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  • il y a 17 minutes
Face à la cyberattaque massive visant l'administration fiscale, le Premier ministre a présidé lundi une cellule de crise avec les ministères concernés. Les usagers touchés, près de 700 000, commencent à en être informés. Pourquoi la France subit-elle autant de vols de données ? Comment mieux nous protéger ? Clément Domingo, alias SaxX, est "hackeur éthique" et traque ces failles de sécurité. Il est l'invité de RTL Matin.
Regardez L'invité de RTL Matin avec Stéphane Boudsocq du 18 août 2026.

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Transcription
00:00Stéphane Boutsoc, RTL Matin.
00:03Et on s'intéresse aux suites de cette cyberattaque sans précédent dont a été victime l'administration fiscale.
00:08Près de 700 000 contribuables concernés par le vol de données informatiques.
00:13Si vous êtes dans ce cas, vous allez recevoir un mail des services fiscaux.
00:16Ils ont d'ailleurs commencé à être envoyés hier soir.
00:19Une opération d'envergure qui pose la question de la sécurité des systèmes d'information de l'État.
00:25Le Premier ministre tenait d'ailleurs une réunion de crise hier.
00:28Il a appelé à un audit approfondi sur ce vol.
00:33Invité de RTL ce matin, un spécialiste de ces questions de cybercriminalité.
00:38Bonjour Clément Domingo.
00:39Bonjour Stéphane Boutsoc.
00:40Bienvenue sous le pseudonyme de Saxe.
00:43Vous êtes ce qu'on appelle un hacker éthique.
00:45Alors on va commencer par là.
00:47Ça veut dire quoi ?
00:48Vous savez comment pirater des données numériques mais vous ne le faites pas, c'est ça ?
00:52Mais j'ai piraté des données numériques mais ça dans un cadre légal,
00:56mandaté par des sociétés, par des gouvernements.
00:59Dans différents cadres, dans du bug bounty, dans des tests de sécurité.
01:02Et donc ça c'est légal.
01:03Aujourd'hui c'est un travail qui se vulgarise de plus en plus.
01:06On a beaucoup d'ailleurs d'ingénieurs en cybersécurité, aussi appelés hackers, aussi appelés pentesters.
01:12Mais vous savez on est obligé de rajouter le éthique pour ne pas que l'on fasse l'amalgame.
01:16Hélas amalgame qu'on fait depuis les années 80, hélas porté aussi par les médias.
01:21Où on devrait un peu appeler les gens qui piratent des données, soit des pirates, soit des cybercriminels.
01:27Mais aujourd'hui encore, ce terme-là persiste et colle à la peau en voulant désigner des cybercriminels.
01:32On va plutôt les appeler des hackers.
01:33Alors on en vient à ce vol de données, c'est 678 000 comptes de contribuables qui ont été piratés.
01:42Vous avez révélé avoir été en contact avec le ou les cybercriminels.
01:47Que pouvez-vous nous dire sur son profil et où il se trouve ?
01:50Il est en France, il est à l'étranger, ou ils sont en France à l'étranger ?
01:53Ils sont deux, ils seraient deux dans ce collectif Zero Bikes.
01:57L'un dirait être actuellement au chômage, qu'il avait postulé il y a quelques temps de ça dans une
02:02entreprise d'informatique.
02:04Principale motivation pour faire ça, c'est l'argent.
02:06Et d'ailleurs, dimanche soir, il affirmait avoir vendu la base de données.
02:12Donc c'est 700 000 contribuables français touchés par cette fuite d'informations à deux personnes.
02:17Donc c'est-à-dire qu'actuellement, il y a des tierces parties qui ont la main sur ce fichier
02:21et donc qui mettent en danger énormément de personnes.
02:24Et surtout, la chose aussi assez folle que j'apprends, c'est que le piratage de la DGFIP n'était
02:29pas du tout prémédité.
02:31C'est totalement le fruit du hasard.
02:32Il est tombé dessus comme ça ?
02:34Totalement.
02:35Ça se vend cher, ce genre de données ?
02:36Écoutez, là, ça peut se vendre très cher.
02:39En tout cas, il n'a pas voulu donner le prix exact, mais il est parvenu quand même à vendre
02:43à ces deux personnes à quelques milliers d'euros.
02:45On ne sait pas, est-ce que c'est 10 000, 15 000, 20 000, mais des milliers d'euros.
02:48Concrètement, pour celles et ceux qui nous écoutent et qui sont peut-être concernés par ce vol,
02:53que risquent les contribuables dont les comptes ont été piratis ?
02:56Écoute, vous avez totalement raison Stéphane Boutsock.
02:58Et surtout, lorsque je vois hier l'email que s'apprête à envoyer la Direction Générale des Finances Publiques,
03:03ça a commencé hier soir, je pense que ce mail est encore totalement incomplet
03:08dans la mesure où, certes, il parle un peu aujourd'hui de ce côté-là sur les arnaques.
03:12En effet, demain, vous allez pouvoir être contacté par une personne qui va se faire passer pour l'administration fiscale,
03:17vous donner toutes ces informations et donc vous inciter à cliquer sur des liens pour soit un trop perçu,
03:23et donc là, c'est la bonne nouvelle, ou alors vous inciter à cliquer pour ne pas avoir une majoration.
03:28Mais je pense que l'élément principal qui manque, c'est de se dire que potentiellement,
03:33ces personnes sont aussi en danger dans leur habitation,
03:36parce que vous savez, dans les données qui ont été piratées, on a le fameux RFR,
03:40le revenu fiscal de référence, qui témoigne un peu de la richesse des personnes,
03:44et pour certaines, elle est assez élevée.
03:46Et donc, l'État met une cible dans le dos de ces personnes.
03:48Et ce qui est fou, c'est que je vous rappelle quand même deux faits,
03:51que vous avez d'ailleurs discuté ici sur votre antenne,
03:54suite au piratage de la Fédération Française de Tirs,
03:57il y a eu des gens qui ont été cambriolés chez eux,
04:00parce qu'ils détenaient les armes de catégorie C.
04:01et pareil aussi, vous savez, suite aux différents cryptoraptes,
04:05donc les fuites de données sur des personnes qui détenaient des cryptomonnaies,
04:08il y a eu des gens qui ont été séquestrés, cambriolés.
04:10Donc, c'est ce qui risque aussi d'arriver.
04:12Et donc, que l'État ne puisse pas aussi mettre ce risque majeur,
04:17je pense que c'est une autre faute supplémentaire.
04:18Donc, Clément Obingo, ça veut dire qu'il va falloir non seulement surveiller ces mails
04:22et les éventuels mails frauduleux qui vont arriver.
04:24On rappelle que l'administration fiscale ne met jamais de lien sur lesquels il faut cliquer.
04:29Et là encore, un petit raté, ils mettent un lien cliquable dedans.
04:33Ah non, non, non.
04:35Et il va falloir aussi surveiller les démarchages à domicile.
04:37Surtout, surtout, surtout.
04:39Alors, il y a de plus en plus de cyberattaques.
04:42Il y a eu Intermarché, la Fédération de Handball, la Fédération de Tirs, vous le disiez.
04:46Mais le fisc, on vient de l'apprendre aussi.
04:50Et puis, l'éducation nationale aurait été et a été hackée hier.
04:53Vous nous le confirmez ce matin ?
04:54Ça, ça ne...
04:55Je pense que là, on a vraiment un feuilleton.
04:57Et donc, ça, ça se passe hier soir.
04:58Ou encore, je discute avec le cybercriminel qui m'envoie quelques échantillons.
05:02Sauf que là, quand même, il vient de revendiquer 346 millions de données.
05:07Donc là, qui s'étendraient...
05:08346 millions ?
05:09346 millions qui s'étendraient sur une période de 20 ans.
05:12Donc, remontant jusqu'à 2002, 2003, 2004.
05:16Et là, je pense que l'administration, l'éducation nationale devra, ce matin ou dans les prochaines heures aussi, un
05:21peu réagir.
05:22Et ce que je trouve, moi, le plus fascinant dans cette histoire, c'est que là, on a en face
05:26un cybercriminel
05:27qui joue littéralement avec l'administration, en tout cas avec l'institution publique,
05:32en disant une chose, en attendant que l'institution réagisse, avant de republier d'autres choses.
05:36Et surtout, ça vient un peu poser cette question aujourd'hui fondamentale de la sécurité de notre système informatique de
05:44manière générale en France,
05:46à un moment donné où on parle énormément des ingérences étrangères,
05:49où on parle aussi un peu de sujets comme l'interdiction des réseaux sociaux au moins de concentre,
05:52qui a quand même été retoqué par le Conseil constitutionnel.
05:55Mais qu'en sera-t-il à l'approche des élections ?
05:56Alors, vous nous confirmez donc le piratage de l'éducation nationale hier.
06:02Quand vous dites que vous avez échangé avec le hacker, le pirate, c'est le même que celui du fisc
06:06ou pas ?
06:07C'est exactement le même.
06:08Ah, c'est le même ?
06:08C'est exactement le même. Ce qui rend encore, je pense, la chose forcément dans ma bouche,
06:12qui va être ironique, cynique, encore plus folle, de se dire que c'est exactement le même cybercriminel
06:16qui piratait d'ailleurs il y a quelques temps de ça.
06:17Vous avez dit aussi la Fédération Française de Handball.
06:21Et donc, c'est vraiment le même qui continue de feuilletonner et donc d'attaquer nos institutions.
06:25Donc, qu'en est-il vraiment de notre posture cyber aujourd'hui ?
06:28Alors, ce qui est fou, c'est que vous, vous êtes en contact avec lui.
06:32Ce n'est pas le cas de la police, des enquêteurs ?
06:34Ça, c'est différent.
06:35Peut-être pour un peu expliquer à tous vos auditeurs, c'est que lorsque vous avez une revendication,
06:40d'ailleurs la manière dont ça s'est passé, vous avez une annonce,
06:43comme une annonce que vous pourrez retrouver sur le bon coin,
06:45mais sauf que là, on est plutôt sur le bon coin de la cybercriminalité,
06:48en disant, aujourd'hui, j'ai peut-être les données de Stéphane Boutso que je vends à tel.
06:52Si vous êtes intéressé, contactez-moi à telle adresse ou à tel lien,
06:56et donc, du coup, sur des messageries sécurisées ou non, ou alors sur Telegram.
07:00Et là, actuellement, je discute avec lui sur Telegram.
07:03Bon, on peut aussi douter que nos forces de l'ordre sont forcément à sa recherche
07:06et peut-être une des personnes, un des cybercriminels les plus recherchés à l'heure actuelle où on parle.
07:11Dernière chose, et c'est important, quelle doit être, quelle peut être la réponse de l'État en général,
07:17parce qu'on voit que les frontières numériques, informatiques sont totalement poreuses.
07:22C'est quoi, vous qui êtes expert ? Quel serait le gros chantier, là, à mener ?
07:26Quand je vois, hier, suite au déplacement dans le Porsche du Premier ministre,
07:29qui tient ensuite sa cellule de crise interministérielle pour parler de ça,
07:33et que les annonces que Matignon nous annoncent, c'est demander un audit à l'ANSI,
07:37l'ANSI qui le fait déjà, et surtout informer les différentes personnes susceptibles d'avoir été piratées,
07:44ce n'est pas du tout une réponse à la hauteur aujourd'hui du problème.
07:48Je vous signale quand même qu'il y a quelques temps de ça, l'ANTS, l'Agence Nationale des Titres
07:52Sécurisés,
07:5311,7 millions, a aussi été piratée.
07:56Suite à ça, Sébastien Lecornu, le même, disait déjà à l'époque de devoir débloquer une enveloppe de 200 millions
08:01pour venir un peu sécuriser notre administration.
08:04Apparemment, cet argent n'est toujours pas arrivé, et donc hier, c'était une fois de plus que de la
08:08communication.
08:09Il faudrait peut-être tant de siffler la fin de la partie et de se repositionner,
08:13parce que la France a été toujours un pays de cybersécurité,
08:16et aujourd'hui, on est quand même le premier pays à subir le plus de fuites d'informations en Europe,
08:21le deuxième dans le monde, et ça, je pense que ça ne nous correspond absolument pas.
08:25Merci beaucoup Clément Domingo.
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