue
17:18qui, lui,
17:18est perdu
17:19dans sa solitude
17:21et dans le culte
17:23de cette maison
17:24dans laquelle
17:25il essaie de vivre
17:26et qui le rend malade
17:27et plus l'odeur du tabac
17:29qui rôde toujours.
17:30Les parents
17:30qui viennent tous les soirs
17:31discuter avec eux
17:32ou discuter entre eux
17:33en l'ignorant.
17:34c'est un monde
17:36très réel
17:38parce que c'est le monde
17:39qu'on a dans la tête
17:40mais il n'est pas tangible.
17:44Mais il est là.
17:45Les maisons,
17:47elles nous habitent.
17:48On les habite un peu
17:49mais elles nous habitent beaucoup.
17:50– Et vous les décrivez.
17:51Est-ce que vous êtes allé
17:52dans la maison
17:52de Jean-Paul Dubois ?
17:54– Oui, c'est une maison…
17:56J'en connais…
17:58C'est-à-dire,
17:58j'en connais peu,
17:59j'en connais aucune
18:01qui lui ressemble
18:02parce qu'on dirait
18:02une personne cette maison.
18:04– Oui, alors dans le livre
18:05c'est exactement ce qui apparaît.
18:06On a le sentiment
18:06que c'est une personne.
18:07C'est un des personnages
18:08du livre, évidemment.
18:09– Oui, oui.
18:09Alors on dit ça parfois
18:12comme ça de manière
18:13un peu conventionnelle
18:14mais là c'est vrai.
18:16Cette maison a une présence,
18:18une âme,
18:20on dirait même parfois
18:21qu'elle a des pensées.
18:23Mais alors vous avez parlé
18:24de ces personnages,
18:25c'est très juste,
18:26mais vous n'avez pas parlé
18:27de la belle-sœur.
18:30– Ah ben oui,
18:31il y a aussi la belle-sœur.
18:32Alors oui,
18:32on n'est pas rentré
18:32dans tous les détails.
18:33– Oui, ça c'est vrai
18:33parce qu'il y a...
18:34– C'est très important.
18:36– Il y a la femme
18:37du frère, du jumeau
18:38qui apparaît sympathique,
18:41ça c'est sûr,
18:42avec laquelle il s'entend mieux
18:43que ce qu'il y a.
18:44– Qui lui fait peur
18:44au début.
18:45– Oui, puis après
18:46il va l'attirer.
18:47Il va peut-être
18:47le ramener à la vie d'ailleurs.
18:49– Une femme qui est capable
18:50pour rajeunir encore
18:52et ressembler
18:53à ce qu'elle ne sera jamais
18:54d'avoir recours
18:55au costotum
18:56et de se faire couper
18:57les trois dernières côtes
18:59flottantes
18:59pour avoir une taille
19:01encore plus fine.
19:02C'est un sport national,
19:03ça, je ne...
19:04– Ça, ça, ça.
19:05– Je ne vous demande pas
19:06de confirmer,
19:07mais c'est vrai,
19:08je vous assure.
19:09– Oui, je sais bien.
19:10– Aux Etats-Unis,
19:11en Espagne.
19:11– Oui, au Brésil,
19:12tout ça se fait, oui.
19:13– Et donc c'est quand même...
19:14quand un médecin voit ça,
19:16il a des raisons d'avoir peur.
19:18– Ça, c'est un des travers
19:19de notre société aussi.
19:20– C'est notre vie.
19:21– C'est notre vie.
19:23C'est notre vie.
19:23Alors il y a bien sûr
19:24l'intrigue,
19:24on a parlé de la disparition
19:25parce que ce qu'ils font
19:27de le tempérament,
19:28enfin d'abord,
19:28le tempérament de ce Paul,
19:30c'est qu'il a perdu cette femme,
19:32qu'il l'attend depuis deux ans
19:33parce que, comme vous dites,
19:34on ne sait pas si elle est morte,
19:35on ne sait pas.
19:36Et on ne va pas dévoiler
19:38trop l'intrigue,
19:39mais il y a des lettres envoyées,
19:41il y a un voyage en Chine,
19:42il part quand même à sa recherche.
19:45Alors là, comment vous avez inventé
19:46tout ça, Jean-Paul Dubois ?
19:48C'est complètement...
19:49C'est très étrange, non ?
19:51– Parce que ma femme a disparu
19:52du jour au lendemain
19:53et je suis allée le chercher
19:54jusqu'en Chine.
19:55– D'accord.
19:56– Non.
19:57– Ça aurait pu...
19:59– Parce que c'est naturel.
20:01Pourquoi la Chine ?
20:02Parce qu'il y a les momies.
20:05Voilà, c'est quelque chose...
20:07– Oui, parce qu'il va bien voir
20:08les cavaliers.
20:08– Mais oui, mais c'est...
20:10Les sculptures de terre,
20:11c'est...
20:13Ça ne peut pas...
20:15Ça n'entre pas dans ma tête.
20:17C'est quelque chose
20:17de trop phénoménal
20:19et je me suis dit
20:20si ça serait formidable
20:21plutôt que d'aller la chercher
20:22à Béziers, à Tourcoing
20:24ou à Brest.
20:25– Ah ben c'est sûr.
20:26– On va aller la chercher
20:27au fond de la Chine.
20:28– Enfin, il faudrait comprendre
20:29pourquoi elle envoie des lettres,
20:30pourquoi elle a voulu partir
20:32à l'autre bout du monde
20:33si c'est elle.
20:34On ne sait pas.
20:35Pourquoi elle a voulu s'isoler,
20:37partir seule, etc.
20:38Ça rend qu'on comprend mal.
20:39On ne comprend pas bien.
20:39– On ne sait pas du tout.
20:42Le problème est que les lettres
20:44n'ont aucun rapport
20:45avec la réalité,
20:46n'ont aucun rapport
20:47avec son mari.
20:47– Ni avec lui.
20:48– Ce sont presque des lettres
20:49de voyage abstraites
20:51qui ne sont pas adressées.
20:52Elles sont écrites.
20:54Et lui, il reçoit ça.
20:56C'est-à-dire, il reçoit ça
20:57de la part de quelqu'un
20:58qui est censé être...
21:02avoir disparu
21:02et presque mort, on va dire.
21:04Donc, c'est le malaise
21:07vient de ce doute permanent
21:09qui n'est plus que raisonnable.
21:11– Oui, et puis d'une incompréhension.
21:12– C'est dégueulasse.
21:13– Oui, c'est ça.
21:14– Non, c'est dégueulasse.
21:14– On ne peut pas comprendre.
21:15– Non, c'est abject.
21:17– Mais c'est très beau,
21:18je trouve, cette histoire des lettres.
21:19J'étais en...
21:21En vous écoutant,
21:22j'étais en train de me dire...
21:23C'est comme si Eurydice
21:25avait écrit des lettres à Orphée.
21:27Elle a disparu.
21:29On dit qu'elle est aux enfers,
21:30mais on n'en sait rien.
21:31– Elle est morte, piquée par Valère.
21:33On sait pourquoi elle est morte, quand même.
21:34– Et elle lui écrit.
21:36Et lui, il ne peut pas lui écrire.
21:39Donc, c'est un...
21:41Elle monologue.
21:42C'est tout à fait extraordinaire,
21:44je trouve, cette histoire.
21:45– Ça veut dire que
21:46quand vous avez lu le manuscrit,
21:48vous vous êtes pas dit
21:49mais c'est trop bizarre,
21:50c'est trop bizarre.
21:51– Non, pas du tout, non.
21:52– Et comment vous réagissez au fait
21:54qu'on sait que Jean-Paul Dubois écrit...
21:56Enfin, je crois, vous l'avez dit vite.
21:58Enfin, vite.
21:58De façon concentrée dans le temps.
22:00C'est vrai ?
22:01– Alors, ça, c'est...
22:02– Parce que je crois que vous écrivez
22:03sur deux mois un livre.
22:05– C'est vrai, c'est une légende.
22:05– Ah, c'est une légende, oui.
22:06– Ça, on peut le dire, quand même.
22:08Cette histoire,
22:09Jean-Paul m'en a parlé
22:11il y a un certain temps, déjà.
22:12– Oui.
22:12Enfin, moi, il me l'avait dit aussi, déjà.
22:14– Vous voyez ?
22:15– J'ai compris qu'il travaillait
22:17sur une année
22:18de façon concentrée.
22:19– Il écrit vite.
22:21Mais la conception du livre
22:24ne se fait pas aux cinq minutes.
22:25– C'est même...
22:27Ça tourne.
22:28C'est-à-dire, vous avez une idée vague
22:29qui peut rester deux ans,
22:30comme ça, dans un coin.
22:33Et le jour où je mets au travail,
22:35généralement, c'est le premier,
22:36du premier au 31.
22:37– D'accord.
22:37– C'est toujours comme ça.
22:39– Oui, donc il y a quand même
22:40deux lignes...
22:41Même s'il y a quelque chose
22:42qui se mûrit dans sa tête,
22:45l'écriture en elle-même...
22:46– L'écriture est toujours...
22:47C'est 30, 40 jours.
22:49– Rapid, concentrée.
22:49– Oui, mais la gestation du livre
22:51peut prendre longtemps.
22:52– Ah oui, la gestation.
22:54– On avait parlé plus d'une fois
22:56de cette histoire.
22:57Un jour, il me téléphone
22:59et il me parle d'une histoire bizarre
23:01d'un type qui est dans un ascenseur,
23:04dans une tour.
23:05L'ascenseur s'écrase,
23:06tout le monde est mort sauf lui.
23:08Puis on le retrouve plus tard
23:09avec des chiens dans la rue.
23:11Je dis, mais c'est quoi cette histoire ?
23:13Et au fil des mois,
23:16au téléphone,
23:17parce qu'on se téléphone pas mal,
23:19les éléments de l'histoire
23:21se mettaient en place.
23:22– D'accord.
23:22– Et ça a fait un livre
23:24absolument extraordinaire.
23:25Mais au départ,
23:27c'est comme un puzzle
23:28avec des morceaux
23:30qui, semble-t-il,
23:31n'ont qu'un rapport
23:32les uns avec les autres
23:33et puis qui, petit à petit,
23:36trouvent leur place.
23:37– On peut dire quand même,
23:38et c'est ce que vous avez dit
23:39au début de cet entretien,
23:40Jean-Paul Dubois,
23:41que c'est une histoire
23:42peut-être moins sombre,
23:43en tout cas de vie,
23:45et puis même presque de rédemption
23:46parce que ce héros,
23:48après s'être mort fondu,
23:51retourne à la vie.
23:53– Oui, oui,
23:56il retourne à la vie
23:58grâce aux parents
24:01qui ont disparu
24:02et à ses frères et sœurs.
24:04– Ils ont quand même été là.
24:05– C'est chacun,
24:07doit à tous.
24:10L'idée de chacun, en plus,
24:12vous voyez comme c'est marrant,
24:13c'est artificiel,
24:14le point de départ,
24:16chacun,
24:16les chinois traduisent ça,
24:17ça n'a aucun sens.
24:19– Bien sûr, mais ça s'adapte.
24:19– Et quand vous le finissez,
24:23là, j'ai essayé de faire un truc
24:24comme Vendors,
24:26qui, pour moi,
24:27j'aurais aimé mettre un type comme lui.
24:29À la fin,
24:30comme dans Perfect Days,
24:33qui revient dans le livre aussi,
24:35qui est le moment où le type…
24:36– Oui, parce que vous aimez ce film,
24:38vous parlez de ce film aussi.
24:39– Oui, Perfect Days,
24:40qui, à la fin,
24:43donne une image
24:44qui résume tout le film,
24:46la vie d'un homme seul
24:47qui nettoie des toilettes.
24:48– Simple.
24:49– Et le jour se lève,
24:50c'est un nouveau jour pour lui.
24:52Le dernier plan,
24:53c'est un regard magnifique.
24:55Et dans les yeux
24:57de ce sourire du matinal
24:59arrivent des larmes
25:01et l'image s'arrête là-dessus.
25:06en écriture,
25:07c'est ce que j'aurais aimé
25:08essayer de faire.
25:09Essayer de faire
25:09une dernière image comme ça.
25:11– Mais c'est ce que vous faites
25:13aussi à votre façon,
25:14parce qu'il y a beaucoup de poésie
25:16et de tendresse
25:17et d'émotion,
25:18finalement,
25:19dans ce livre.
25:20Ça s'appelle Chacun.
25:21Merci beaucoup à tous les deux
25:22d'être venus nous voir,
25:23Jean-Paul Dubois,
25:24aux éditions de l'Olivier
25:26que vous dirigez,
25:27que vous avez fondé,
25:28Olivier Cohen.
25:28D'ailleurs,
25:29il y a un des livres
25:30de votre maison d'édition,
25:33cher Olivier Cohen,
25:34que nous voulons recommander.
25:36Ça s'appelle
25:36La grande misère.
25:38Alors,
25:39Infernus Johannes,
25:40je crois que c'est comme ça
25:40qu'on le prononce.
25:41C'est pas vraiment son...
25:43Enfin,
25:44il signe aussi
25:45Antoine Volodine,
25:46on est d'accord.
25:47Et on voulait évidemment
25:49le saluer.
25:49Alors,
25:50c'est évidemment
25:50la conclusion de son oeuvre
25:52très étrange,
25:53parce qu'il publie 11 livres
25:54chez 11 éditeurs différents.
25:56Oui.
25:56Il est complètement fou aussi,
25:57lui.
25:57Complètement.
25:58D'accord.
25:58Et nous sommes complètement
25:59fous de nous être lancés.
26:01Ah oui.
26:01Dans cette aventure,
26:02mais c'est bien d'être fou
26:03de temps en temps.
26:04Alors,
26:04il faut le recommander,
26:05bien sûr.
26:05Seul un jour,
26:06ça c'est chez P.O.L.
26:07Et c'est un auteur italien
26:08délicieux
26:09qui s'appelle
26:09Marco Lodoli,
26:12qu'on veut évidemment
26:13vous recommander.
26:15Et puis pour ma part,
26:16simplement,
26:16le livre de Vincent Delerme,
26:18ça c'est like,
26:19parce qu'il le publie
26:21chez Segers,
26:22donc une maison de poésie,
26:24tout ce qu'il a,
26:25des textes
26:25qu'il a rassemblés
26:26et des clichés,
26:27lui,
26:27qu'il a publiés
26:28sur Instagram
26:28depuis dix ans.
26:29C'est à la fois personnel
26:31et puis ce sont des rencontres,
26:33c'est très poétique
26:34et aussi plein de nostalgie
26:35comme est l'univers
26:36de Vincent Delerme.
26:37Merci beaucoup.
26:38Merci Olivier Cohen.
26:39Merci.
26:40Grande vie à votre maison.
26:41Et Jean-Paul Dubois,
26:42merci infiniment.
26:43Merci à vous.
26:44Je suis ravie
26:44de vous recevoir
26:45pour chacun
26:47votre nouveau roman.
26:48À très vite
26:48pour un nouveau numéro
26:49de Au bonheur des livres.
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