- il y a 2 jours
Duo mythique de notre patrimoine sportif national, les inséparables frères Karabatic ont nourri leur handball de leurs racines serbo-croates et de la figure de leur père, Branko.
Retrouvez tous les épisodes de "Photos de famille" sur le site de France Inter : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/photo-de-famille
Photo miniature : Marion Philippe
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00:18Il y a les frères Karamazov, duo mythique de la littérature russe signée d'Ostoyevsky,
00:23et puis il y a les frères Karabatic, duo mythique de notre patrimoine sportif national Nico et
00:28Luca, ou Titi et Grominet pour leur père, et Nini et Loulou pour leur mère.
00:35Ces deux-là ont porté le handball français au sommet, une discipline qu'ils ont nourrie
00:40de leurs racines serbo-croates et de la vision de leur père, Branko Karabatic, ancienne internationale
00:45yougoslave, comme on disait à l'époque.
00:47Avant une série de guerres, de 1991 à 2001, qui divisent définitivement le pays, eux,
00:54ils n'ont pas connu la guerre, la famille est partie avant, ils n'ont pas connu la
00:57guerre entre frères non plus, à part les blocages sous la couette, les étranglements,
01:01les jets de sable dans les yeux qui finissent aux urgences, enfin pas grand chose.
01:05Leur amour, leur union, leur complémentarité ont amené ces deux frères sur les toits de
01:09la compétition internationale, triple champion olympique, quadruple champion du monde et
01:13quadruple champion d'Europe pour Nicolas, champion olympique, double champion du monde,
01:17double champion d'Europe pour Luca, qui a retrouvé le handball à 19 ans après une
01:21première carrière de virtuose au tennis.
01:23Comment les frères Karabatic ont construit leur identité dans la vie comme sur les
01:28parquets ? Comment ont-ils négocié ensemble et chacun leur virage clé ? Quel est l'héritage
01:33de la méthode Karabatic et le sens de ce mantra « Pamet ou glavou » ? Bienvenue dans
01:40Esprit de famille, l'émission qui feuillette les albums de famille.
01:44Esprit de famille, Mathilde Serrel sur France Inter.
01:49Bonjour Nicolas et Luca Karabatic ! Bonjour Mathilde !
01:53D'abord je vais vous demander à chacun de vous présenter l'un l'autre,
01:58de me décrire chacun votre frère.
02:01Je commence avec vous Nicolas.
02:03Un exercice que j'avais jamais fait jusque-là.
02:07J'avais oublié qu'on devait le faire en plus, j'ai préparé une surprise d'entrée.
02:14Alors, donc je dis « je » comme si j'étais Luca, je suis bien d'accord.
02:17Non, non, vous...
02:19Bonjour, je suis Luca ou bonjour, je présente Luca.
02:22Non, vous me présentez Luca, vous me dites qui il est, à quoi il ressemble.
02:24Voilà, je vous présente mon frère Luca, un grand gaillard de 2m02, beau comme un dieu,
02:36chevelure grisonnante et les yeux bleu clair, la force du slave et la douceur du Cossack en lui.
02:46Ça c'est une citation pourrie que j'avais entendue sur l'idée de la Tentation il y a plein
02:51d'années
02:51et ça m'avait fait beaucoup, bref, aparté.
02:55Je suis quelqu'un de très talentueux, je suis joueur professionnel de handball au Paris Saint-Germain.
03:04J'ai gagné plein de trucs, vous l'avez dit Mathilde, et là je parle comme si j'étais toi,
03:08donc c'est pas ça du tout l'exercice.
03:10Là c'est Luca qui nous présente Nicolas.
03:13Non, non mais j'ai pas fini.
03:13Ah non, il y a encore des trucs à dire.
03:15C'est bien déjà.
03:16Plein de présentation déjà.
03:18Ouais, attends, il y a peut-être des défauts qui arrivent.
03:20Papa de famille, de deux mariés à Jenny, deux magnifiques enfants, Déva et Dali.
03:28Il adore la musique, il fait de la guitare.
03:31Peut-être qu'il va en jouer à mon mariage cet été.
03:36Il est très talentueux dans tous les sports qu'il pratique, le hand, mais il a été aussi numéro 1
03:41français au tennis quand il avait 13-14 ans.
03:43On l'attendait à Roland-Garros.
03:44Oui, je l'attendais à Roland-Garros.
03:46Très talentueux, très sensible aussi, il doit encore progresser sur la manière d'exprimer ses émotions à son grand frère.
03:56Il est toujours un peu dur quand même.
03:58Je suis en séance, là.
04:00Vous êtes en coaching ?
04:02Ouais, pardon, ouais.
04:03Bon, bref, on l'a joué.
04:03Voilà, elle était longue, ta présentation.
04:04Ouais, elle était longue.
04:05T'es parti un peu dans tous les sens.
04:06Ouais, je suis parti dans tous les sens.
04:07Bon, moi...
04:07Attention, là, on corrige un peu.
04:08Alors, Lucas, présentez-nous, Nicolas Karabatic.
04:12Je vous présente Nicolas Karabatic.
04:13Est-ce qu'il y a vraiment besoin de faire encore une présentation ?
04:15Ah bah si.
04:17Comme vous l'avez dit, Mathilde, il fait partie du patrimoine culturel et sportif français.
04:23Et pas que, parce que né en Serbie, enfin en ex-Yougoslavie, à Niche, fils de Branco et Radmila, Lala.
04:33Frère de Lucas, né en 1984, on ne va pas reparler du palmarès.
04:41Un garçon qui a très tôt eu sa vocation, qui a su qu'il allait devenir le meilleur joueur du
04:47monde,
04:48un des plus grands sportifs de tous les temps.
04:50Il a décidé de le devenir et il l'est devenu.
04:53Ouais, voilà.
04:53C'est simple, dans la vie des fois, on dit « je veux faire ça, je vais le faire ».
04:56Et ça se passe.
04:57Il fait quelle taille ?
05:001m96, peut-être 17 de temps en temps.
05:02Il est plus petit que vous ?
05:03Ouais, plus petit, ouais.
05:04Le grand frère est plus petit.
05:05Les deuxièmes sont toujours un peu plus grands.
05:08Sachez-le.
05:09Il a longtemps été plus lourd que moi, mais au bout d'un moment, j'ai réussi à le dépasser
05:12quand je suis revenu au monde.
05:16Sinon, une inspiration pour moi, son frère, pour des milliers de jeunes handballeurs, de jeunes sportifs.
05:23Et puis c'est pas mal.
05:25Voilà, bientôt mariés, puisqu'on parlait tout à l'heure des régimes matrimoniaux.
05:31Bientôt mariés.
05:32Deux enfants aussi.
05:33Papa d'Alec et de Nora.
05:37Voilà, bientôt mariés à Géraldine.
05:39Et puis c'est déjà pas mal.
05:42C'est pas mal.
06:04Qu'est-ce qui vous revient en premier en écoutant l'archive de cette victoire que vous avez reconnue, j
06:09'espère ?
06:10Tu es reconnue ou pas ?
06:11L'archive ?
06:12Ouais.
06:12C'était quelle compétition ?
06:14Pour moi, c'est Tokyo, mais...
06:16Ben non, parce qu'il n'y a aucun...
06:17On ne sait pas, ça peut être une autre.
06:19Ça peut être une autre.
06:20Mais bon, il y a Noji Alem.
06:21C'est Tokyo, ok.
06:22C'est Noji, donc pour moi, c'est Tokyo.
06:25Tokyo, juillet 2021.
06:26Qu'est-ce qui vous revient ?
06:27Puisqu'on est en train de feuilleter l'album, cette image, j'ai eu envie de commencer par elle.
06:30D'ailleurs, on vous voit dans le tome 2 de cette BD qui est publiée chez Casterman,
06:34qui raconte votre histoire, les frères Karabatic, avec chacun votre médaille d'or.
06:38En quoi ce titre-là, parce que vous en avez un paquet, on l'a compris,
06:42pour vous, c'est la victoire qui représente le plus de choses, pour vous deux ?
06:47Parce que c'est un peu le titre...
06:50Enfin, c'est le Graal déjà, je pense, pour tout sportif et pour les handballers,
06:53le titre de champion olympique.
06:55C'est un titre auquel on était passé tout près de l'avoir à Rio en 2016.
07:00On perd en finale.
07:01Donc, il y avait déjà une petite amertume de ne pas l'avoir ramené.
07:04C'est le titre qui nous manquait tous les deux en équipe de France, ensemble, l'un et l'autre.
07:08On avait été champion du monde, champion d'Europe.
07:10Et puis aussi, je pense, moi, une des premières images qui me revient.
07:15Bien sûr, le terrain, mais c'est après d'avoir très vite appelé notre maman.
07:19C'est un titre que les enfants ont vu.
07:21Vous étiez en festime avec les enfants, je crois.
07:23On était en festime avec les enfants, parce qu'il y avait un gros décalage horaire.
07:27Donc, on sait qu'ils ne pouvaient pas venir.
07:28C'était en période de Covid.
07:29Ils ne pouvaient pas venir nous voir au Japon, mais ils l'ont vécu à Montpellier.
07:33C'était dans la maison de famille.
07:34Et donc, voilà, c'était un titre vraiment en famille, un aboutissement presque comme un aboutissement.
07:42Oui, c'est ça.
07:42Une boucle bouclée, parce qu'il y a une histoire particulière avec les Jeux Olympiques.
07:50C'est ça.
07:50Parlez-nous peut-être de votre père qui vous faisait des quiz pas possibles sur les JO.
07:53Je crois que vous deviez tout savoir de toute la sélection, la sélection jamaïcaine de telle année.
07:59Il fallait expliquer qui, comment.
08:01Déjà, le premier exercice, c'était de connaître toutes les Olympiades, connaître les lieux, les années.
08:05Donc ça, c'est un truc, moi, j'ai le souvenir depuis tout petit, de quiz comme ça, où il
08:10nous interrogeait à JO de 1980.
08:12Tu devais donner la ville.
08:14Donc déjà, très tôt, on a eu ce truc-là de JO.
08:17Puis moi, j'ai baigné là-dedans par le biais de Nico.
08:20J'ai déjà eu très tôt des souvenirs de vivre à travers lui, ses premiers Jeux en 2008, quand il
08:26est champion olympique.
08:28Il paraît qu'il n'était pas hyper bien sapé à un moment.
08:30J'ai lu cette anecdote.
08:31En 2008 ?
08:32Non, en 2004, je crois.
08:33Il a eu un problème de look.
08:36Et vous avez récupéré ses vêtements, Luca Karabatic.
08:41Pendant longtemps, il y a eu un problème de look.
08:43En même temps, début des années 2000.
08:45Dans notre histoire d'amour avec le handball.
08:46Début des années 2000, il y avait un problème de look.
08:48Il y a eu un problème de look global, qui touchait les gens de la tectonique.
08:50Il m'a touché fort aussi.
08:51Donc ça, je l'avoue.
08:52Après, vu que moi, en tant que petit frère, je récupérais tout ce qui arrivait, intéressé chez moi.
08:57Donc moi, je subissais quelques années après.
08:59Après, si toi, tu avais eu un faux pas, moi, je le subissais quelques années après.
09:02Ah, vous étiez mal sapé, en plus, trois ans plus tard.
09:03Effet domino, mais j'ai toujours récupéré les affaires de mon frère.
09:07J'ai eu un survêtement d'une marque connue que j'ai récupéré quatre ans après.
09:12Je l'ai porté encore pendant quatre ans, donc ça fait dix ans de survêtement.
09:15Alors, on va voir si vous êtes toujours forts aux quiz Jeux Olympiques.
09:19Nicolas Karabatic et Luca Karabatic, c'est parti.
09:21Et voilà le tour d'honneur du handball français.
09:26Énorme fierté, donc, pour ces handballeurs qui auraient été la grande révélation de ces Jeux Olympiques côté français.
09:32Ça, c'est indiscutable.
09:35Personne, absolument personne ne les attendait.
09:37C'est Médard, là, qui est sur les épaules de Munier.
09:39Ah oui, il a commencé à avoir des indices, là.
09:42Alors, c'est quoi ?
09:42Expliquez-nous.
09:43C'est où, c'est quand ?
09:44Voilà.
09:44Quelles Olympiades ?
09:45Et qu'est-ce que ça représente pour le handball français ?
09:49Luca Karabatic ?
09:50Moi, je commence en 1992.
09:53On peut dire que vous avez quatre ans, déjà.
09:55Oui, donc moi, je ne les ai pas vécues.
09:57Enfin, je n'ai pas de souvenirs en live, mais par contre, j'ai été bercé par ces histoires-là
10:02et ces souvenirs-là,
10:03parce que c'est le début de ce qu'on a appelé la génération des barjots.
10:06Et c'est un peu le début de l'histoire du handball français, parce que c'est leur première médaille.
10:12Donc, moi, je ne l'ai pas vécu, je ne sais pas toi, si tu as des souvenirs en direct,
10:16mais...
10:16Les barjots, c'est quoi ? C'est la première équipe de hand qui fait pas mal la fête, d
10:21'ailleurs, je crois.
10:22D'où le surnom.
10:22Hand français.
10:23Voilà, le surnom vient de là, parce que c'était aussi le début du professionnalisme.
10:27Ils venaient du monde amateur.
10:29C'est Daniel Constantini, l'entraîneur emblématique, qui les a rassemblés en stage commando pour se préparer pour les JO
10:37de Barcelone.
10:38Ils ramènent la médaille de bronze, première médaille olympique du hand français, et ça les lance.
10:43Deux ans après, ils sont champions du monde en 1995, premier sport co, champion du monde français.
10:47Donc, voilà, ça a vraiment lancé le sport, le handball en France, en tout cas.
10:51Moi, j'ai suivi ça.
10:53On ne voyait pas beaucoup de hand à la télé encore.
10:55Je lisais les magazines, je connaissais tous les joueurs.
10:59C'était une culture underground.
11:00C'était une culture, un peu underground.
11:02Notre sport est un sport de préau, on en est fiers.
11:04Et ils l'ont sorti un peu, d'une certaine manière, du préau.
11:08Et nous, on a continué.
11:09Mais ça a été, voilà, les pères fondateurs.
11:11Et puis, ils étaient barjots, ils faisaient la fête.
11:13Vous les avez rencontrés, vous vous êtes retrouvés à tiner avec eux ?
11:16Sur cette Olympiade-là, tous.
11:17C'était un écheveu en blanc, ils étaient faits des coupes de fou.
11:21Donc, moi, j'ai le souvenir, dans la chambre de Nico, quand on était petit,
11:24il avait un poster de Barcelone.
11:26Et ils sont tous avec les cheveux péroxydés.
11:29Enfin, voilà, donc les barjots.
11:30Et en 1995, ils ont été champions du monde.
11:32Et là, ça a été des coupes de cheveux qui sortaient un peu de l'ordinaire.
11:36Oui, ils se faisaient à la tondeuse, ils s'inscrivaient des choses derrière la tête,
11:41des noms de barres, des sponsors.
11:42C'était fou.
11:44Je pense que c'est eux qui ont inspiré la coupe de Ronaldo, la coupe pourrie de Ronaldo en 1998.
11:49Ils se rasaient des noms de barres dans la nuque.
11:51C'est ce que vous êtes en train de nous expliquer ?
11:52Oui, oui, oui.
11:54Et quand je pense que les gens s'inquiètent des coupes de cheveux aujourd'hui,
11:56en fait, avec les barjots, on était très, très loin.
12:00Et je crois que votre père vous les a présentés.
12:02Et en fait, notre papa, il avait été gardien de l'équipe nationale de Yougoslavie à l'époque.
12:11Et après, il était parti entraîner en France, en D2.
12:14Et puis, dans un petit club, on était descendus vivre à côté de Montpellier, à Frontinand,
12:17dans un tout petit club.
12:18Et souvent, il y avait des tournois dans le coin, avec Montpellier, avec Nîmes, qui
12:22étaient les meilleures équipes françaises.
12:23Et nous, on allait voir les équipes.
12:24Et lui, il connaissait tout le monde parce qu'il les avait jouées ou les joueurs avaient
12:27joué contre lui et ils le regardaient.
12:29Et nous, on était à ses côtés.
12:30Et donc, il nous présentait les joueurs.
12:31On pouvait discuter, faire une photo avec tous les joueurs, les barjots, les coachs.
12:36Donc, on regardait comme ça et on voyait.
12:38En fait, ça nous impressionnait.
12:38Moi, ça m'impressionnait de voir que tous ces joueurs qui jouaient à la télé connaissaient mon père.
12:43C'est là où vous vous êtes dit, tiens, il a peut-être fait une bonne carrière comme handballer professionnelle,
12:48mais ce n'était pas quelque chose qu'il mettait en avant.
12:49Je voudrais qu'on comprenne comment il vous a entraîné jusqu'au sommet
12:53et pourquoi votre mère regardait toujours deux fois les matchs.
12:57On en parle dans un instant.
12:59Lucas et Nicolas Carabattu sur France Inter.
13:13Alors, là, c'est bon, c'était le jingle d'ouverture de P2 ?
13:18D'accord.
13:20Est-ce que tu peux le...
13:21Je repars à blanc comme ça ou tu veux que je me mette dessus un peu ?
13:24J'y vais.
13:25Ok.
13:27Esprit de famille avec les frères Carabattic, champions absolus du handball français
13:32qui doivent notamment cette carrière triomphale à des étés entiers passés à s'entraîner
13:37sur les rives croates de la Méditerranée, dans le village de Polica.
13:41On continue de feuilleter votre album de famille et je voudrais justement qu'on s'arrête là.
13:46Alors, décrivez-nous un peu.
13:48On a essayé de le faire de manière sonore.
13:51Ce village, cette côte qu'on voit dans la BD Les frères Carabattic,
13:55qui est publiée chez Casterman, dessinée par Christopher, écrite par Najib.
13:58Il y a la mer, je crois qu'il y a eu des dauphins même.
14:02Il y a des oliviers et il y a une côte très très raide pour aller chez le grand-père.
14:07C'est comment alors ces étés ?
14:10Oui, c'est déjà départ tout d'abord de Strasbourg ou de Colmar,
14:16où mes parents sont arrivés après la Yougoslavie, vivre.
14:21Départ en R25.
14:24Ça, tu arrêtes du sol.
14:25À l'arrière, on se sentait un peu comme les tontons du bled.
14:29On dormait à l'arrière, tous les deux allongés.
14:32Ils faisaient la route et on se réveillait.
14:33On était en quinconce.
14:35Moi, je me souviens toujours de ce bruit des graviers,
14:38des routes un peu habitumées, du gravier qui crissait sous les pneus.
14:44Ça, ça voulait dire qu'on n'était pas loin du village.
14:46C'était un petit village, voilà, Polizza, de pêcheurs en bord de mer.
14:50Mes parents avaient construit une maison là-bas et donc on passait les étés.
14:53C'est la maison où on était censé grandir et on était censé vivre.
14:58Si nos parents n'avaient pas décidé de venir en France, c'était censé être la maison de famille.
15:05Du coup, c'est devenu la maison d'été.
15:07Et Lucas Carabatil, c'est devenu aussi la maison, le camp d'entraînement.
15:11Oui, le camp d'entraînement, c'était, comme disait Nico, nous, c'était tous nos étés.
15:15C'était là-bas, c'était un mois, un mois et demi en Croatie.
15:19Moi, ça a été, pendant un certain temps, c'était mon camp d'entraînement de tennis, du coup.
15:22Parce que c'est aussi là-bas où, parce que le tennis croate était aussi très, très fort.
15:27Et du coup, j'ai pu rencontrer mes idoles aussi dans le tennis à ce moment-là.
15:30Et puis après, ça a été, oui, c'était de la course, de la natation.
15:35En face de la maison, il y avait une presqu'île qui était assez longue.
15:38À chaque fois, on avait comme rêve d'aller en face à la nage.
15:41On n'a jamais réussi, mais...
15:43Vous aviez peur des requins, je crois.
15:45Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
15:46Non, mais parce que c'était quand même assez impressionnant.
15:48On a trouvé les dents de la mer.
15:49Un peu comme dans le film La Plage, quand DiCaprio, ils voient en face.
15:54C'était un peu cette distance-là, donc on n'a jamais réussi à le faire.
15:56Mais notre père nous disait qu'il l'avait fait, que lui, quand il était petit, il le faisait.
15:59Il allait chercher le raisin et il rentrait à la maison.
16:02Enfin, nous, on ne l'a jamais fait.
16:04Et il y avait cette maison au bord de la mer et il y avait une colline un peu juste
16:08au-dessus.
16:09Et c'était là où il y avait la maison de notre grand-père, qui s'appelait Nicolas, Dédan Nicolas.
16:14Donc lui était agriculteur, éleveur.
16:17Il avait des champs d'olivier, il faisait de l'huile d'olive, des jambons.
16:20Et donc nous, c'était à chaque fois, quand on allait le voir, c'était l'occasion de s'entraîner
16:24un peu.
16:25On y allait en courant.
16:26Notre papa lui...
16:26Fais-y, 4 kilomètres en courant sur la côte.
16:29Oui, il y avait une grosse côte.
16:30Nous, quand on s'était toujours en été, donc par des grosses chaleurs.
16:33Et donc, je pense que ça, ça a été très formateur pour notre physique, pour notre endurance.
16:39Et même dans votre esprit, dans votre âme, Nicolas Karabatic, c'est fondateur, non ?
16:45Ce village, cette connexion aussi avec les racines croates de votre père.
16:51Qu'est-ce que ça a représenté ?
16:53Ça a été un moment fort dans votre construction ?
16:56Oui, on avait...
16:57Mes parents, nos parents ont toujours insisté sur le fait de, bien sûr, de bien s'intégrer à la France.
17:04Et de parler français, de se sentir aimé et de tout donner.
17:08Mais en même temps, de cultiver ses origines et nos racines.
17:12On est né, moi, je suis né en Yougoslavie.
17:14Il y a eu ces guerres dont vous avez parlé.
17:17Mais pour moi, ça a toujours été la Yougoslavie.
17:19Et je ne différenciais pas la Croatie de la Serbie.
17:23Et donc, c'était toujours très important d'aller voir la famille, d'être proche, d'aller les voir en
17:28Serbie, à Niche, où là, moi, je suis né.
17:31Et notre famille a toujours été proche.
17:33Et même quand on était en France, on était tous les quatre entre nous.
17:37Et la famille était quelque chose de très, très important.
17:39Et donc, ils se sont toujours basés là-dessus aussi, dans les valeurs qu'ils nous ont transmises, le respect.
17:45Et oui, c'était très important pour nous de passer ces temps avec eux.
17:48Et d'ailleurs, est-ce que ça a fait une différence pour vous l'un l'autre ?
17:50Puisque Nicolas, vous êtes né, donc, en effet, vous êtes né en ex-Yougoslavie en 1984.
17:56Et vous, en France, Luka Karabatic en 1988.
18:00Est-ce que ça a été une différence entre vous, cette apparition au monde, pas au même endroit ?
18:06Entre nous, non, je pense pas.
18:08Mais c'est vrai, la dernière fois, on en parlait, on disait que toi, t'es né sur la terre
18:13de tes ancêtres.
18:14Et moi, non, je suis né à un autre endroit.
18:17C'était rigolo, mais moi, j'ai acquis nationalité française par mes parents.
18:23Donc, en vrai, ça n'a jamais été une différence entre nous.
18:25Mais c'est vrai que ça me faisait toujours drôle quand je...
18:27Moi, je voyais que j'étais né à Strasbourg, en Alsace.
18:30En fait, c'est bête, mais sur les cartes d'identité, il n'y a pas le même...
18:35Il n'y a pas le même ancrage d'un coup.
18:37Tu veux dire que l'Alsace, c'est pas hype ?
18:40Non, c'est pas du tout ça.
18:43Alors, si on écoute votre mère, on n'a pas envie d'y rester longtemps parce qu'il pleut beaucoup.
18:48Ça a été un bon moment, en Alsace.
18:49Mais j'ai vécu en Alsace jusqu'à mes 4 ans, donc je n'ai pas beaucoup de souvenirs.
18:52Donc moi, j'étais un peu différent, un peu en entre-deux.
18:56Je me sens plus, entre guillemets, du Sud.
18:58J'ai grandi dans le Sud.
18:59Et c'est là où j'ai commencé vraiment à avoir mes vrais souvenirs.
19:02Est-ce qu'on peut parler d'elle, du coup ?
19:04Radmila, Lala, que vous appelez aujourd'hui Baka ?
19:07Je crois que c'est le nom de son grand-mère, puisqu'elle a 4 petits-enfants.
19:10Il y en a 2 de chaque côté, des 2 fils.
19:12Elle, elle vient de quelle famille ? Est-ce qu'on a parlé de la famille de votre père ?
19:17Maman, donc Baka, elle, elle est née à côté de Niche, un petit village qui s'appelle Alexinatz.
19:25Elle a une soeur, elles ont grandi là-bas, elle a fait ses études de médecine, elle a eu son
19:29diplôme de médecin.
19:30Puis elle a rejoint notre papa qui était parti jouer à Strasbourg et entraîner.
19:34Elle n'a pas eu d'équivalence en France.
19:35Elle n'a pas eu d'équivalent, donc quelque part, on a toujours eu cette histoire.
19:38Ils nous ont expliqué que maman avait fait ce sacrifice-là pour la famille, de laisser quelque part tomber sa
19:43carrière et sa vie professionnelle pour nous élever.
19:48Elle était aide-soignante dans une maison de retraite médicalisée et elle faisait les gardes de nuit.
19:52Elle faisait les vendanges aussi, donc c'est quelqu'un de très famille.
19:56Elle a travaillé la nuit pendant dix ans à Frontignan.
20:00Dans le sud où elle a voulu s'installer, c'est elle qui a décidé de quitter l'Alsace parce
20:04qu'elle n'aimait pas trop le climat, je crois.
20:05Je pense que même à un moment donné, elle n'a pas laissé le choix à notre papa.
20:11Ma mère, comme ça, c'était le genre de femme où on va changer un peu la disposition dans le
20:15salon.
20:16Mon père disait non, évidemment.
20:17Il allait à l'entraînement et quand il revenait, tout le salon était changé.
20:20Elle ne demandait pas l'avis en fait.
20:22Et puis, il était très content en fait.
20:23Finalement, c'est bien.
20:24C'était ce genre de technique éprouvée.
20:29Et justement, on va se projeter dans cette vie à Frontignan.
20:33Moi, j'ai l'impression qu'on peut se mettre au petit déjeuner, par exemple, dans la maison à Frontignan.
20:39Et puis, qu'est-ce qu'on regarde à la télé ?
20:42En avant, il faut foncer droit au but.
20:46Demi-temps et 90 minutes.
20:48C'est assez pour rassembler nos espoirs et pour forcer la victoire.
20:55La victoire.
20:57Oli et Tam, ils sont toujours en forme.
21:01Tam, Olivier, sont super entraînés.
21:04Tam, Olivier, ils sont venus pour gagner.
21:09Vous pouvez le chanter ou pas ? C'est quoi, ça ?
21:11Moi, au début, j'ai cru que ça allait partir.
21:12Si on est au petit déjeuner, j'ai cru que ça allait partir.
21:14Qu'est-ce que vous mangez ?
21:15Je crois qu'on allait se faire vanner parce qu'à chaque fois, on rigole avec Nico.
21:18Vous mangez quoi ?
21:18On mangeait, mais n'importe comment.
21:20C'était cinq croissants.
21:22Non, c'était des quantités astronomiques.
21:25Gargantuesque.
21:26C'était un dicton de votre père, je crois qu'il fallait manger énormément.
21:29Il disait, la force, ça rentre par là.
21:32Par la bouche.
21:32Par là, il montrait la bouche.
21:34Donc, ça voulait dire, il faut manger pour être fort.
21:35Ce n'était pas les petits déjeuners à équilibrer, avocat d'autos, etc.
21:38Non, c'était du pain au chocolat, du croissant.
21:42Bref, on forme la parenthèse.
21:44Et vous regardiez Olive et Tom.
21:46J'aimerais que vous nous racontiez comment allait cette chambre à Fontignan.
21:51Je crois que ça aussi, c'est un camp d'entraînement, les frères Karabatic, pour vous.
21:55Il me semble qu'au-dessus de votre lit, il y a deux étagères.
21:58Nico, c'est ça ?
21:59Ça devient les barres transversales ?
22:01Ça fait de la cage.
22:02Oui, oui.
22:03On faisait les...
22:03On servait de...
22:04Je pense que tous les handballeurs ont fait ça chez eux.
22:07Servir de la fenêtre du balcon comme une cage.
22:11Et on jouait avec des chaussettes, on se faisait des tirs de pénalty.
22:15On se faisait des pompes, des abdos.
22:18Moi, on les confectionnait avec...
22:19Moi, je l'avais fait ça avec des caleportes en forme de canard.
22:22On jouait aux jeux vidéo.
22:23Quand il y avait les chargements, parce qu'il y avait les chargements à l'époque,
22:26les jeunes générations ne connaissent peut-être pas,
22:28mais il y avait les chargements entre les combats de Street Fighter 2.
22:30On faisait des pompes, des abdos, on se challengeait comme ça.
22:33Et en fait, je pense que ça, notre papa nous l'a transmis.
22:37Si vous voulez réussir, vous pouvez y arriver.
22:39Mais qu'est-ce que vous faites pour y arriver ?
22:41Et c'est quoi ? Qu'est-ce que vous faites tous les jours ?
22:42C'est ça qui est important.
22:44Oui, il y a le terrain, il y a la côté aussi important.
22:46Tu peux être champion, mais si tu veux être champion,
22:47là, regarde, tu as du temps, va courir.
22:51Donc, il savait nous mettre une sorte de petite culpabilité en nous.
22:55Ok, je vais être le meilleur au monde,
22:57mais là, je suis en train de rien faire pour être le meilleur au monde.
23:00Tout en vivant une enfance normale,
23:03où c'était cool, on faisait des trucs d'enfants,
23:04on rigolait, sans avoir cette pression astronomique,
23:06mais quelque part un peu quand même.
23:08Et toi, tu t'es même mis à faire du triathlon quand tu étais petit.
23:11Lucas Carabatic, vous avez été entraîné à tous les sports ?
23:14Oui, j'étais béni.
23:16Notre papa était en balleure, mais il était aussi,
23:19il adorait le sport en général.
23:20Prof de PS ?
23:21Prof de PS.
23:22Donc, quand on était à l'école,
23:24qu'il y avait des cours de PS,
23:25il en profitait toujours pour nous faire toucher un peu d'autres sports,
23:28essayer un peu de développer notre curiosité.
23:30Je pense que ça, très tôt, on l'a eu sur plein de sports différents.
23:33Et je pense que ça, c'est hyper important pour un enfant.
23:35Si tu arrives à toucher à plein de choses,
23:37quelque part, tu as plus de facilité par la suite.
23:39Et l'esprit de compétition, je crois que ça vient de votre maman.
23:42C'est elle qui a plus cette niaque de la compète.
23:46Et c'est pour ça qu'elle a été tellement stressée,
23:49qu'il fallait voir les matchs deux fois,
23:51parce qu'en fait, elle ne voit rien tellement aller mal,
23:53quand vous êtes sur le terrain, quand on vous regarde en direct.
23:57Oui, moi, je pense...
23:58Enfin, maintenant, je pense,
24:00parce que très longtemps, je me suis posé la question...
24:02Pas très longtemps, mais là, plus on vieillit,
24:03plus on se pose des questions sur la vie,
24:05et on fait un peu d'introspection.
24:06Et moi, ça a été le cas avec ma fin de carrière.
24:08Et je me demandais, mais comment ça se fait
24:09que j'ai eu cette volonté si forte,
24:12cette niaque qui est assez folle depuis tout petit ?
24:14Et au final, papa nous a toujours accompagnés,
24:18mais il ne nous a jamais mis la pression.
24:20Il nous mettait la petite culpabilité,
24:22comme je l'ai expliqué,
24:23mais ce n'était pas lui à nous mettre la pression.
24:25Tous les jours, il faut que vous soyez les meilleurs.
24:26Un peu ce côté qu'on peut peut-être fantasmer
24:29des parents slaves qui poussent leurs enfants.
24:32Nous, il ne nous a jamais poussés,
24:33il nous a accompagnés,
24:34il nous a fait faire plein de sports différents
24:36pour nous parfaire physiquement,
24:37notre coordination, tout ça.
24:39Mais je pense que ce feu intérieur,
24:42un peu, que moi, j'ai eu,
24:44et je pense Lucas aussi,
24:45je pense qu'il vient de notre maman,
24:46qui a toujours été une battante,
24:49une résiliente de fou,
24:50un peu ce côté Louvre aussi, protectrice.
24:53Et ça, je pense maintenant,
24:54qu'on l'a hérité plutôt de maman que de papa,
24:58qui avait un peu ce côté aussi philosophe,
25:01très sage, blagueur,
25:03et je ne sais pas ce que tu penses, Loulou.
25:05Oui, Lucas Cara, tu vous êtes d'accord, Loulou ?
25:06Oui, oui.
25:08Vous êtes Titi ou Gros Minet dans l'histoire ?
25:10Oui, je suis Titi,
25:11Titi dit qu'il se faisait martyriser un peu,
25:14on essaie de se rédiger avec les années.
25:17J'ai testé sa résistance,
25:19parce qu'il était un peu claustrophobe,
25:21donc j'ai testé sa résistance à sa phobie.
25:24J'ai essayé déjà de travailler sur tes blocages mentaux.
25:27Et les jets de sable dans les yeux,
25:28c'était vous, Nicolas Carabatic,
25:30sur Lucas Carabatic.
25:31Vous êtes d'accord sur cette analyse de la mère,
25:33cette niac ?
25:34Oui, je pense.
25:35Et aussi, ce qui rend toutes ces victoires satisfaisantes,
25:39mais qui laissent un goût insatiable.
25:41Je pense qu'il y a de ça.
25:42Après, moi, je pense que j'ai eu une dynamique
25:44un peu différente avec ma maman aussi,
25:46que Nico peut-être a pu avoir quand j'étais plus jeune.
25:48où j'avais quand même aussi ce côté...
25:51Parce qu'avec mon père,
25:53j'avais ce côté à la dure qui me poussait.
25:54Et je pense que ma mère l'avait vue aussi.
25:56Donc, elle, avec moi,
25:57elle avait aussi ce côté à arrondir les angles.
26:00Mais oui, ce truc-là interne,
26:02bien sûr que je le sens.
26:03Mais avec ma maman,
26:05j'ai eu une relation où pendant longtemps,
26:06elle, elle arrondissait les langues
26:07et mon père, il me rentrait dedans.
26:10Il vous rentrait plus dedans.
26:11Qu'est-ce qu'il vous disait avant les matchs ?
26:13Parce que je crois que les briefs
26:14de Branko Carabatic sont hyper importants.
26:17tout ce qu'il vous disait dans les avant-matchs.
26:19Vous avez un souvenir, là, qui vous revient ?
26:22Moi, c'est peut-être plutôt moi,
26:23parce que toi,
26:25toi, t'as eu la période
26:26où lui, il est passé au tennis.
26:28C'est les briefs de Nico
26:28que vous avez eu, vous, Lucas Carabatic.
26:31Non, pas forcément.
26:32Mais ouais, moi, au hand, du coup,
26:35comme j'ai exposé très tôt,
26:37à 18 ans, 17, 18 ans,
26:39il y avait aussi ce côté que j'adorais,
26:40qui était préparer les matchs avec mon père,
26:44faire le chemin en voiture.
26:45Il m'a amené à l'entraînement
26:46ou quand il me ramenait des matchs,
26:47discuter du match,
26:49ce qui s'était passé, analyser.
26:51Et donc, ouais, très souvent,
26:52la veille, on s'appelait.
26:53Pareil, quand je partais,
26:54quand j'étais parti jouer en Allemagne,
26:55il m'appelait
26:56et on préparait le match
26:57qu'il allait arriver.
26:58Le gardien, comment il jouait ?
27:00Où est-ce qu'il fallait tirer ?
27:01Donc, tout ce genre
27:02de petites préparations
27:05que j'adorais faire avec lui.
27:06Et donc, ouais, ouais,
27:07ça, je le faisais.
27:08Et Lucas, lui,
27:09il était au tennis
27:10à ce moment-là.
27:11Donc, c'est vrai qu'il arrivait au hand
27:12beaucoup plus tard.
27:12Donc, il y a eu une relation
27:14avec papa
27:14qui était un peu différente.
27:16Oui, Lucas,
27:17vous vous êtes mis au hand,
27:18enfin, remis au hand
27:20à 19 ans.
27:21Et donc, avant,
27:21vous faites une carrière de tennis.
27:23D'ailleurs, je crois que c'est
27:23très, très intense
27:24comme compétition.
27:25Et ce n'est pas évident
27:26pour vous aussi
27:26d'être loin de votre frère
27:29quand vous êtes dans un centre
27:30de traitement,
27:31d'être dans votre famille.
27:32Ouais, moi,
27:33j'ai vécu un peu...
27:34En fait, j'étais sur un chemin,
27:36le chemin familial,
27:37tout ça.
27:37Et puis, d'un coup,
27:38j'ai pris une autre voie.
27:41j'ai commencé le tennis
27:43et très rapidement,
27:45j'ai commencé à avoir
27:46des résultats.
27:47Je suis parti assez jeune
27:49chez mes parents.
27:50J'avais 13 ans.
27:51Je suis parti en Pôle-France.
27:53Donc, ouais,
27:53j'ai eu un chemin
27:54un peu différent.
27:57Et à l'âge de 19 ans,
27:58j'ai pu revenir
27:59à mes premiers amours
28:01et revenir
28:01dans ce premier chemin.
28:03Mais ouais,
28:04l'histoire, pour moi,
28:05elle est un peu différente.
28:06Je voudrais qu'on s'installe
28:08dans une voiture
28:09parce que vous êtes
28:09souvent en voiture.
28:10En fait, on se rend compte
28:11quand on lit les BD,
28:13les livres
28:13qui sont consacrés
28:15à la famille Karabatic
28:16et qu'on se mette
28:17un peu dans un trajet
28:18que vous avez fait
28:18tous les deux
28:19qui est très important.
28:20Je crois que vous êtes
28:21allé rendre visite
28:22à Kiel
28:22où jouait
28:24Nico Karabatic,
28:25Luca Karabatic.
28:27Et là,
28:27vous avez commencé
28:27à lui annoncer
28:28que vous alliez
28:30revenir au Hande.
28:32Vous vous souvenez de ça ?
28:34Nicolas,
28:34je crois que vous le racontez
28:36dans votre autobiographie
28:37ou vous avez même
28:38recréé les dialogues.
28:39Moi,
28:40j'ai presque à la phrase près
28:43votre échange.
28:44Mais comment il vous revient
28:45maintenant ?
28:47Ben,
28:48moi,
28:48c'est vrai qu'en fait,
28:50il y a eu le moment
28:51où d'abord,
28:53il annonce...
28:53Je pense qu'il a d'abord...
28:54Il en a d'abord parlé
28:55avec maman
28:57parce que c'était elle
28:57avec qui il avait une relation
28:59un peu plus privilégiée
29:01qu'avec papa.
29:02Il a d'abord parlé
29:02avec maman
29:03et je pense qu'après,
29:05vous en avez parlé à papa
29:06et après,
29:06moi,
29:07je suis arrivé dans la boucle.
29:08Petite parenté,
29:08c'est grâce à ma mère
29:10que j'ai repris.
29:11Si ma mère n'est pas là,
29:13je ne sais pas
29:13si je vais au bout du truc
29:15parce que j'avais envie
29:16mais quelque part,
29:17je ne sais pas.
29:17Qu'est-ce qu'elle vous dit
29:18à ce moment-là ?
29:18Qu'est-ce qui vous aide
29:19à prendre ton nom ?
29:20Vas-y, saute-le pas,
29:22jette-toi,
29:23vas-y.
29:24Le truc qui me manquait
29:25à la fin
29:25parce que
29:26ce n'est pas évident de revenir,
29:27c'est elle qui me l'a clairement...
29:29C'est vraiment
29:30très grande partie grâce à elle.
29:31Je vais refaire la parenté.
29:32Et du coup,
29:33après,
29:34il y a un été
29:34où il était venu
29:36à Kiel
29:38et où...
29:38C'est le club
29:39où vous êtes
29:39à ce moment-là.
29:40En Allemagne.
29:41Vous gagnez la Ligue des Champions
29:42entre autres.
29:42Oui, je gagne les champions,
29:42tout ça.
29:44En cadeau,
29:44j'étais un super grand frère
29:45quand même à un moment,
29:46je faisais des cadeaux de ouf.
29:49Je lui achète,
29:50je lui offre
29:50pour son permis.
29:51C'est un leasing,
29:51une Audi A3
29:52pour la famille aussi,
29:54pour les parents.
29:55Donc,
29:55on venait de gagner.
29:56Je voulais leur faire plaisir.
29:57Et il avait son permis.
30:00On a fait le road trip
30:00tous les deux
30:01où on descend la voiture
30:02depuis Kiel
30:03jusqu'à Montpellier.
30:04On se fait 1500 km.
30:05Elle était bridée
30:06parce qu'elle était neuve.
30:06On ne pouvait pas rouler
30:07au-dessus de 120 km.
30:09Donc,
30:09on a roulé tout doucement.
30:10On a fait 1500 bornes en centre.
30:13On avait préparé
30:13les playlists
30:14et tout sur CD à l'époque.
30:16Je pense qu'on avait...
30:17Non,
30:17il y avait l'hectare de cartes
30:18et les SD déjà.
30:20Je me souviens
30:21de certains sons
30:21qu'on avait et tout.
30:22Mais ça représente quoi
30:23ce virage pour vous,
30:24finalement,
30:24Nicolas Caravec ?
30:25Pour moi,
30:26il est ouf le virage.
30:26C'est démon
30:27parce que vous alliez
30:27revivre en fait
30:28presque une deuxième carrière
30:29dans le honte
30:29grâce à l'arrivée
30:30de votre frère.
30:31Pour moi,
30:32il est complètement incroyable
30:33ce virage
30:34et c'est assez fou aussi
30:36comment il coïncide
30:37dans ma carrière.
30:37Moi,
30:38ça vient presque terminer
30:39un premier chapitre
30:40de ma carrière
30:41où j'atteins
30:42tous mes rêves
30:42et je gagne
30:43tout ce que je m'étais fixé.
30:45Meilleur joueur au monde,
30:46champion du monde,
30:47champion olympique,
30:49champion d'Europe,
30:49ligue des champions.
30:50Et là,
30:50d'un coup,
30:51paf,
30:52mon frère,
30:52il se remet à jouer au honte
30:55alors qu'il devait jouer au tennis.
30:56Et là,
30:58au même moment,
30:59l'entraîneur,
31:00je venais de prolonger
31:01mon contrat à qui,
31:01l'entraîneur,
31:02il se barre,
31:03tout part en sucette
31:04et s'ouvre la possibilité
31:05de venir jouer à Montpellier
31:07avec Luca.
31:08Et puis,
31:09le moment aussi
31:09où papa est ton malade.
31:10Donc,
31:10c'est assez.
31:11Maintenant,
31:11quand j'y repense,
31:12je me dis,
31:12c'est fou.
31:13Il ne peut pas y avoir
31:14un hasard,
31:14une coïncidence
31:16qui ne soit pas fait exprès.
31:17Donc,
31:17ça a été assez incroyable
31:18pour moi.
31:19Et Luca Karabatic,
31:20pour vous,
31:21et pour Nicolas aussi,
31:22j'imagine,
31:23c'est une sorte de parenthèse
31:24très très forte
31:25quand vous allez vous retrouver
31:26ensemble à Montpellier.
31:27Vous allez accompagner aussi
31:28votre père
31:28qui est gravement malade
31:30à ce moment-là
31:30qui va vous voir
31:31reprendre le hand
31:32et comment vous allez
31:33le reprendre aussi.
31:34Qu'est-ce que vous gardez
31:35de ce moment-là ?
31:36En fait,
31:37c'est une parenthèse
31:39merveilleuse
31:39parce que vous êtes
31:41enfin tous réunis
31:42et au sein du même sport.
31:44Oui,
31:44c'était assez incroyable.
31:46Pour moi,
31:46c'était un peu,
31:47j'avais un peu tout
31:48qui arrivait en même temps.
31:49Et donc,
31:50c'était beaucoup,
31:50beaucoup d'émotions,
31:51beaucoup de choses
31:52à gérer,
31:53à comprendre
31:54parce que moi,
31:55je venais de me remettre
31:56dans le hand
31:57mais voilà,
31:58j'avais encore tout à faire.
31:59Je me retrouve assez rapidement
32:01à jouer avec Nico
32:03mais lui qui arrive
32:04avec son statut d'idole,
32:05de meilleur joueur du monde,
32:07moi qui arrive,
32:08donc quand même,
32:08du coup,
32:09pas mal de pression aussi
32:09sur les épaules.
32:10Donc,
32:10ça a été,
32:11je pense,
32:11j'ai dû vraiment faire un truc
32:12en accéléré,
32:14tout apprendre,
32:15les codes
32:15et me mettre
32:16dans un certain mode.
32:18Donc,
32:19pour moi,
32:19ça a été assez intense
32:20et en même temps,
32:22j'avais vraiment des fois,
32:23il fallait que je me pince
32:24pour y croire
32:25parce que je me disais
32:26mais c'est pas possible,
32:26ça va trop vite.
32:28J'ai repris le hand
32:29au mois d'octobre,
32:30au mois de février,
32:30je suis avec les pros
32:31et je fais mon premier match
32:32et tout est allé à 10 000.
32:35C'était vraiment,
32:36pour moi,
32:36c'était assez incroyable
32:37cette période.
32:38Et pour vous,
32:38Nicolas Carabattu,
32:39vous accompagnez aussi
32:40à ce moment-là
32:41votre père
32:42et c'est lui qui va,
32:43je crois,
32:44dans les derniers moments,
32:45vous dire,
32:45voilà,
32:46qu'est-ce qui va se passer
32:47pour Luca ?
32:48C'est vos derniers échanges ?
32:50Oui,
32:51d'une certaine manière.
32:53Papa,
32:53peu de temps avant
32:55qu'il décède,
32:57il disait,
32:58Luca,
32:59il va être,
33:00tu vas voir,
33:00il va être en équipe
33:01de France et tout
33:01et c'est vrai
33:03qu'on pouvait le supposer
33:05parce qu'il a eu
33:05une progression
33:06assez fulgurante
33:07du moment où
33:08il s'est remis en rente,
33:09ce qu'expliquait Luca,
33:10il jouait,
33:10il s'est remis,
33:11quelques mois après,
33:11il s'est entraîné
33:12avec les pros
33:12et il faisait son premier match
33:14avec les pros
33:14encore des mois après.
33:15Donc,
33:15c'est assez fou,
33:16la progression.
33:17Mais de là à prédire
33:19qu'il allait avoir
33:21une explosion
33:22au plus haut niveau,
33:23qu'il allait faire partie
33:24des meilleurs joueurs
33:24au monde à son poste,
33:26il fallait avoir
33:27un peu de vision
33:28et papa l'avait dit
33:30et l'avait d'une certaine manière
33:32vue avant l'heure
33:33et je pense qu'il n'en avait pas parlé
33:36à Luca,
33:37il en avait parlé
33:38à peu de monde
33:38mais je pense que pour lui
33:40ça a été aussi
33:42un petit soulagement
33:43que ça l'a délivré
33:44et d'une certaine manière
33:46ça lui a permis aussi
33:48peut-être de partir
33:49plus sereinement
33:50et c'était un peu,
33:51je suppose,
33:51une mission de vie
33:52pour lui aussi
33:53de voir ses deux enfants
33:55plus que réussir
33:56au plus haut niveau.
33:57Nicolas,
33:57deux jours après,
33:58Luca,
33:58deux jours après,
33:59vous vous êtes appelé d'ailleurs
34:00en équipe de France.
34:00Oui,
34:01deux jours après sa mort.
34:02J'ai fait ma première sélection
34:04au mois de janvier
34:05et lui,
34:07quelques semaines après
34:08qu'il soit parti
34:09donc c'était
34:12un moment doux amer
34:14c'était un désir
34:15qu'il aurait pu peut-être
34:16nous voir sous le même maillot
34:18en équipe de France
34:19et en même temps,
34:21on le sait entre nous
34:23mais c'est vrai
34:24que c'était assez incroyable
34:26et moi j'en garde
34:28un très bon souvenir
34:29mais comme le disait Nico
34:30ça a aussi coïncidé
34:32à un moment
34:32où moi j'ai pris plus de place
34:34où j'ai commencé à exploser
34:35et ça lui l'a vu
34:37et donc quelque part
34:38pour moi aussi
34:38c'est génial de savoir ça.
34:39Et vous le représentez d'ailleurs
34:41avec sa moustache
34:42vous regardant
34:44triomphant
34:44dans cette BD
34:45chez Castamane
34:46les frères Karabatic
34:47il avait plusieurs mantras
34:50Branko Karabatic
34:50j'en ai noté
34:51quelques-uns
34:52il y avait
34:53quand il y en a plus
34:54il y en a encore
34:55il n'y a pas de problème
34:55il n'y a que des solutions
34:57n'aie pas peur
34:58de rater
35:00respecte les autres
35:01cette formule aussi
35:02ils se sont fait couper la tête
35:03pendant la guerre
35:04ils n'ont pas pleuré
35:05voilà
35:06ça vous pouvez vous le dire
35:07tous les jours
35:07et puis est-ce que vous pouvez nous expliquer
35:09enfin donc
35:09ce que signifie
35:11pas mettre
35:11ou glavou
35:13Niko Karabatic
35:14Oui
35:15alors pour le mantra
35:15ils se sont fait couper la tête
35:16ils ne pleuraient pas
35:18je ne sais pas si je te le disais
35:19à toi Loulou
35:20mais c'était une vanne
35:22pendant la guerre ottomane
35:23et j'en parle dans le livre
35:25c'était
35:26les turcs se sont fait couper la tête
35:28pendant la guerre
35:28ils n'ont pas pleuré
35:29c'était des vrais guerriers
35:30nous on avait mal
35:31on pleurait
35:31et après on lui disait
35:33mais ils ne pouvaient pas
35:33ils n'avaient plus de tête
35:34ils étaient morts
35:35et là ils rigolaient
35:36et donc ça nous apprenait
35:38à maîtriser la douleur
35:39en fait
35:39ça nous apprenait
35:40à maîtriser la douleur
35:41et c'était assez fou
35:42bref
35:42et ensuite
35:43Pamette Ouglavo
35:44ça veut dire
35:45l'intelligence dans la tête
35:46si on traduit littéralement
35:47intelligence dans la tête
35:48ça voulait dire
35:49ben sois conscient
35:51de ce que tu fais
35:51fais gaffe
35:53faites gaffe
35:53qu'on sortait
35:54ils nous le disaient souvent
35:54c'est même pas intelligent
35:56c'est un truc un peu différent
35:57de l'intelligence
35:58tu sais c'est un truc
35:59c'est difficile à traduire
36:01tu vois
36:02c'est une sorte de
36:03conscience
36:03c'est une forme d'intelligence
36:05mais qui n'est pas forcément
36:05tu vois
36:07une intuition
36:08une conscience
36:09intelligence un peu grinta
36:10un peu malin
36:12c'est quoi grinta ?
36:14mais un peu aussi
36:14faites pas n'importe quoi
36:15parfois on sortait
36:16après les matchs
36:17ils nous disaient
36:17pas mettre Ouglavo
36:18faites pas n'importe quoi
36:20faites pas n'importe quoi
36:21en soirée non plus
36:22donc ça pouvait
36:24voilà
36:24ça pouvait correspondre
36:25à beaucoup de situations
36:26de la vie
36:26ça pouvait être
36:27avant un match
36:28c'est intelligence
36:29sagesse
36:29il y a plein de mots
36:30tu peux pas mettre Ouglavo
36:32esprit de famille
36:34Mathilde Serrel
36:35sur France Inter
36:37Francis Cabrel
36:38samedi soir sur la terre
36:40l'album sort en 1994
36:41nous écoutons
36:43la cabane du pêcheur
36:44sur France Inter
36:45moi j'ai lu
36:46Nicolas Karabatic
36:47que vous connaissiez
36:48tout Francis Cabrel par coeur
36:50non
36:51parce que déjà
36:51je suis super nul
36:53en chanson
36:54pour avoir les paroles
36:57je fais du yaourt
36:59je chante
37:00après
37:00je suis pas bon
37:02en paroles de chansons
37:03alors que je les connais
37:04je les écoutais
37:04des milliards de fois
37:05mais je suis pas bon
37:06Céline Dion et Francis Cabrel
37:07je crois
37:07c'est les deux mamelles
37:09deux albums
37:10puis il y avait aussi
37:11les compiles du
37:12du Quik
37:13qu'on avait en CD
37:14chez nous
37:15quand on était petits
37:15il y avait quoi
37:16dans les compiles du Quik ?
37:17il y avait une chanson
37:17de Jimmy Cliff
37:18il y avait Jimmy Cliff
37:19I Can't See Clearly Now
37:20il y avait
37:21Docteur Albon
37:22non c'est quoi ?
37:23il y avait aussi ça
37:24comment ça s'appelait
37:25je mets le
37:26Lucas Karabatic
37:31Lucas Karabatic
37:31qui faisait des compiles
37:32lui
37:34un des plus beaux cadeaux
37:36un des plus beaux cadeaux
37:37qu'il m'a fait
37:38il m'a fait une compile
37:39de tous mes buts
37:41quand j'étais en Allemagne
37:42tu te souviens ça ?
37:44bon le coup
37:45c'était pas sur la musique
37:45mais c'était sur la vidéo
37:46si j'avais mis des musiques dessus
37:47tu as mis des musiques en plus
37:48tu m'avais fait un CD DVD
37:49il n'y avait pas encore
37:50il n'y avait pas un Insta
37:52tu dois l'avoir
37:52il n'y avait pas un Insta
37:53il n'y avait pas tout ça
37:54il m'avait fait une compile
37:55sur CD
37:55de plein d'actions
37:56que j'avais en Allemagne
37:57génial quoi
37:57des édits
37:58avec de la musique dessus
37:59vous aviez mis quoi ?
38:00tous ces buts
38:01tous ces buts
38:02et j'avais fait
38:02tu avais mis du Moby
38:04je crois
38:04j'avais mis du Moby
38:05j'avais mis une chanson
38:06DJ Shadow
38:07on est dans les années
38:102000
38:11entre 2000 et 2010
38:13mais ouais
38:13Francis Cabral
38:14et Céline Dion
38:14c'est
38:15les CD qu'on écoutait
38:17ça me rappelle
38:18notre maison
38:19à Frontignan
38:19qui a été
38:20la maison
38:21que mes parents avaient acheté
38:22je ne sais même pas
38:23à chaque fois
38:23ils nous ont expliqué
38:24ils l'ont rénové je crois aussi
38:26avec pas mal de monde
38:27ils l'ont rénové
38:27avec des amis
38:28c'était vraiment
38:29pour moi
38:30c'est vrai que
38:31Lucas on a vécu en Alsace
38:32il est né là-bas
38:33on a grandi en Alsace
38:35c'est le premier point
38:36en France
38:37où on est venu
38:37et donc moi je me sens
38:38chez moi en Alsace
38:39mais Frontignan
38:40cette maison
38:41c'est notre enfance
38:42c'est papa, maman
38:43les amis
38:44donc ces chansons-là
38:45ces CD
38:46on les écoutait en boucle
38:47on jouait aux jeux
38:47société, au Monopoly
38:49je le battais
38:50je me fâchais
38:51on jouait au ping-pong
38:52en bas
38:52on avait une petite table
38:54c'était pas une table
38:55de ping-pong
38:55c'était une table
38:55où on mangeait
38:56on s'était fait un filet
38:57on jouait au ping-pong
38:58tous les deux
38:58avec des livres
38:59parce qu'on n'avait pas
39:00les raquettes
39:01et après Lucas Carabatis
39:02vous avez vécu ensemble aussi
39:04vous avez cherché une maison
39:05vous avez été
39:05grand frère colloque
39:07on a été frère colloque
39:09quand Nico est revenu
39:12de Kiel
39:14et assez rapidement
39:15on a nos parents
39:15qui sont venus aussi
39:16vivre avec nous
39:16donc on a eu aussi
39:17cette période-là
39:18mais du coup
39:19qui ou moi
39:19correspondait aussi
39:20au moment où je me suis mis
39:21en couple
39:21avec Jenny
39:22je crois que ça s'est pas
39:23très bien passé
39:24avec Nico Carabatis
39:25l'arrivée de
39:26la troisième personne
39:28dans votre couple
39:28en fait
39:29qui était votre petite amie
39:30Nico Carabatis
39:32ça crée un petit décalage
39:33parce que lui
39:34rentrer en mode
39:34ça va être
39:35la fiesta banana
39:37la fameuse fiesta banana
39:39on va être célibataire
39:40tous les deux
39:41et au fait
39:41non moi
39:42j'avais rencontré
39:44la personne
39:45avec qui je suis toujours
39:46aujourd'hui
39:46donc tu vois
39:47c'était
39:48pour quelque chose
39:48de sérieux
39:50maintenant tout va bien
39:51on déconne pas
39:53je venais me séparer
39:54en plus
39:54je partais de Kiel
39:56j'étais petite copine
39:57pendant un an
39:58je m'étais séparé
39:59en mode
40:00je rentre
40:00vivre à Montpellier
40:01on va pas vivre
40:02à une relation indistante
40:03je vais vivre avec mon petit frère
40:04on va rattraper un peu
40:06le temps perdu
40:06on va faire aussi la fête
40:07donc j'arrive
40:08et lui il est en couple
40:09et le petit frère
40:10il a quelqu'un
40:11j'ai quand même accepté
40:12de partir dix jours
40:13entre potes
40:14en Croatie
40:15vacances de voyage
40:17alors que j'étais en couple
40:18et tout
40:18contraint et forcé
40:19oh là là
40:19non non pas contraint et forcé
40:20c'est devenu une tradition
40:22je crois
40:22dans votre famille
40:23les frères Karabatic
40:24le départ entre potes
40:26j'ai lutté
40:28alors puisqu'on était
40:29dans cette atmosphère
40:30de frontignan
40:31qu'on se souvenait
40:32des ballons
40:32qui arrivaient quasiment
40:33au milieu de la table
40:34ou du visage des invités
40:35en tout cas
40:35c'est ce qu'on voit
40:35dans la BD
40:36les frères Karabatic
40:37chez Casterman
40:38on fait notre séquence
40:40Madeleine de Proust
40:41vous voyez
40:42c'est la réminiscence
40:43comme ça
40:43des goûts
40:44et des odeurs
40:45ou aussi dans Ratatouille
40:46quand le méchant critique
40:46prend une cuillère de Ratatouille
40:48et qu'il est télescopé
40:49dans la bonne Ratatouille
40:50de son enfance
40:51c'est parti
40:57alors Nicolas Karabatic
40:58je pense pas que
40:59maman avait besoin
41:00de crier à table
41:01juste on sentait
41:03l'odeur des grillades
41:05on y était déjà
41:06nous fallait pas
41:07fallait pas crier
41:07pour qu'on vienne manger
41:08Lucas Karabatic
41:09on vous a jamais hurlé
41:10de chou pour vous mettre à table
41:11vous y étiez déjà
41:12ouais non
41:13en général
41:13on était quand même
41:14assez rapidement
41:15en place
41:16qu'est-ce qu'on mange alors
41:17chez les Karabatic
41:18et qu'est-ce qui vous ramène
41:19comme ça
41:20le goût de votre enfance
41:21votre adolescence
41:23il y a beaucoup de choses
41:24il y a des spécialités
41:26plutôt serbes
41:28c'était plutôt
41:29notre maman
41:30qui cuisinait
41:31papa lui
41:32c'était les grillades
41:33très bon
41:33mettre grilladins
41:35je sais pas comment on dit
41:36lui d'ailleurs
41:37c'était toujours
41:38parce que quand on avait
41:39des amis à la maison
41:40il y en avait souvent
41:40parce que c'était souvent
41:41à la maison
41:42un moment de partage
41:43ils aimaient inviter
41:45des amis à la maison
41:46mon père était au grillade
41:48c'est vrai qu'il était très bon
41:49mais du coup
41:49c'est lui qui prenait
41:50toutes les louanges
41:51et ma mère arrivait
41:52elle disait
41:53moi j'y fais tout le reste
41:54et il n'y a personne
41:55qui a parlé pour le reste
41:57c'était toujours un peu
41:59mais ouais
42:00sur les spécialités
42:01il récoltait les félicitations
42:03pour ses grillades
42:05il avait une spécialité
42:07il appelait ça
42:07le poulet à la croate
42:08où il désaussait le poulet
42:10et après il le faisait
42:11sur les grillades
42:12et c'est vrai que
42:16les personnes
42:16qui venaient à la maison
42:17ne reconnaissaient pas
42:18que c'était du poulet
42:18parce que c'était super tendre
42:19il n'y avait pas les os
42:20et il ne comprenait pas
42:21et à chaque fois
42:22il posait la question
42:22qu'est-ce que tu penses
42:23quelle viande tu penses que c'est
42:24et il ne savait pas répondre
42:26et parfois il disait de l'agneau
42:27il sortait du veau
42:30mais il ne trouait pas
42:31que c'était du poulet
42:31donc c'était un peu sa légende
42:33c'était le blind test de la grillade
42:34de Branko Karabatic
42:36après maman
42:36on faisait des super plats serbes
42:40des boulettes de viande
42:41qui s'appellent
42:42pièce cavitse
42:43ou ceva ptici
42:43avec des oignons
42:44donc ces odeurs-là
42:46de viande hachée
42:47d'ailleurs moi
42:48pendant petit
42:48pendant très longtemps
42:49j'ai mangé que de la viande hachée
42:50je ne pouvais pas manger
42:51d'autres viandes
42:52que celle-là
42:53et donc moi
42:55c'est ma laine de Proust
42:56après il y avait une sorte
42:57de cassoulet
42:58qui s'appelle pas soulu
42:59aussi que ma mère faisait
43:00tout le temps
43:00c'est quoi le cassoulet pas soulu ?
43:02pas soulu
43:03c'est une sorte de cassoulet
43:04un peu plus liquide
43:06on va dire
43:06un peu plus ouais
43:08après il y avait aussi
43:09un truc par rapport à
43:10papa même
43:10c'est qu'il y avait
43:11on cuisinait toujours
43:12avec une certaine huile d'olive
43:13qu'on ramenait de Proust
43:14tous les étés
43:14donc à chaque fois
43:15qu'on partait en voiture
43:16quand on rentrait
43:17c'était des grands
43:17des géricanes d'huile d'olive
43:19qui est remplie
43:21d'huile d'olive
43:22du grand-père
43:23des fois c'était
43:24des bouteilles de coca
43:25transparente
43:26avec de la
43:27de la raquia dedans
43:28ce qu'on appelle la raquia
43:29c'est l'alcool
43:29des Balkans
43:30très fort
43:31donc
43:32et qu'on a tous au moins
43:33goûté une fois
43:35en pensant que c'était de l'eau
43:36en recrachant
43:37ça sont tous les enfants
43:38qui viennent
43:39des enfants avec des parents
43:40des Balkans
43:41tu l'as connu celui-là
43:42tu l'as connu celui-là
43:43le verre d'eau
43:44qui est en fait
43:45très très très fort
43:46et puis il faisait
43:47ouais
43:48papa il avait même
43:49beaucoup fait aussi
43:50les grillades de poisson
43:51les moules
43:52gratinées
43:53donc il y avait
43:53on avait aussi
43:54des spécialités
43:55à base de poivrons
43:56des pays des Balkans
43:58ouais
43:59il y a beaucoup de
44:01beaucoup de choses comme ça
44:02qui nous replonge
44:02en enfance
44:03et puis il y a cette table
44:04moi je revois aussi
44:04cette table dans le jardin
44:05la table en plastique
44:06avec les chaises
44:07d'extérieur
44:08puis il y avait aussi
44:09des produits très transformés
44:10les pitchs
44:11et les pains au chocolat
44:12et les croissants
44:13industriels
44:14ça on avait aussi ça
44:15ouais les pains au chocolat
44:16et croissants pas trop
44:17ils allaient les acheter
44:17en vacances
44:18en vacances
44:19quand on croit
44:20mais
44:20non
44:20ah oui
44:22ça vous télescope pas
44:23forcément directement
44:24dans l'enfance
44:25un pain au chocolat
44:25c'est plutôt
44:26ces odeurs de grillade
44:27c'est plutôt
44:27ces atmosphères
44:28pain au chocolat
44:29c'est le petit déj
44:31on le trempait
44:32dans le bol de lait
44:33le lait qu'on ne buvait pas
44:34mais il servait à tremper
44:36il servait qu'à ça
44:36voilà
44:37merci d'avoir convoqué
44:39ces souvenirs gustatifs
44:40les frères Karabacic
44:41merci d'avoir été
44:43les premiers invités
44:44d'Esprit de Famille
44:46c'est absolument
44:48merveilleux
44:48d'avoir eu accès
44:49à votre album de famille
44:50il en reste encore beaucoup
44:51moi j'ai une question
44:52pour vous Nicolas Karabacic
44:54et pour vous aussi
44:54Luca Karabacic
44:55est-ce que
44:56Luca vous dites souvent
44:57que c'était pour votre père
44:59que vous faisiez tout ça
45:00à un moment
45:00pour que
45:00c'est vrai que vous ne l'avez pas vu
45:01entre 0 et 4 ans
45:03parce que vous étiez encore
45:03en ex-Yougoslavie
45:05alors que vous
45:06vous aurez donné tout l'amour du monde
45:08quoi que vous auriez fait
45:09et comment vous êtes
45:10avec ce sentiment aujourd'hui ?
45:12et ben ouais
45:13c'est un peu le
45:15travail d'introspection
45:16aussi que j'ai fait sur moi
45:17d'essayer de comprendre
45:18pourquoi
45:19pourquoi je m'étais fixé
45:20cette mission
45:22de vouloir être
45:22le meilleur au monde
45:25qui était quelque chose
45:25d'un fil rouge pour moi
45:26très profond
45:27et c'était pas
45:28c'était pas
45:29dire ça pour fanfaronner
45:30c'était pas
45:31c'était pas quelque chose
45:31de superficiel
45:32c'était vraiment
45:33une nécessité pour moi
45:35depuis tout petit
45:35et donc en travaillant
45:37sur moi
45:37à la fin de ma carrière
45:38en approchant de la retraite
45:40ben j'ai
45:41et pour passer aussi
45:43à autre chose
45:43pour comprendre
45:44cette première version
45:45de moi était finie
45:47de
45:47de la voir
45:49de la reconnaître
45:50de
45:50de remercier ça
45:51d'être
45:52aussi quelque part
45:53de le garder vivant
45:55ce côté
45:55et de garder aussi vivant
45:57l'esprit de papa
45:58que j'avais en moi
45:59d'avoir fait
46:00tout ce que j'ai fait
46:01avec une forte motivation
46:02par rapport à la famille
46:03par rapport à mon frère
46:04ma maman
46:05et surtout mon papa
46:05et après
46:07petit à petit
46:08de le laisser partir
46:09de maintenant
46:09de faire autre chose
46:10de faire avec
46:10une autre énergie
46:11et donc j'ai dû faire
46:12j'ai fait ce travail
46:13là sur moi
46:14et aujourd'hui
46:14vous diriez
46:16Luca Karabatic
46:16que tous les deux
46:17vous faites ça
46:17pour les enfants
46:19vous leur transmettez quoi
46:20de la méthode
46:22Bronco Karabatic
46:23et Lala Karabatic
46:25c'est difficile à dire
46:26mais je pense que
46:28je pense que
46:29chaque enfant
46:30est différent
46:30et je pense que moi
46:33mes enfants
46:33sont différents
46:34de ce Nico
46:35sont différents
46:36de nous
46:36quand on était petit
46:37et je pense que
46:38au final moi
46:39j'essaie déjà
46:40avant tout
46:41ce que moi
46:42ce que j'aimerais
46:43c'est qu'ils trouvent
46:43leur voie
46:44peu importe
46:44ce qu'ils feront
46:46c'est vraiment
46:46de trouver un truc
46:47qui les anime
46:48qui les passionne
46:49et pour moi
46:50à partir de là
46:51et bien peut-être
46:52qu'à ce moment là
46:53je me mettrais plus
46:53en mode
46:53comme mon père était
46:55pour essayer
46:56de les driver
46:57mais pour l'instant
46:59elles touchent
47:00à plein de choses
47:00elles n'ont pas encore
47:01mis le focus
47:02sur quelque chose
47:02donc pour moi
47:03c'est vraiment
47:03pour l'instant
47:04cette période là
47:05vous avez un dicton
47:06chacun
47:06Nicolas Karabatic
47:07ou Kaka Karabatic
47:09vous avez repris
47:10ceux du papa
47:10les dictons
47:11il y en avait un autre
47:12que mon père disait
47:13que des fois
47:14j'aime bien dire
47:14à mes filles
47:15ça se soigne
47:16avec les dents
47:17ça veut dire
47:18que tu serres les dents
47:20et ça va passer
47:20donc souvent
47:21je leur dis ça
47:22ça se soigne
47:22avec les dents
47:23je pense qu'on va finir
47:24là dessus
47:25merci beaucoup
47:26Nicolas et Luca Karabatic
47:28alors il y a
47:28notre histoire d'amour
47:29avec le handball
47:30qui est paru
47:30chez Flammarion
47:31qui est absolument génial
47:32et on voit
47:33tout un tas de photos
47:34aussi de votre parcours
47:35il y a l'autobiographie
47:37de Nicolas Karabatic
47:38ma plus belle victoire
47:39c'est publié chez Flammarion
47:40également
47:41moi je vous conseille
47:41de vivre dans la tête
47:42des Karabatic
47:43vous voyez
47:43on avance beaucoup mieux
47:44dans la vie
47:45et puis il y a cette BD
47:45chez Casterman
47:47les frères Karabatic
47:47en deux volumes
47:48c'est avec
47:49les dessins de Christopher
47:51et les récits
47:52de Nedjib
47:54bravo à tous les deux
47:55merci beaucoup
47:57de vous être mis
47:57à la table
47:58des frères de famille
47:59merci Mathilde
48:09Esprit de famille
48:10a été mijoté
48:12par Marion Philippe
48:13à la programmation
48:14Laura Dumais
48:15à la préparation
48:17et à la réalisation
48:18Amazir
48:19Amdain
48:20guest à la technique
48:21aujourd'hui
48:22Gaspard
48:23Guy Bourget
48:24et Renan Maé
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