00:00Sébastien Rouxel, RTL Matin.
00:03Elle est candidate à la présidentielle, députée des Deux-Sèvres au sein du groupe écologiste et social et ancienne ministre
00:08de la transition écologique.
00:09Delphine Bateau est l'invité de RTL Matin. Bonjour à vous.
00:12Bonjour.
00:13On va revenir dans un instant sur cette nouvelle canicule qui s'installe, mais je voudrais d'abord m'arrêter
00:17sur cette lettre envoyée par le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, à son collègue de l'intérieur.
00:22Une lettre qu'on a découverte ce week-end et qui recense les graves défaillances dans la prise en charge
00:27des affaires de violences sur mineurs.
00:28Des plaintes égarées, parfois oubliées, un manque cruel d'enquêteurs. Comment est-ce que vous avez réagi en découvrant cette
00:34lettre ?
00:35Rien ne me surprend dans ce courrier. J'avais demandé l'examen des 70 000 plaintes en souffrance pour des
00:42violences sexuelles sur mineurs.
00:44C'est ce qui a été fait par le gouvernement.
00:47Et ça prouve que dans ce qui s'est passé pour le crime visant l'IANA,
00:54ce n'était pas qu'une affaire de dysfonctionnement ou de responsabilité individuelle.
00:59Il y a un dysfonctionnement aujourd'hui systémique de l'ensemble de la chaîne pénale, de la police, de la
01:04gendarmerie, de la justice,
01:06sur la prise en charge des violences sexuelles, sur la lutte contre les violences sexuelles.
01:10Et ce qui est important maintenant, une fois que le constat est fait,
01:13qui n'est pas une découverte parce que la misère des services de police en termes d'investigation,
01:18la façon dont les policiers sont accaparés par des tâches administratives et bureaucratiques complètement stupides,
01:24alors qu'ils aimeraient justement pouvoir faire un travail d'enquête et d'investigation,
01:28ce ne sont pas des choses qu'on découvre aujourd'hui.
01:30On ne découvre pas non plus le caractère totalement obsolète des logiciels de la police nationale.
01:36Donc ce qui est important maintenant, c'est que le nécessaire soit fait pour y remédier.
01:40C'est son propre bilan de ministre de l'Intérieur que tortue le garde des sous Gérald Darmanin.
01:44Ça c'est ce que dit, je ne me permets pas de le dire moi,
01:46c'est ce que dit l'Association nationale de la police judiciaire.
01:48Mais ils ont raison.
01:49Gérald Darmanin doit démissionner ?
01:51Écoutez, moi je ne suis pas là pour demander des démissions.
01:53Ce que je veux, c'est qu'on agisse.
01:55Et le sens de mon propos, c'est ce que j'avais dit quand j'avais demandé l'examen des
01:5970 000 plaintes,
02:00c'est que maintenant, le nécessaire soit fait.
02:03Delphine Bateau, c'est un été décidément hors normes qu'on est en train de traverser.
02:07On en est déjà à la cinquième canicule de l'année.
02:09On risque de dépasser à nouveau les 40 degrés cette semaine.
02:11Pourtant, il n'y a plus grand monde, visiblement, pour s'en émouvoir.
02:14Est-ce que cette banalisation, elle vous inquiète ?
02:18Nous sommes dans une situation d'état d'urgence écologique et agricole.
02:24Très grave.
02:27On est dans une situation d'effondrement de l'agriculture,
02:31avec des conséquences pour toutes les agricultrices et tous les agriculteurs,
02:34avec des conséquences pour toutes les Françaises et tous les Français,
02:36notamment en termes d'inflation sur les denrées alimentaires.
02:39On a des très graves inquiétudes pour l'eau potable.
02:43Et je vous avoue que dans cette situation,
02:46je ne comprends pas que le Premier ministre et les ministres soient en vacances.
02:51Alors, le gouvernement a quand même annoncé un plan pour les agriculteurs.
02:54Non, non. Le gouvernement a annoncé le 5 août que fin août,
02:57il y aurait un plan avec des mesures assez classiques
03:01pour les agricultrices et les agriculteurs,
03:03qui n'est pas du tout à la hauteur de ce qu'on vit dans les territoires ruraux,
03:07où les agricultrices et les agriculteurs sont dans la solitude,
03:11face à une situation catastrophique,
03:13où il n'y a plus de fourrage, par exemple,
03:15pour les élevages de chèvres dans le département des Deux-Sèvres.
03:20En tout cas, on a une crainte de pénurie imminente, en fait.
03:24Donc, on est dans une situation qui était extrêmement grave.
03:27Et donc, on n'est pas dans un été normal.
03:29Je sais ce que sont les sacrifices personnels
03:33que demande la vie politique.
03:36Mais quand on est en situation de responsabilité,
03:39dans la gravité de la situation qu'affronte le pays,
03:42on rentre au travail, on ne prend pas de vacances.
03:47Alors, Sébastien Lecornu a quand même fait des annonces.
03:50Il a demandé fin juillet à sa ministre de la Transition écologique
03:54de lui faire des propositions de mesures concrètes
03:57d'ici à début octobre pour accélérer la mise en œuvre du pays.
04:00Alors, c'est là qu'on ne se comprend pas.
04:01On ne peut pas attendre début octobre.
04:03En fait, chaque jour qui passe compte.
04:06Il y a des décisions immédiates à prendre.
04:09Il y a, par exemple, une bataille à mener à l'échelle européenne,
04:12puisque vous savez que la sécheresse touche l'ensemble,
04:15en particulier de l'ouest de l'Europe.
04:17Il n'y a plus d'eau dans le Danube, etc.
04:19Donc, il faut agir maintenant.
04:23On n'est pas du tout dans un calendrier.
04:25Parce que je vois très bien ce qui est en train de se passer.
04:27C'est le calendrier politique normal.
04:29C'est la semaine du 15 août.
04:30On ne règlera pas les problèmes de sécheresse du jour au lendemain, comme ça.
04:33Eh bien, excusez-moi, on peut prendre des décisions de sécurité nationale,
04:37là tout de suite, notamment en ce qui concerne l'eau potable.
04:39Les décisions ont été extrêmement tardives à enclencher ce qu'on appelle les mesures de restriction,
04:45les mesures de gestion de crise.
04:47Et mon inquiétude, si vous voulez, c'est qu'en permanence, on se rassure à bon compte
04:52sur « c'est la dernière vague de chaleur,
04:55finalement il va finir par pleuvoir et les niveaux d'eau vont revenir à la normale ».
04:59Pour l'instant, ce n'est pas ce qui se passe.
05:01Et donc, on doit prendre en compte des scénarios dégradés sur l'ensemble du mois d'août,
05:06éventuellement sur le mois de septembre,
05:08si on veut être sérieux pour protéger la sécurité du pays.
05:11Et encore une fois, sur l'agriculture, ça ne peut pas attendre la fin du mois d'août.
05:15Ce qui est assez paradoxal dans cette séquence,
05:17où les réchauffements climatiques n'ont peut-être jamais été aussi visibles pour la plupart des Français,
05:23c'est que les écologistes sont pris pour cibles par une partie de la classe politique,
05:26notamment à droite et à l'extrême droite.
05:27Le député RN Julien Audoul, par exemple, a accusé les militants écologistes
05:31d'être en partie responsables des feux de forêt en s'opposant au débroussaillage.
05:34Qu'est-ce que vous lui répondez ?
05:35Bon, d'abord, il n'y a pas de leçon à recevoir de la part de l'extrême droite
05:40qui est ouvertement climato-obscurantiste depuis des années.
05:44Il disait que les scientifiques exagéraient.
05:47Ça, c'est la première chose.
05:48La deuxième, c'est que sur le fond,
05:50aucune force politique en France n'a pris la mesure,
05:54n'a pris au sérieux l'étendue de ce que disaient les connaissances scientifiques
05:59sur le changement climatique.
06:01Et que Europe Écologie-Les Verts, qui a été durement sanctionnée
06:04sur le plan électoral lors des dernières élections,
06:08n'a pas démontré sa capacité, justement, à agir pour cette prise de conscience
06:13et a même donné le sentiment d'abandonner l'écologie
06:16en passant beaucoup de temps à parler d'autres choses
06:18et notamment de plein de questions politiciennes.
06:21Je me présente parce qu'il faut construire en France
06:26une écologie de gouvernement
06:28et que le pays doit choisir,
06:31lors de la prochaine élection présidentielle,
06:33un nouveau chemin.
06:34Celui que je propose est de construire une république terrestre,
06:37de renouer avec l'histoire de notre pays,
06:40de sa grandeur,
06:41et de devenir le premier pays au monde
06:43à organiser de façon sérieuse
06:46une qualité de vie
06:47par l'adaptation au changement climatique
06:50afin d'assurer notre sécurité,
06:51notre sécurité alimentaire,
06:53mais aussi de préserver la beauté de la France.
06:55On a quand même le sentiment
06:56que cette parole écologiste,
06:58elle porte de moins en moins bien
07:00alors que les événements climatiques
07:02sont là, en train de se produire sous nos yeux.
07:04Est-ce que l'une des raisons,
07:05ce n'est pas parce que le discours,
07:07parfois, qui va avec cette parole,
07:08est effrayant ?
07:09Par exemple, vous êtes l'une des rares candidates
07:11à parler ouvertement de décroissance.
07:13Comment est-ce que vous voulez convaincre
07:15celui ou celle qui nous écoute ce matin
07:17et qui a déjà du mal à joindre les deux bouts ?
07:19La question, c'est qu'est-ce qui est le plus important
07:21dans la vie ?
07:22Et ce qui est le plus important dans la vie,
07:23c'est de rester vivant,
07:25c'est d'avoir à manger,
07:26d'avoir à boire,
07:27de vivre dans un territoire habitable
07:29dans lequel la température est supportable.
07:31Et donc, mon propos,
07:33c'est de dire que plutôt que de courir
07:35derrière des indicateurs totalement obsolètes
07:37comme celui du PIB,
07:39on doit aujourd'hui donner la priorité
07:43à cette sécurité collective.
07:45Oui, mais celui qui a déjà du mal
07:47à payer ses factures à la fin du mois,
07:48ce n'est pas un indicateur national,
07:49c'est très concret.
07:50Excusez-moi, qu'on appelle ça la robustesse,
07:53ça implique par exemple
07:54de diminuer notre consommation d'énergie,
07:56ça implique par exemple
07:57d'être moins dépendant
07:58de chaînes d'approvisionnement
07:59du bout du monde.
08:00Donc, ça consiste à organiser
08:02la solidité de notre nation
08:04dans un contexte de changement climatique.
08:07Bon, il y a un sujet en tout cas
08:08sur lequel vous avez été entendu,
08:09c'est celui du démarchage téléphonique.
08:11La loi que vous avez initiée
08:14entre en vigueur demain,
08:15à partir de demain,
08:17les entreprises n'auront plus le droit
08:18de nous appeler
08:18si on n'a pas donné
08:19notre consentement au préalable.
08:21Ça veut dire que les appels
08:22intempestifs pour nous vendre
08:23du double vitrage,
08:24c'est terminé,
08:25c'est l'histoire ancienne ?
08:26En tout cas,
08:27c'est maintenant la loi de la République
08:28que c'est illégal.
08:30Ça a été un combat parlementaire
08:32acharné de plus de 7 ans
08:34pour parvenir à cette interdiction
08:36du démarchage téléphonique commercial
08:38non consenti.
08:38Et donc, ça veut dire
08:40que si vous continuez
08:41à recevoir ce harcèlement
08:43qui est un symptôme
08:44de la société de surconsommation
08:46qui nous considère
08:47comme des clients 24 heures sur 24,
08:49c'est une arnaque
08:50et vous pouvez le signaler
08:52à Signal Conso
08:53sur le site de la DGCCRF
08:55et je souhaite que le gouvernement
08:56consacre tous les moyens nécessaires
08:57au respect de cette loi
08:59qui est une petite bonne nouvelle
09:00parce que c'est vraiment exaspérant
09:02et insupportable
09:03ce démarchage téléphonique.
09:04Pour autant,
09:05ça n'arrêtera pas
09:06les entreprises
09:06qui appellent depuis l'étranger.
09:09Ce sera illégal
09:10et donc le nécessaire
09:12doit être fait
09:12aussi avec les opérateurs téléphoniques
09:15pour que ces appels
09:16qui constituent des arnaques
09:17soient bloqués
09:18sur un plan technique.
09:19D'ailleurs, mon consentement,
09:20comment je le donne ?
09:21C'est une case
09:22que je coche
09:22par inadvertance sur Internet ?
09:24Non, justement,
09:24de façon libre et éclairée,
09:26la loi est extrêmement claire
09:27de ce point de vue.
09:29Donc, non, non,
09:30il n'y a pas
09:30d'entourloupe
09:32avec le truc, vous savez,
09:33écrit en tout petit
09:35qu'on coche
09:36sans même s'en rendre compte.
09:37Merci beaucoup,
09:38Delphine Pateau,
09:38d'avoir été.
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