00:00RTL Matin, Stéphane Gutzok.
00:03Il est 8h17, c'est la fin annoncée de cet énième épisode de canicule avec une baisse des températures et
00:09le retour annoncé de la pluie.
00:10Les nouvelles sont donc meilleures et pourtant ça ne va pas forcément s'arranger tout de suite, loin de là,
00:16sur le front de la sécheresse.
00:17La quasi-totalité des départements de métropole sont soumis à des arrêtés de restrictions d'eau.
00:23On ne peut plus y arroser son jardin ou laver sa voiture.
00:25Et c'est encore pire par endroits parce que c'est l'eau potable qui menace de manquer.
00:31Pour en parler avec nous ce matin sur RTL, deux invités.
00:35Tout d'abord, Charlène Descolonges, bonjour à vous.
00:38Bonjour.
00:38Vous êtes ingénieure hydrologue, spécialiste de la gestion des ressources en eau.
00:43En direct aussi, Philippe Landrin, bonjour.
00:47Bonjour.
00:48Vous êtes le maire de la commune de Figeac, sous préfecture du Lot.
00:51Je vais commencer par vous parce que chez vous la situation devient critique.
00:55Vous avez appelé les habitants à ne plus utiliser l'eau que pour un usage essentiel.
01:01Ça veut dire quoi, concrètement ?
01:03Ça veut dire qu'effectivement, notre situation est une situation de crise absolue.
01:07C'est-à-dire que pour l'instant, nous nous arrivons encore à pomper dans la rivière.
01:11C'est notre seule source d'approvisionnement, la rivière Le Cellé.
01:15Et que celui-ci est bien évidemment tout proche d'une situation de crise absolue
01:22et qui ne nous permettrait plus de pomper.
01:23Donc, on commence effectivement depuis plus d'un mois et demi maintenant.
01:27On a demandé aux gens de réduire un certain nombre de consommations.
01:31On était parmi les premiers à prendre malheureusement ce type de décision.
01:35Alors, il y a une illustration très concrète.
01:37C'est que dans les jours qui viennent, je crois, vous allez vous approvisionner à l'extérieur de la commune.
01:41C'est-à-dire que ce sont des camions-citernes qui vont amener de l'eau,
01:45ou qui amènent d'ailleurs peut-être de l'eau, vous allez nous le dire à Fijac.
01:47Ça coûte cher et j'imagine que ça ne couvre pas les besoins de vos 10 000 habitants.
01:52Alors, clairement, on n'est pas encore dans la phase de citernage.
01:56On a eu un orage qui a permis de limiter, en tout cas de permettre de continuer à pomper pour
02:02l'instant.
02:03Mais effectivement, si on était obligé de passer par du citernage,
02:06on serait obligé de réduire très très fortement les consommations.
02:08parce que le citernage, c'est 30 mètres cubes dans un camion
02:12et il nous en faut à peu près 2 000 à 2 500 par jour.
02:15Donc, vous comprenez bien que techniquement, on est en incapacité de fournir 2 500 d'eau de citernage.
02:20On a nos voisins de Decazeville, d'autres communes aux alentours qui nous aident,
02:26qui sont prêts à nous aider.
02:28Mais de toute façon, on sera limité par la partie technique de pompage dans les camions pour alimenter les réseaux.
02:34Charlène Descollanges, vous aussi, vous êtes en direct avec nous ce matin, ingénieur hydrologue.
02:38On en parle depuis ce matin 6 heures avec Marina Giraudeau.
02:42La pluie va revenir dans les jours qui viennent.
02:45Combien de temps va-t-il falloir attendre pour que le niveau des nappes phréatiques, par exemple,
02:50ou des cours d'eau redeviennent acceptables ?
02:53Alors, évidemment, c'est très dépendant des conditions géologiques, hydrologiques.
03:01Avec le type de sol en fonction du type de nappe, on n'aura pas les mêmes remplissages.
03:07Et de toute manière, on peut imaginer que la crise sécheresse va s'étaler jusqu'à la fin du mois
03:14minimum.
03:15Et on sait que les étiages, donc les périodes de base d'eau, elles, se terminent en septembre.
03:21Donc, même si on a quelques orages, ça pourra imbiber un peu la végétation, les sols,
03:26mais pas de quoi recharger de manière notable les aquifères.
03:32Avec, en plus, j'imagine, le risque que ces orages se déversent sur des sols qui sont rendus extrêmement durs
03:38par la sécheresse,
03:38avec, donc, de potentiels autres dégâts, finalement.
03:42Oui, on peut avoir des risques de ruissellement, érosion des sols.
03:48Alors, à ce stade, même si les orages peuvent être violents, il n'y a pas de risque d'inondations,
03:54à part dans les villes, qui sont des zones très imperméabilisées,
03:58où on peut avoir des inondations par pluie d'orage,
04:01des débordements aussi, des réseaux d'assainissement qui peuvent polluer les rivières.
04:07Donc, on peut avoir d'autres problématiques dès lors qu'on a des orages, effectivement.
04:12De toute façon, on sait qu'avec le changement climatique,
04:15ces épisodes vont se répéter, s'intensifier, autant sur les sécheresses que les fortes pluies.
04:21Donc, on a besoin de voir au-delà, si je puis dire, de la crise,
04:26apprendre de ce qui nous a manqué, finalement.
04:29Pourquoi est-ce qu'on en est arrivé là ?
04:31Et comment est-ce qu'on peut s'adapter dans les années à venir ?
04:34Parce que ces événements vont, de toute façon, se reproduire.
04:39Justement, Philippe Landrin, vous êtes, je le rappelle, le maire de Fijac,
04:43dans le Lot où la situation est vraiment critique, vous nous le disiez il y a quelques instants.
04:46Vous avez été élu en mars dernier.
04:48Est-ce que cette sécheresse historique, et puis celle qui s'annonce sans doute,
04:53est-ce que tout ça, ça bouscule votre programme, vos engagements auprès de vos administrés ?
04:58Clairement, est-ce que ça devient la priorité, ou en tous les cas, une priorité ?
05:02Alors, j'étais, moi, élu minoritaire dans la mandature précédente,
05:06donc le sujet de l'eau était déjà un sujet qui avait fait l'objet de beaucoup de discussions et
05:10de débats,
05:11mais finalement, on était tous assez d'accord pour dire que cette problématique était forte.
05:16Là, on a eu une très forte accélération de la problématique,
05:20et on mesure complètement l'intérêt de l'interconnexion,
05:24parce que nous, en fait, on n'a pas d'interconnexion.
05:26Notre seule ressource d'eau pour 80% de la population est la rivière.
05:30Donc déjà, sécuriser l'eau, l'arrivée d'eau, par une interconnection au lot,
05:37mais aussi, bah oui, effectivement, il va falloir prévenir aussi,
05:41et on va commencer à le faire, que tout ça va coûter très cher.
05:44On parle d'un budget entre 6 et 10 millions d'euros pour aller s'interconnecter au lot,
05:50qui sécuriserait d'une certaine façon notre approvisionnement.
05:52Donc effectivement, il va falloir qu'on prévienne la population,
05:56mais tout ça ne se fera pas l'année prochaine, il y a 4 à 5 ans au moins de
06:00délai,
06:00et il va falloir effectivement qu'on apprenne à vivre avec un niveau d'eau l'été qui sera très
06:06faible,
06:07et sans doute aussi un travail à faire avec nos amis agriculteurs,
06:10avec nos amis industriels, pour travailler sur des process
06:14qui font que nous consommons aussi moins d'eau collectivement.
06:18C'est un message qui est facile à faire passer à vos administrés,
06:21c'est-à-dire leur annoncer, au-delà de la situation terrible, là en ce moment chez vous,
06:25qu'il va falloir continuer à faire des efforts ?
06:28Non, c'est compliqué, puis c'est assez difficile,
06:30parce qu'en réalité, tant que l'eau coule au robinet,
06:34les gens ont du mal à comprendre qu'il faut faire des économies,
06:39et finalement, il n'y aurait que ce que certains appellent des coupures pédagogiques,
06:45pour faire comprendre, mais on ne peut pas le faire, c'est trop compliqué, trop dangereux,
06:49pour le matériel et aussi pour les systèmes,
06:52donc on ne s'aventurera pas à ce genre de choses,
06:54donc on continue à faire de la pédagogie,
06:57cette pédagogie est nécessaire,
06:58de toute façon, je vous parlais d'interconnexion avec le lot,
07:01le lot, s'il n'y avait pas de lâcher de barrage,
07:03il serait dans la même situation que le scellé aujourd'hui,
07:05et donc s'il n'y a plus d'eau, il n'y aura plus d'eau.
07:08Charlène Descolonges, vous qui êtes ingénieur hydrologue spécialisé dans la gestion de l'eau,
07:13vous nous le disiez, il va falloir changer de comportement,
07:15faire de la prévention, réfléchir à l'avenir,
07:18mais ça ce sont des engagements, il faut le faire évidemment,
07:21mais très concrètement, là, si vous aviez une mesure
07:25qui puisse être appliquée partout en France,
07:27puisque la quasi-totalité du pays est concernée,
07:29ce serait laquelle ? C'est quoi la priorité des priorités ?
07:33Vous savez, dans le plan eau de 2023,
07:37le plan qui a été annoncé après la sécheresse de 2022,
07:40qui a été battu cette année,
07:43et bien dans le plan eau, il n'y avait aucune mesure,
07:46strictement aucune mesure, sur les usages agricoles.
07:49Or, les usages agricoles concentrent 80% des besoins en eau en été.
07:54Donc, si on avait quelque chose à faire en priorité,
07:58ce serait de s'intéresser à comment accompagner l'agriculture,
08:04les modèles agricoles, de sorte à consommer moins d'eau en été.
08:08Et donc, on parle du stockage,
08:10mais il va falloir prendre conscience qu'on ne va pas pouvoir stocker partout,
08:14et il va falloir donc repenser la gestion de l'eau dans notre modèle agricole.
08:19On a parlé aussi, M. le maire a parlé des usages industriels,
08:22qui sont aussi des forts consommateurs en eau dans certaines périodes.
08:26Donc, tout le monde est concerné.
08:29Il ne peut pas y avoir de régime de dérogation sur un certain type d'usage,
08:33d'autant plus sur celui qui consomme le plus d'eau.
08:36Donc, les modèles agricoles, ils sont assez simples.
08:39Si on avait une mesure à faire, ce serait de développer l'agroécologie partout.
08:42Plus on a des sols riches en matières organiques,
08:46plus ils sont capables de stocker de l'eau.
08:48On a aussi plein d'autres mesures à mettre en place,
08:51restaurer les zones humides,
08:52tout ce qui permet à l'eau d'être ralentie, d'être stockée naturellement.
08:55Mais ça, ça demande un courage politique.
08:57Et vaste chantier, en effet.
08:59Charlène Descolonges, ingénieure.
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