00:00Bonsoir Guillaume Lefort.
00:01Bonsoir la bonne France.
00:02Vous êtes vice-président de Chambre d'agriculture France.
00:06En Bretagne par exemple, le groupe alimentaire Eureden évoque des baisses de production de 35% pour les petits pois,
00:1250% pour les haricots verts.
00:14Quels sont vos chiffres à vous ?
00:16Moi aujourd'hui j'ai la chance de pouvoir irriguer, donc sur ma ferme je devrais pouvoir sauver le maïs
00:22et le tournesol.
00:23Et je suis également producteur de plantes aromatiques et notamment de l'aneth qui est en train de pousser en
00:27ce moment.
00:27Mais je suis également producteur de betteraves et des betteraves qui ne sont pas la chance d'être irriguées.
00:34Et là je vais avoir des pertes entre 50 et 60%.
00:37Ça va dépendre de quand la pluie revient.
00:40C'est aussi ça la grande incertitude.
00:42On arrivera peut-être à sauver quelques meubles en betterave si jamais il se mettait à pleuvoir.
00:47Mais il y a un grand mal qui a déjà été fait.
00:49Et aujourd'hui on se rend compte que dans beaucoup de productions, l'herbe qui nourrit nos animaux,
00:54on a des pertes qui vont jusqu'à 80% en fonction des territoires.
00:58On a un grand déficit pour les fourrages et puis pour un certain nombre de cultures
01:03et notamment toutes celles qui sont en train de pousser pendant l'été.
01:06Donc des cultures maraîchères bien sûr, mais également les cultures légumières
01:11ou comme je vous ai cité après, le maïs, le tournesol, le sorgho, les betteraves et bien d'autres.
01:17Vous évoquiez les animaux, les élevages, eux aussi sont durement touchés par cette chaleur.
01:25Bien sûr, parce qu'au cours du printemps et au cours de l'été,
01:28les éleveurs font leur stock de fourrage pour l'ensemble de l'année.
01:31Or, il n'y a plus d'aliments pour nourrir, il n'y a plus d'herbes notamment pour nourrir
01:36les animaux en ce moment.
01:38Donc ils sont obligés de pouvoir utiliser le stock qu'ils avaient commencé à faire au printemps.
01:42Et donc il y a de fortes risques de décapitalisation.
01:45C'est-à-dire des éleveurs qui vont vendre les animaux qui pourraient servir à la reproduction pour les années
01:51suivantes.
01:52Et s'il y a un cycle de décapitalisation, on risque d'avoir la double peine, c'est-à-dire
01:57une baisse des prix.
01:58Et donc c'est pour ça que cet appel est fait pour ne pas enclencher un cycle de baisse des
02:02prix
02:03qui serait pour nous vraiment cette double peine, d'une part par une baisse de quantité et d'autre part
02:08par une baisse du prix.
02:09Et ces baisses de prix, c'est quoi le risque concrètement pour vos exploitations ?
02:13Aujourd'hui, on a un certain nombre d'exploitations qui sont dans le rouge déjà depuis plusieurs années.
02:19On a même d'une manière générale, vous allez dire que c'était étonnant,
02:23et ce n'est même plus une colère de la part de certains agriculteurs, ils sont dépités.
02:27Et une grande crainte, c'est de voir une accentuation du nombre d'agriculteurs qui quittent le métier.
02:33Et donc ça, c'est une grande inquiétude pour nous.
02:36On se rend compte qu'on a besoin de s'adapter aux changements climatiques.
02:39On s'est battus pour avoir un certain nombre d'éléments dans la loi d'urgence agricole.
02:43Mais il va falloir pouvoir mettre en place tout ça.
02:45Il va falloir que le Conseil constitutionnel valide cette loi, et que derrière, ça se décline.
02:50Et sachant qu'en agriculture, on est sur des temps longs, pour beaucoup de productions,
02:53on ne fait qu'un cycle par an.
02:55Et donc l'adaptation et les évolutions vont prendre un peu de temps.
02:59Et donc nous sommes quand même assez inquiets pour une majorité d'agriculteurs sur le territoire.
03:04Vous aussi, vous appelez à rouvrir ces négociations avec les distributeurs, c'est ça ?
03:08Bien sûr, c'est essentiel pour les agriculteurs.
03:10Aujourd'hui, il faut que leurs prix puissent compenser cette baisse de production
03:16et le surcoût qu'ils vont avoir pour l'achat d'aliments ailleurs
03:21qui ne sont pas en capacité de produire sur leur ferme.
03:24Et vous pensez que les consommateurs, eux, seraient prêts à payer un peu plus cher
03:27parce que c'est le risque aussi qu'ils arrêtent d'acheter les fruits et légumes
03:31qui augmenteraient trop ?
03:33Moi, je comprends les difficultés des consommateurs.
03:36Mais aujourd'hui, le budget alimentation, c'est 7% du budget d'un ménage.
03:41Si on pouvait l'augmenter de quelques centimes sur certains produits,
03:45je pense qu'on pourrait y arriver.
03:46C'est une question de solidarité aussi.
03:48C'est une question de solidarité.
03:50C'est une question de stratégie aussi pour le consommateur.
03:52S'il veut continuer à pouvoir avoir des fruits, des légumes, de la viande
03:55qui sont produits à côté de chez lui, il faut qu'on maintienne des producteurs.
04:01On est des acteurs du paysage.
04:02On travaille avec le terroir.
04:05J'ai écouté la chronique juste avant vous sur le fromage du minster.
04:08On a de belles spécificités.
04:09Il faut qu'on continue à avoir des producteurs sur le territoire.
04:12On a la chance d'avoir encore une agriculture très familiale.
04:15Mais pour que l'agriculture reste familiale, il faut qu'il y ait du revenu.
04:18Je le disais un peu plus tôt, le gouvernement a annoncé hier un plan global
04:21pour les agriculteurs avec des mesures comme la prise en charge de cotisations sociales.
04:25Est-ce que c'est assez ?
04:27Non, ce n'est pas assez.
04:28C'est une première étape.
04:29Aujourd'hui, il y a un certain nombre de dispositifs qui vont être mis sur la table.
04:33Dans chaque département, on est en train de refaire remonter un certain nombre d'expertises
04:36sur les pertes à l'heure actuelle, ce qui a déjà été constaté,
04:39sur les perspectives qui peuvent arriver.
04:41Quels sont vos retours à vous au niveau national sur ces pertes ?
04:45Je vous dis, nous, en fonction des territoires, sur les fourrages,
04:48on s'est monté jusqu'à 80%.
04:50Sur les maïs, on va avoir des baisses autour de 50% dans plein de territoires,
04:54voire même plus dans les territoires où il y a le moins de réserve hydrique
04:59et donc le moins d'eau disponible.
05:01Et de manière assez aléatoire, on voit de temps en temps,
05:03il y a un orage qui passe et qui va sauver quelques villages.
05:07Mais ça reste marginal à l'échelle du pays.
05:10Et donc, justement, pour être le plus précis possible auprès du gouvernement,
05:13le réseau des chambres d'agriculture qui sont implantées dans l'ensemble des départements,
05:16même une enquête de terrain pour pouvoir faire remonter le plus précisément possible,
05:21en lien avec l'État, ces pertes et des conséquences et des pistes
05:24qui peuvent être mises sur la table localement, mais également au niveau national.
05:28Vous les aurez quand, les résultats de cette enquête ?
05:31L'objectif, c'est en cours.
05:33D'ici la deuxième quinzaine d'août, on va avoir un gros point d'étape qui va être fait.
05:37Et vous demanderez à être reçu par la ministre ?
05:41Oui, bien sûr, mais on a des échanges réguliers avec la ministre
05:45qui est quand même plutôt à l'écoute.
05:46Dès le mois de juillet, on a mis en place des cellules
05:49pour organiser des échanges de paille dans les zones
05:52où il y avait de la production de paille en excédent
05:54pour pouvoir l'envoyer derrière des zones d'élevage.
05:57Le syndicalisme, les chambres d'agriculture sont mobilisées pour être solidaires.
06:01Mais il va falloir aussi qu'il y ait un peu de solidarité au niveau national
06:05parce que, comme vous l'avez dit, la première solidarité,
06:09c'est que les consommateurs puissent acheter français
06:11et acceptent de payer un tout petit peu plus cher
06:13des produits qui ont été cueillis au SMIC en France
06:16et non avec des salaires dans d'autres pays
06:19qui acceptent d'avoir les normes environnementales et qualitatives
06:22qu'on sait avoir en France
06:23et qui coûtent forcément sur le produit.
06:26Et encore plus, quand le diviseur est moins important,
06:29à savoir moins de quantité.
06:30Et l'autre gros enjeu, c'est ce fameux stockage de l'eau.
06:33Quand on sait que 98 départements sont touchés par la sécheresse,
06:37qu'il y a des restrictions d'usage de l'eau,
06:39il faut travailler là-dessus.
06:41Bien sûr, il faut travailler l'eau d'une manière générale
06:44parce qu'en ce moment, on parle de sécheresse.
06:47Mais nous, on a une vision sur du long terme
06:50et sur l'ensemble de l'année.
06:51En quelques mois, on avait des gens qui étaient sous l'eau
06:53et donc qui souffraient d'excès d'eau.
06:55Et par endroits, c'est les mêmes qui aujourd'hui souffrent de sécheresse.
06:59Et donc, d'avoir juste ce petit bon sens,
07:01comme c'est travaillé depuis les Romains,
07:04comme ça a été fait en Espagne de manière assez conséquente
07:07et dans beaucoup de pays dans le monde,
07:09il faut gérer l'eau.
07:10Ce n'est pas un gros mot de pouvoir la stocker l'hiver
07:12quand on est en excédent.
07:13Ça permet de protéger les populations.
07:15Moi, je suis paysan en amont de Paris.
07:17Je sais que certaines années,
07:19on inonde mes parcelles pour protéger Paris.
07:21Je n'ai pas de débat entre perdre du blé
07:23ou sauver des vies.
07:24Dans la balance, le choix est vite fait.
07:26Mais à l'inverse,
07:27de se dire que d'une part,
07:28on souffre d'excès d'eau une partie de l'année
07:30et de sécheresse l'autre partie de l'année,
07:32ce n'est pas normal.
07:33Merci beaucoup, Guillaume Lefort.
07:35Je rappelle que vous êtes vice-président
07:37de Chambre d'Agriculture France.
07:38Merci beaucoup d'avoir répondu aux questions de RTL.
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