- il y a 4 jours
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00:00...
00:10Hier dans l'affaire sensible, nous vous proposions de réécouter l'histoire de Christian Ranucci,
00:15l'un des faits divers les plus marquants de la pré-guerre en France.
00:18Une histoire qui commence à Marseille par le meurtre de la petite Maria Dolores,
00:23rembla 8 ans, enlevé au pied de son immeuble sous les yeux de son petit frère Jean-Baptiste Cizan.
00:29Dans ce premier épisode, l'accent a été mis sur l'arrestation de Christian Ranucci,
00:33l'un des derniers condamnés à mort de notre pays.
00:36C'est en 1976 que, honteusement caché derrière les murs de la prison des Beaumettes,
00:42au petit matin, quand le bon peuple dort encore,
00:45que la guillotine a encore sévi, soit 5 ans avant l'arrivée au pouvoir de François Mitterrand
00:50et l'abolition de la peine de mort.
00:51Tant mieux pour la France, trop tard pour Ranucci.
00:55Alors, point final de l'histoire ? Non, loin de là.
00:57Car derrière cette affaire était tapie dans la douleur la famille Rambla.
01:02Le père de la petite victime, Pierre Rambla.
01:06Un homme fou de douleur qui n'hésitera pas à embarquer son fils Jean-Baptiste dans son funeste combat.
01:12Comment grandir en effet lorsqu'on a le sentiment de ne pas avoir su protéger sa sœur ?
01:16Comment expier et jusqu'où ?
01:19Notre invité aujourd'hui, Aurélie Joly, l'avocate de Jean-Baptiste Rambla,
01:22co-autrice avec son confrère Frédéric David,
01:25du livre intitulé « La malédiction du pullover rouge »
01:28qui vient de paraître aux éditions Max Billot.
01:30Affaires sensibles, une émission de France Inter,
01:32en partenariat avec Lina,
01:33récit documentaire Sophie Baubert,
01:35coordination Christophe Barère,
01:37et réalisation Flora Bernard.
01:49L'exécution de Ranucci par la guillotine,
01:52avec un débat sur la peine de mort que beaucoup se découragent d'aborder,
01:57a, je peux vous le dire, ranimé les passions, très vivement.
02:01Qui pourrait ne pas pleurer une victime innocente ?
02:05Qui pourrait, je parle de la petite fille bien sûr,
02:08qui pourrait ne pas être frappée dans son esprit
02:11par des crimes aussi atroces que celui pour lequel Ranucci a été exécuté ?
02:16N'empêche que la peine de mort reste l'un des problèmes de société
02:19les plus importants pour un pays développé comme la France.
02:2828 juillet 1976, 4h13.
02:32En dépit de la demande de grâce déposée auprès du président Giscard d'Estaing
02:36par Maître Lombard,
02:38Christian Ranucci est guillotiné à la prison des Beaumettes.
02:41Dans le pays, l'émotion est immense.
02:44D'autant que, deux ans plus tard,
02:47l'un des meilleurs journalistes enquêteurs de France, Gilles Perrault,
02:50publie un livre intitulé Le Pulau Vert Rouge,
02:53dans lequel il développe la thèse,
02:54selon laquelle l'enquête a été bâclée,
02:57et qu'on a tué Ranucci alors que le doute subsistait.
03:01Le retentissement de cette contre-enquête est énorme.
03:03Il y est question de pression politique sur la police et la justice du pouvoir giscardien,
03:07et dont se porte-flingue le ministre de l'Intérieur, Michel Pojatovski.
03:12L'onde de choc, évidemment, n'épargne pas la famille de victimes,
03:15la famille Rambla,
03:17qui, pour se protéger et grâce au soutien de la municipalité,
03:20quitte la cité Sainte-Agnès
03:22et déménage au quatrième étage de la cité Menton,
03:25toujours à Marseille.
03:27La mère, Dolorès, se réfugie dans le travail et la propreté,
03:30de façon obsessionnelle.
03:32Le père, Pierre, s'investit à fond
03:34dans le combat pour le maintien de la culpabilité de Ranucci,
03:38tout aussi obsessionnel.
03:40Pour cet homme, ravagé par la souffrance
03:43et qui ne parvient pas à faire le deuil de sa fille,
03:46le livre de Perrault, qui propulse Ranucci en martyr,
03:49le rend fou.
03:50Oh, il l'entend bien, cette petite musique qui monte.
03:53Ranucci, exécuté à tort, serait une victime,
03:56LA victime de toute cette affaire.
03:58Et les Rambla, eux,
04:00seraient ses bourreaux, en quelque sorte.
04:03Insupportable renversement des valeurs
04:05pour cet homme d'origine espagnole
04:06qui a lutté toute sa vie pour être reconnu
04:08comme un homme respectable.
04:17Pour comprendre son combat,
04:18il faut replonger dans son enfance
04:20et se souvenir qu'il a lui aussi, à l'âge de 7 ans,
04:23soit à l'âge de Marie Dolorès et Jean-Baptiste lors du drame,
04:26été marqué par une mort, celle de son père.
04:30dévastation familiale qui doit alors d'être placé en apprentissage auprès d'un maître boulanger
04:34en qui il place toute son affection d'enfant en deuil.
04:39Jusqu'à son retour du service militaire, où il découvre qu'il a été remplacé.
04:44Alors, il se sent nié, humilié.
04:47Cet épisode qui provoque son départ pour Marseille le blesse profondément.
04:57Ainsi, lorsque des années plus tard, le destin lui prend sa fille,
05:00puis érige Ranucci en victime,
05:02Pierre Rambla bascule dans la folie.
05:05Intarissable.
05:06Il écrira même, avec l'aide d'Henri Michel du journal Minute,
05:09un livre intitulé « Le Cirque Rouge »
05:12dans lequel il qualifiera la campagne réhabilitation de Ranucci
05:15d'agression permanente, de persécution.
05:18Je reprends ces mots.
05:20Et puis, en 1979,
05:23nouveau coup de boutoir,
05:25qu'en sort le film de Michel Drac,
05:27« Le Pulau Vert Rouge »,
05:28qui s'inspire largement du livre de Gilles Perrault
05:31jusqu'à en reprendre le titre.
05:33Pour Pierre Rambla, c'en est trop.
05:36Alors, il s'invite sur les plateaux TV,
05:38comme ici sur Antenne de Midi.
05:39Je ne comprends pas, attendez,
05:41je ne comprends pas pourquoi,
05:43et maintenant,
05:44ce n'est pas l'abolition de la peine de mort.
05:48Ça, je ne suis pas rien.
05:49Ça, ce n'est pas mon affaire à moi.
05:50D'accord.
05:51L'unique affaire à moi,
05:52que j'ai une famille,
05:53j'ai trois enfants, ma femme et moi,
05:55nous sommes cinq,
05:55que j'ai une enfant qui est traumatisée à 100%
05:58depuis le Pulau Vert Rouge,
05:59et que moi, je ne permettrai pas
06:02que Drac et Pierrot
06:03se remplissent la poche
06:04du crime de ma petite Maria Dolores.
06:09Alors, il tente de faire interdire le film.
06:11Il se rend à la mairie de Marseille
06:13et menace Gaston Defer
06:14de mettre une bombe dans chaque cinéma
06:16qui programmera le Pulau Vert Rouge.
06:18Mais Defer ne sait pas.
06:20En revanche,
06:21les maires de Marianne,
06:23Carilorouet,
06:24Aix et Toulon, eux,
06:25prennent peur.
06:26Et le livre de Perrault
06:27devient une passion nationale,
06:28un best-seller,
06:29suivi par l'apparition d'autres livres.
06:32Les pours, les contres,
06:33tous s'y mettent,
06:34relayés par des dizaines d'articles de presse,
06:37d'émissions de télé,
06:37de manifestations à l'appel,
06:39un climat hystérisant
06:41entretenu par trois demandes
06:42de révision du procès,
06:44toutes rejetées.
06:49Mais qui se soucie
06:51de la prolifération de ces images
06:52et ce qu'elles peuvent provoquer
06:53dans l'esprit de Jean-Baptiste ?
06:55Le petit frère de Maria Dolores,
06:57seul témoin de l'enlèvement de sa soeur.
07:00Ah, si seulement
07:00il avait pu reconnaître Ranucci,
07:03cet enfer médiatique
07:04n'aurait pas eu lieu.
07:06C'est ainsi que Jean-Baptiste,
07:07six ans,
07:08à l'époque des faits,
07:09se voit contraint
07:09de grandir
07:10dans une ambiance tendue,
07:12délétère
07:12et doit accepter
07:13la colère quotidienne
07:14de son père,
07:15sa spirale de haine
07:16et son désir infini de vengeance,
07:18autant de passions tristes,
07:19tellement douloureuses.
07:21Dès lors,
07:22rien ne l'essuera épargné,
07:24comme en témoigne
07:25le journaliste Roger Ardois.
07:27Je me souviens que Gilles Perrault
07:29était à la foire du livre de Marseille.
07:31Ramblas est arrivé,
07:32il a foutu tous ses livres par terre
07:34et a ravagé son stand.
07:36Un autre jour,
07:37il nous a convoqués
07:38devant le palais de justice
07:39pour un autodafé.
07:40Il a fait une pile de livres,
07:42l'a arrosé d'essence
07:43et y a mis le feu.
07:44Et devant le bûcher,
07:46il a aligné sa femme
07:48et ses trois enfants.
07:58Bientôt,
07:59entre le père et le fils,
08:00c'est une histoire
08:01d'emprise
08:01et d'embrigadement.
08:03Combien de fois
08:04Pierre lui en a-t-il parlé
08:05de cette affaire ?
08:06Et combien de fois
08:07l'a-t-il emmené
08:08avec lui
08:08à des meetings
08:09pro peine de mort
08:10organisés par le Fonds National ?
08:12Alors,
08:13Jean-Baptiste,
08:14coupable de ne pas avoir
08:15reconnu Ranucci,
08:16expie
08:17et devient le bras remé
08:18de son père
08:19pour se faire pardonner.
08:21D'autant que,
08:22au quotidien,
08:23la famille
08:23n'est plus jamais tranquille.
08:25Désormais,
08:25à cause d'eux
08:26et de Jean-Baptiste,
08:27aux yeux d'une partie
08:28de l'opinion publique,
08:29un innocent est mort.
08:31Une vague d'indignation
08:32submerge la France
08:34abolitionniste
08:34et les remblas
08:35doivent changer
08:36la 5 reprise
08:36de numéro de téléphone
08:37pour échapper
08:38au coup de fil
08:39qui les traite d'assassins,
08:40sans compter
08:41les lettres anonymes.
08:42Le petit garçon
08:43en perd le sommeil,
08:45assaillé de maux de ventre,
08:46de crise d'asthme.
08:47On lui donne
08:48des tranquillisants
08:48et on passe au silence
08:49le fait qu'il ne parvienne
08:51plus à monter en voiture
08:51sans paniquer,
08:52par exemple.
08:53Cet enfant
08:54est si taciturne,
08:55si compliqué,
08:56comment témoigne
08:57le commissaire divisionnaire
08:58Jean-Louis Vincent
08:59dans l'émission
09:00Une histoire particulière
09:01sur France Culture.
09:02On voit mal comment
09:04cet enfant
09:04qui a grandi
09:06avec le souvenir
09:07de sa sœur,
09:09entretenu
09:09en plus de manière
09:10probablement excessive
09:11par son père
09:12qui lui
09:13ne cessait d'en parler.
09:15Il y a une photo
09:16qui est connue
09:16où on les voit
09:17dans leur salle à manger
09:18contre le mur.
09:19Vous avez un grand portrait
09:20de Maria Dolores,
09:22la petite,
09:23et vous avez
09:24son couvert
09:26qui est mis à table
09:26qui évidemment
09:28ne sert à rien,
09:29mais qui est là
09:30et toute la famille
09:31autour.
09:32Bon, je veux dire,
09:32le père a fait en sorte
09:34que cette affaire
09:34ne disparaisse jamais
09:35de leur environnement
09:36familial.
09:37Cet enfant,
09:38il a donc été
09:39enlevé là-dedans.
09:40On dit qu'il a culpabilisé
09:41aussi un peu
09:42parce qu'il n'a rien empêché.
09:43Mais que pouvait-il
09:45empêcher à son âge ?
09:46Il ne pouvait rien faire.
09:48Et donc,
09:48effectivement,
09:49tout ça a certainement
09:49contribué à son déséquilibre.
09:51C'est un enfant
09:52qui a mal grandi,
09:54mais je pense,
09:55je ne vois pas comment
09:56ça pourrait être autrement,
09:57je pense que l'affaire Ranucci
09:59y est pour beaucoup.
10:04Puis,
10:05peu à peu,
10:05c'est le couple
10:06remble,
10:06le couple parental
10:07qui se fissure.
10:09Dolorès ne supporte
10:10plus la folie
10:10de son mari.
10:11Alors,
10:11elle s'isole
10:12avec ses jumeaux
10:12et laisse Jean-Baptiste
10:13avec son père.
10:15Un soir,
10:16une dispute éclate,
10:18plus forte que les précédentes.
10:20Jean-Baptiste voit son père
10:21sortir un couteau
10:22et menacer sa mère.
10:23Il s'interpose.
10:25De toute façon,
10:26rien ne tourne plus rond
10:27autour de lui.
10:28Pas même les copains
10:29qui le stigmatisent,
10:31l'appelant
10:31le frère de la petite fille.
10:33Même l'école
10:34n'est d'aucun secours,
10:35au contraire même.
10:38Arrivé en classe
10:38de quatrième,
10:39voilà qu'il ouvre
10:40son livre de français
10:41pour un exercice.
10:43Et que découvre-t-il,
10:45page 87,
10:46un extrait
10:47du pullover rouge.
10:49Un passage
10:50qui raconte
10:51la montée
10:51à l'échafaud,
10:52illustré d'une photo
10:53de Ranucci,
10:53bien sûr,
10:54les mains menottées.
10:56Ça en est trop.
10:57Jean-Baptiste refuse
10:58de se soumettre
10:58à l'exercice
10:59et jette le livre à terre.
11:01L'institution scolaire
11:02ne trouve pas mieux
11:03que de le renvoyer
11:04dix jours
11:04dans le cadre
11:05d'un conseil de discipline.
11:08Comment, dès lors,
11:09se construire ?
11:10Jean-Baptiste
11:11vient d'atteindre
11:11l'adolescence,
11:12une période déjà compliquée,
11:13même pour ceux
11:14qui vont bien,
11:14alors pour lui.
11:16D'ailleurs,
11:17il multiplie les fugues,
11:18les larces
11:19et commence à fumer du hache,
11:20histoire notamment
11:21de retrouver le sommeil.
11:27À la fin du collège,
11:28n'étant doué
11:29qu'en mathématiques,
11:30Jean-Baptiste
11:30suit un cursus
11:31de comptabilité,
11:32puis part pour l'armée de l'air
11:34dans l'unité stratégique
11:35du plateau d'Albion.
11:36Et il s'y plaît.
11:37Bien.
11:38Mais c'est-il seulement
11:40que durant son absence,
11:41son père a investi sa chambre,
11:43son lit
11:43et diffuse son mal-être
11:44à son fils
11:45jusque dans son sommeil.
11:47Puis,
11:48Jean-Baptiste revient à Marseille.
11:50Travaille, oui,
11:51mais de façon tellement erratique.
11:53En 91,
11:54lors d'un match au vélo-rôme,
11:56il rencontre Patricia,
11:57qui devient sa compagne,
11:58en dépit de l'immaturité affective
12:00et des absences répétées
12:01du jeune homme.
12:03Trois ans plus tard,
12:04ils ont même un fils, Thomas.
12:06Mais ce rôle de père,
12:07Jean-Baptiste ne parvient pas
12:08à l'assumer.
12:10Patricia s'inquiète.
12:11Que faire face à un homme
12:13qui chaque soir
12:13regarde la photo
12:14d'un tombe de sa petite sœur ?
12:16Commence alors
12:17une vraie période de dérive.
12:19Jean-Baptiste perd son emploi,
12:21trombe Patricia
12:22et à l'âge de 33 ans,
12:24retourne vivre chez ses parents.
12:32Or, Pierre Ramblin
12:33ne supporte pas
12:34d'avoir son fils oisif.
12:36Il le présente alors
12:37à Christian et Corinne,
12:38les époubelles
12:39de qui gèrent une société
12:40de logistique pour des tournages.
12:42La société se nomme
12:43Crisco,
12:44Cris pour Christian
12:44et Co pour Corinne.
12:46Et le couple a besoin de bras,
12:47payé aux blagues, bien sûr.
12:49Jean-Baptiste accepte.
12:51C'est ainsi qu'on le retrouve
12:52sur des tournages
12:53comme la série télé-avocat
12:54et associé,
12:55ou encore sur ce film
12:56de Thomas Vincent
12:57au nom prémonitoire
12:58Je suis un assassin.
13:00Tour à tour,
13:02il est chauffeur de camions,
13:03monteur de tente,
13:04préposé à la plonge
13:05et il s'y sent bien.
13:07Oui, c'est pour lui
13:07l'occasion de voir du pays,
13:09de respirer,
13:10de côtoyer des vedettes
13:11et d'avoir les moyens
13:12de s'acheter de la cocaïne
13:13en plus du hachiche,
13:14drogue dont les effets
13:15des élimiteurs
13:16le rendent heureux
13:17mais surtout addict.
13:19Comme en témoigne
13:20Julien de 13
13:20rencontré lors des tournages.
13:22Ce dont je me souviens,
13:24c'est qu'il avait un problème
13:25avec le hachiche
13:26qu'il fumait comme des cigarettes
13:28et puis il aimait trop le pognon.
13:30Il me parlait toujours
13:31de combine pour grappiller.
13:34Parallèlement,
13:34Jean-Baptiste développe
13:35une relation intime
13:36avec Corinne Bell
13:37de sa patronne.
13:38Cette femme,
13:39joyeuse,
13:40sûre d'elle,
13:41est un peu plus âgée
13:42que lui
13:42et,
13:43coïncidence troublante,
13:45elle a fréquenté
13:46la même école
13:46que Maria Dolores.
13:48Elle était même présente
13:49lors de ses obsèques,
13:50à l'instar
13:51des autres enfants
13:52du quartier d'ailleurs.
13:52il y avait tellement de monde.
14:01Pourtant,
14:02le mardi 13 juillet 2004,
14:04leur complicité bascule.
14:07Ces jours-là,
14:08Jean-Baptiste lui propose
14:09de passer boire un verre
14:10chez lui
14:10dans son nouvel appartement.
14:12Corinne accepte,
14:13puis tente
14:14de s'approcher de lui,
14:15mais lui préfère parler,
14:17enfin du moins revenir
14:17sur cette demande
14:18tellement de fois émise,
14:20être réellement embauché,
14:22ne plus travailler au noir,
14:23être reconnu
14:24par la qualité de son travail
14:25et obtenir un CDI.
14:27Mais non seulement
14:28Corinne refuse,
14:29mais lui rit au nez.
14:30Quoi ?
14:31L'embaucher ?
14:31Non,
14:32ça coûterait beaucoup
14:33trop cher.
14:35La déception est immense
14:36pour Jean-Baptiste.
14:37Il se sent floué
14:39et perçoit
14:40le même sentiment d'injustice
14:41que celui subi
14:42par son père en son temps.
14:43Alors,
14:44il saisit Corinne à la gorge,
14:46dans le sens propre
14:47du terme,
14:48et sert,
14:49de plus en plus fort,
14:50puis lui tape la tête
14:51contre le plancher
14:52jusqu'à ce qu'elle perde connaissance.
14:55Ensuite,
14:56il la baïonne
14:57avec du ruban adhésif,
14:59ligote ses pieds,
15:00ses mains,
15:01et lui enfile
15:01un sac en plastique
15:02sur la tête,
15:02sans même s'assurer
15:03de la savoir morte
15:04ou vivante.
15:06Puis,
15:07tentant d'effacer son geste,
15:09il la glisse dans la baignoire
15:10avant d'y mettre le feu.
15:12Mais la fumée envahit la pièce
15:14sans que le corps
15:15ne disparaisse.
15:17Jean-Baptiste
15:17décide alors
15:18de transvaser le corps
15:20dans un sac de voyage
15:21et envoie un SMS
15:22à Adrien,
15:23le fils de Corinne,
15:24pour l'informer
15:25d'une escapade
15:26de sa mère
15:27à Ibiza.
15:29Puis,
15:29un second texto,
15:30deux heures plus tard,
15:31précisant
15:32qu'elle est bien arrivée.
15:38Enfin,
15:38il rejoint le domicile
15:39de Patricia,
15:40son ancienne compagne,
15:41au 11 à impasse du cas.
15:42l'esté du sac
15:43contenant le corps
15:44de Corinne,
15:45il lui explique
15:46que c'est un ami
15:46qui lui a confié
15:48qu'il contient
15:49des produits dangereux
15:50qui n'en fouillera plus tard
15:51sous le plancher
15:52quand il aura le temps.
15:54Mais bientôt,
15:56Patricia se plaint
15:57de l'odeur
15:57qui s'en dégage.
15:59Et Jean-Baptiste
15:59la rassure.
16:00Oh, ce n'est rien,
16:01ce n'est rien,
16:01un chat mort.
16:04Étonnamment,
16:05il n'enterre pas
16:06le sac.
16:07Enfin,
16:08comment supportait-il
16:09l'idée de vivre
16:09si près de ce corps
16:10supplicié
16:11d'autant que son fils,
16:12Thomas,
16:13joue innocemment
16:13à quelques pas,
16:14là, à côté ?
16:16La famille de Corinne,
16:17la cherche, bien sûr.
16:19À Marseille,
16:19en Espagne,
16:20en vain.
16:22Disparaître un sinon,
16:24non,
16:24ce n'est pas son genre.
16:25Alors,
16:26Christian confie
16:27son désarroi à Jean-Baptiste
16:28qui le console.
16:36Puis vient ce jour,
16:37sept mois plus tard,
16:38où Patricia se rend
16:39dans le cabanon
16:40pour récupérer
16:40la trottinette de Thomas.
16:42Et là,
16:43l'odeur est terrible.
16:45Elle se décide
16:46d'ouvrir le sac
16:47et découvre
16:49les restes de Corinne.
16:51Affolée,
16:51elle appelle la police.
16:53La BAC cueille
16:54Jean-Baptiste
16:55dès son retour du travail
16:56et les journalistes
16:57accourent.
16:58L'horreur
16:59au fond d'une impasse.
17:01C'est ici
17:01qu'une femme a découvert
17:02ce que son ex-concubin
17:03lui cachait
17:04en prétextant
17:05avoir tué des chats.
17:06Dans un sac en plastique
17:07au fond du cabanon,
17:09le corps en état
17:09de décomposition
17:10de Corinne Bédel,
17:1142 ans,
17:12disparu depuis
17:13juillet dernier.
17:14L'odeur pestilentielle
17:16qui se dégageait
17:17du jardin
17:17n'a même pas
17:18alerté les voisins.
17:20Pourtant,
17:21les jardins
17:21sont l'un à côté
17:23de l'autre.
17:24C'était tout à fait
17:25au fond de la cave.
17:27On n'en a rien senti
17:28du tout.
17:29C'est traumatisant.
17:31Surtout que
17:33le petit a été gardé
17:34juste dans la maison
17:35d'un côté
17:35par
17:37un nounou
17:38et la patricienne.
17:43Jean-Baptiste est placé
17:44en garde à vue.
17:45Puis,
17:45au regard
17:46de la nature
17:46des faits,
17:47placé en détention
17:48provisoire.
17:5030 ans après
17:51la mort de sa sœur,
17:52le petit Jean
17:53est devenu
17:53un tueur.
17:55Comment le comprendre ?
17:56Ses explications
17:57sont si vagues.
17:58En revanche,
17:59il se montre prolixe
18:00quant à son parcours
18:01de vie.
18:02Sa sœur,
18:02Agile Perrault,
18:03sa famille en somme,
18:04le voilà qui s'érigent
18:05en victime.
18:06C'est ainsi que
18:07le 16 fériet 2005,
18:09François,
18:09titre,
18:10le spectre
18:11de l'affaire Ranucci
18:12a ressurgi.
18:14À la cour d'assises
18:15des Bougirones,
18:16la même que celle
18:17où fut jugée
18:18Christian Ranucci
18:1830 ans plus tôt,
18:20le neurologue
18:21Serge Bernstein
18:21explique qu'on peut
18:23voir dans ce meurtre
18:24le relâchement
18:25de la pression
18:26intériorisée.
18:28Devant lui,
18:29Pierre Ramblin,
18:30assis au premier rang
18:31du prétoire,
18:32ne le lâche pas
18:32du regard.
18:41Mais cette fois,
18:42la presse locale
18:43éprouve une certaine
18:43compassion pour les Ramblas,
18:45aux grands dames
18:46de la famille Corrine.
18:48On ne parle pas assez
18:49de ma sœur,
18:49déplorait Titebelde.
18:50Enfin,
18:51c'est elle qui a disparu.
18:52Ce qui s'est passé
18:53il y a 30 ans
18:53à cause de Ranucci
18:54n'a rien à voir.
18:55De toute façon,
18:56ajoute-t-elle,
18:57quelle que soit
18:58la peine de prison
18:58qui sera prononcée
18:59à l'encontre
19:00de M. Ramblas,
19:01ça ne sera jamais assez.
19:04Saisissant télescopage,
19:05vertigineux jeu de miroir,
19:07de mémoire judiciaire,
19:08on n'avait jamais vu ça.
19:10Alors,
19:11comme 30 ans par avant,
19:12le débat fait rage.
19:14Ici,
19:14l'avocat Jean-Michel Pesanty
19:16évoque le passé
19:16traumatique de Jean-Baptiste.
19:18Comment voulez-vous
19:19appréhender
19:20la personnalité
19:21et l'évolution
19:21de Jean-Baptiste Ramblas
19:22si vous faites l'économie
19:23du drame
19:23qu'il a vécu
19:24depuis l'âge
19:25de 6 ans et demi ?
19:26C'est pas possible.
19:28Dans son réquisitoire,
19:29l'avocat général
19:30Roland Mahir
19:31réclame 20 ans de prison.
19:32Jean-Baptiste
19:33s'en sort avec 18.
19:35Direction les Beaumettes,
19:36là où Christian Ranucci
19:37fut guillotiné.
19:40Étonnamment.
19:43Jean-Baptiste Ramblas
19:45se révèle détenu modèle.
19:46Il travaille
19:47à la régie bois
19:48où il donne satisfaction
19:49à son employeur,
19:51assume le remboursement
19:52de la partie civile
19:53par déversement
19:53de 50 euros par mois,
19:54puis passe le CAP
19:56de chauffagiste
19:57avec succès
19:57et déclare vouloir
19:58se spécialiser
19:59dans les énergies renouvelables.
20:01Bien.
20:02Mais,
20:03côté mental,
20:04où en est-il ?
20:06Qu'en disent les experts
20:07qui régulièrement l'entendent.
20:10En août 2013,
20:11ils notent.
20:12Le détenu
20:13n'apparaît que peu susceptible
20:14de présenter
20:15une dangerosité
20:16en milieu libre.
20:17Le risque de récidive
20:19apparaît peu probable.
20:23Dont acte.
20:24Le juge d'application
20:26des peines
20:26lui accorde
20:26sa demande
20:27de libération conditionnelle
20:28à compter du 23 février 2016.
20:31Un nouvel avenir
20:32s'offre à lui.
20:34Au même moment,
20:36coup de chance.
20:37Une société d'insertion
20:38spécialisée
20:39dans le recyclage
20:40de matériel informatique
20:41a implanté
20:42près de Toulouse
20:42l'embauche.
20:44La réadaptation sociale
20:45est enclenchée
20:46en étroite collaboration
20:47avec le SPIP,
20:48le service pénitentiaire
20:49d'insertion
20:50et de probation.
20:51Et puis,
20:52sa petite soeur
20:53Carinella
20:53qui l'encourage
20:54lui voit
20:55une confiance absolue.
20:57Enfin,
20:58cette libération
20:59lui permet
20:59de retrouver Thomas,
21:00son fils,
21:00désormais âgé
21:01de 8 ans,
21:02l'âge exact
21:03qu'avait Maria Dolores
21:04au moment de sa mort,
21:05rappelons-le.
21:09Tout va mieux alors ?
21:11La malédiction
21:12Ranucci
21:13peut enfin
21:13être enterrée ?
21:15Non.
21:16Car le poison
21:17de la colère
21:18agit toujours
21:18au plus profond
21:19de son âme.
21:20À l'instar
21:21de ses serments
21:22prêtés devant son père
21:23en 2013
21:23sur son lit de mort
21:24lorsqu'il lui promet
21:25de reprendre le combat.
21:27Un pacte
21:29qui scelle
21:29un funeste héritage
21:31comme peut l'être
21:31tout amour
21:32toxique.
21:34Certes,
21:35Jean-Baptiste
21:35est sorti de prison.
21:36Il a un emploi.
21:38Mais il n'a toujours
21:39pas la recette
21:39du bonheur.
21:41Alors,
21:42il traîne son mal-être
21:42au PMU,
21:43fréquente des sites
21:44de rencontres,
21:45jusque-là tout va bien,
21:46mais replonge
21:47dans les drogues,
21:48y compris les durs,
21:49comme la cocaïne.
21:57Le 21 juillet 2017,
21:58au réveil,
21:59il se sent mal,
22:00oppressé.
22:01Il croit
22:02se souvenir
22:02avoir été agressé
22:03la veille au soir,
22:05persécuté
22:05les mêmes.
22:06Mais par qui ?
22:08Un homme,
22:09oui,
22:09accompagné
22:10une femme,
22:10noire.
22:11Vérité ou délire ?
22:13Pourquoi ne pas
22:14avoir porté plainte ?
22:15Je n'avais qu'une égratignure,
22:17expliquera-t-il plus tard.
22:19Il l'empêche,
22:20Jean-Baptiste
22:20se sent mal.
22:22Alors,
22:22il se rend
22:23chez un ami,
22:23à l'autre bout
22:24de la ville,
22:24afin de trouver
22:25du réconfort.
22:27Mais il trouve
22:27porte-close.
22:29Son malaise grandit.
22:30Et au hasard
22:31de son errance,
22:32vers midi et demi,
22:33il s'installe
22:34dans un square,
22:35le jardin
22:35d'Ambart,
22:36et ça fait
22:37une ligne
22:37de cocaïne.
22:45Là,
22:46aux 35 places
22:47des Tiers-Sourettes,
22:48une jeune femme
22:49de 21 ans
22:50est rentrée
22:50de sa matinée
22:51de travail
22:51et discute
22:52au téléphone
22:52sur son balcon.
22:54L'entend-il parler
22:55de son job
22:56de femme de ménage
22:57comme l'était sa mère,
22:58Dolores,
22:58lorsqu'il était enfant ?
23:00À nouveau,
23:01il regarde
23:02la jeune femme.
23:03Elle a l'air heureux,
23:05mais il croit reconnaître
23:07en elle
23:07la femme
23:08qu'il a agressée
23:08la veille.
23:09Oui,
23:09il a même l'impression
23:10qu'elle le regarde,
23:11elle aussi,
23:12qu'elle l'épie,
23:14qu'elle le juge,
23:15peut-être.
23:16Alors,
23:16une énorme colère
23:17monte en lui
23:18et il décide
23:19de passer à l'acte.
23:24Dans sa poche,
23:25un taser
23:25et la coqueline
23:26achetée la veille.
23:28Il se lève,
23:30entre dans la résidence,
23:32monte au quatrième étage,
23:34frappe à une première porte
23:36en vain,
23:38puis à une deuxième.
23:40Cynthia Libimbo,
23:42la fille du balcon,
23:43lui ouvre.
23:44Et là,
23:44il se jette sur elle
23:45et lui assène des coups,
23:46violents,
23:47jusqu'à ce qu'elle perde connaissance.
23:50Mais soudain,
23:51elle se réveille,
23:51la mâchoire cassée
23:52et tente de s'échapper
23:53alors qu'il la rattrape
23:54et l'achève.
23:57L'autopsie relèvera
23:59huit plaies,
24:00dont certaines très profondes
24:01dans la région latéro-cervicale
24:02de 10,
24:0314 et 16 centimètres.
24:06Visiblement,
24:07Jean-Baptiste Ramblas
24:08s'est acharné sur elle
24:09avec son cutter
24:10au point de parvenir
24:11quasiment à la décapiter.
24:14Puis,
24:14il tente de maquiller son crime
24:16en cambriolage
24:17qui aurait mal tourné,
24:18jette son cutter
24:19par la fenêtre
24:20et va prendre une douche.
24:22Mais il laisse son ADN
24:24partout,
24:25sur une boucle d'oreille,
24:26sur la poignée de la porte,
24:27sur le pommeau de la douche.
24:30Ensuite,
24:31après avoir semé
24:32tous ses indices,
24:33il rentre chez lui
24:34et prend soin
24:34d'avancer de deux jours
24:35sa date de vacances
24:36dans le Var
24:37auprès de sa sœur Karine,
24:39histoire de prendre
24:40du bon temps.
24:41Il s'en doute
24:42avant le retour
24:43à la casse-prison.
24:49Le 27 juillet,
24:50en effet,
24:51inquiet de l'absence
24:52de sa fille,
24:52le père de Cynthia
24:53Libimbo appelle
24:54les pompiers
24:54qui enfoncent
24:55la porte de l'appartement
24:56et qui découvrent
24:57la jeune fille
24:58nue dans une mare
24:59de sang,
25:00un véritable carnage.
25:02Le relevé d'ADN
25:04match,
25:05c'est bien celui
25:06de Jean-Baptiste Rambla.
25:08Le 9 août,
25:09il est interpellé.
25:11Tout d'abord,
25:11il nie.
25:13Puis,
25:13à la quatrième déposition,
25:16il craque
25:16et déclare
25:17« Je me sens soulagé
25:19de vous avoir dit
25:20la vérité,
25:21mais je ne sais pas
25:22expliquer mon geste.
25:23Je sais que je suis coupable,
25:25mais au fond de moi,
25:26je ne me sens pas responsable. »
25:29Interrogé la veille du procès,
25:30la mère de la victime
25:31s'insurge
25:31contre le laxisme réel
25:33ou supposé de la justice.
25:35Tout cela,
25:35c'est la faute des juges.
25:37Ou madame les juges,
25:38ou mais c'est les juges.
25:39C'est et il a donné
25:40la liberté provisoire.
25:42C'est si et il n'a donné
25:43pas la liberté provisoire.
25:45Ma fille,
25:45elle ne sait pas mourir.
25:50Le 29 juillet 2019,
25:53le journal Libération
25:54s'interroge
25:54par un titre de circonstance.
25:56Le crime se lèque-t-il ?
25:59Car devant tous ceux
26:00qui l'interrogent
26:01sur ses actes,
26:02Jean-Baptiste
26:03n'exprime aucune compassion
26:04pour les jeunes femmes tuées.
26:06Non.
26:06Il préfère parler de sa sœur
26:08et du type en costume gris,
26:10de sa haine aussi.
26:12Je tue pour tous les gens
26:13contre qui j'ai de la haine,
26:14Ranucci,
26:15les avocats,
26:16Perrault.
26:18Au procès,
26:19les psychiatres évoquent
26:20une décharge explosive,
26:22alors que pour le docteur
26:24Zaguri,
26:24c'est la cocaïne
26:25qui lui a fait perdre le contrôle.
26:27La psychologue pénitentiaire,
26:29Sabine Cariou,
26:29revient à elle
26:30sur la symbolique
26:31qui le persécute
26:32depuis son enfance.
26:33Elle explique que le meurtre
26:35est à la fois
26:35catastrophe
26:36et réponse
26:37au problème
26:38d'être au soi.
26:40Bien.
26:41Mais lorsqu'elle demande
26:42à Jean-Baptiste
26:43pourquoi il ne s'est pas fait aider
26:44pour soulager son malaise,
26:46il répond
26:46« Ce n'est pas un psychologue
26:48qui va régler
26:49le problème de Ranucci. »
26:56Lui accordant tout de même
26:57le crédit du traumatisme
26:58subi enfant,
26:59l'avocat général David Senna
27:00s'exprime.
27:01« Vous vous êtes plein
27:03d'une persécution
27:04des médias, certes,
27:05mais 46 ans après les faits,
27:08qui sinon vous
27:08êtes le meilleur agent
27:10de cette médiatisation ?
27:11Le fait est que vous avez besoin
27:13de cette médiatisation
27:14que vous n'avez pas trouvée ailleurs.
27:16Vous vous plaignez
27:17d'intellectuels,
27:18d'avocats courageux
27:19qui ont fait évoluer la justice
27:21et fait abolir la peine de mort.
27:23Mais en cet instant,
27:24M. Rambla,
27:25vous devriez plutôt
27:26les remercier
27:27car vous êtes un meurtrier
27:28en puissance.
27:30Vous n'avez pas de limite. »
27:31Maître Simon Cohen,
27:32l'avocat des proches
27:33de la victime,
27:34va plus loin et dit
27:35« Cynthia Le Bimbo
27:36a été trucidée.
27:37Elle s'est vidée
27:38de son sang.
27:39Cette jeune femme
27:40a été tuée par le coup
27:41et par la lame
27:42d'un cutter oblique
27:43comme la lame
27:44d'une guillotine.
27:45Comme quoi les mots
27:46aussi sont guillotines.
27:47Jeudi 17 décembre 2020,
27:49cour d'assises de Toulouse,
27:51le verdict est prononcé
27:52« Perpétuité assortie
27:54d'une peine de sûreté
27:55de 22 ans. »
27:56Jean-Baptiste voulait faire appel.
27:57Finalement,
27:58il y a renoncé.
28:00Alors,
28:00quelle place
28:01s'accorder au passé
28:02de ceux que l'on juge ?
28:03Cette question
28:04hante chaque procédacité.
28:06Sans doute ici,
28:06faut-il reprendre
28:07les mots de Robert Valinter
28:08qui rappelait
28:09« Il faut toujours regarder
28:09l'enfance d'un criminel
28:11pour savoir qu'un jour,
28:12il a été un enfant innocent. »
28:14Alors,
28:14condamnez-le.
28:15« Soyez dur,
28:17soyez ferme,
28:18mais au moins,
28:19dans le secret de votre cœur,
28:22considérez-le non pas
28:23comme un monstre,
28:24mais comme un homme. »
28:25Car enfin,
28:26qui juge-t-on
28:27lorsqu'on est face
28:28à Jean-Baptiste de Ramblas ?
28:29Un mystificateur
28:30qui ne cherche
28:30qu'à se délester
28:31de ses responsabilités ?
28:33Ou un homme
28:33emmuré dans la douleur
28:34provoqué par le meurtre
28:36de sa sœur
28:36et le combat de son père
28:37depuis son enfance ?
28:38Autrement dit,
28:40bourreaux aux victimes,
28:41sans doute les deux.
28:42Un homme
28:43qui aura vécu
28:44sa vie liée
28:44comme enchaînait
28:46la justice
28:46au point de ne plus
28:47savoir vivre sans elle,
28:49être hanté par elle.
28:56Affaire sensible
28:59Fabrice Drouel
29:00Aujourd'hui,
29:01l'affaire Jean-Baptiste
29:02Ramblas
29:02dont nous allons parler
29:03avec notre invité
29:04Aurélie Jolie.
29:05Bonjour.
29:06Bonjour,
29:07Monsieur Drouel.
29:08L'avocate de Jean-Baptiste Ramblas,
29:09co-autrice
29:10avec votre confrère
29:11Frédéric David
29:12qui lui aussi
29:12a défendu Ramblas,
29:14donc co-autrice
29:15du livre
29:15intitulé
29:16La malédiction
29:17du peluver rouge.
29:18Alors on comprend
29:18vraiment le titre
29:19d'abord quand on lit le livre
29:20et quand on se penche
29:21sur le récit
29:22on comprend bien
29:22de quoi il s'agit.
29:23C'est une malédiction
29:24du peluver rouge
29:25et qui vient de paraître
29:26aux éditions
29:26Max Minelot.
29:28Il a bien renoncé
29:29à son appel,
29:29dites-moi,
29:31l'appel de sa condamnation.
29:32La semaine dernière,
29:32c'est ça ?
29:33Il a été désisté
29:34il y a à peu près
29:35quinze jours.
29:35Quinze jours.
29:36D'accord.
29:37Mais pourquoi ?
29:38Je crois que
29:40Jean-Baptiste
29:41a enfin
29:42pris
29:43la mesure
29:44et
29:45a pu
29:47d'une certaine façon
29:48cheminer
29:48sur son parcours
29:50et j'ai l'impression
29:51qu'il a pu
29:51à force de réflexion
29:53et je crois aussi
29:54que le documentaire
29:55sur Canal+,
29:57mais également
29:57le livre
29:58que l'on a pu écrire
29:59et qui lui a
30:00beaucoup plu,
30:01je crois que ça a pu
30:02lui permettre
30:03enfin d'expliquer
30:05que ce soit
30:06à travers lui
30:07ses paroles
30:07à la cour d'assises
30:08mais également
30:08à travers nous
30:09ses avocats
30:11de lui rendre
30:12finalement
30:12un petit peu
30:12justice
30:13dans la mesure
30:14où on lui redonne
30:15une certaine parole
30:16en expliquant
30:17à nouveau son histoire.
30:18Alors ce qui est absolument
30:20troublant,
30:21saisissant,
30:22ce qui interpelle
30:23c'est que les gens
30:23qui connaissaient bien
30:24l'affaire Ranouchi
30:24se souviennent donc
30:25de ce gamin
30:26de six ans
30:27qui n'a pas reconnu
30:28l'agresseur
30:29qui était pourtant
30:30je crois
30:30qu'il connaissait bien
30:31toutes les petites voitures
30:32et donc les modèles
30:32de voitures
30:33parce qu'il s'intéressait
30:33aux voitures
30:35donc sa vie
30:37son déterminisme
30:38est terrible
30:38quelle était votre
30:40première impression
30:41lorsque vous l'avez rencontré ?
30:43Alors la première impression
30:44quand on a rencontré
30:46Jean-Baptiste
30:46on s'est vraiment
30:48posé la question
30:49de savoir
30:49s'il se cachait
30:50ou non
30:51derrière son histoire
30:52parce qu'il en parlait
30:54tout le temps
30:55et à chaque sujet
30:56que l'on pouvait traiter
30:57avec lui
30:58il déviait finalement
30:59sur ce passé
31:00au point où véritablement
31:02on s'est interrogé
31:03et on s'est demandé
31:04si d'une certaine façon
31:06cette histoire
31:07son histoire
31:08ne lui permettait pas
31:10de justifier
31:11ses actes atroces
31:13Est-ce que ce n'est pas
31:14le contraire ?
31:16Si j'ose dire
31:17Alors finalement
31:18on a pu comprendre
31:19et notamment
31:19au travers
31:20des expertises
31:22que c'est véritablement
31:24un deuil pathologique
31:25donc on s'en doutait
31:26d'une certaine façon
31:27mais c'est vrai
31:29qu'on avait besoin
31:29de la confirmation
31:31que ce soit
31:32de l'expert psychologue
31:33ou du docteur
31:34Zaguri
31:35expert psychiatre
31:36Mais qu'est-ce qu'il vous renvoyait
31:37ne serait-ce que physiquement
31:39dans son regard
31:40dans son attitude ?
31:42Il renvoyait
31:43toute cette douleur ?
31:45J'imagine ?
31:46Oui bien sûr
31:46Il renvoie cette peine
31:48et c'est un homme
31:50qui dès lors
31:51qu'on a pu le rencontrer
31:53on l'a beaucoup
31:54interrogé
31:55sur son passé
31:56c'est un homme
31:57qui est affaibli
31:58qui peut se mettre
31:59d'un coup
32:00à étouffer
32:01de chagrin
32:03au souvenir
32:04de certains épisodes
32:05de sa vie
32:06donc que ce soit
32:07concernant
32:08Marie Dolorès
32:09évidemment
32:09mais également
32:10des épisodes
32:11de vie
32:12avec ses parents
32:13Alors on a tendance
32:14à
32:15peut-être
32:16vu de loin
32:17mais avec beaucoup
32:17de prudence
32:18à dire que son père
32:20fou de douleur
32:21d'avoir perdu
32:22sa fille
32:23a été pour beaucoup
32:24dans la dérive
32:25de son fils
32:25on n'est surtout pas là
32:26pour juger
32:27monsieur Rambla
32:28Pierre Rambla
32:28enfin
32:28qu'en pensez-vous ?
32:30Ce lien évidemment
32:31est fondamental
32:32dans la dérive
32:33du gamin
32:34et ensuite du jeune homme
32:35et de l'homme
32:35Jean-Baptiste
32:37Oui tout à fait
32:38mais il lui a transmis
32:40d'une certaine façon
32:40ce funeste
32:42on va dire
32:42héritage
32:43ce funeste combat
32:44et Jean-Baptiste
32:45a peu
32:45nous raconté
32:47que dès lors
32:47que son père
32:48se trouvait
32:49sur son lit de mort
32:51et alors que
32:52Jean-Baptiste
32:52était incarcéré
32:54dans le cadre
32:54de la première peine
32:56qu'il effectuait
32:57il lui a demandé
32:58de reprendre
32:59entre guillemets
33:00le flambeau
33:01et ce combat
33:01donc on se dit
33:02que ce père
33:03a perdu
33:04à cause de la douleur
33:05évidemment
33:06mais tout sens
33:07des réalités
33:08et bien sûr
33:09qu'il a
33:10une certaine
33:12comment dire
33:12c'était un personnage
33:14qui a vraiment construit
33:15la personnalité
33:16de Jean-Baptiste
33:17qui a toujours été
33:18dans l'ombre
33:19de son père
33:20qu'il a amené
33:21que ce soit
33:22chez leurs avocats
33:24ou dans ses différents
33:25dans ses différents combats
33:26et on a l'impression
33:27qu'au regard
33:28de la culpabilité
33:29que Jean-Baptiste
33:29pouvait ressentir
33:30comme si toute sa vie
33:32l'avait appris
33:32à se taire
33:33et à accepter
33:35le rôle
33:35que lui donnait
33:36ce père
33:37alors on est tenté
33:39là pour le coup
33:40sans réserve
33:41d'essayer de comprendre
33:43les responsabilités
33:44il y a la responsabilité
33:45du crime
33:45évidemment
33:45de Jean-Baptiste
33:46Rambla
33:47ça c'est un
33:48bien sûr
33:49c'est un prérequis
33:50chercher le mot
33:51c'est un prérequis
33:51à partir de là
33:52on peut chercher
33:53les responsabilités
33:54de la société
33:54autour de la dérive
33:56d'un jeune homme
33:57il y a la politique
33:58d'abord
34:00les partisans
34:01de la peine de mort
34:02ont exploité
34:03cette affaire
34:03cette affaire
34:04Ranucci
34:04et par ricochet
34:06c'est retombé aussi
34:06sur le jeune Rambla
34:08et sur la famille Rambla
34:08qui s'est senti
34:10soutenu
34:11politiquement
34:12et ça a rendu
34:13ça n'a pas rendu service
34:14en fait
34:14non bien sûr
34:16mais c'est déjà
34:18toute une opinion
34:19publique
34:19on se rappelle
34:20le climat
34:21dans lequel
34:22avait été
34:23condamné
34:24Christian Ranucci
34:25où l'opinion publique
34:26réclamait
34:28véritablement
34:29la tête
34:30de Christian Ranucci
34:32et d'un coup
34:32on voit
34:33qu'elle est capable
34:34de se retourner
34:35contre cette famille
34:37dès lors que
34:38le livre de
34:39J.P.
34:39Rowe sort
34:40et où finalement
34:41c'est cette famille
34:42qui va devenir
34:44le bourreau
34:45et qui aurait été
34:45condamné
34:46celui que l'on considérait
34:48comme étant
34:48un innocent
34:49donc ils ont vraiment
34:50été des victimes
34:53collatérales
34:53de ce combat
34:54bien sûr
34:54qui était nécessaire
34:56pour l'abolition
34:56de la peine de mort
34:58Et les services sociaux
34:59n'ont pas été alertés
35:00qu'est-ce qu'ils ont fait ?
35:02Mais si on se replace
35:03un petit peu
35:03dans le contexte
35:05de ces années
35:0670
35:07on se dit
35:08qu'évidemment
35:09il n'y avait pas
35:09comme aujourd'hui
35:11de cellules psychologiques
35:13ce petit garçon
35:14a dû s'exprimer
35:16à différentes entreprises
35:17que ce soit
35:18auprès des journalistes
35:20auprès des officiers
35:21de police judiciaire
35:23de l'époque
35:23mais évidemment
35:24il n'y avait pas
35:25de cellules psychologiques
35:26je crois aussi
35:27donc bien sûr
35:28qu'il y a cette défaillance
35:29de la part
35:29des institutions
35:31mais également
35:32cette famille aussi
35:33qui je crois
35:34était trop endolier
35:35et qui n'avait peut-être
35:36pas aussi
35:37les outils
35:38pour permettre
35:39à Jean-Baptiste
35:40d'expier finalement
35:41toute cette tristesse
35:43et toute cette colère
35:44c'est effectivement
35:44difficile d'en vouloir
35:45à la famille
35:46tant la douleur
35:47était terrible
35:48pour cette famille
35:49la famille Rambla
35:50en revanche
35:51en revanche
35:52là on peut juger
35:53l'école
35:54ce qu'on a raconté
35:55là dans le récit
35:57se fait terrible
35:58il est en quatrième
35:59il est en cours de français
36:01il ouvre le livre de français
36:02et il y a un texte
36:03sur Ranucci
36:04qui monte à l'échafaud
36:05mais enfin
36:06le prof qui a fait ça
36:07il n'a pas pensé
36:08une minute
36:08et la direction de l'école
36:09et tout le système éducatif
36:11là ça paraît quand même
36:12assez révoltant ça
36:14ah oui absolument
36:15et puis d'autant que
36:16je pense que vous vous souvenez
36:18de cet épisode
36:18où justement
36:19Jean-Baptiste
36:20il jette ce livre
36:21au sol
36:22et c'est lui
36:23qui est renvoyé
36:24de l'école
36:25pendant une semaine
36:26donc on se dit
36:27c'est une double peine
36:29voire triple peine
36:30pour ce jeune garçon
36:32qui est déjà
36:33à cet âge là
36:34qui n'est pas protégé
36:35qui est incompris
36:36Est-ce que le corps enseignant
36:37a été convoqué
36:38comme témoin
36:40au procès
36:41pour s'expliquer ?
36:43Non
36:44non non non
36:45en aucun cas
36:46C'était intéressant pourtant
36:49Non ?
36:50Est-ce que ça aurait été intéressant
36:51d'avoir
36:52est-ce que du coup
36:53il y a un recul
36:53qui est pris
36:54de la part du corps enseignant
36:56quelques années après
36:58est-ce que c'est possible
36:59pour lui
37:01de faire finalement
37:01ce travail
37:03de se dire
37:04bon ben peut-être
37:04qu'il y a eu
37:05des défaillances
37:06je crois que c'est toujours
37:07un petit peu difficile
37:08de se placer
37:08face au miroir
37:10et de réaliser
37:12Aurélie Jolie
37:13on se retrouve
37:14Aurélie Jolie pardon
37:15on se retrouve
37:15ne quitter pas
37:16surtout
37:16on se retrouve dans
37:17trois minutes
37:17après avoir
37:18Aurélie Jolie
37:18on va écouter
37:19les paroles
37:20d'un de vos confrères
37:22Simon Cohen
37:23l'avocat des partis civils
37:24devant le procès
37:25pour le meurtre
37:26de Cynthia Libimbu
37:27la fille au balcon
37:29extrait du documentaire
37:30une histoire particulière
37:31sur France Culture
37:34comment juger un garçon
37:35qui aujourd'hui a 41 ans
37:37qui est en semi-liberté
37:38dans sa tête
37:38depuis l'âge de 6 ans et demi
37:40c'est-à-dire depuis l'âge
37:40où il a été le témoin
37:41de l'enlèvement de sa soeur
37:42depuis l'âge où
37:43en plus de sa douleur
37:44de petit frère
37:45qui n'a pas su protéger
37:46sa soeur
37:47et la culpabilité
37:47qui va avec
37:48est devenu quelqu'un
37:50qui
37:51par ses hésitations
37:52d'enfant
37:53devant les enquêteurs
37:54a fait le témoignage
37:56qui est la clé de voûte
37:57de tous les discours
37:58révisionnistes
37:58sur la culpabilité
38:00en semi-liberté
38:02dans sa tête
38:03depuis
38:03depuis le drame
38:05la formule est belle
38:06elle semble juste
38:08oui tout à fait
38:09elle semble juste
38:10et il a vécu
38:11effectivement nous dire
38:13alors d'autres termes
38:15mais nous expliquer
38:16que d'apparence
38:17il était normal
38:18et qu'à l'intérieur
38:20il se sentait gangréné
38:22par la haine
38:23alors comment réagir
38:24ce sont des mots très forts
38:25oui bien sûr
38:26mais comment réagir
38:26les familles victimes
38:28de Rambla
38:30parce que c'est
38:31pour elles
38:31c'est difficile
38:32à entendre
38:32tout ce qui apparaît
38:33comme des circonstances
38:35atténuantes
38:36finalement
38:37de ces garçons
38:37frappés d'une double
38:38voire triple peine
38:40enfin pour les familles
38:41victimes
38:41est-ce qu'on peut
38:43entendre ça ?
38:44est-ce qu'elles peuvent
38:44entendre ça ?
38:45non je crois
38:47que le chagrin
38:48est trop fort
38:50pour qu'elles entendent
38:51ces éléments
38:52d'explication
38:53ce qui est évident
38:55mais surtout
38:56c'est vrai
38:57qu'au travers
38:57des deux meurtres
38:59de Jean-Baptiste
39:00enfin à chaque fois
39:01alors le premier
39:02que ce soit
39:03concernant
39:03madame Corinne Bédel
39:05où bon
39:06il y a un meurtre
39:07mais également
39:07c'est toute la suite
39:09aussi
39:09qui interroge
39:11véritablement
39:12d'envoyer des messages
39:13à son fils
39:15à Adrien
39:15derrière
39:16on cache un sac
39:18dans un cabanon
39:19pendant plusieurs mois
39:20de la même façon
39:21donc il y a
39:22une sorte de parallèle
39:23avec le meurtre
39:25de Cynthia Lunambu
39:26où il essaie
39:26de maquiller
39:27la scène
39:28en cambriolage
39:29et c'est vrai
39:30que je crois
39:31qu'au-delà
39:32des actes
39:33qui sont déjà
39:34abominables
39:34et inaudibles
39:35évidemment
39:36pour la famille
39:37ce sont aussi
39:38toutes les suites
39:39qui interpellent
39:40et je crois
39:41qu'elles ne permettent
39:42pas évidemment
39:43à ces familles
39:44de se mettre
39:45à la place
39:46de cet homme
39:48Alors quelque chose
39:49est étonnant
39:49dans l'affaire
39:50de Jean-Baptiste Rambla
39:52il ne s'en prend pas
39:54aux personnes
39:55que dans son esprit
39:56l'accusent
39:57c'est-à-dire
39:57Gilles Perrault
39:58ou Michel Drac
40:00ils sont en place
40:01sans cesse
40:02et ils s'attaquent
40:02à des femmes
40:03et sans aucune
40:04pulsion sexuelle
40:06Il y a une traduction
40:08de cela ?
40:10Alors on a
40:12on a pu
40:13en discuter
40:13avec
40:14avec les experts
40:15qui n'ont pas
40:17qui n'ont pas creusé
40:18sur
40:19sur cette piste
40:20parce que c'est vrai
40:20qu'on s'était
40:21toujours interrogés
40:22et puis notamment
40:23il y a quand même
40:23un parallèle
40:24entre ces deux femmes
40:26qui sont quand même
40:27très typées
40:28donc on a essayé
40:29d'en savoir
40:30un petit peu plus
40:31et malheureusement
40:32il n'y a absolument
40:33aucune explication
40:34qui ressort
40:36des expertises
40:37ni d'ailleurs
40:38de Jean-Baptiste
40:39lui-même
40:39Il n'a pas été question
40:40de la part des experts
40:42de deux notions
40:43passage à l'acte
40:44et recours
40:45au passage à l'acte ?
40:46Oui
40:47tout à fait
40:48tout à fait
40:49il a été question
40:49de ces deux notions
40:51donc nous
40:52on a essayé
40:52d'expliquer
40:53le rouage
40:54d'une part
40:55et surtout
40:55dans le livre
40:56du passage à l'acte
40:58en lui-même
40:59et notamment
40:59en se servant
41:01de la référence
41:02de Cynthia Fleury
41:04sur la question
41:05du ressentiment
41:06qu'elle développe
41:07dans Sigil amère
41:08et de ce fruit amère
41:09que l'on mâche
41:10et s'il n'est pas
41:11contré
41:12mais jusqu'où
41:13en fait il peut aller
41:14et notamment
41:15au travers
41:16de ce passage à l'acte
41:17pour Jean-Baptiste
41:19et le recours
41:20en lui-même
41:21donc au passage
41:22à l'acte
41:23à tel point
41:24d'une certaine façon
41:25et là je parle vraiment
41:27au niveau
41:28de son psychisme
41:29ce qu'il peut
41:30constituer
41:31pour cet homme
41:33Peut-on comprendre
41:34qu'il tue finalement
41:35puisque sa deuxième victime
41:37ne la connait même pas
41:39Non
41:39Est-ce qu'il tue
41:40la victime
41:41de son enfance
41:42pour se dégager
41:43de sa propre histoire
41:44est-ce qu'il tue
41:44Ranucci ?
41:46Quelle est donc
41:46la nature
41:46de ce transfert ?
41:47C'est un transfert ?
41:49Alors
41:49un transfert
41:50et là
41:51ce sera
41:52uniquement
41:53mon interprétation
41:54mais
41:54on a l'impression
41:55évidemment
41:56qu'il y a un transfert
41:57et comme il avait pu
41:58l'exprimer lui-même
41:59au travers
42:00et surtout
42:01de Cynthia
42:02de sa dernière victime
42:03il expliquait
42:04voir tous
42:05ces détracteurs
42:07et notamment
42:07Gilles Perrault
42:08donc bien sûr
42:09il y a cette
42:10première interprétation
42:13mais également
42:13on a pu se demander
42:15s'il n'essayait pas
42:16de se tuer lui-même
42:17et de tuer cet enfant
42:19en fait
42:19parce qu'on avait posé
42:20la question justement
42:21au docteur Zaguri
42:22de savoir
42:23si Jean-Baptiste
42:24était encore
42:25enfermé
42:25dans son psychisme
42:26d'enfant
42:27de 6 ans
42:28et c'est cet enfant
42:29qui n'a pas été
42:30sécurisé
42:31qui n'a pas été
42:31protégé
42:32qui a continué
42:33à vivre
42:34en Jean-Baptiste
42:34et on peut évidemment
42:35se poser la question
42:36de savoir
42:36si il n'aurait pas
42:37tenté
42:38de tuer cet enfant-là
42:40qui ne cesse
42:40de hurler
42:41et d'être
42:43en souffrance
42:44quel est votre regard
42:45vous en tant qu'avocate
42:46votre regard
42:47après coup
42:48avec une vue
42:50historique
42:52vous n'y avez pas
42:52participé
42:53évidemment
42:54à l'affaire
42:54à nous-dessus
42:55qu'est-ce que vous en pensez
42:56en tant qu'avocate
42:57vous ?
42:59Alors sur les faits
43:02en eux-mêmes
43:02je n'ai pas forcément
43:03envie de revenir dessus
43:04parce que
43:05moi je ne connais pas
43:07le dossier en soi
43:08donc je pense
43:10que ce serait
43:10un petit peu compliqué
43:12de pouvoir
43:12se prononcer
43:13là-dessus
43:14bon on connaît
43:15de toute façon
43:16évidemment
43:17toute la polémique
43:17qu'il y a eu
43:18autour du livre
43:19de Gilles Perrault
43:21mais il semble
43:21quand même
43:22qu'au bout
43:22de trois demandes
43:24de révision
43:26elles n'ont pas
43:27elles n'ont pas
43:29abouti
43:29avec satisfaction
43:31en tout cas
43:31donc on peut imaginer
43:33et au regard
43:33de toute façon
43:34de la justice
43:35Christian Ranoutchini
43:36a été reconnu
43:38coupable
43:38la difficulté
43:40c'est que
43:41et comme je le disais
43:42au début
43:43de mon intervention
43:44c'est que
43:45Christian Ranoutchini
43:47a servi
43:47de mythe
43:48de l'erreur judiciaire
43:50donc que ce soit
43:51le premier tremplin
43:52par le livre
43:54au travers du livre
43:55de Gilles Perrault
43:56et ensuite
43:57ça n'a été
43:58en fait
43:58que ce tremplin
43:59à l'abolition
44:01de la peine de mort
44:02je vois ma tête à faire
44:03de cet oeil là
44:05au travers
44:06de ces victimes
44:08bien sûr
44:09je vous remercie
44:10Aurélie Jolie
44:11je rappelle
44:12le titre
44:12de votre livre
44:14écrit
44:14avec votre confrère
44:16Frédéric David
44:18qui vient d'apparaître
44:19aux éditions Max Milot
44:20le titre
44:21c'est
44:21La malédiction
44:22du pulau vert rouge
44:23bravo
44:23parce que
44:24tout est dit aussi
44:25dans le titre
44:25merci au revoir
44:27merci au revoir
44:29merci au revoir
44:29merci au revoir