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  • il y a 28 minutes
C’est elle qui monte les marches au Festival de Cannes, mais ici à Radio France, c’est lui la légende ! La réalisatrice Rebecca Zlotowski, et son père Michel, interprète, sont les invités de "Photo de famille".

Retrouvez tous les épisodes de "Photos de famille" sur le site de France Inter : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/photo-de-famille

Photo de miniature : Marion Philippe

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Transcription
00:18C'est elle qui monte les marches au Festival de Cannes, mais ici à Radio France, c'est lui la
00:22légende.
00:23Lui, Michel, traducteur mythique et voit des grandes stars américaines quand elle passe à la radio.
00:28Elle, Rebecca, sa fille, cinéaste qui dirige les stars hollywoodiennes devant sa caméra, Jodie Foster ou Nathalie Portman, rien que
00:35ça.
00:36À Rebecca, Michel a tenu à donner ce bagage que l'on emporte partout, même si le pirate vient, les
00:41mots, la culture, les idées, mais pas la télé.
00:45Il se trouve qu'elle l'a regardée en douce, et heureusement, parce que ça lui a donné envie d
00:48'écrire des images.
00:49Le cinéma comme une langue à elle où elle invente des personnages qui revisitent toujours les normes de la famille,
00:55de l'attachement, de la transmission,
00:57comme dans son film le plus autobiographique, Les enfants des autres, avec Virginie Efira.
01:01Chez les Zlotowskis, on a appris à faire famille autrement et à composer avec les absents,
01:06depuis les grands-parents de Pologne jusqu'au décès brutal de la maman qui laisse Michel élever seul ses enfants.
01:12Comment se noue une relation père-fille où le père est aussi une bonne mère ?
01:17Comment le cinéma de Rebecca Zotowski apprivoise ses fantômes ?
01:21Et comment Michel, traducteur, vit son statut d'interprète dans les films de sa fille ?
01:26On a la chance de pouvoir leur poser la question.
01:28Esprit de famille, Mathilde Serrel sur France Inter.
01:45Bonjour Rebecca Michel Zotowski.
01:48Bonjour Mathilde.
01:50Qu'est-ce qu'elle fait remonter chez vous cette musique, ce Carmen de Georges Bizet ?
01:54Rebecca, alors je dirais instinctivement un dimanche matin, ça fait remonter ce jour et ça fait remonter les séances de
02:03ménage que mon père faisait de manière, on peut le dire, obsessionnelle, dans notre appartement le dimanche matin.
02:09Et tu mettais cette musique-là.
02:11Parce que je pense qu'il y a deux types en plus, c'est marrant sur le rapport à la
02:14propreté, à l'hygiène dans un appartement, il y a deux types d'hommes.
02:17Il y a vraiment ceux qui nous laissent tout faire et ceux qui sont trop obsessionnels.
02:20Et je pense que ça fait partie de la personnalité de Michel Zotowski d'avoir été autonome, j'allais dire,
02:27du point de vue de l'hygiène de son appartement.
02:29Et tu mettais très fort tous les dimanches.
02:32Carmen, ça vous aide à faire le ménage, Michel Zotowski ?
02:35Moi j'écoutais surtout la version avec Calas, Maria Calas.
02:42Calas n'est pas au mieux de sa forme dans cet enregistrement.
02:47Mais il y a une telle intensité dramatique que ça me brise le cœur.
02:52Et le mettre à fond les ballons dimanche matin dans l'appartement, alors que je nettoyais de fond en comble,
02:59effectivement, j'étais ailleurs.
03:02Rebecca, il est comment cet appartement du 13ème arrondissement de Paris où vous avez grandi ?
03:07C'est votre maison de famille.
03:09Oui, c'est toujours notre maison de famille.
03:11C'est là où tu vis toujours d'ailleurs quand on se retrouve.
03:14Non, pas le même du 13, il y avait deux 13èmes.
03:17Il y avait un appartement, ça va être modérément intéressant, mais celui qui est vraiment, je dirais, l'appartement de
03:22famille,
03:22celui dans lequel on a grandi adolescente avec ma sœur et puis dans lequel tu vis toujours.
03:28C'est un appartement qui est dans une barre d'immeubles en face d'un métro aérien à Paris, dans
03:34Paris, intramuros.
03:35Mais avec une vue.
03:36Donc je pense que je suis au regret de dire pour les voisins que c'est la partie la plus
03:39atroce du quartier.
03:41C'est sans doute la vue de cet immeuble.
03:42Mais la vue est solaire sur tout Paris.
03:46Et d'un côté, le Panthéon, tout Paris d'un côté et toute la banlieue de l'autre.
03:53Et on a grandi là en fait avec un balcon vertigineux.
04:01Michel, est-ce que vous pouvez me décrire votre fille, Rebecca, nous la présenter ?
04:07Un bonbon, solaire.
04:10S'il y a un mot que je dois utiliser pour qualifier Rebecca, c'est la générosité.
04:16C'est la femme la plus généreuse que je connaisse.
04:19Véritablement.
04:21Et je vais le raconter celle-là parce que vraiment ça m'a...
04:23Ah non, je t'en supplie.
04:24Ah, attendez.
04:25Oui, vous voyez.
04:26Elle sait ce qui vient comme un égote ?
04:28Je pense qu'elle sait ce qui vient.
04:29Avec sa maman.
04:31Elle allait une fois par semaine au McDo.
04:35Et Rebecca était très gourmande à l'époque.
04:38Elle est sortie avec deux McDo, un dans chaque main.
04:42Et à la sortie du McDo, il y avait un malheureux qui faisait la manche.
04:46Elle le regarde, elle lui donne son McDo.
04:49Alors que c'était...
04:50Vous vous rendez compte ?
04:50Vous vous rendez compte ?
04:51Attendez.
04:52Sept ans, huit ans.
04:53Ce qui est fou, c'est que mon père imaginait son trésor.
04:55Non mais...
04:55C'était extraordinaire.
04:57Pour moi, c'était extraordinaire.
04:58Cette émission peut partir dans des moments de gêne.
05:01Mais en même temps, ce que j'adore, c'est vraiment l'idée que tu te sois dit
05:05que t'associes ma générosité à l'aune de ma gourmandise.
05:08Tu t'as dit vraiment le truc qui lui coûtait.
05:11Mais rien ne te coûtait plus que ça.
05:12Mais plus que ça, je dirais que c'est quand même un apprenti.
05:14Ça, c'est des transmissions familiales de savoir ce que c'est.
05:16On ne peut pas passer dans une rue à côté de quelqu'un qui est dans une misère,
05:21qui est dans le besoin, sans qu'on donne à notre mesure.
05:23J'ai des souvenirs plus précis.
05:25Vraiment, à l'époque, il y avait des piécettes.
05:26C'était vraiment l'apprentissage de donner une piécette, même quand on n'avait pas beaucoup.
05:29Ça, c'est vrai que c'est vous qui nous l'avez transmise.
05:31Une piécette, oui, c'est symbolique.
05:33Mais là, c'est plus que le symbole.
05:34Tu t'es privée d'un plaisir.
05:36D'accord.
05:38On continue la psychanalyse.
05:40Il n'en sait pas.
05:41Mais c'est bien vu.
05:43Elle s'est privée d'un plaisir.
05:44C'est encore plus que d'avoir donné le peu qu'elle avait.
05:47Une pièce.
05:48Une pièce, c'est quoi ?
05:50Est-ce que vous pouvez décrire votre père, Rebecca Zotowski ?
05:52Michel Zotowski.
05:53C'est dur.
05:54Vos questions, elles sont dures.
05:56Je le décrirais comme un homme libre, autonome, qui a œuvré toute son existence à le rester,
06:15y compris dans ce que ça peut coûter.
06:17qui m'a transmis une vision de la masculinité qui m'en est optimiste et qui m'a construite.
06:26Est-ce qu'on pourrait écouter, pour les auditeurs de France Inter, Michel Zotowski dans ses œuvres ?
06:32Parce que c'est une voix que les auditeurs, oui, connaissent très bien.
06:35Et on va vous entendre en Bruce Springsteen et en Patti Smith.
06:40C'est parti.
06:41La première fois que j'ai entendu ma voix sur un magnétophone,
06:46j'étais choqué, dégoûté.
06:48C'était affreux.
06:50Affreux.
06:51Mais moi, j'étais une bonne voleuse.
06:53Contrairement à Jean Genet.
06:54Jean Genet a essayé de voler la première édition de Proust et lui, il a été attrapé.
07:00Et il a été mis en prison.
07:02Et moi, non.
07:03Je n'ai pas été attrapé.
07:04Je ne suis pas allé en prison.
07:06J'ai été libéré par les mots d'Arthur Ramon.
07:11Michel Zotowski avec Patti Smith.
07:14Vous traduisez la gourmandise voleuse aussi sur ce Rimbaud.
07:19Bruce Springsteen, le boss qui n'aimait pas sa voix.
07:22Et vous, comment vous avez appris à parler le français ?
07:24Puisque votre première langue, c'est le yiddish.
07:26Et le polonais.
07:27Je suis né dans un bourg polonais du bord de la Baltique.
07:31D'ailleurs, quand on regarde sur la carte, Zlotowski, c'est au nord-ouest de la Pologne.
07:36C'est une région.
07:37Mais je ne suis pas né dans cette région-là.
07:38Je suis né tout à fait à l'ouest de la Pologne, près du couloir de Danzig.
07:45Et quand nous sommes arrivés en France, évidemment, je ne parlais pas un mot de français.
07:50Et j'ai appris la langue à mes dépens dans la rue.
07:54Parce qu'apprendre une langue dans la rue avec des petits camarades de son âge, c'est toujours très violent.
07:59Et pour échapper à la violence, il n'y a qu'une seule solution.
08:03C'est d'apprendre vite.
08:04Et j'ai appris vite.
08:06Qu'est-ce qu'ils vous faisaient, les petits camarades, dans la rue ?
08:09Ils me donnaient des coups.
08:10Vous étiez déjà à Paris, dans le 20e arrondissement ?
08:12C'est la gueule ?
08:13Trop tard.
08:14Trop tard, ils sont morts.
08:15On ne peut pas les retrouver.
08:17Il y en a un que Rebecca peut terrasser.
08:21Ça a été quoi, du coup, la place des mots pour vous, Rebecca, dans cette éducation ?
08:25Puisque quand on a un père traducteur, ça prend peut-être...
08:27Et une mère prof d'espagnol.
08:29Une mère décédée qui est prof d'espagnol.
08:30Elle était...
08:32Voilà, je suis vraiment...
08:34Donc la place capitale, d'abord.
08:36Ça prend une place capitale.
08:37Je dirais, l'amour de la langue, et spécifiquement de la langue française.
08:41Parce qu'il y avait vraiment cette idée que la France était le pays d'accueil.
08:46Ma mère n'est pas née non plus en France, elle est née au Maroc.
08:49Donc il y a eu un amour assez, je dirais, traditionnel dans notre culture,
08:55de ce pays d'accueil et de cette langue-là.
08:57Avec la certitude que c'était notre trésor.
08:59Que de le posséder, c'était notre trésor.
09:01Parce qu'effectivement, c'est quelque chose que vous pouvez mettre imaginairement dans une valise
09:07et partir assez vite.
09:08Enfin, ça vous rend libre de posséder.
09:10C'était pas seulement la langue qui nous a attirés.
09:13C'est surtout la culture.
09:14La culture est l'histoire de la France que nous avons embrassée, aimée et transmise.
09:20Vous aviez aussi envie que vos filles aient ce bagage intellectuel.
09:23Vous disiez, je me suis sauvée par la langue dans la rue.
09:26Mais c'était une manière de sauver aussi, pour vous, pour vos filles, qu'elles aient, de toute façon, cette
09:31sécurité, ça allait les défendre, d'une certaine manière, dans la vie, le bagage intellectuel.
09:35Mais il n'y a que ça.
09:36Qu'est-ce que vous emportez quand vous fuyez quelque chose ?
09:38Quand vous êtes contraint de quitter l'endroit où vous êtes née, les valises, vous pouvez en être privé au
09:45premier poste frontière, au premier point de contrôle.
09:48Mais ce qu'on ne peut pas vous prendre, c'est ce que vous avez dans le crâne.
09:51Et ce que vous avez dans le crâne, c'est essentiel.
09:54Et ça se fait, ça se crée, ça s'acquiert pendant l'enfance.
09:58Et c'est pour ça que j'ai beaucoup poussé mes enfants, tous mes enfants, à l'apprentissage et à
10:06l'instruction.
10:08La culture, l'éducation, c'est nous qui la donnions à la maison.
10:11Mais l'instruction, c'est l'école.
10:13Et c'est à ce point-là que j'ai beaucoup forcé sur l'école.
10:17Et vous, vos parents, avez fui Michel Zotowski ?
10:20Nous, nous avons fui.
10:21Vous avez fui ?
10:22Ensuite, oui, on a fui.
10:24Que pouvez-nous raconter ce qui se passait ?
10:26Je ne souhaite pas en parler trop.
10:28C'est un autre monde, un monde englouti aujourd'hui.
10:32Nous sommes arrivés dans un pays que nous avions souhaité rejoindre.
10:37Et nous y sommes bien.
10:39Et vous êtes aussi un bon accompagnateur dans ce pays de votre fille,
10:43qui va pouvoir profiter dans ce pays d'une sorte d'éducation républicaine,
10:48on peut le dire, Rebecca Zotowski.
10:49Parce que vous êtes une enfant du conservatoire,
10:52vous êtes une enfant de l'école publique.
10:54Vous avez été formée.
10:56Ce bagage, c'est la République française, en fait, qui vous l'a donnée ?
11:00Bah oui, après, comment dire, je fais partie d'une génération
11:06pour qui ce système a fonctionné à plein, auquel je dois tout.
11:10Et l'école de la République, l'intégralité de mes études,
11:15je pense, y compris dans les moments où j'ai démissionné,
11:17où j'ai changé.
11:20Non, mais je dis quand même un mot là-dessus,
11:22parce que oui, voilà, je dois tout.
11:24Et en même temps, j'ai conscience aussi que c'est un système
11:26qui est parfois grippé pour d'autres.
11:28Donc, j'en ai bénéficié
11:30et je suis l'héritière de cette manne-là, quoi.
11:36Y compris même mon goût du cinéma.
11:38C'est-à-dire le rapport au cinéma,
11:39même si je faisais partie d'une famille,
11:41Bourdieu dirait, de classe moyenne à capitale culturelle.
11:43On voyait des films chez nous,
11:44mais on n'allait pas trop au cinéma.
11:45Vous n'étiez pas des gros cinéphiles.
11:47Le vrai endroit où j'ai vu des films,
11:49c'était dans mon option ciné au lycée.
11:52Il y a une prof qui vous a pas mal initiée, je crois,
11:54qu'on retrouve d'une certaine manière
11:55dans le personnage de Virginie Fira dans Les Enfants des Autres.
11:58Oui, je parle d'une prof de français
12:00qui était prof de cinéma,
12:01qui s'appelle Annie Rosenman,
12:03qui était une prof très importante dans ma vie.
12:05En plus, c'est le genre d'émission
12:06où on peut se mettre au bord des larmes en permanence.
12:09En plus, je suis fragile en ce moment.
12:10Il y a des faits divers atroces,
12:12il y a des situations politiques dures.
12:13Donc, ne me forcez pas trop à en dire
12:15parce que c'est des gens à qui je dois tout.
12:17En tout cas, vous ne l'avez pas oublié ?
12:19Pas du tout.
12:20Et je voudrais qu'on parle du coup
12:21de cette bifurcation de Rebecca,
12:23Michel Zotowski.
12:24Donc, Rebecca qui va faire une prépa,
12:27normale sub,
12:28qui est agrégée de lettres modernes,
12:29qui devient donc enseignante
12:31et puis qui a des envies de cinéma.
12:34Et pour vous, ce n'est pas le plan.
12:36Ce n'est pas évident.
12:37Ce n'est pas ce qu'il faut faire à ce moment-là.
12:38Écoutez, elle a travaillé d'arrache-pied.
12:41Enfin, quand je dis d'arrache-pied,
12:42il ne faut quand même pas exagérer non plus.
12:44Je me souviens qu'il y a une légende...
12:45L'honnêteté intellectuel me force à dire quand même...
12:47L'honnêteté intellectuel me force à dire
12:49qu'il y a une légende qui court
12:52dans les Hippocaine-Cagnes
12:53où certaines soirées,
12:55Rebecca n'était pas à la bibliothèque,
12:57mais était au bain.
12:59Et était...
13:00Comment s'appelle ?
13:00Au bain, on parle d'une boîte de nuit.
13:02Ce n'était pas le bain...
13:03Exactement.
13:03Voilà, c'était une boîte de nuit à Paris.
13:04Les bains d'ouche.
13:05Exactement.
13:05Donc, au lieu de réviser,
13:08elle était en boîte.
13:09Mais il ne fallait pas m'inviter.
13:11Mais c'est nous qui...
13:12Moi, j'ai fait déjà...
13:13Parce que moi, je pense qu'il y a énormément d'auditeurs
13:15qui veulent t'entendre
13:18et qui veulent connaître,
13:19y compris cette...
13:21Alors, attends, on va y aller.
13:22Mais surtout, on veut savoir
13:24comment vous recevez cette bifurcation.
13:26Elle est admise à Normale Sup.
13:28C'était surpris quand même.
13:29T'étais même pas là.
13:30J'étais surpris qu'elle soit admise à Normale Sup.
13:32Il faut quand même dire la vérité.
13:33Ah bah oui !
13:33Il faut dire la vérité.
13:34Elle est agrégée au premier coup.
13:35Elle est agrégée.
13:36Et après, elle vient me raconter
13:37« Papa, je ne veux pas continuer l'enseignement.
13:40Je veux faire du cinéma.
13:41Et je pense quitter l'éducation nationale.
13:44Et là, je suis tombé de l'armoire. »
13:47Enfin, mais...
13:50Expression très...
13:50Expression très lotofscienne.
13:52Je suis tombé de l'armoire.
13:53Il y a bourré-caroulette aussi, mon nom.
13:54Bourré-caroulette, non négociable.
13:55Ça, c'était vraiment...
13:56Et t'as fini par démissionner de l'éducation nationale
14:00pour t'engager dans le cinéma.
14:02Oui.
14:04Ça me semblait nécessaire...
14:06Non, mais il y a deux actes très transgressifs,
14:07je pense, dans mon rapport à la famille.
14:10C'est le jour où, contre toute...
14:12Comment dire ?
14:13Comme un défi à l'intelligence,
14:14plutôt que de me mettre en disponibilité,
14:15effectivement, je démissionne.
14:16Parce qu'il me semblait nécessaire d'être...
14:19Tout simplement, j'aimais trop enseigner.
14:20Je me suis dit, si je continue, en fait,
14:22je pourrais le faire 30 ans.
14:23Et me réveiller un jour en me disant
14:24« Mais où sont passés mes rêves ? »
14:26Le deuxième truc, c'est d'avoir quitté la banque postale,
14:28qui est un acte transgressif fort.
14:30Parce qu'on ne fait pas d'emprunt.
14:31Vous avez compris le degré...
14:32Je ne sais pas si il y a un degré d'anxiété teintée,
14:35d'autonomie, slash orgueil,
14:36qui émane de ce personnage.
14:37Mais donc, on n'est pas des solliciteurs,
14:39on ne fait pas d'emprunt,
14:42on arrive à l'heure,
14:43on doit l'argent,
14:44ça doit être le nôtre,
14:45on ne demande rien à personne, etc.
14:46Et on ne dépense jamais trop.
14:48On dépense ce qu'on a, pas plus.
14:49On dépense ce qu'on a, ni plus ni moins.
14:51Et surtout, ce n'est pas le sujet.
14:52Mais donc, la banque postale,
14:53c'était l'endroit parfait.
14:56Ça ne s'appelait pas la banque postale,
14:58c'était les CCP.
14:58Ça s'appelait la poste.
14:59Les CCP.
15:00Et un jour, j'ai dit stop.
15:01J'ai dit, je me barre, je m'en vais.
15:02C'était ma grande rébellion.
15:04Je serais plus grande que ma démission
15:05de l'éducation nationale.
15:06Et voilà.
15:07Alors, comment Rebecca Zotowski
15:09a convaincu Michel
15:10que finalement, c'était peut-être un bon plan
15:12de faire du cinéma ?
15:13Et comment Michel est devenue
15:15une bonne mère aussi pour Rebecca ?
15:17C'est votre histoire père-fille
15:18qu'on déroule ce matin.
15:19Michel et Rebecca Zotowski
15:21sur France Inter.
15:22France Inter.
15:25Mathilde Serrel.
15:28Esprit de famille.
15:44Ce qu'on entend là,
15:45Michel et Rebecca Zotowski,
15:47c'est le son de la télé
15:48que vous regardiez, Rebecca,
15:49avant que Michel arrive.
15:50Oui.
15:51En fait, j'entendais...
15:53C'est vrai, cette histoire,
15:53vous n'aviez pas le droit.
15:54Bah, c'est archi...
15:56Comment dire ?
15:57Alors, c'est non seulement la télé,
15:58mais c'est la télé du câble.
15:59MTV était une chaîne du câble.
16:00Il y avait un bouquet satellite
16:01à l'époque,
16:02enfin, moi je suis né en 80,
16:03donc on est peut-être en 92, 91,
16:05dans lequel il y avait
16:06Canal Jimmy, MTV,
16:07qui est quand même l'origine
16:09de tout mon rapport
16:10à la sensualité
16:10et au cinéma américain.
16:12Et c'était...
16:13Avant l'insu.
16:13À l'insu, évidemment.
16:15Comme il se doit.
16:16Cet apprentissage se fait quand même
16:17à l'insu de son père.
16:19Et à l'époque, on vivait,
16:20on a vécu dans un appartement
16:22longtemps au rez-de-chaussée
16:23et mon père arrivait en moto.
16:25Donc j'entendais,
16:26on savait, ma soeur et moi,
16:28à quel...
16:28On avait identifié le bruit du dos
16:30et on se disait,
16:31tiens, ça va arriver, ça va arriver.
16:32Et dès que ça arrivait,
16:33on éteignait,
16:33on avait vraiment notre petit timing.
16:36Et notre père mettait la main
16:38sur la télévision,
16:39cathodique à l'époque,
16:40et se sentait quand elle était chaude.
16:42Et donc, c'était...
16:43On était foutus.
16:44Il a prié.
16:45On était prié.
16:46Et qu'est-ce que t'as fait ?
16:46Tu nous as mis...
16:47Comment t'as trouvé ce cadenas
16:48à mettre sur la télé ?
16:49C'était un truc qui était,
16:51à l'époque,
16:51qui était vendu justement
16:52pour éviter que les enfants
16:54ne regardent des chaînes interdites.
16:55Il y avait une sorte de cadenas
16:57que l'on mettait
16:57sur la prise électrique de la télé
16:59avec une clé.
17:01Et quand on tournait la clé,
17:01on l'enlevait,
17:02on ne pouvait pas allumer la télé.
17:03Sauf que tu es naïf.
17:07Rebecca et sa soeur Yaël,
17:08sa grande-sœur Yaël,
17:09ont trouvé le moyen
17:10de circonvenir le système
17:12et de regarder quand même la télé,
17:14même quand la clé était...
17:16C'est en quoi ça détend ?
17:17Ça peut détendre les parents aujourd'hui ?
17:18Je ne sais pas,
17:18c'est une question épouvantable même de temps.
17:20Le cadenas à smartphone,
17:22ça n'existe pas encore.
17:22Non, mais en vérité,
17:23tout cet égout, parfois,
17:27auquel les enfants ont accès,
17:29crée aussi, peut fabriquer
17:30une certaine...
17:32Il faut sévir,
17:35mais il faut de temps en temps
17:35faire confiance à l'amalgame
17:38de pop culture
17:39qui peut se créer
17:39dans le cerveau d'un enfant
17:40et fabriquer autre chose.
17:41Qu'est-ce qui s'est créé
17:41justement pour vous
17:42à ce moment-là ?
17:43En quoi ça vous a amené
17:44dans votre carrière de cinéaste ?
17:46Je pense que c'est un...
17:47A avoir envie de faire ces images ?
17:49Je pense que c'est un...
17:50D'abord, il y a quelque chose
17:51de séduisant pour tout le monde.
17:52Tous les enfants,
17:52il suffit d'être un enfant
17:53devant un écran
17:54pour comprendre que ça nous happe.
17:55Il y a une espèce de...
17:56Et ensuite, dans mon cas,
17:58et pour aller vite,
17:59enfin, comment dire...
18:00Pour aller vite,
18:01je dirais que le rapport
18:02à la disparition
18:04qu'opère le cinéma,
18:05il m'a été tout de suite perceptible.
18:07C'est-à-dire, très rapidement,
18:08les images de ma mère que j'avais,
18:11qui étaient en fait
18:12des images animées
18:13et pas des images réelles
18:14puisqu'elle est morte
18:15d'un AVC très jeune, quoi.
18:17Quand on était très jeune,
18:18ma soeur n'avait pas...
18:18Vous aviez 11 ans, vous ?
18:19Moi 11 et ma soeur 13.
18:20Et donc, c'était...
18:21Pour obtenir une émotion
18:26nécessaire,
18:26il fallait en passer par l'image.
18:27Donc, j'ai associé
18:28et puis c'est le trajet de l'image, quoi.
18:30Donc là, ça paraît un peu
18:31abstrait ou méta,
18:32ce que je dis,
18:33mais c'est quand même
18:33très concret, je pense,
18:35que quand on est...
18:35Y compris dans le fait
18:36de faire aujourd'hui
18:37tourner mon père,
18:38d'avoir le plaisir
18:38de lui donner des rôles,
18:39bon, indépendamment
18:40de cette voix et de ce charisme
18:41et du fait qu'il soit aussi
18:43bon marché
18:44et toujours disponible
18:45et qu'il se rend disponible en moi.
18:47Mais bon...
18:47Il est payé quand même ?
18:48Bien sûr, il est payé.
18:49Mal.
18:49T'es payé ? Mal ?
18:50Bah oui.
18:51T'as une revendication, là ?
18:52On en reparlera hors écran,
18:54en quarantaine.
18:55Y'a un de vos films
18:56qui a compté
18:56parce que le cinéma,
18:57c'est aussi, d'ailleurs,
18:58vous le citez parfois,
18:59comme la photographie,
19:00y'a une sorte de mort,
19:01évidemment, dans le cinéma.
19:03Y'a les fantômes qu'on crée
19:04et y'a les fantômes
19:05avec qui on va pouvoir
19:06se retrouver enfin.
19:07Et quand on y pense,
19:08c'est très présent, évidemment,
19:09dans votre cinéma
19:10quand on revoit vos films,
19:11Rebecca Zotowski.
19:12Et un de vos films de je fais,
19:13c'est Ghostbusters.
19:14Alors, on va écouter
19:15un peu le générique
19:16et vous allez nous en parler.
19:35SOS Fantômes 1984
19:37s'est signé Ivan Reitman
19:39avec Bill Murray, entre autres,
19:41et Dana Croyd.
19:43Pourquoi ça a compté pour vous ?
19:45Et quand on y pense,
19:46chasseur de fantômes,
19:47ça ne vous va pas trop mal
19:49comme cinéaste ?
19:50Ah, j'y pensais pas !
19:51En vérité...
19:51Bien, Matine Croyd.
19:52Ah, j'ai un bon point Michel !
19:55Peut-être qu'il va m'offrir
19:55deux McDo.
19:59C'était...
19:59Je pense d'abord
20:00que c'est la joie
20:02de repenser à un programme
20:03que je voyais,
20:03un film que je voyais
20:04avec ma sœur.
20:05C'est vraiment
20:06le plaisir d'une association.
20:08Ma sœur qui a deux ans
20:08de plus que moi et elle.
20:09Donc, on est très proches
20:10et en âge
20:11et dans la vie.
20:12Et je pense que c'est d'abord
20:14une espèce de moment édénique
20:15où on regarde
20:16dans la même direction.
20:17J'ai en tête
20:18une photo de toi
20:18que tu as prise
20:20absorbée, tu as hypnotisée
20:20par la télé.
20:22Et en fait, d'abord,
20:22c'est ce plaisir de partager
20:23ce film qu'on connaît
20:25évidemment, par cœur.
20:26C'est une photo
20:27en noir et blanc,
20:28deux profils,
20:29paire de profils
20:29qui regardent éclairés
20:31par l'écran de la télé.
20:32Et donc, c'est vraiment...
20:33Et puis, avec les voix françaises,
20:34évidemment.
20:35Ah bah, bien sûr !
20:36Moi, je ne pensais pas
20:37aux fantômes.
20:37Il y a quelque chose
20:37dans le film qui est génial
20:38sur, je trouve,
20:40un New York
20:41près Giuliani, quoi.
20:42C'est-à-dire que c'est vraiment
20:43le moment en plus américain
20:45où ils sont en train
20:46de faire le ménage
20:47dans une ville
20:47où les gens
20:47ne se fréquentent plus.
20:48Vous vous souvenez
20:48le grand immeuble là
20:50avec Sigourney Weaver
20:51qui vit là.
20:51Les gens vivent
20:52un peu dans leur case.
20:53Pour moi, c'était ça,
20:54ce film.
20:54C'était le film
20:55de la solitude
20:57plus que des fantômes.
20:58Vous voyez déjà
20:59tout ça dans Ghostbusters,
21:00Rebecca Zotovski.
21:00Très, très, très relou.
21:01Très, très, très relou.
21:03Analytique.
21:038 ans, 5 ans et demi.
21:05Pourquoi c'est bien
21:05Chasseuse de fantômes
21:06pour Rebecca ?
21:07Michel ?
21:08C'est à elle
21:08qu'il faut poser la question.
21:09On y a répondu.
21:11Moi, vous savez,
21:12les paroles que je prononce
21:13ne sont pas les miennes
21:14d'ordinaire.
21:15C'est à dire.
21:15Oui, bien sûr,
21:16je suis interprété.
21:17Je ne suis pas un intello,
21:18contrairement à ce
21:19que beaucoup de gens pensent.
21:20Je ne fais que porter
21:21la voix des autres.
21:24Alors, parfois,
21:25vous portez la vôtre
21:26quand votre fille
21:27vous fait jouer
21:28dans les films.
21:29Notamment,
21:29il me semble,
21:30les enfants des autres
21:31où vous avez
21:31votre plus grand rôle.
21:32Michel, si vous avez
21:33le plus de répliques,
21:33il faut quand même le dire.
21:35On vous voit beaucoup.
21:36Vous êtes dans votre propre rôle
21:37de père, veuve,
21:38celui que vous avez été,
21:39veuve très jeune,
21:40à 42 ans,
21:40qui élève ces deux filles
21:42et les enfants des autres
21:43avec Virginie Fira
21:45dans le rôle de Rachel,
21:46Roche-Dizem
21:46dans le rôle d'Ali.
21:47C'est une femme
21:49qui a la quarantaine
21:50qui rencontre un homme
21:50qui a déjà
21:51une petite fille de 4 ans
21:53qui s'appelle Leïla.
21:54Et c'est un attachement,
21:55c'est une façon
21:56de construire quelque chose
21:58qui va prendre
21:58ou qui ne va pas prendre.
22:00Et puis, vous, Michel,
22:02vous êtes le père
22:03de cette femme de 40 ans.
22:04Vous êtes aussi le père
22:05de sa sœur Louana
22:06dans le film.
22:07On imagine que ça ressemble
22:08aussi à la sœur
22:10de Rebecca dans l'idée.
22:11Et puis, vous allez au restaurant.
22:13Et c'est un moment
22:14où on débriefe, évidemment,
22:16ce nouveau mec.
22:17Est-ce que ça vaut le coup ?
22:18Voilà votre avis
22:19de père, Michel.
22:21Alors, ils ont une petite fille
22:22de 4 ans et 5 ans
22:23et il est parti.
22:24Non, papa, il n'est pas parti.
22:26Ce que je viens de dire,
22:27c'est elle qui l'a quitté.
22:28Hein ?
22:29Oui.
22:30S'il est si bien que ça,
22:31pourquoi elle l'a quitté ?
22:33Mais quel relou !
22:35Non, peut-être...
22:35Papa, tu vieillis mal, hein ?
22:36Je pose une question.
22:37Non, je vieillis pas mal.
22:39Je sors de chez Margaret,
22:40mon occupantrice.
22:41Elle m'a dit
22:42que j'allais très bien.
22:44Elle m'a remis en forme.
22:45Elle guérit tout.
22:47Bien sûr.
22:50Michel, presque dans son propre rôle
22:52dans Les Enfants des Autres
22:53et M. Kazotovsky.
22:55Je ne joue pas.
22:56Je ne joue pas.
22:57C'est une redite
22:58de ce qui s'est passé
22:59le matin même.
23:01Tout simplement.
23:01Non, mais Margaret,
23:02on a occupant...
23:03Y compris Margaret,
23:04on a occupant...
23:04C'est vrai, tout ça ?
23:05Mais pas du tout.
23:06Il y a de la fiction.
23:07Il y a full fiction
23:08à plein d'endroits.
23:09Qu'est-ce que tu racontes ?
23:09Mais quel coquin !
23:11Il rigole comme dans le film d'air.
23:12Non, mais c'est vrai
23:14que c'est là que j'ai trouvé
23:15que je lui ai fait
23:16complètement confiance
23:17en acteur.
23:18Mais je n'en doutais pas.
23:19Je trouve que tu as
23:20une qualité d'incarnation
23:21d'acteur formidable.
23:23Là, t'as vu ?
23:23Je te mets mal à l'aise ou pas ?
23:24Non, non, non.
23:25Mais c'est...
23:26J'ouvre la porte
23:28à toute offre
23:29de réalisateurs
23:30autres que toi.
23:31Attention, c'est dit !
23:32Attention, c'est dit !
23:33Il est sur le marché.
23:35Oui, souvent.
23:36Rebecca, Michel,
23:37c'est donc ce père
23:37qui vous a élevé,
23:38vous et votre sœur Yael.
23:40Vous dites,
23:41et vous en avez parlé
23:41à un tout début d'émission,
23:43qu'il vous a donné
23:43une éducation non-genrée.
23:45Qu'est-ce que ça veut dire
23:46pour vous ?
23:46Alors, je ne sais pas.
23:47Il doit y en avoir
23:48un peu quand même
23:48parce que je trouve
23:49que tu viens quand même
23:52d'une génération.
23:52Il se recule,
23:53il remue le doigt.
23:54Qu'est-ce que ça t'énerve
23:55que je lui dise ?
23:56Non, mais c'est vrai
23:56qu'il y a quelque chose
23:57par exemple de très concret.
23:59J'ai toujours vu
24:00sur un registre simple,
24:01mais c'est des représentations
24:03super importantes.
24:04J'ai toujours vu mon père,
24:05même du temps
24:06où notre mère était vivante,
24:07j'ai toujours vu mon père
24:08cuisiner,
24:08j'ai vu mon père faire le ménage,
24:10j'ai vu mon père
24:10m'apprendre
24:10à repriser une chaussette
24:11avec un...
24:12C'est aussi apporté.
24:13Il y a des choses
24:14qu'il faut comprendre
24:15en pensant à lui,
24:16c'est ton rapport aux objets
24:17et le fait que tu sois
24:18le fils d'un artisan du cuir.
24:21Il faut que tu expliques
24:22ce que ça veut dire
24:23repriser une chaussette.
24:24Je crois que les gens
24:24ne comprennent plus aujourd'hui.
24:26Parce que les chaussettes
24:28ont des trous
24:28et qu'est-ce qu'on fait ?
24:29On les met dans ce petit...
24:31On met le point là,
24:32ensuite on...
24:33Tu as toujours recollé des objets.
24:36Tu n'as toujours pas jeté
24:37un objet avant de l'avoir réparé.
24:39Et ça, je pense que ça fait partie
24:40de ton éducation.
24:42Donc tout ça, pardon,
24:43je bifurque un peu
24:44du féminin
24:46à juste
24:47quelle est la personnalité
24:48de cet homme.
24:49Et je pense que c'est
24:51une éducation,
24:51en tous les cas,
24:52dans la sphère domestique
24:53qui m'a fait comprendre
24:54qu'il n'y avait pas
24:55de place à signer.
24:56Ce n'était pas
24:57papa travail,
24:58maman, machin.
25:00Et puis aussi,
25:01je parle d'un point de vue
25:02sentimental, affectif.
25:03C'est vrai qu'il y avait
25:03une place qui était
25:04laissée vacante.
25:05On a eu la chance
25:06extraordinaire d'avoir
25:06une belle-mère
25:07qui est dans notre vie
25:08depuis plus de 30 ans
25:09maintenant,
25:09qui m'a aussi élevée
25:11et qui a apporté
25:12cette figure de féminité
25:13qui nous a fait un...
25:15qui a ouvert la famille
25:16à un petit frère
25:18qui a aujourd'hui
25:1928 ans quand même.
25:20Oui, ah oui.
25:20Il est plus subtil quand même.
25:22Et dis donc,
25:22les aiguilles tournent pas
25:23dans l'autre sens,
25:24dans le sens inverse.
25:25Et voilà,
25:26elle s'appelle Sylvie
25:26et notre frère
25:27s'appelle Hugo.
25:28Donc voilà.
25:28Mais c'est vrai que
25:29c'était beau
25:30d'avoir une incarnation
25:32d'un homme
25:33qui sort du côté alpha,
25:36complètement.
25:37Et puis,
25:37tu as toujours été
25:38amoureux de femme,
25:39je trouve,
25:39plus intelligente que toi presque.
25:41Tu nous as toujours dit
25:42j'aime les femmes intelligentes.
25:43Et ma mère avait
25:4510 ans de plus que mon père.
25:46Donc ça aussi,
25:46c'était un schéma
25:47qui n'était pas un schéma normal.
25:48Votre mère Arlette,
25:49elle avait 10 ans
25:50de plus que Michel.
25:51Elle est macronien,
25:51oui.
25:54Il y a plus d'écart encore.
25:55Quand vous vous êtes rencontrée
25:57en Israël,
25:57c'est ça ?
25:58Oui.
25:59Elle, elle est juive marocaine
26:00et vous étiez non-juive
26:01aschkénase,
26:03réfugiée.
26:03Séfarade de chez Séfarade
26:05et moi,
26:06Ashkénase de chez Ashkénase.
26:07Je pense à l'Ashkénase
26:08qui a le plus eu le désir
26:09d'être séfarade de son existence.
26:11Pourquoi ?
26:13Parce que c'est quand même
26:14plus sympa d'être séfarade
26:15qu'Ashkénase.
26:16La culture arabe
26:16est quand même
26:17tellement plus accueillante.
26:18Je vais vous faire expliquer ça.
26:20Je vais vous expliquer ça
26:21très rapidement.
26:21À la période du Covid,
26:22il y a eu une annonce
26:24à la radio israélienne
26:26du médecin-chef
26:27de l'État d'Israël
26:28qui a dit
26:30Séfarade,
26:30arrêtez de vous toucher,
26:32arrêtez d'être trop près,
26:34arrêtez de vous embrasser.
26:35Ashkénase,
26:36faites comme d'habitude.
26:37On dirait un sketch
26:38de Monty Python.
26:39C'est un petit sketch, oui.
26:40Voilà, c'est exactement ça.
26:42Et il y a cette froideur,
26:43disons,
26:44dans les relations interpersonnelles
26:45Ashkénase
26:46qui fait que
26:46quand j'ai rencontré
26:48la culture séfarade,
26:49j'en suis tombé
26:50follement amoureux.
26:51Et vous avez transmis ça aussi
26:53à vos filles
26:54après le départ d'Arlette
26:56après 1992.
26:59Elles sont les deux.
27:00Elles sont Ashkéfarade.
27:01On s'est parnaise,
27:03comme vous voulez.
27:04Quand vous me demandez
27:05quelle est la figure,
27:05vous avez compris,
27:07nous, quand ma soeur et moi
27:08sommes nés,
27:09les grands-parents
27:09étaient déjà tous décédés.
27:11Si bien que les figures
27:12en fait un peu
27:12tu t'es l'air comme ça
27:13la famille.
27:14Et puis aussi,
27:15j'ai toujours adoré
27:16les amis
27:17qui avaient des récits,
27:18des romans familiaux,
27:19des personnes,
27:20je ne sais pas,
27:21illustres dans leur famille.
27:22Mais nous,
27:23ce n'était pas l'histoire.
27:25On était vraiment
27:26en tenté.
27:29Mais une figure s'est démarquée,
27:30c'était notre tante Nelly,
27:31Nelly Touboule,
27:32qui est vraiment
27:33la soeur de ma mère
27:34et qui a pris une place
27:36de grand-mère,
27:36qui était, je pense,
27:37une personne qui pouvait
27:37vous parler pendant
27:38dix longues minutes
27:38en visant une bouteille
27:39d'huile d'olive
27:40et vous expliquer
27:41comment faire une Daphina,
27:42qui sont vraiment
27:43des plats constitutifs
27:44de mon enfance,
27:45dont mon corps encore
27:47se souvient
27:48et qui est resté
27:50même après la mort
27:50de ma mère,
27:51je peux dire,
27:51comme ta soeur.
27:53Comment est-ce que vous,
27:53vous êtes devenue
27:54une bonne mère,
27:55Michel ?
27:56Comment est-ce que
27:56vous avez donné
27:58justement cette part
27:59aussi de féminin
28:00en vous,
28:00à Rebecca
28:01et à sa soeur et elle ?
28:03Je pense que
28:03je n'avais pas vraiment
28:04le choix.
28:04J'étais face
28:05à deux petites filles
28:08encore
28:08et il fallait
28:09que je sois
28:11le tout.
28:11et je pense que
28:12je leur ai dit
28:13quelque chose
28:14à ce moment-là,
28:15je m'en souviens,
28:16je pense qu'ils
28:16s'en souviendront aussi,
28:17j'ai dit
28:18je ne peux pas être
28:19votre maman
28:19mais je peux être
28:20deux fois votre papa
28:22et j'ai essayé.
28:25C'est un peu
28:26ta version
28:26des deux cheeseburgers
28:27de la...
28:29Il y a deux McDo,
28:30il y a deux cheeseburgers,
28:31il y a deux papas.
28:32Vous filmez beaucoup
28:33Rebecca Zotowski,
28:34il me semble que
28:35vous savez du coup
28:36filmer les gestes
28:37des pères
28:38et il y a quelque chose
28:40de la tendresse
28:40de Michel
28:41ou de ce qu'est Michel
28:42en tant qu'homme
28:43qu'on retrouve
28:43dans vos personnages
28:44au cinéma ?
28:45En tous les cas
28:45c'est certain
28:46une espèce
28:47de vision plus loyale
28:48parfois du masculin
28:49que celle
28:50que d'autres femmes
28:50ont dû subir.
28:52C'est-à-dire que
28:53je pense que
28:54c'est constitutif
28:55de ma paix.
28:56Après,
28:57tout le monde
28:58a des zones de...
28:59Je veux dire,
28:59les femmes ont des zones
29:00de violence,
29:01les hommes,
29:01les pères,
29:02les mères ont des zones
29:02de violence,
29:03enfin tout ça m'a amenée
29:04en tous les cas
29:04à voir ça
29:06de manière plus
29:09distancée.
29:10Un cinéaste dirait
29:10à dézoomer quoi.
29:12Et en tous les cas
29:12ce qui est certain
29:13c'est que j'ai eu
29:13la chance extraordinaire.
29:15Et puis,
29:15comment dire,
29:16je pense qu'avant ça
29:17il y a vraiment
29:18le monde se distingue
29:20en deux catégories
29:21d'humains.
29:21C'est ceux qui ont été
29:22désirés et très aimés
29:23par leurs parents
29:23et ceux qui n'ont pas
29:24connu ce luxe-là,
29:26ce privilège-là.
29:26Et moi j'ai la chance
29:27de faire partie
29:27de la première catégorie.
29:29Et j'allais dire
29:30que je sois orpheline ou pas.
29:31Les choses essentielles
29:32elles étaient présentes,
29:33elles ont été données.
29:35Mais c'est vrai
29:35que j'aime particulièrement
29:36voir mon père
29:37mettre cette...
29:38J'aime l'idée
29:39que tu sois obsédée
29:40encore avec la nourriture,
29:40que tu ne me laisses
29:41pas faire un repas
29:42quand on a...
29:45C'est-à-dire ?
29:46Je ne sais pas,
29:47je pense que...
29:47Il se le prend presque mal ?
29:49Tout ce que vous mangez ?
29:49Non, je pense que
29:50c'est une transmission,
29:51c'est de la sympathie.
29:53Le plus important
29:54c'était en même temps
29:54l'autonomie, non ?
29:55Pour vos filles,
29:56Michel Zotowski ?
29:57Et comment ?
29:58Vous leur aviez transmis
30:00quoi ?
30:00C'est-à-dire
30:01vous leur avez appris
30:01à faire tout ce que
30:02vous saviez faire
30:03pour qu'elles puissent se débrouiller
30:04et se sauver justement
30:05si vous n'êtes pas là ?
30:06Je vais vous dire,
30:06si je leur avais enseigné
30:07que ce que je savais faire,
30:08elles seraient mal.
30:10Heureusement,
30:10il y a eu l'école.
30:11Vous êtes un autodidacte d'ailleurs,
30:12total.
30:13Grosso modo,
30:14il ne faut pas exagérer non plus.
30:16J'ai quand même eu
30:17une teinture d'instruction
30:21mais c'est elle-même.
30:24Il faut leur mettre le pied
30:25à l'étrier.
30:26Il faut leur apprendre
30:26à apprendre.
30:27Une fois qu'elles ont appris
30:28à apprendre,
30:29elles ont fait leur chemin.
30:30Elles l'ont fait vraiment,
30:31elles sont allées loin.
30:33L'autonomie ?
30:34Oui, l'autonomie, absolument.
30:35En tous les cas,
30:36l'une des...
30:36Je ne sais pas comment dire.
30:37C'est marrant,
30:38on a ces conversations.
30:38Après, c'est facile
30:39pour les gens qui sont locataires.
30:40On est un peu locataires
30:41tous dans la famille.
30:42Ça veut dire quoi, locataires ?
30:43Locataires concrètement.
30:44C'est-à-dire,
30:44on ne possède pas nos appartements.
30:46C'est l'idée,
30:46qu'est-ce qu'on lègue ?
30:47Je me disais,
30:48mais moi,
30:48ce que je veux léguer
30:48à mon fils,
30:49c'est rien.
30:51Ce que je veux léguer,
30:51c'est seulement ma confiance en lui
30:53de s'en sortir sans moi.
30:54Et en fait,
30:54il y a une chose
30:56qui est très ancrée,
30:58effectivement,
30:59dans la transmission.
31:00Si on me demande,
31:01est-ce que vous êtes définie
31:02en fonction ?
31:03Est-ce que vous voulez
31:04plaire à votre père ?
31:05Après, une psychanalyste,
31:06à mon avis,
31:06doit se frotter les mains
31:07derrière ce micro
31:08ce samedi matin
31:09et se dire,
31:10ça pue le dip à plein nez.
31:11Mais la vérité est vraie,
31:12c'est qu'on m'a autorisée
31:14à être même détendue
31:15du regard que porte
31:16ma famille sur mon travail.
31:17Parce qu'en fait,
31:18ce qui nous était transmis,
31:19c'était la possibilité
31:21d'être indépendant,
31:23d'être autonome,
31:24de ne pas se soucier
31:25du regard de notre famille.
31:26Et j'allais dire aussi
31:27peut-être parce que l'amour
31:28était acquis.
31:28Voilà, l'extrême de la chance.
31:29Donc les gens que je veux épater,
31:31moi, c'est mes amis.
31:32Ah, parce que la famille,
31:33c'est bon.
31:33C'est dans la poche.
31:34C'est dans la poquette.
31:35On va repasser un peu
31:37sur la carrière de Michel
31:38dans les films de Rebecca
31:40parce que c'est intéressant.
31:42On va commencer
31:43avec cet extrait
31:44de Planétarium.
31:46Et vous allez nous traduire
31:47ce que vous dites
31:47aussi, Michel.
31:48Vous êtes un spectre.
31:50Vous êtes le fantôme.
31:52Vous êtes le fantôme du père.
31:53On revient à Ghostbusters.
31:55Oui, exactement.
31:56On écoute.
31:56Vous êtes le fantôme.
32:00Vous êtes le fantôme.
32:25Vous parlez en yiddish.
32:28On séduit.
32:28On séduit.
32:28Michel Zotowski.
32:29Qu'est-ce que vous dites ?
32:30Et je dis...
32:32Ah ben, t'es là ?
32:35Voilà.
32:35C'est ça, ta famille ?
32:37C'est tellement sale, ici.
32:40Tu vois, t'es seul.
32:41Là, j'ai dit le Kaddish
32:43sur la tombe de ta mère.
32:44T'es seul.
32:45Mais aide-moi, aide-moi.
32:48Ce père fantôme producteur,
32:50c'est un souvenir aussi
32:52que vous avez volé
32:52à votre père,
32:53Rebecca Zotowski.
32:54Alors ça, c'est quand même un...
32:55J'aime bien.
32:56Donc vous avez quand même aussi
32:57un petit aperçu
32:57de la raison pour laquelle
32:58le film n'a pas été un succès.
33:00Total.
33:00C'est quand même
33:01une anxiété.
33:02Une anxiété qui affleure
33:03et en même temps
33:04avec, il faut le dire,
33:05Nathalie Portman,
33:06avec Lily Rose Depp
33:07parce que c'était
33:08un de ses premiers films
33:09à Lily Rose Depp
33:10et puis c'est cette histoire
33:11incroyable
33:11de ce grand producteur de cinéma
33:13qui a ensuite été arrêté.
33:15Bernard Nathan.
33:16Bernard Nathan.
33:16C'était de manière
33:17assez éloignée
33:18l'histoire de Bernard Nathan.
33:19Une histoire tragique,
33:20effectivement,
33:20de l'origine de Pathé.
33:22Et pour l'anecdote...
33:23L'origine de Pathé,
33:23il faut bien le dire.
33:25Et pour l'anecdote,
33:26ce qui est drôle,
33:26c'est que là,
33:26il y a quelques semaines,
33:28est sorti le film
33:29de Pierre Salvadori.
33:30Pierre Salvadori,
33:30dans ce film,
33:31joue un réalisateur
33:32qui fait un film
33:33dans le film
33:33et ce film est devenu
33:34son film,
33:34la Venus électrique.
33:36Donc il m'a dit à un moment
33:36mais ça, c'est un super pitch
33:37et si je le faisais ?
33:38Je lui ai dit
33:39je te le donne, évidemment.
33:41Donc c'est un film gigogne.
33:42Exactement.
33:42Et ce moment
33:44est particulièrement émouvant
33:45parce que c'est un...
33:48À l'image,
33:49il est sur un canapé
33:50et puis c'est une image
33:52mais c'est presque un peu loin
33:53parce qu'en fait
33:53dans le Dibouk,
33:54le film de 1937
33:55que j'ai revu
33:55il n'y a pas longtemps.
33:56Le Dibouk,
33:57c'est dans la tradition juive,
33:59dans la tradition Ashkenaz,
34:00pardon,
34:02la pensée des djinns.
34:03C'est un mauvais esprit ?
34:04C'est comme les djinns,
34:05on va dire,
34:05de la culture arabe
34:08dans le monde Ashkenaz,
34:09dans la mythologie de l'Europe.
34:10C'est-à-dire
34:10des fantômes
34:11qui n'en ont pas fini,
34:13enfin les âmes
34:13qui n'en ont pas fini
34:14avec la vie
34:15et qui peuvent prendre possession.
34:17qui n'ont pas accompli
34:18ce qu'elles avaient à accomplir
34:19et qui reviennent
34:20dans le corps d'un vivant
34:21pour terminer leur travail.
34:24Ça, le Dibouk,
34:24ce film canonique,
34:27un film culte
34:29de la culture yiddiche
34:31qui se date vraiment
34:32de deux ans
34:33avant la Première Guerre mondiale,
34:34peut-être 37,
34:34et l'une des images
34:35de ce film
34:36est quasiment cette image-là
34:37et je ne l'avais pas vue.
34:38C'est-à-dire,
34:38il y a déjà une circulation
34:40fantomatique étrange.
34:40Quand je vois le film,
34:41je suis saisée de ça.
34:42Et ensuite,
34:42mon père m'avait raconté
34:43un jour un rêve.
34:44En plus,
34:45tout le monde sait
34:45que c'est interdit
34:47les récits de rêve.
34:48Mais il me l'avait raconté
34:49et évidemment,
34:50comme toutes les choses
34:51qui étaient,
34:51comme mon père
34:52est quelqu'un de pudique
34:52qui me racontait peu de choses,
34:54ça m'était resté en tête longtemps.
34:56Et ce rêve,
34:56c'était son propre père
34:57sur un canapé
34:58au milieu de gravats
34:59et qui lui disait
35:00« Ah, t'es là ! »
35:01Et il y avait ça,
35:01plus une anecdote
35:03qu'il m'avait racontée
35:03où ses parents,
35:04pour le laisser à la colonie de vacances,
35:08lui disaient
35:08« Viens, on va voir les lapins »
35:09et puis il se barrait
35:09pendant ce temps-là.
35:11Donc ça,
35:11c'est deux moments
35:12de l'imaginaire de mon père
35:14que j'ai sans le savoir.
35:16Je lui ai demandé
35:17de les fabriquer dans le film.
35:19Donc j'ai fait vraiment le film
35:19avec la matière des rêves
35:20de mon père à ce moment-là.
35:22Vous en avez fait aussi
35:23un rabbin.
35:24On va l'écouter
35:25dans « Vie privée »
35:26Michèle Zotowski.
35:27Voilà, laisse derrière elle
35:29un vide immense.
35:31Elle rejoint ici,
35:33à quelques mois d'écart,
35:35sa tante adorée,
35:38Perle.
35:39Perle qui lui a légué
35:41son amour des livres.
35:43Vous seriez mon choix.
35:44Son amour de la culture,
35:45son amour de la langue allemande.
35:48Adonai ou nachlata,
35:50veta noach beshalom,
35:51al-mishkava,
35:53ven-omar.
35:54Amen.
35:56Rebecca Zotowski,
35:57rabbin numéro 2,
35:58rabbin numéro 2,
35:59rabbin numéro 2,
36:00hébreu numéro 3.
36:01Père Rabat,
36:02vous laissez des traces
36:03quand même dans vos films
36:05évidemment de cette culture
36:07ashkénaze
36:08transmise par votre père,
36:09de cette langue aussi
36:10du yiddish.
36:12vous le disiez,
36:13c'est une manière
36:13de le saisir lui,
36:14bien sûr,
36:16dans ce rapport au fantôme
36:17pour qu'il soit avec vous,
36:19toujours avec vous.
36:20Mais aussi cette culture,
36:21c'est celle-là
36:21que vous enregistrez
36:22à travers votre père.
36:23Oui,
36:24je pense que
36:24en tous les cas
36:25c'est un projet
36:26que je sens,
36:27tu peux en parler mieux que moi,
36:28mais l'idée de nous transmettre,
36:30que le travail d'un homme
36:31ou d'une femme,
36:32c'est de transmettre
36:33une part de culture.
36:34J'allais dire,
36:34il y a quelque chose
36:35de fondateur dans la culture juive,
36:36c'est la lecture de la Haggada
36:37à Pessar,
36:38la lecture du livre
36:39qui raconte
36:39la sortie d'Egypte
36:40au moment de Pessar.
36:41D'ailleurs,
36:41c'est en le voyant
36:42dans les années
36:42où nos enfants sont jeunes,
36:44comme c'est le cas
36:44pour ma soeur et moi,
36:45c'est de constater
36:46que l'apprentissage
36:47de la lecture
36:47est constitutif
36:48de notre culture.
36:49C'est-à-dire,
36:49on voit un enfant
36:50qui commence à lire
36:51un bout du texte
36:51et on dit bravo.
36:53Et valoriser un enfant
36:54qui se met à lire,
36:55c'est vraiment,
36:55je pense,
36:55le point de départ
36:56du type de culture
36:57qu'on a eu.
36:57Donc je pense que,
36:58et toi,
36:59quand tu dis
36:59merci de nous avoir
37:00fait vivre jusque-là
37:01pour raconter cette histoire,
37:03je pense que depuis
37:03quelques années,
37:04tu te mets à pleurer.
37:05Donc c'était le point de départ.
37:05Je ne sais pas pourquoi.
37:06Je pense que c'est
37:07une psychanalyse
37:07qui devrait te le dire.
37:08La même psychanalyse
37:08qui est derrière ce micro,
37:09peut-être,
37:09qui doit peut-être
37:10t'appeler derrière.
37:11Mais oui,
37:12ça fait partie,
37:13j'ai envie d'enregistrer,
37:14de consigner.
37:15D'abord,
37:16non,
37:17je vais être très claire,
37:18je suis heureuse
37:18que mon père soit en vie.
37:19Je suis fascinée
37:20de pouvoir t'appeler
37:21quand j'ai envie de t'appeler
37:22et qu'au bout du fil,
37:24tu me dises allô.
37:25Et donc,
37:25je veux le...
37:26Comment dire ?
37:27Et comme en plus,
37:27je t'aime comme homme,
37:29je me dis,
37:29c'est génial,
37:30il faut que les gens le voient.
37:31Et puis ensuite,
37:32oui,
37:32il faut continuer.
37:32Pendant que je suis là.
37:33Oui, je suis là.
37:34On est là.
37:34C'est pour ça qu'on le fait.
37:35Ils se tiennent la main.
37:36Mais donc,
37:37voilà.
37:37Et c'est pareil.
37:38Et effectivement,
37:38le savoir que tu possèdes
37:42me plaît,
37:42mais me constitue
37:43et j'ai envie de le consigner.
37:44Comment vous l'avez transmis,
37:45Michel,
37:46ce savoir,
37:46cette culture ashkenaz ?
37:49Involontairement.
37:51Par l'exemple.
37:52Je ne me suis pas dit,
37:53bon, ce soir,
37:55les filles,
37:55à 20h02,
37:57réunion à table
37:58et je vous apprends
37:58ceci et cela.
37:59Non,
38:00c'est en faisant,
38:01c'est en marchant,
38:02c'est en disant.
38:05Mon épouse,
38:06Sylvie,
38:08a horreur
38:09que l'on pense
38:09que je suis un rabbin.
38:12Je ne suis pas un rabbin.
38:14Je ne suis pas pratiquant.
38:16Je ne suis même pas croyant.
38:18Mais au-delà de la religion,
38:19le judaïsme n'est pas une religion.
38:21C'est un tout.
38:22C'est une culture.
38:23Et dans cette culture,
38:25il y a une histoire,
38:26il y a une tradition
38:27qui est transmise
38:28depuis 25 siècles.
38:30Et ce serait vraiment
38:33dommage,
38:33pour dire le moins,
38:34que ça s'arrête là,
38:36que ça s'arrête avec moi.
38:37Et je vois avec un plaisir
38:39évident
38:39que ça ne s'arrête pas avec moi.
38:41Mes filles,
38:42mon fils,
38:42continuent cette tradition.
38:44Et mes petits-enfants
38:45continuent cette tradition également.
38:46Et donc,
38:47ça,
38:47ça va se poursuivre.
38:50Et ça me fait du bien.
38:52On va vous écouter
38:53au moment de Kippour
38:54dans Les Enfants des Autres.
38:55Non, mais tu te fous de ma gueule ?
38:57On va arrêter le chauffard.
38:5919h53.
39:00Oh, tant pis.
39:26Rébekah Zotovski,
39:27qu'il est roué, une Virginie Effira
39:29rejoint sa sœur
39:30et puis le père
39:30qui tient le talit,
39:31c'est-à-dire ce drap
39:32sous lequel on se retrouve
39:33à ce moment.
39:34L'étole, c'est une étole.
39:35C'est une étole.
39:36Eh bien, c'est Michel,
39:38à nouveau.
39:38C'est lui,
39:39t'en gueule, là,
39:39il est dans le rôle.
39:39Étole, pas de drap.
39:40Étole, attention,
39:41étole.
39:41Qu'est-ce qu'elle dit, celle-là ?
39:43On ne se couche pas dessus.
39:44Et pourquoi pas une serviette ?
39:44C'est au-dessus.
39:46Enfin, oui, voilà,
39:47c'est une étole.
39:48Bon, le talit.
39:49Mais vous n'êtes pas rabbin,
39:50là, vous êtes le papa
39:51dans cette scène.
39:52Et c'est important
39:53parce que vous tenez la famille,
39:55Rebecca Zotovski.
39:56Il tient le toit de la famille ?
39:58Oui, en partie,
39:59mais aussi d'autres membres.
40:00Enfin, oui,
40:01c'est le pilier.
40:01La question est de savoir
40:02est-ce que c'est le pilier
40:04de notre famille ?
40:05Oui, je le dis sans.
40:08Mais avec...
40:09Il faut comprendre quelque chose.
40:11C'est vrai que quand il est à table,
40:13c'est un homme
40:14qui nous laisse beaucoup parler.
40:15C'est-à-dire que l'une des raisons
40:16pour lesquelles je suis si bavarde aussi,
40:17je pensais qu'on m'a laissé vraiment
40:18parler, m'exprimer.
40:19C'était vraiment...
40:19Mais tout est passionnant.
40:20Et je vois ça chez ma sœur,
40:22je vois ça chez mon frère,
40:23je vois ça chez ma belle-mère.
40:24Il y a un plaisir évident.
40:25D'abord, il y a un complexe culturel parfois.
40:28Quand il a dit
40:28« Je suis tintée de culture »,
40:29tu l'as rattrapée en cours de route.
40:31Mais au départ,
40:31t'avais pas ton bac
40:32et quand t'es partie,
40:33il y avait vraiment quelque chose,
40:34je pense,
40:34qui fait partie de ta personnalité.
40:36C'est de penser que le savoir,
40:38s'il ne s'accroît pas, diminue.
40:40Et être persuadé
40:41que les autres ont à lui apprendre.
40:47à professer
40:48ou être sentencieux, etc.
40:51Et la deuxième chose,
40:52c'est...
40:54Je souscris complètement
40:55à ce que tu dis,
40:56cette idée d'être des juifs non-croyants.
40:57Et je pense que ça fait partie
40:58de notre rapport à l'humour,
41:02dont on n'a pas beaucoup parlé aujourd'hui.
41:05Mais si !
41:06Mais voilà.
41:07Vous êtes drôle en vous-même.
41:09On est drôle off.
41:10Non, vous dites parfois
41:11que « Vie privée »,
41:12votre dernier film,
41:13Rick Avdowski,
41:13avec Jodie Foster,
41:14ça commence comme une blague,
41:16justement,
41:16une blague juive,
41:18parce que c'est une...
41:20Dites-nous,
41:20racontez-moi là.
41:21Une psy qui se met à pleurer,
41:22à sangloter
41:23quand vous lui racontez vos histoires.
41:24Donc c'est un peu...
41:25On a envie de se retourner
41:26et de dire « ça va,
41:27attendez, excusez-moi,
41:27je peux exister... »
41:30Excusez-moi,
41:30c'est mon analyse,
41:31c'est pas la vôtre.
41:33Qu'est-ce que vous faites à pleurer ?
41:34Par ailleurs,
41:35psychanalyse sur laquelle
41:36Michel Stoski
41:37met un profond toucaz.
41:38Je pense que c'est vraiment
41:39quelque chose
41:39qui ne fait pas partie du tout.
41:41Quand je lui ai dit
41:41que je faisais un film là-dessus,
41:42il a fait...
41:43Comme vraiment,
41:44comme si je disais
41:45« mon film fait 3h40 ».
41:46C'est comme si je lui avais dit ça.
41:49Dans quelques minutes,
41:50séquence Madeleine de Proust
41:52aux ratatouilles aussi.
41:53Vous savez,
41:54quand le méchant critique
41:54est rattrapé par le goût
41:56de son enfance.
41:57J'adore ce film de Disney
41:58et Rebecca Zotowski aussi.
42:00Vous allez nous raconter
42:01qu'est-ce qu'il cuisine,
42:02Michel,
42:02et qu'est-ce qui vous provoque
42:03des réminiscences
42:04sur France Inter.
42:05Les Zotowski.
42:08Alors on va essayer
42:09de revenir là d'où on vient,
42:12dans la tradition culinaire
42:14que vous avez transmise
42:15à vos filles.
42:16C'est notre petite séquence
42:17donc Madeleine de Proust.
42:23Et ça vient doux ça ?
42:24Alors ça c'est un générique
42:25de « fais pas ci, fais pas ça ».
42:28Un petit bout.
42:29Est-ce que vous étiez du genre
42:31« ratatouille »
42:33Michel Zotowski comme papa ?
42:35Non.
42:36Non, non, non.
42:36On a dîné ensemble,
42:37on déjeunait ensemble nous ?
42:39Rarement.
42:39Rarement, j'ai pas des souvenirs
42:41de repas...
42:42Les moments festifs, oui.
42:44On est à table,
42:45on est tous à table.
42:46Le soir aussi,
42:48d'ordinaire,
42:49on était à table ensemble.
42:50Mais je faisais surtout
42:51d'abord dîner les enfants
42:52et puis après nous,
42:54adultes,
42:55on dînait entre nous.
42:56Qu'est-ce que vous faisiez donc
42:58une recette
42:59qu'on appelle
43:00le « gel fit fish » ?
43:03Alors non Mathilde,
43:04pas du tout.
43:04Le « gay fit fish »
43:05c'est de la carpe farcie.
43:06Attendez, je vais reprendre
43:07parce que là,
43:08ça va être la honte.
43:08C'est la honte.
43:11Ils se foutent de moi ?
43:12C'est un peu comme de dire...
43:14C'est notre gello,
43:14la gello fish.
43:15C'est un peu comme de dire
43:16qu'est-ce que ce serait
43:16l'équivalent ?
43:17Non, mais non,
43:17on ne peut pas savoir.
43:19Non, si, si, si.
43:20Non, mais si,
43:21dites-moi.
43:21Vas-y, vas-y.
43:21Alors, la recette de Michèle,
43:24dites-moi ce que c'est.
43:25Alors, moi j'ai dit
43:26le « gay fit fish »
43:28qui est la carpe farcie
43:29pour le plus grand déplaisir
43:31de tous les jufs
43:33fachkéna.
43:33C'est donc l'une des recettes
43:35les plus, comment dire,
43:37l'un des plats
43:38les moins chers sur le marché
43:39qui est servi
43:41à toutes les fêtes religieuses
43:45et que tu réussis
43:46extraordinairement bien
43:47parce que le seul truc
43:47un peu comestible
43:49c'est la farce.
43:50La farce du gay fit fish.
43:51Parce que le reste
43:52est vraiment pas bon.
43:53La carpe,
43:54la carpe c'est un poisson
43:55qui est ignoble.
43:56C'est un poisson de vase.
43:57Vous mangez de la carpe,
43:58vous bouffez de la vase.
44:00Parce que là en bas
44:00dans la petite,
44:02je ne sais pas,
44:03le petit étang
44:04d'un immeuble
44:05en bas de la maison de la radio,
44:07vous pouvez trouver des carpes.
44:08D'accord ?
44:08Donc on est sur niveau...
44:09C'est un peu comme si
44:09on prenait
44:10les petites fleurs aromatiques
44:12aux pieds des arbres
44:14sur lesquels
44:14les chiens pissent quoi.
44:15Donc c'est ce niveau
44:16je pense de séduction du plat.
44:18On va se faire aimer.
44:19C'est ça le gay fit et fish.
44:20Gay fit et fish.
44:21Gay fit et fish.
44:22Mais en fait en vrai
44:23je me suis trompée
44:23est-ce que ce que tu réussis
44:24vraiment le mieux
44:25c'est les petits foies hachés,
44:26les knidlers aussi,
44:27les boulettes de mazotte.
44:30Quoi d'autre ?
44:31Qu'est-ce que tu...
44:32Je faisais aussi la Daphina.
44:34J'ai fait la Daphina.
44:35C'est quoi la Daphina ?
44:36C'est la Daphina
44:36de votre femme ?
44:38De ma première épouse.
44:39La Daphina, oui bien sûr.
44:40De la mère de mes filles.
44:41La Daphina je pense
44:42c'est le plat le plus réjouissant
44:44et calorique de l'existence.
44:45Beaucoup d'huile.
44:45C'est ça ?
44:46Vous en avez parlé un peu ?
44:47Non, non, non.
44:48Il y a un peu d'huile
44:49oui effectivement
44:49mais il n'y a pas que ça.
44:51En fait c'est en miroir
44:54le tchoulent
44:55c'est-à-dire
44:56tchoulent c'est un plat
44:57de l'Europe de l'Est
44:59des juifs de l'Europe de l'Est
45:00qui vient du vieux français
45:01chaud lent
45:03paraît-il.
45:04Choulent.
45:05Chaud, chaud, chaud.
45:06Le mot chaud est lent
45:07parce que c'est un plat
45:08que l'on mettait le vendredi
45:09lorsque les fours des boulangers
45:11étaient arrêtés
45:12pour le Shabbat
45:13pour le Shabbat
45:14on mettait le plat
45:15et on venait le rechercher
45:16le samedi à midi
45:17donc il l'avait mijoté
45:19pendant toute la nuit
45:21et c'est un plat
45:21où il y avait des patates
45:22des oeufs
45:23que des trucs
45:24ou les bas morceaux de viande
45:26et c'était le plat
45:27de la semaine.
45:28Et il y a l'équivalent exact
45:29du côté
45:30de l'autre côté
45:31de la Méditerranée
45:32et c'est la Daphina
45:33la Daphina
45:35selon les prononciations locales
45:37et grosso modo
45:38c'est le même type de plat
45:40il y a du blé
45:41il y a des patates
45:42il y a de la viande
45:44et des oeufs
45:45que l'on fait mijoter
45:45vraiment pendant 10, 12, 15 ans.
45:47Ils deviennent marrons
45:47ça c'est vraiment
45:48ces oeufs là
45:48quel régal.
45:50Et le parfum
45:50qui s'échappe
45:51de ces plats
45:52est un délébile
45:53sur le vêtement
45:54et dans la mémoire.
45:57Qu'est-ce qu'il y a
45:57le plus d'ashkénaz
45:59et de plus séfarade
46:00en vous
46:01aujourd'hui ?
46:04C'est une bonne question
46:05qu'est-ce que tu dis ?
46:07C'est Marion Philippe
46:07qui travaille avec nous
46:08qui me l'a suggéré.
46:09Ah ouais ?
46:10Je dirais
46:10je sais pas
46:12peut-être
46:13ce qu'il y a de plus
46:13d'ashkénaz
46:14c'est la
46:16la conscience
46:16de l'inexorable
46:19fragilité
46:20de nos existences
46:21ça c'est
46:22chevillé
46:23au corps
46:23de manière presque
46:24trop intense
46:25je dirais
46:25vraiment une manière
46:25de se dire au revoir
46:26devant un ascenseur
46:27si on n'allait jamais
46:27se revoir
46:28bon il faut quand même
46:29se calmosse
46:29donc ça c'est vraiment
46:30on se dit à tout moment
46:31et ce qu'il y a de plus séfarade
46:33c'est ce que ça fabrique
46:34c'est-à-dire
46:36la responsabilité
46:37de jouir de chaque instant
46:38Michel
46:39elle a bien dit
46:40alors tout à fait
46:41des deux mains
46:41et des deux pieds
46:42si je peux dire
46:43et en fait
46:43quand on me dit
46:44que je suis parano
46:44je dis non
46:45je ne suis pas parano
46:45je suis ashkénaz
46:49merci
46:49merci à Michel Zlotowski
46:52merci à sa fille
46:54Rebecca Zlotowski
46:55j'espère que vous vous inviterez
46:56à manger une carpe fin
46:56si Michel
46:57je ne sais pas si vous serez
46:58très contents
47:00prenez la Daphina
47:01vous êtes nasochiste
47:02ou pas
47:02peut-être que je suis un peu ashkénaz
47:04mais je le suis en plus
47:06alors
47:07la série
47:08Glam Squad
47:08par ailleurs
47:09qui sera plutôt
47:10dans un débordement
47:12d'onglerie
47:13et de paillettes
47:15ça sortira sur Amazon Prime
47:16en 2027
47:17Rebecca Zlotowski
47:18et c'est co-crit
47:19avec Olivier Niklos
47:20et puis
47:21Agathe Rydanger
47:22qui avait fait
47:22Diamant Brut
47:23qui a co-réalisé
47:24c'est co-écrit
47:25avec Camille Lugan
47:26et Olivier Niklos
47:27c'est co-réalisé avec Agathe
47:28et tous vos films
47:29que je recommande
47:30vraiment
47:31sont disponibles
47:31d'ailleurs pour
47:32les revoir
47:33à la lumière
47:33de l'émission
47:34qu'on vient d'enregistrer
47:35sont disponibles
47:35en VOD
47:37et je recommande
47:38entre autres
47:38vraiment ce bijou
47:39qu'est
47:40Les enfants des autres
47:41qui est
47:41il faut le redire
47:42à chaque fois
47:43un film majeur
47:44Michel Zlotowski
47:45vous êtes toujours
47:46le roi de la trad
47:47sur les antennes
47:48de Radio France
47:49on vous a adoré
47:50en Patti Smith
47:51on vous a adoré
47:51en Bruce Prinstein
47:52qu'est-ce qui vous manque
47:53dans votre palmarès
47:54de traducteur ?
47:55Pas grand monde
47:56j'ai déjà eu
47:56le Dalaï Lama
47:57qui a adoré
47:58et tripoté ma barbe
47:59pendant que je l'interprétais
48:00c'était un grand moment
48:01de mon travail
48:03je dois dire
48:03ça m'a un petit peu déstabilisé
48:05mais ça va
48:06Donc vous avez tout
48:08tant qu'il n'a pas
48:08tripoté autre chose
48:11Merci les Zlotowski
48:13Merci à moi
48:22Vous voyez que vous êtes drôles
48:24y compris à l'antenne
48:25Cette émission a été mijotée
48:28par Marion Philippe
48:29à la programmation
48:30et à la préparation
48:31la réalisation
48:32c'est Amazir
48:33Amadine Guest
48:34la technique
48:35aujourd'hui
48:36c'est Raphaël Rousseau
48:37c'est aussi
48:38Vincent Miglio
48:39et c'est Noé Chabanne
48:41C'est Amazine Guest
48:42C'est Amazine Guest
48:42C'est Amazine Guest
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