00:00Cette sécheresse qui frappe particulièrement notre pays, un exemple, il n'a pas plu à Dunkerque depuis 45 jours.
00:08J'ai pris l'exemple de Dunkerque exprès, le nord de la France, et j'embrasse tous nos amis qui
00:13habitent les Hauts-de-France.
00:14Vous savez à quel point je suis amoureuse de votre région.
00:17Mais pourquoi on parle de la sécheresse aujourd'hui ? Pas seulement sur la question du jour que je vous
00:22rappelle.
00:23Sécheresse, l'agriculture souffre, pouvions-nous l'éviter ? On nous vous attend sur l'antenne de Sud Radio.
00:27Mais simplement parce que cette sécheresse qui frappe pour la troisième année consécutive, la filière légumière bretonne.
00:34Les rendements en poids n'ont atteint que 40% des prévisions, avec une forte concentration des récoltes sur les
00:39parcelles menées à terme.
00:41La campagne des haricots verts est tout aussi difficile.
00:44On va en parler de cette réalité avec Danny Rochefort, qui est président de la coopérative bretonne Euréden.
00:51Bonjour M. Rochefort.
00:52Bonjour.
00:53Merci d'être avec nous.
00:55Je vais donner quelques chiffres.
00:56Sur un an, le prix du haricot vert a déjà grimpé de 24%.
00:59La tomate, 31%.
01:01Celui de la courgette, 32%.
01:03Vous avez lancé un appel officiel à la grande distribution début août.
01:07Concrètement, qu'est-ce que vous demandez et pourquoi ?
01:10Et pourquoi maintenant ?
01:12Oui, tout à fait.
01:13Ce qu'il faut savoir, c'est qu'au niveau du groupe coopératif Euréden,
01:17la filière légumière rassemble 1200 producteurs qui mettent en place environ 13 000 hectares de culture légumière sur une vingtaine
01:25d'espaces.
01:25Et là, plus précisément, en ce moment, nous sommes dans la campagne de récolte des petits pois qui est terminée.
01:31Et nous sommes vraiment en cours dans la campagne de récolte des haricots verts.
01:35Et ce que l'on observe, c'est suite aux périodes de canicule et à la sécheresse qui s'installent
01:40durablement,
01:41c'est une chute très très importante des rendements, comme vous le disiez,
01:45notamment sur le haricot vert, puisqu'à date, on constate un déficit de production de 50%.
01:53Donc, voilà, ce difficile de production met devant nous un triple danger.
02:01D'abord, c'est l'avenir même des exploitations légumières,
02:06alors que, comme vous le savez, dans le même temps, les charges augmentent,
02:10carburant, engrais, emballage, lié au contexte géopolitique.
02:14Et puis, c'est aussi l'enjeu de la vitalité de nos territoires,
02:17puisque l'emploi est très important, à la fois dans les exploitations agricoles,
02:20mais aussi dans les usines de transformation de la coopérative,
02:24qui appartiennent aux producteurs, pour mettre les légumes en conserve ou en produits surgelés.
02:30Et puis, en dernier lieu, c'est effectivement la souveraineté alimentaire française,
02:34par l'approvisionnement des rayons.
02:35Donc, effectivement, aujourd'hui, on en appelle à nos clients l'ensemble des acteurs de la grande distribution,
02:41mais aussi les acteurs de la restauration hors domicile,
02:45que nous livrons aussi tout au long de l'année, comme les grands distributeurs,
02:49parce qu'il n'est pas possible pour nous, les producteurs et nos usines de transformation,
02:57de porter à 100% ce surcoût lié aux conséquences climatiques.
03:03Évidemment, quand on est consommateur, comme je le suis,
03:06ou ceux qui écoutent Sud Radio en ce moment, n'hésitez pas à réagir.
03:09Est-ce que vous comprenez que les producteurs de Bretagne, de haricots verts et de petits pois
03:15demandent à ce point un gros coup de main ?
03:17En fait, il faut que maintenant, tout le monde s'investisse
03:19pour vous aider à passer cette étape qui est quand même très compliquée,
03:23parce qu'il y a plein de sociétés, plein d'agriculteurs,
03:25qui vont risquer de mettre la clé sous la porte, c'est ça ?
03:27Si on parle vrai sur Sud Radio, Dany ?
03:31Exactement, nous sommes vraiment devant une situation exceptionnelle,
03:35une sécheresse d'une ampleur jamais connue.
03:38Cela met aussi en évidence son jeu très très fort de l'eau,
03:42puisque comme vous le savez, le légume est une plante à croissance très très rapide,
03:48qui a besoin d'eau, chacun le sait, lorsqu'il cultive son jardin.
03:54À titre de comparaison, les haricots qui ont pu être irrigués,
03:59c'est-à-dire les exploitations équipées d'irrigation,
04:01on observe des chutes qui sont moindres, des chutes de 10 à 20 %.
04:05En revanche, ce sont surtout les exploitations qui ne sont pas équipées d'irrigation,
04:09où on voit des chutes de 50 à 70 %.
04:12Donc ça montre bien qu'on va devoir avoir une réflexion aussi, j'ai envie de dire collective,
04:18pour pouvoir capter l'eau qui tombe en abondance,
04:20et même parfois trop, on l'a vu encore l'hiver dernier, y compris en Bretagne.
04:24Oui, c'est la question du jour de notre grand matin week-end Sud Radio.
04:28Sécheresse, l'agriculture souffre, pouvions-nous l'éviter ?
04:31Et ce sera le grand débat que nous allons avoir à partir de 9 heures,
04:35avec deux invités, deux agriculteurs, avec deux positions un peu différentes.
04:39Mais vous êtes vraiment attendu dès maintenant,
04:41Aude vous attend au 0826 300 300 pour réagir sur cette question sur laquelle vous réagissez.
04:46Je vous lirai vos commentaires, entre autres, sur la page YouTube dans quelques instants,
04:49et vous dites oui à 68 %.
04:52Revenons à cette problématique.
04:54Dany Rochefort, vous qui êtes président de la coopérative bretonne Eureden,
04:57vous êtes situé où d'ailleurs en Bretagne ?
05:00Alors moi, personnellement, mon exploitation est située dans le nord-est des Côtes-d'Armor,
05:03non loin de l'Embal.
05:05Je suis à la fois producteur de céréales et éleveur.
05:09Je suis producteur de porc.
05:10D'accord, donc pour en revenir sur ce que demandent les producteurs bretons
05:14à la grande distribution, en fait, vous demandez aussi à la grande distribution
05:17de faire véritablement un geste, parce que quoi qu'il en soit,
05:22moi consommatrice, ceux qui écoutent Sud Radio,
05:24qui vont aller acheter leur haricot vert ou leur petit pois,
05:26on va voir le prix exploser en magasin, il faut s'y attendre ?
05:30Alors, exploser, c'est un grand mot, parce qu'il faut aussi savoir
05:33que le prix du légume même que nous réglons à nos producteurs
05:37n'est qu'une des composantes du produit final que nous livrons
05:41à nos clients, grands distributeurs ou restaurations hors domicile,
05:45c'est-à-dire la boîte de conserve, le bocal de légumes
05:48ou le produit surgelé.
05:49C'est-à-dire, est-ce qu'on peut avoir des chiffres exacts pour le coût d'Annie ?
05:53C'est-à-dire que combien vous vendez, vos producteurs vendent combien le kilo d'haricots verts ?
05:56Je ne sais pas si ça se fait comme ça, par exemple.
05:59Alors, c'est difficile à quantifier.
06:02On va dire qu'un producteur peut mettre en place, par exemple,
06:05une dizaine d'hectares de haricots verts.
06:08Et aujourd'hui, nous estimons en moyenne que le manque à gagner
06:11chez le producteur s'établit aux environ de 20 000 euros
06:14pour une dizaine d'hectares de haricots verts.
06:17Il faut que les campagnes soient totalement terminées
06:20pour voir où nous en sommes sur la baisse de production,
06:23pour voir quels sont les coûts de production
06:24qui n'auront pas été couverts par la production,
06:28pour avoir, j'ai envie de dire, une vue précise des coûts non couverts.
06:35Qu'est-ce que ça va changer si les anciens n'acceptent pas
06:40la revalorisation que vous demandez pour les petits pois
06:43et les haricots verts ?
06:44Au-delà du fait d'avoir...
06:46Oui.
06:47J'ai envie de dire qu'il faut que tous les acteurs de la filière
06:50soient solidaires cette année
06:53pour pouvoir accompagner du mieux possible
06:56cette chute de revenus chez les producteurs.
07:00En gros, il va falloir que tous les acteurs
07:03mettent la main à la poche, entre guillemets,
07:05pour pouvoir soutenir cette filière,
07:07pour que nos producteurs aient envie
07:09et aient la capacité, l'année prochaine,
07:11de remettre en place ces cultures.
07:14On a des réactions sur la page YouTube de Sud Radio
07:16et je vais vous demander votre avis,
07:18vous qui êtes vous-même agriculteur,
07:19à la question que l'on pose ce matin
07:21et dont le débat va permettre
07:23de peut-être un petit peu ouvrir tout ça.
07:26sécheresse, l'agriculture souffre,
07:28pouvions-nous l'éviter ?
07:29Et vous allez vous comprendre pourquoi,
07:30Dany Rochefort, je voudrais partager
07:32la réaction de Clément sur la page YouTube de Sud Radio
07:34qui a dit oui, si on avait réellement écouté
07:37les scientifiques ces 30 dernières années,
07:40si nous avions arrêté le remembrement,
07:42plus de haies, plus d'étangs,
07:44moins de labours profonds,
07:45plus de matières organiques dans le sol.
07:46Vous en pensez quoi ?
07:47Vous qui êtes agriculteur également,
07:49Dany Rochefort,
07:50au-delà d'être également président
07:52de la coopérative bretonne Eureden ?
07:55Je crois qu'il est difficile
07:57d'avoir ou d'utiliser des raccourcis,
08:01c'est-à-dire que nous-mêmes
08:03travaillons notre adaptation
08:06au changement climatique.
08:07C'est-à-dire, on le sait déjà
08:08depuis quelques années,
08:10on a compris que l'eau devenait
08:12un bien rare et un bien commun,
08:15l'eau étant un bien commun,
08:16et donc nous avons déjà entamé
08:18des adaptations sur les variétés des légumes,
08:21c'est-à-dire pouvoir semer
08:24des variétés qui sont plus résistantes
08:26au stress hydrique.
08:27Nous avons aussi évolué
08:29dans nos pratiques agronomiques
08:30par la couverture des sols,
08:31de manière à augmenter
08:33la capacité de rétention de nos sols.
08:36Et puis enfin,
08:37nous avons aussi l'obligation,
08:39j'ai envie de dire,
08:40de regarder quels sont les nouveaux légumes
08:44qui peuvent être mis en culture,
08:46et notamment,
08:47nous avons tout un plan de développement
08:49sur les légumineuses,
08:50et notamment le haricot rouge,
08:52c'est-à-dire que nous devrons
08:55nécessairement mener
08:56un certain nombre d'adaptations
08:58pour faire face à ce manque d'eau
09:01épisodique, entre guillemets.
09:02Ça veut dire en plus une réflexion
09:04sur l'abandon de culture de légumes ?
09:06De certains légumes, en tout cas ?
09:09Eh bien oui,
09:10mais je crois que ce constat
09:12vaut sur l'ensemble du territoire national,
09:14avec cette hausse des températures durables,
09:18on voit bien qu'on voit la limite
09:20de certaines cultures,
09:21et on voit par exemple arriver en Bretagne
09:26de nouvelles cultures
09:27que l'on connaissait jusqu'ici,
09:29plus dans le sud ou dans le centre de la France.
09:31Je comprends bien,
09:33tout ce qui est maraîchers,
09:34toutes vos professions,
09:36les caisses de solidarité,
09:37les aides de l'État ne vont pas suffire,
09:39vous pensez que les supermarchés
09:40et les centrales d'achat
09:41doivent aussi assumer cette part.
09:44En tout cas,
09:44vous aviez la parole
09:45pour conclure
09:46Dany Rochefort sur Sud Radio,
09:48si vous voulez lancer un dernier appel.
09:50Et peut-être même,
09:51et c'est bien,
09:52et c'est aussi notre rôle,
09:52c'est de permettre
09:54à toute la population
09:55dont je fais partie
09:56de mieux comprendre
09:57les tenants et les aboutissants.
10:00Je crois que,
10:01je l'ai dit,
10:03nous avons l'enjeu de l'eau,
10:05et là nous devons mener
10:06une réflexion collective,
10:07y compris avec la société civile.
10:11Les quatre départements bretons
10:13que je connais mieux
10:13rentrent en restriction.
10:15Les préfets sont relativement,
10:17sont très inquiets
10:17de la situation.
10:19Ça veut dire que nous,
10:20encore une fois,
10:21l'eau,
10:21nous l'avons en abondance
10:22et trop parfois.
10:23On l'a encore vu
10:24l'hiver dernier.
10:26Nous n'avons pas
10:27de natte phréatique
10:29à quelques dizaines de mètres
10:31dans le sol en Bretagne
10:33parce que le sol est granitique.
10:34Donc,
10:35il faut véritablement réfléchir
10:36à pouvoir capter cette eau
10:38et je souligne l'action,
10:40par exemple,
10:40du département du Finister
10:41qui a acheté
10:42d'anciennes carrières.
10:43Je sais que le département
10:44de la Vendée
10:45l'a fait il y a quelques années.
10:47Cette eau,
10:47nous en avons besoin
10:48en premier lieu
10:49pour l'eau potable,
10:50pour la population,
10:52pour les différentes activités,
10:54pour l'agriculture,
10:55pour l'élevage.
10:56Encore une fois,
10:57menons cette réflexion
10:58pour pouvoir capter cette eau
11:00lorsqu'elle tombe en abondance.
11:01Merci beaucoup,
11:02Dany Rochefort.
11:03Je vous souhaite bon courage
11:04et j'espère que la météo
11:06va être un peu plus clémente.
11:07C'est bien la première fois
11:08de ma vie qu'en plein été,
11:09j'appelle l'eau
11:10et la pluie également.
11:12Je vous embrasse
11:12et je vous souhaite
11:13un bon dimanche,
11:14M. le Président
11:14de la coopérative bretonne,
11:15Eureden,
11:16qui était sur Sud Radio.
11:17Merci beaucoup.
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