00:01Peut-on sérieusement parler de souveraineté sanitaire tout en laissant brouillant la seule usine
00:06pharmaceutique d'envergure du pays ? C'est toute la question. A seulement 23 kilomètres de Libreville,
00:14dans la zone économique spéciale de Mcoque, la thé pharmaceutique est aujourd'hui au bord du dépôt
00:18de bilan. Pourtant, cette usine peut produire jusqu'à un million de comprimés par jour. Elle
00:23fabrique des médicaments essentiels tels que des antipaludéens, des antirétroviraux, des traitements
00:29contre le cancer, le diabète et d'autres pathologies qui touchent quotidiennement les Gabonais.
00:33Mais au-delà de sa capacité industrielle, cette entreprise fait vivre 25 jeunes Gabonais
00:38hautement qualifiés, formés à des métiers techniques particulièrement rares sur le
00:42continent. Sa disparition ne représenterait donc pas seulement une perte économique, ce
00:46serait aussi une perte de compétences. Mais l'enjeu va encore plus loin. La santé pharmaceutique
00:50n'est pas seulement une usine gabonaise, c'est l'un des très rares pôles pharmaceutiques
00:54de toute la région Afrique centrale. Avec la CEMAC, elle pourrait répondre aux besoins
00:59d'un marché de plus de 65 millions de consommateurs. Et avec la zone de libre-échange continentale
01:05africaine, elle dispose d'un potentiel d'expansion considérable. Alors, pourquoi laisser un tel
01:10outil industriel s'effondrer ? La crise Covid-19 a pourtant rappelé une évidence. Lorsqu'une
01:15pandémie, une guerre ou une crise logistique éclatent, chaque pays cherche d'abord à protéger
01:20sa propre population. Les exportations se bloquent, les chaînes d'approvisionnement
01:25se grippent et les médicaments deviennent des produits stratégiques. La France en a
01:30tiré les conséquences avec son plan Innovation Santé 2030, destiné à relocaliser la production
01:35des médicaments critiques afin de renforcer son autonomie sanitaire. Autrement dit, même
01:40une grande puissance industrielle a compris qu'il était dangereux de dépendre entièrement
01:44des importations. Pourquoi le Gabon ferait-il aujourd'hui le choix inverse alors qu'il possède
01:49déjà une usine opérationnelle et fonctionnelle ? Le paradoxe est d'autant plus frappant que
01:54les hôpitaux publics et les dispensaires ruraux connaissent régulièrement des ruptures
01:58de médicaments. Dans de nombreuses localités, les patients sont contraints de parcourir de
02:03longues distances ou de se tourner vers des pharmacies privées où les prix sont souvent
02:07très élevés. Plus étonnant encore, les médicaments produits à un coq sont annoncés
02:11comme étant jusqu'à 40% moins chers que les produits importés. Pourtant, ils restent largement
02:17absents du marché local. Une contradiction difficile à comprendre lorsque le gouvernement
02:21affirme vouloir améliorer le pouvoir d'achat des ménages. Mais au fond, le dossier dépasse
02:26largement le sort d'une entreprise. Il pose une question fondamentale. Un pays peut-il
02:31parler de souveraineté tout en abandonnant sa capacité à produire les médicaments dont
02:36sa population a besoin ? Sauver la santé pharmaceutique, ce n'est donc pas seulement préserver
02:4085 emplois ou une usine capable de fabriquer 1 million de comprimés par jour. Sauver la
02:45santé pharmaceutique, c'est investir dans la sécurité sanitaire, soutenir le pouvoir
02:49d'achat, sécuriser l'approvisionnement des hôpitaux et des dispensaires ruraux et préparer
02:54le Gabon aux prochaines crises. Les leçons de la COVID-19 sont connues. La vraie question
02:59est désormais de savoir si elles seront appliquées.
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