- il y a 2 semaines
Le 6 décembre 2017, C dans l'air sur France 5 consacre une émission spéciale à Johnny Hallyday, intitulée « Johnny, une passion française ». Les invités analysent le phénomène Johnny, son immense popularité, son impact sur la société française et les raisons pour lesquelles sa disparition a suscité une émotion nationale sans précédent.
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00:00:01Générique
00:00:11Bonsoir à toutes et à tous, nous attendons vos questions SMS, Internet et réseaux sociaux pour alimenter notre discussion.
00:00:16Ces chansons sont devenues des hymnes nationaux.
00:00:19C'est aujourd'hui tout un pays qui s'arrête pour pleurer une icône de la chanson française.
00:00:24Johnny Hallyday est mort à 74 ans, sa disparition n'est pas une surprise, on le savait malade,
00:00:29mais c'est un choc. Il a accompagné l'histoire de France des années 60 à aujourd'hui en chantant
00:00:33le rock'n'roll,
00:00:34en suivant les changements de la société française, en écrivant la bande-son de chacune de nos vies.
00:00:40Depuis ce matin, l'homme de la rue, comme l'ensemble de la classe politique, salue l'artiste, célèbre l
00:00:46'idole des jeunes,
00:00:47devenu monument. Dans le monde entier, la presse s'arrête sur ce destin français.
00:00:51Le président ému a évoqué sa vie de courageux, celle d'un de ses héros dont le pays a besoin.
00:00:57« Johnny, une passion française », c'est le titre de cette émission.
00:01:00Avec nous pour en parler ce soir, Vincent Perrault.
00:01:02Vous êtes journaliste à RTL, RTL partenaire depuis 25 ans de tous les disques et spectacles de Johnny Hallyday.
00:01:08Vous étiez un ami proche du chanteur depuis 30 ans.
00:01:11Laurent Lavige, vous êtes journaliste, animateur de radio depuis 1977.
00:01:14Vous êtes l'auteur d'une biographie, « Johnny Hallyday, notre icône » chez Hugo et compagnie.
00:01:19Apparaître votre dernier livre, « Johnny Hallyday » chez le même éditeur.
00:01:22Olivier Royan, vous êtes directeur de la rédaction de Paris Match.
00:01:25Paris Match qui va publier ce week-end un dossier spécial de 80 pages sur Johnny Hallyday,
00:01:30le chanteur qui a été à plus de 80 reprises à la une de votre journal.
00:01:35Nous y reviendrons naturellement.
00:01:36Claude Veil, vous êtes journaliste, vous êtes éditorialiste politique à Nice Matin et Var Matin.
00:01:40Je rappelle que vous avez été directeur de la rédaction du Nouvel Obs.
00:01:43Bonsoir à tous les quatre.
00:01:44Merci de participer à ce « C'est dans l'air » en direct, ce « C'est dans l
00:01:47'air » un peu particulier.
00:01:48Le président de la République, dans son tout premier communiqué cette nuit, a eu cette phrase.
00:01:52Il a dit « On a tous quelque chose en nous de Johnny ».
00:01:55Alors je vais commencer par un petit tour de table.
00:01:57Si on a tous un petit quelque chose de Johnny, qu'est-ce que vous avez vous, Vincent Perrault ?
00:02:01Écoutez, on a bien compris le clin d'œil.
00:02:03C'est vrai que cette formule est déclinée un petit peu à toutes les sauces actuellement.
00:02:07C'est également le titre de l'album « Hommage à Johnny Hallyday » célébré par la jeune génération.
00:02:12J'irais un tout petit peu plus loin, je dirais moi qu'on doit tous même un petit quelque chose
00:02:18à Johnny.
00:02:19Tellement il a apporté, quel que soit le niveau dans nos vies, des choses importantes, parfois même beaucoup.
00:02:24On va peut-être voir pourquoi tout à l'heure.
00:02:28Bonsoir.
00:02:28Bonsoir.
00:02:28Moi je pense qu'on a tous quelque chose de Johnny.
00:02:31Ça me fait penser à la phrase de M. Montebourg, le « Made in France ».
00:02:36Pour moi, on a tous quelque chose de Johnny.
00:02:37Oui, parce que Johnny, c'est quelqu'un de notre famille.
00:02:40J'ai le premier souvenir qui me vient à l'esprit, c'est ma petite personne à l'âge de
00:02:463 ans.
00:02:46Et je regarde la chambre qui est tapissée de tous les posters de Johnny, dont un qui est grand d
00:02:53'or nature.
00:02:53C'est mon grand frère qui avait installé ça dans la chambre puisqu'il était un fan de Johnny.
00:02:57Un fan, un vrai fan.
00:02:57Et la nuit, dans mes nuits blanches un peu envoûtantes, le portrait de Johnny me rassurait.
00:03:04Donc on a tous quelque chose en nous de Johnny et ça c'est obligatoire.
00:03:07Olivier Royan, quand on est à la tête de Paris Match, c'est pas rien.
00:03:10Johnny, ça a jalonné l'histoire du journal et est-ce que ça a jalonné la vôtre aussi en particulier
00:03:15?
00:03:15C'est important depuis ce matin à la machine à café, dans les bureaux, tout le monde se dit «
00:03:20c'est quoi ta chanson préférée ? »
00:03:21C'est quoi ton Johnny à toi ? Est-ce que tu l'aimes ?
00:03:23On a tous un souvenir personnel de Johnny.
00:03:26Moi, c'est un dîner avec Johnny.
00:03:27Puis je me parle d'une tournée en 1964.
00:03:30Et la première couverture de Paris Match, c'est le mois de ma naissance.
00:03:35Donc Johnny, c'est 55 ans d'histoire des Français.
00:03:38On a tous un souvenir collectif, le Stade de France 2009, cette espèce de communion qu'il a avec le
00:03:43public,
00:03:44avec Gabriel ou Allumer le feu ou avec toutes ses chansons.
00:03:48Absolument prodigieux.
00:03:49Un rapport qu'il a cultivé pendant 55 ans.
00:03:523 250 concerts, il va à la rencontre des Français.
00:03:55Mais avec chacun d'entre nous ?
00:03:56Vous le diriez comme ça ?
00:03:57Est-ce qu'il a cultivé ce rapport-là avec chacun d'entre nous ?
00:04:00Quand on parle de Johnny, on parle beaucoup de ses fans qui ne l'ont jamais suivi.
00:04:03Et pourtant, aujourd'hui, au moment où tout s'arrête, qu'on les aime ou pas, qu'on les suive
00:04:08ou pas,
00:04:08on a tous un petit bout de chemin avec lui.
00:04:11On parlait tout à l'heure de Johnny, de Bruce Springsteen.
00:04:14On parle d'une chanson qui vous a marquée.
00:04:15Je pense que le cheminement avec Johnny, c'est un peu le même cheminement qu'avec Bruce Springsteen.
00:04:19Il parle de la société française, il parle de certains héros et on se reconnaît dans une chanson.
00:04:22Et à un moment donné, cette chanson-là, c'est notre vie aussi.
00:04:24Vous savez, j'ai posé la question à Johnny Hallyday à plusieurs reprises au sujet de sa longévité.
00:04:29Parce que c'est quand même un phénomène français tout à fait exceptionnel.
00:04:32Et à plusieurs reprises, je lui disais, mais comment est-ce que tu vis ta célébrité ?
00:04:36Et surtout, comment est-ce que toi, tu expliques cette longévité ?
00:04:40Les années 60, les années 70, les années 2000, les enfants, des enfants, des enfants.
00:04:44Et il me disait, j'ai un secret, c'est la perspicacité, j'essaie de les avoir à l'usure,
00:04:50disait-il avec ensuite un grand sourire.
00:04:52Mais c'était ça.
00:04:53C'est-à-dire que je crois que même si on n'est pas un fan inconditionnel de Johnny, on
00:04:57a écouté les chansons.
00:04:58Elle nous rentre dans la tête, on est allé voir un spectacle.
00:05:00Et en conclusion de ça, il m'avait dit, tu sais, l'essentiel, c'est d'être là, c'est
00:05:06d'occuper le terrain, c'est d'occuper l'espace.
00:05:08Alors il me disait, quand je suis là dans la vie de tous les jours, on m'accepte, on est
00:05:12bien obligé, j'occupe le terrain.
00:05:13Mais là où je suis plus fort, c'est que sur scène, on ne m'accepte pas.
00:05:17Là, on me respecte.
00:05:19Et ça, c'était sa grande fierté.
00:05:21Claude Veil.
00:05:22C'est un personnage, un facette qui s'est recréé en permanence.
00:05:25C'est une espèce de phénix qui n'a pas cessé de se reconstituer sous nos yeux.
00:05:29Il a inventé, en 50 ans, 50 Hallyday.
00:05:32On pourrait presque les décliner.
00:05:33Il y avait un Hallyday par an qui est arrivé avec un nouveau look, des nouvelles chansons, de nouveaux auteurs,
00:05:38quelquefois une nouvelle femme, etc.
00:05:40Et donc, tout le monde trouve dans cette énorme auberge espagnole qu'est Hallyday, quelque chose qui lui ressemble.
00:05:46C'est pourquoi j'inverserais volontiers la proposition de Macron.
00:05:49Ce n'est pas on a tous en nous quelque chose d'Hallyday, c'est qu'il y a en
00:05:52Hallyday quelque chose de chacun de nous.
00:05:55Chacun de nous peut s'identifier à quelque chose de l'œuvre, de la vie, de la carrière, de ce
00:06:03qu'a projeté Johnny Hallyday,
00:06:04de la représentation qu'il a donnée de sa génération, de ce qu'est-ce que c'est qu'être
00:06:09français, de ce qu'est-ce qu'être au monde aujourd'hui.
00:06:12C'est une représentation très large en réalité.
00:06:15C'est comme l'équipe de France de football, il y a plus de 60 millions de sélectionneurs.
00:06:20Avec Johnny, c'est pareil, il y a plus de 60 millions de membres de sa famille.
00:06:23Alors, ça prend une ampleur colossale.
00:06:25Je le disais en débutant cette émission, personne n'a été surpris, on le savait malade.
00:06:30Il y a eu quelques rumeurs qui étaient parties de manière très désordonnée la semaine dernière, démenties par l'AFP.
00:06:36Ça prend une ampleur colossale.
00:06:38Tous les médias français ont cassé leurs antennes depuis ce matin.
00:06:42Il y a eu des articles dans la presse étrangère.
00:06:44On a vu un président de la République, un Premier ministre, des parlementaires au garde-à-vous pour faire une
00:06:48minute de silence,
00:06:49rendre hommage à un rockeur, à un chanteur.
00:06:53Vous imaginez que ce serait...
00:06:56On n'est pas encore dans le deuil national, on va voir quelle forme ça va prendre.
00:06:59Ce n'est pas encore acté, est-ce que ce sera un hommage national, etc.
00:07:02Mais est-ce que vous attendiez à ce que ce pays, finalement, se mette à l'arrêt ?
00:07:06J'en étais sûr.
00:07:06Vous en étiez sûr ?
00:07:07Non seulement je redoutais ce jour,
00:07:11j'ai été très désagréablement réveillé sur le coup de 3h du matin,
00:07:14en me disant, viens vite à la radio, viens vite à RTL, ça ne va pas, c'est le bas
00:07:18de combat.
00:07:18Il faut qu'on imagine de tout changer.
00:07:20On doit rendre hommage.
00:07:22C'est-à-dire que notre idole nationale, notre monument historique,
00:07:26nous fait faux bon aujourd'hui,
00:07:29et comme si le respect était tel qu'on se devait d'amener, de rendre compte,
00:07:35de retrouver les souvenirs,
00:07:36et que chacun puisse apporter sa petite pierre à l'édifice de celui qui vient de nous fausser compagnie.
00:07:41C'est comme quelqu'un de, encore une fois, moi j'aime bien ce mot famille,
00:07:45c'est-à-dire que Johnny c'est comme un cousin éloigné,
00:07:50on ne le voit pas souvent, mais il est là,
00:07:52il a beau faire les plus belles bêtises, les plus grandes bêtises, on va lui pardonner,
00:07:55et en fait, il y a les paroles et les actes.
00:07:58Les paroles, on en a eu beaucoup ces derniers temps,
00:08:01même les fake news sur l'état de santé de Johnny,
00:08:05c'était même, c'était très très limite.
00:08:07Sauf qu'il fallait aussi les écouter, et écouter les silences et les actes.
00:08:12Et les actes, eh bien, ce sont quoi ?
00:08:13Les actes, c'est Johnny, c'est personnel ce que je vais vous dire,
00:08:17Johnny vit aux Etats-Unis,
00:08:19il vit à Los Angeles dans sa famille,
00:08:22Los Angeles, on connaît tous le climat exceptionnel de Los Angeles,
00:08:25et tout d'un coup, Johnny arrive en France,
00:08:28à Paris, à Marne-la-Coquette,
00:08:30dans un pays, dans une ville où il fait froid,
00:08:33où c'est la grisaille, on se demande vraiment pourquoi.
00:08:35En fait, ce que je pense, et j'en suis entièrement persuadé,
00:08:39c'est que Johnny est revenu en France
00:08:40pour poser sa valise,
00:08:43poser un genou à terre,
00:08:45et dire au revoir, et mourir auprès des siens.
00:08:47Et quand je dis des siens, c'est aussi bien sa famille,
00:08:49son cercle intime,
00:08:51mais aussi ses fans,
00:08:53son public, parce qu'il est né avec ce public,
00:08:55on a grandi avec lui,
00:08:56et je pense qu'il a décidé de mourir
00:08:59avec nous, pour son public.
00:09:01En France.
00:09:02Il y a dans la déclaration d'Emmanuel Macron à Alger,
00:09:06une expression qui est très forte dans la bouche d'un président,
00:09:09Johnny est un héros national.
00:09:10L'héros national, on a l'habitude de voir des militaires,
00:09:14des généraux,
00:09:15là c'est un chanteur,
00:09:16et ça prouve que cette génération de baby-boomers,
00:09:19finalement,
00:09:19qui découvre Johnny quand ils ont 16, 17 ans,
00:09:22parce qu'il faut avoir quelqu'un,
00:09:24il faut un poster pour mettre sur le mur de sa chambre,
00:09:27il découvre le pouvoir de la musique.
00:09:28Et alors, nous on a Johnny Hay Day,
00:09:30en Jamaïque c'est Bob Marley,
00:09:32au Brésil ça a été Chico Buarque,
00:09:34des gens qui, avec la musique finalement,
00:09:35ont apporté un sens,
00:09:37à la fois une sorte de,
00:09:39ont fédéré des gens qui étaient d'horizons très différents,
00:09:42et qui ont eu au bout d'un moment un pouvoir sur la société.
00:09:45Là il fédère, le pays.
00:09:46Oui.
00:09:46On a l'impression de faire nation,
00:09:47comme l'avait dit en son temps,
00:09:49c'était François Hollande qui avait utilisé cette expression-là.
00:09:53Le pays, il est uni là, aujourd'hui.
00:09:54Et puis à plusieurs reprises,
00:09:56on lui a posé,
00:09:57je ne sais pas si Vincent l'a fait,
00:09:58mais on lui a posé la question de son identité française.
00:10:01Johnny dit,
00:10:02j'ai découvert mon identité française,
00:10:03non pas parce que je suis citoyen,
00:10:06non pas parce que je suis chanteur,
00:10:07mais j'ai découvert mon identité au service militaire.
00:10:10Tout d'un coup, il fait le service militaire,
00:10:12alors que les jeunes, à l'époque,
00:10:13il est de bon goût d'échapper à la conscription.
00:10:15Là, Johnny, lui, il fait le service militaire,
00:10:17d'ailleurs il va faire les corvées,
00:10:19son général, son colonel va le laisser enregistrer les disques, etc.
00:10:23Mais il fait ça.
00:10:24Et puis, quand il part à Los Angeles,
00:10:26il y a une interview,
00:10:26on lui demande la question,
00:10:27alors il y a l'exil, il y a la question d'exil,
00:10:28ça y est, Johnny nous quitte,
00:10:29il va en Suisse, il part à Los Angeles,
00:10:31et dit non, je suis français,
00:10:33ma ville c'est Paris.
00:10:34Donc il y a toujours,
00:10:35Johnny a voulu cet attachement à la France.
00:10:37J'écris ces mots sans y croire,
00:10:39et pourtant, c'est bien cela,
00:10:40mon homme n'est plus.
00:10:41C'est par ce communiqué émouvant
00:10:42que Laetitia, l'épouse de Johnny,
00:10:44a annoncé au pays la triste nouvelle.
00:10:46Depuis ce matin très tôt,
00:10:47l'émotion touche toute la France.
00:10:49C'est fan, mais bien au-delà,
00:10:50le monde politique,
00:10:51celui de la musique,
00:10:52du cinéma,
00:10:53de la scène en général,
00:10:54c'est une nation qui se rassemble
00:10:56pour dire adieu à son rockeur.
00:10:58Clotilde Mravko,
00:10:58Lucie Lémar et Maxime Léogier.
00:11:03Même le New York Times
00:11:05lui rend le plus américain des hommages.
00:11:09Johnny, pour eux,
00:11:11c'est carrément l'Elvis Presley de la France.
00:11:14De New York à Marne-la-Coquette,
00:11:18sous le choc,
00:11:19ils sont des milliers à se souvenir,
00:11:22à le pleurer,
00:11:23ce rockeur qui les a fait vibrer
00:11:24comme aucun autre.
00:11:28J'ai du chagrin.
00:11:29J'ai du chagrin.
00:11:30Ça ne coule que le chagrin.
00:11:31Qu'est-ce que tu représentais ?
00:11:32Ça représentait un compagnon de vie,
00:11:36un modèle,
00:11:37une voix,
00:11:38une voix,
00:11:39une voix d'exception.
00:11:40Et puis le rock'n'roll.
00:11:42Quand on aime le rock'n'roll,
00:11:43c'est le rock'n'roll d'attitude.
00:11:45On aime Johnny,
00:11:46son humour.
00:11:47J'aimais bien sa beauté.
00:11:49J'aimais tout chez lui.
00:11:50C'était un être généreux.
00:11:52On le sentait.
00:11:53Quand on allait le voir sur scène,
00:11:55il donnait tout.
00:11:56On le prenait en pleine figure.
00:11:57Quand on sentait son souffle.
00:12:00Devant la maison du chanteur,
00:12:02entre les journalistes et les policiers,
00:12:05les fans se faufilent.
00:12:08J'emmène des roses rouges
00:12:09pour notre idole
00:12:11qui va nous manquer.
00:12:14On aura sa voix.
00:12:15Des admirateurs
00:12:17comme une famille
00:12:18soudée dans la douleur
00:12:20qui ont accouru
00:12:21en pleine nuit
00:12:22de toute la France.
00:12:23Moi, j'ai été prévenu
00:12:25par mon frère
00:12:25à 3h du matin
00:12:26en me disant
00:12:26que tant que Johnny
00:12:27était décédé,
00:12:29je vais monter dans ma voiture
00:12:30et je suis venu directement.
00:12:33Parce que moi,
00:12:34Johnny,
00:12:34il compte énormément pour moi.
00:12:36C'est par un communiqué
00:12:39un peu avant 3h du matin
00:12:40que sa femme Laetitia
00:12:42a annoncé son décès.
00:12:44J'écris ces mots
00:12:45sans y croire
00:12:46et pourtant,
00:12:47c'est bien cela.
00:12:48Mon homme n'est plus.
00:12:49Il nous quitte cette nuit
00:12:51comme il aura vécu
00:12:52tout au long de sa vie
00:12:53avec courage et dignité.
00:12:55Réaction immédiate
00:12:56à commencer
00:12:56par celle du monde politique.
00:12:58Depuis l'Algérie,
00:13:00le président salue l'homme
00:13:01derrière la star.
00:13:02Il fait partie
00:13:03de ces hommes
00:13:04qui auraient dû mourir
00:13:05100 fois
00:13:06par la vie qu'ils ont menée,
00:13:08par les excès
00:13:08qui ont été leurs,
00:13:09par les combats
00:13:11qui ont été les siens
00:13:11et ils n'étaient jamais tombés.
00:13:13Et donc,
00:13:16je crois que ce qui est dur ce matin,
00:13:18ce n'est pas seulement
00:13:19sa disparition,
00:13:20c'est qu'on croyait
00:13:21qu'il était invincible.
00:13:22Aujourd'hui,
00:13:23même s'il y a
00:13:24beaucoup de douleurs,
00:13:24je pense à sa famille,
00:13:26à son épouse,
00:13:27à ses enfants,
00:13:28il y a aussi
00:13:28cette certitude
00:13:29qu'il sera toujours avec nous
00:13:32à travers sa musique
00:13:33et ses chansons.
00:13:35Un hommage relayé
00:13:36jusque dans l'hémicycle
00:13:37de l'Assemblée nationale
00:13:38cet après-midi.
00:13:39En disant qu'à l'image
00:13:40des Françaises et des Français,
00:13:42nous avons tous
00:13:43en nous
00:13:44quelque chose
00:13:44de Johnny Hallyday.
00:13:46Des applaudissements
00:13:47chez les députés
00:13:49à Paris,
00:13:51des airs mythiques
00:13:52sur toutes les lèvres,
00:13:53partout,
00:13:54on est marqué
00:13:55par celui
00:13:55qui a fait danser
00:13:57toutes les générations
00:13:58et même en famille.
00:13:59On a trop donné
00:14:00qu'un avant l'envie,
00:14:02j'ai oublié
00:14:03rire et merci
00:14:04toutes ces choses
00:14:06qui avaient un prix.
00:14:07Oui,
00:14:08j'ai versé ma larme
00:14:09ce matin,
00:14:09c'est ma génération
00:14:10en plus,
00:14:11donc je ne suis pas fan,
00:14:13mais j'admire son travail.
00:14:15Qui font l'envie
00:14:16de vivre
00:14:17et de le désir
00:14:18et le plaisir aussi
00:14:19qu'on me donne l'envie,
00:14:21l'envie d'avoir envie.
00:14:24Sylvie Vartan,
00:14:25sa première femme,
00:14:27Michel Polnareff,
00:14:29ses deux complices,
00:14:31Claude Lelouch
00:14:31et Eddie Mitchell.
00:14:33Ils sont des dizaines
00:14:34d'artistes
00:14:34à pleurer leur amie.
00:14:35Celle qu'il a lancée,
00:14:37Lynn Renaud,
00:14:37en parle encore au présent.
00:14:39Il est très intelligent,
00:14:41Johnny.
00:14:42Il a un instinct
00:14:43en ce qu'il conserve
00:14:44en tout cas unique.
00:14:46En plus,
00:14:47c'est quelqu'un qui...
00:14:48Il est gentil,
00:14:49j'entends jamais dire du mal.
00:14:51Et puis,
00:14:52ce respect du public.
00:14:54Jamais tricher,
00:14:55il ne faut pas tricher.
00:14:56Le gouvernement
00:14:57dit réfléchir
00:14:58à un hommage
00:14:59digne de la rockstar.
00:15:01Il n'y a pas de l'amour
00:15:03pour parler au canot.
00:15:06Un hommage national.
00:15:08Un enterrement hors norme.
00:15:11Je vous enlève.
00:15:13Merci.
00:15:14À l'image de Johnny.
00:15:17Et cette question,
00:15:18pour reprendre notre discussion,
00:15:19ce qu'on a très bien vu
00:15:20dans ce reportage,
00:15:21comment expliquer
00:15:21que tant de Français
00:15:22soient aussi touchés
00:15:23par la mort de l'artiste ?
00:15:24On entendait dans le reportage
00:15:25un monsieur qui disait
00:15:26« Je ne suis pas fan,
00:15:26mais j'ai versé ma larme. »
00:15:28Parce qu'il y avait du respect.
00:15:29Parce qu'on voyait
00:15:30depuis 50 ans
00:15:32un artiste qui,
00:15:33dans tous les sens du terme,
00:15:34mouillait sa chemise.
00:15:35C'est-à-dire un artiste
00:15:37qui ne venait pas
00:15:37un soir en concert
00:15:38faire le service minimum,
00:15:40chanter pendant une heure et demie,
00:15:41s'arrêter parce qu'il avait trop chaud.
00:15:43Non.
00:15:43On voyait un artiste
00:15:44suer,
00:15:45sang et eau,
00:15:46avoir la chemise trempée
00:15:48qu'on pouvait tordre.
00:15:49Et on sentait tellement
00:15:50le respect du public.
00:15:51Il reconnaissait tellement
00:15:53que s'il était là,
00:15:53c'était parce que ce public
00:15:55le suivait fidèlement
00:15:56depuis tant d'années
00:15:57que je crois
00:15:57que ça forçait le respect.
00:15:59Et que,
00:15:59même si on n'était pas fan,
00:16:01on devait respecter
00:16:02un artiste
00:16:03qui faisait aussi bien
00:16:04son métier
00:16:04dans ces conditions-là.
00:16:05On allait voir le show
00:16:06parce qu'il fallait aller le voir,
00:16:07même si on n'aimait pas
00:16:08forcément le répertoire.
00:16:09Vous savez,
00:16:10j'ai vu à peu près
00:16:1150 fois Johnny sur scène.
00:16:13J'ai été de toutes les tournées
00:16:14depuis 30 ans
00:16:15et plusieurs fois
00:16:16chaque spectacle de la tournée.
00:16:17Et je me suis toujours amusé
00:16:19à emmener avec moi
00:16:20la plupart du temps
00:16:20des personnes
00:16:21qui ne l'avaient jamais vue.
00:16:22Des jeunes,
00:16:23des moins jeunes,
00:16:23un jeune caméraman,
00:16:24un collaborateur,
00:16:25une petite amie,
00:16:26etc.
00:16:27Et souvent,
00:16:27des jeunes qui disaient
00:16:28« Ouais, bon,
00:16:29Johnny,
00:16:30c'est quand même un peu
00:16:30la musique de mes parents,
00:16:31c'est quand même un peu
00:16:32la musique varieuse,
00:16:33le rock variété français. »
00:16:34Et à la fin,
00:16:35dans 100% des cas,
00:16:37c'était
00:16:37« Ah ouais, quand même. »
00:16:40« Ah ouais. »
00:16:40Le respect,
00:16:41on en revient toujours à ça.
00:16:42Le respect.
00:16:43Mon avis ?
00:16:44En fait,
00:16:45je vais vous avouer quelque chose.
00:16:47Allez-y,
00:16:47c'est le moment.
00:16:48Puisqu'on est entre nous.
00:16:49C'est le moment.
00:16:49J'ai voulu faire de la radio
00:16:52parce que quand j'étais enfant
00:16:53et très jeune,
00:16:54j'étais quelqu'un de très timide.
00:16:55Et j'ai voulu faire de la radio,
00:16:57j'en avais pendant 27 ans,
00:16:58à France Inter et ailleurs.
00:17:00Et j'ai voulu faire de la radio
00:17:01pour deux raisons.
00:17:03Pour pouvoir rencontrer
00:17:04deux idoles.
00:17:06Deux.
00:17:06La première,
00:17:07c'était Johnny Hallyday.
00:17:09Parce que je voulais lui serrer la main
00:17:10et voir son regard.
00:17:12Et le deuxième personnage,
00:17:14c'était Bruce Springsteen.
00:17:15Parce qu'entre ces deux-là,
00:17:16il y a la même envie.
00:17:19C'est-à-dire que quand ils chantent
00:17:20une chanson sur scène,
00:17:21ils remettent leur carrière en jeu
00:17:22à chaque fois.
00:17:23C'est les deux patrons.
00:17:24C'est les deux patrons.
00:17:25Les deux bosses.
00:17:26Tout à l'heure,
00:17:27pendant le reportage,
00:17:28je traînais un secret,
00:17:29vous disiez,
00:17:29c'est important que le président
00:17:30de la République ait utilisé
00:17:31le mot d'invincible
00:17:32et non pas immortel.
00:17:34Ça fait référence aussi
00:17:35à ce que disait à l'instant
00:17:36Vincent Perrault,
00:17:36c'est-à-dire cette idée
00:17:37qu'on pensait qu'il pouvait
00:17:38tout surmonter
00:17:39parce qu'il avait
00:17:39cette espèce de rage,
00:17:40de force,
00:17:41c'est ça ?
00:17:41Oui, c'est ça.
00:17:42Et puis parce que,
00:17:43je n'ai pas envie de parler
00:17:44de mythologie,
00:17:45le côté immortel,
00:17:46il a le côté invincible
00:17:47parce que pour moi,
00:17:53mais Johnny était
00:17:54un homme debout aussi.
00:17:55Et le fait d'avoir fait
00:17:57de la radio,
00:17:57c'était pour rencontrer
00:17:58ces deux personnages
00:17:59et le jour où j'ai rencontré
00:18:01Johnny Hallyday,
00:18:01j'ai compris pourquoi
00:18:03les gens l'aimaient profondément.
00:18:04C'est parce que
00:18:06je me faisais une idée
00:18:07du personnage
00:18:08d'une star énorme,
00:18:09incroyable,
00:18:10avec un charisme,
00:18:11etc.
00:18:11Et j'ai rencontré
00:18:13un homme
00:18:15humble,
00:18:15d'une sensibilité,
00:18:17d'une sincérité,
00:18:19quelqu'un parfois
00:18:19un peu maladroit
00:18:20mais qui fait...
00:18:21C'est timide.
00:18:22Et beaucoup de timidité,
00:18:23c'est-à-dire qu'on n'osait
00:18:25pas se regarder trop
00:18:26et j'ai trouvé que c'était...
00:18:28Ça, c'est le français type
00:18:29en fait,
00:18:30tout simplement.
00:18:30Pourquoi ?
00:18:30Qu'est-ce qu'il y a
00:18:31de français type
00:18:31dans cette attitude-là ?
00:18:32Parce que pour moi,
00:18:33un français,
00:18:33c'est quelqu'un
00:18:34qui peut être très prétentieux
00:18:35comme rempli de doutes.
00:18:37C'est quelqu'un
00:18:37qui peut voter à droite
00:18:38et puis voter à gauche après.
00:18:39C'est quelqu'un
00:18:40qui se pose des questions
00:18:41et puis pour moi,
00:18:43c'est Johnny.
00:18:43C'est Johnny.
00:18:44Olivier Royan.
00:18:45Alors, je les ai vus,
00:18:45on a fait le chiffre exact,
00:18:46que c'est 77 couvertures
00:18:47de Johnny.
00:18:48Alors, je les ai passées
00:18:49en revue,
00:18:49je m'en souviens
00:18:50parce que j'en ai
00:18:51depuis très longtemps
00:18:51et puis ce qu'on voit,
00:18:52c'est que tout d'un coup,
00:18:54on a l'impression
00:18:54que dès le début,
00:18:55la première couverture de match,
00:18:57il est cravaté,
00:18:58il est très sage,
00:18:59il a les yeux bleus,
00:19:01ce n'est pas le rocker
00:19:02qui casse les guitares,
00:19:03etc.
00:19:04Mais il y a quand même,
00:19:04on sent quelque chose,
00:19:06il va passer avec les français
00:19:07une sorte de pacte
00:19:07et un pacte de vérité.
00:19:09C'est quelqu'un
00:19:10qui va venir dire
00:19:10la vie telle qu'elle est.
00:19:12Ce qui est rare.
00:19:12On est dans un plan
00:19:14où un artiste
00:19:15a toujours quelque chose
00:19:16à vendre.
00:19:16Il a à vendre un film,
00:19:17il a à vendre un livre,
00:19:18il a à vendre un disque,
00:19:21Johnny va raconter sa vie.
00:19:22Et il y a des hauts et des bas.
00:19:24Claude disait tout à l'heure
00:19:25que c'était quelqu'un,
00:19:25un phénix qui se reconstitue
00:19:26en permanence,
00:19:27mais il passe par des moments
00:19:28très très bas,
00:19:29la période 68-72.
00:19:31Il faut qu'il se reconstitue.
00:19:32Alors, il se reconstitue physiquement,
00:19:34il se reconstitue sentimentalement,
00:19:35psychologiquement.
00:19:36Et en même temps,
00:19:37il vient raconter sa vie
00:19:38et c'est des moments,
00:19:39et je pense que les français
00:19:40sont en adéquation avec lui.
00:19:42parce que c'est la vraie vie,
00:19:44c'est la vie telle qu'elle est.
00:19:45Il raconte toute sa vie
00:19:46avec une façon de raconter aussi
00:19:49ses amours, ses enfants,
00:19:51avec l'idée non pas de mettre...
00:19:53L'abandon des parents,
00:19:54c'est quelqu'un qui cherche l'amour
00:19:55toute sa vie,
00:19:55c'est quelqu'un qui a été abandonné,
00:19:57c'est le vagabond,
00:19:57c'est l'enfant de la balle
00:19:59qui l'âge de 5 ans
00:20:00est dans un cirque.
00:20:01Mais on raconte,
00:20:02on essaie de détricoter ensemble
00:20:03le lien qu'il y a
00:20:04entre Johnny et ce français.
00:20:07C'est que la vie est dure,
00:20:08la vie c'est des hauts et des bas.
00:20:09Et c'est pour ça
00:20:10que la phrase invincible,
00:20:11on le croyait invincible
00:20:12et aussi forte
00:20:13parce que ça retrace toute sa vie.
00:20:14Ce que je voulais dire,
00:20:15c'est qu'il n'y a pas de mise en scène.
00:20:17Il donne, c'était ça ?
00:20:18En fait, il donnait sa vie.
00:20:19Il partage, il partage.
00:20:21Il n'y a pas de mise en scène,
00:20:22il n'y a pas de plan média,
00:20:23il n'y a pas de séquence.
00:20:25Parfois, il fait rire.
00:20:26Johnny est en couverture de match
00:20:27en Père Noël.
00:20:28Il a fait ça ?
00:20:30Il souhaite Noël aux Français
00:20:31en Père Noël.
00:20:32Johnny vient en costume 3 pièces.
00:20:34Bon, c'est la mode
00:20:35du costume 3 pièces.
00:20:36Il passe à travers une mode.
00:20:37C'est comme ça,
00:20:38il partage et il le fait.
00:20:39Alors, au fil des années,
00:20:40ce qui est incroyable,
00:20:41c'est que les intellos moqueurs
00:20:42ont été beaucoup moins nombreux
00:20:43parce qu'on l'a beaucoup moqué, Johnny.
00:20:46En plus, il est un peu handicapé.
00:20:47Il s'est toujours senti un peu
00:20:49comme il est très timide,
00:20:50un peu handicapé du langage.
00:20:51Il a certaines expressions
00:20:52qui font rire.
00:20:53La marionnette de Johnny au guignol
00:20:54lui a fait du mal.
00:20:55Ça lui a fait du mal.
00:20:56Et pourtant, ce n'est pas grave.
00:20:58On lui pardonne tout
00:20:58parce qu'il nous ressemble.
00:21:00On va y revenir
00:21:00parce que j'aimerais revenir
00:21:01sur un mot qu'a dit Lille Renaud
00:21:02dans le reportage.
00:21:03Il est intelligent.
00:21:04Mais Claude Veil sur cet aspect-là,
00:21:06ce lien avec les Français
00:21:07qui est, je vous donne ma vie,
00:21:08je vous donne mes amours,
00:21:09je vous donne mes emmerdes
00:21:10et je vous raconte tout
00:21:11sans filtre et sans mise en scène.
00:21:13Il y a une mise en scène.
00:21:14D'accord.
00:21:15Mais il y a beaucoup plus...
00:21:15Il y a évidemment une mise en scène.
00:21:17Son métier était de mettre
00:21:18les choses en scène.
00:21:19Il y a des pontographes
00:21:19et des costumes.
00:21:19Ses choses étaient extrêmement
00:21:21mises en scène.
00:21:21Mais il y a beaucoup plus fort
00:21:22que la mise en scène,
00:21:23il y a la mise à nu.
00:21:24C'est-à-dire que c'est un homme
00:21:25qui vient devant nous
00:21:26et qui partage avec nous
00:21:28ses doutes, ses angoisses,
00:21:30son insécurité liée à l'enfance,
00:21:32l'absence du père
00:21:32et tout ce qu'on connaît.
00:21:33Il y a une légende
00:21:35à la Hector Malot
00:21:36mais qui est une légende vraie.
00:21:37C'est la vraie histoire
00:21:39de Johnny Hallyday,
00:21:40de Jean-Philippe Clerc,
00:21:41Ousmet, né à Paris
00:21:42en juin 1943, etc.
00:21:45Parti avec sa tante à Londres.
00:21:47Cette vie de Seltenban
00:21:48qu'à partir de l'âge
00:21:49de 3-4 ans
00:21:51qui fait qu'il a très peu
00:21:52fréquenté l'école,
00:21:52qu'il a un problème
00:21:53avec les mots
00:21:54et que ce qu'il n'arrive pas
00:21:55à exprimer par les mots,
00:21:56il l'exprime par sa musique
00:21:57et il l'exprime
00:21:58par cette voix incroyable,
00:22:00voix de chanteur de flamenco
00:22:01qui n'est pas du tout
00:22:02une voix classique de variété,
00:22:03qui est capable de modulation,
00:22:05qui donne la chair de poule
00:22:06et c'est tout ça,
00:22:07les gens l'aiment
00:22:08parce qu'il partage.
00:22:09Il a partagé
00:22:11ce qui est le sort
00:22:12de tout le monde,
00:22:13c'est-à-dire des souffrances,
00:22:14des moments de joie,
00:22:15de bonheur
00:22:16et du coup,
00:22:17c'est parce qu'il a partagé
00:22:18qu'on lui a pardonné tout,
00:22:19y compris l'alcool,
00:22:20la drogue,
00:22:21les infidélités,
00:22:22tout ce qui a construit
00:22:24la légende du rocker.
00:22:27À aucun moment,
00:22:27il n'oublie d'où il vient
00:22:28et il vient des bas quartiers.
00:22:30Il vient de cette France difficile,
00:22:32je suis né dans la rue
00:22:33et Daniel Rondeau
00:22:34me citait une anecdote.
00:22:37L'écrivain ?
00:22:38Johnny chez les mineurs.
00:22:40Un jour,
00:22:40il fait à Thionville
00:22:41cadeau de son cachet
00:22:42aux mineurs.
00:22:43Alors,
00:22:44comment vont-ils réagir ?
00:22:45Ça peut paraître
00:22:45un geste un peu
00:22:47mégalo.
00:22:48Le lendemain,
00:22:49les mineurs sont là,
00:22:50ils lui font une haie d'honneur
00:22:51avec leurs lampes
00:22:52et Johnny,
00:22:54regarde,
00:22:54il appartient un peu
00:22:55au même monde qu'eux.
00:22:56Il vient de...
00:22:57Et c'est ce contact-là,
00:22:58il ne faut jamais l'oublier.
00:22:59Il a creusé un sillon
00:23:00dans la France,
00:23:00il est toujours allé
00:23:01dans les petites villes,
00:23:02les villes moyennes.
00:23:02Il y a les grands stades,
00:23:03il y a les grands shows,
00:23:04mais il y a ces 30 années
00:23:06de contact physique
00:23:07avec les Français.
00:23:08Il n'était pas un people
00:23:10hors sol
00:23:11qui avait oublié ses racines,
00:23:12c'est ça que vous nous expliquez.
00:23:14Je pense que c'est...
00:23:14En tout cas,
00:23:15les Français ont compris
00:23:16d'où il venait
00:23:17et il n'a jamais oublié
00:23:18d'où il venait,
00:23:22les mots.
00:23:23Je reviens à ce que disait
00:23:23Léline Renaud,
00:23:24il était intelligent.
00:23:26Et ce qu'il voulait exprimer,
00:23:27il l'exprimait par sa musique
00:23:29et par ses images
00:23:30et par cette vie
00:23:30qu'il racontait aux Français.
00:23:32Ça veut dire qu'il était complexé
00:23:34par le fait qu'il n'ait pas fait d'études ?
00:23:36Mais bien sûr.
00:23:37Bien sûr.
00:23:38Vous savez,
00:23:38ça ne commençait pas très bien pour lui.
00:23:40L'affaire n'était pas vraiment gagnée.
00:23:42Le côté familial
00:23:42est extrêmement douloureux.
00:23:44L'école,
00:23:45il faut bien reconnaître
00:23:45que ce n'est pas vraiment son truc.
00:23:47C'est un autodidacte complet.
00:23:49Il s'est vraiment fait lui-même
00:23:50et il est arrivé
00:23:51au plus haut niveau.
00:23:52C'est une success story
00:23:53qui inspire le respect
00:23:55de ses fans et des autres.
00:23:57Mais il a toujours eu,
00:23:58c'est vrai,
00:24:00étant donné qu'il est assez timide
00:24:01et introverti,
00:24:04il fallait,
00:24:04et moi je l'ai remarqué souvent
00:24:05dans les interviews,
00:24:06plus on se connaissait,
00:24:07plus les interviews étaient bonnes,
00:24:09meilleures,
00:24:10plus il se sentait...
00:24:11Non, il avait une peur bleue
00:24:12de la caméra finalement.
00:24:13De toute façon,
00:24:14c'est un homme qui n'était en gros
00:24:15heureux que sur scène
00:24:16et à la fin de sa vie
00:24:17avec sa famille.
00:24:18Mais c'est-à-dire que
00:24:19pour compenser
00:24:21ce complexe
00:24:21de ne pas maîtriser
00:24:23la façon dont il va falloir
00:24:24accorder le verbe
00:24:25et le bon mot
00:24:26pour donner la bonne idée,
00:24:28se réfugier
00:24:28derrière de grands sourires.
00:24:30Mais quand il avait confiance
00:24:31en vous,
00:24:31à partir du moment
00:24:32où il était détendu,
00:24:33quand vous l'aviez un peu
00:24:35apprivoisé,
00:24:36il devenait beaucoup plus naturel
00:24:37et tout d'un coup
00:24:38parlait tout à fait normalement.
00:24:40Mais c'est un homme
00:24:41qui avait un trac fou,
00:24:42sauf pour monter sur scène,
00:24:43ce qui peut paraître
00:24:44tout à fait paradoxal.
00:24:46Dans les paroles de Lynn,
00:24:47Renaud,
00:24:48il y a un mot
00:24:48qui est important,
00:24:49c'est l'instinct.
00:24:50Dans les portraits
00:24:51qui ont marqué notre histoire,
00:24:53il y a un portrait
00:24:53de Jean Cour en 78
00:24:54qui accompagne Johnny
00:24:56sur les routes de France
00:24:57et il dit
00:24:58chez ce type,
00:24:59il n'y a pas de calcul,
00:25:00il n'y a pas de ruse,
00:25:01il n'y a que de l'instinct.
00:25:02Et l'instinct,
00:25:03c'est muet.
00:25:04Et je pense que c'est ça.
00:25:05L'instinct, c'est muet
00:25:06et Johnny ne peut pas...
00:25:08C'est vrai qu'il y a une peur
00:25:09bleue dans les interviews,
00:25:09il ne peut pas exprimer
00:25:10le fond de sa pensée.
00:25:11C'est quelqu'un d'intelligent,
00:25:12timide,
00:25:13c'est quelqu'un de très informé.
00:25:15Il lit tout, Johnny.
00:25:16Il lit les journaux,
00:25:17il est en contact avec les médias,
00:25:18il regarde la télévision,
00:25:19il lit des livres.
00:25:20C'est quelqu'un de très informé
00:25:21et très cultivé.
00:25:21Quand est-ce que ça s'est renversé ?
00:25:23Quand est-ce qu'on est passé
00:25:24de la caricature faite
00:25:26par les guignols de l'info
00:25:28à ce Johnny
00:25:29qui était redevenu
00:25:30un peu à la mode
00:25:33avec des gens
00:25:33comme Fabrice Lucchini
00:25:34qui rendait hommage
00:25:35à son talent,
00:25:36à la force de son talent ?
00:25:38Il y a eu des moments
00:25:39où il était raillé,
00:25:40c'était ringard
00:25:41on va le dire
00:25:42et par une forme
00:25:43d'intelligentsia française
00:25:44qui trouvait
00:25:45que ce n'était pas assez bien.
00:25:46Oui, vous avez raison
00:25:47et si le fait
00:25:49de ne pas faire d'études
00:25:50on est des crétins,
00:25:51c'était un peu ça.
00:25:52C'était un peu ça.
00:25:53Vous l'avez mieux dit que moi.
00:25:54Je trouve que Johnny
00:25:55avait une vraie intelligence
00:25:56de vie.
00:25:58C'est quelqu'un
00:25:58qui a toujours su s'entourer
00:26:00à part à quelques moments
00:26:01de sa vie
00:26:01mais il a toujours su s'entourer
00:26:03de femmes,
00:26:04d'hommes
00:26:04mais aussi
00:26:05il avait comme disait Vincent
00:26:07une très grande culture.
00:26:08Il était toujours curieux
00:26:09des autres
00:26:09et donc oui
00:26:11c'est un personnage
00:26:13pour moi
00:26:13qui est d'une très grande
00:26:14intelligence de vie
00:26:15tout simplement.
00:26:16Et ça aussi
00:26:16ça parle aux Français
00:26:17cette vie de courageux
00:26:18qu'a évoqué Emmanuel Macron
00:26:20dans l'intervention
00:26:20qu'on vient d'entendre.
00:26:21Je ne voudrais pas l'écraser
00:26:23sous les références
00:26:23le mot christique
00:26:24est beaucoup trop galvané
00:26:25mais c'est vrai
00:26:27qu'à l'idée
00:26:27c'est un homme
00:26:27qui tombe
00:26:28et qui se relève
00:26:28et ça
00:26:29ça me paraît essentiel
00:26:30pour comprendre
00:26:31sa popularité
00:26:31y compris dans les milieux
00:26:32intellectuels que vous dites.
00:26:34C'est-à-dire qu'on l'a vu
00:26:35tomber dix fois
00:26:36on l'a vu tomber
00:26:36dans des abîmes
00:26:37on l'a vu manquer mourir
00:26:40dans des accidents
00:26:41de voiture
00:26:41ou de moto
00:26:42on l'a vu tenter
00:26:43de se suicider
00:26:44et revenir
00:26:44avec noir
00:26:45c'est noir
00:26:45c'est le type
00:26:47qui toujours se redresse
00:26:48et ça
00:26:49c'est quelque chose
00:26:50qui évidemment
00:26:51a fini par marquer
00:26:53les esprits
00:26:53on y reviendra peut-être
00:26:54mais c'est vrai
00:26:55que d'une certaine façon
00:26:57comme Piaf
00:26:58il est un des rares artistes
00:26:59qui ont effacé
00:27:00la frontière
00:27:02très brutale
00:27:04entre milieux savants
00:27:06milieux intellectuels
00:27:07milieux chics
00:27:07et milieux populaires
00:27:09moi quand j'étais étudiant
00:27:10ça remonte au 19ème siècle
00:27:12au 20ème siècle
00:27:13au 20ème siècle
00:27:15dans mon milieu
00:27:16on aimait Ferra
00:27:18Ferré, Barbara
00:27:19et on aimait
00:27:20John Bez
00:27:21et Bob Dylan
00:27:23si vous disiez
00:27:24j'aime Hallyday
00:27:25vous étiez
00:27:26le dernier des ploucs
00:27:27c'était la honte
00:27:28c'était la honte
00:27:28personne n'aimait
00:27:29Johnny Hallyday
00:27:29en fac
00:27:30dans les années 60
00:27:3170
00:27:33et puis maintenant
00:27:34les choses ont complètement changé
00:27:35j'ai vu tout cet après-midi
00:27:37dans une vidéo
00:27:37qu'Emmanuel Macron
00:27:38c'était en 2015
00:27:39donc il n'était même pas
00:27:41président de la République
00:27:42danser avec sa femme
00:27:43à un concert d'Hallyday
00:27:44ça s'éprouve que
00:27:45il n'est pas
00:27:46il n'est pas
00:27:47il n'est pas
00:27:47il n'est pas
00:27:47il n'est pas
00:27:47chanteur engagé
00:27:49on va poursuivre
00:27:50cette conversation
00:27:5157 ans de carrière
00:27:52plus de 110 millions
00:27:53de disques vendus
00:27:54Johnny Hallyday
00:27:55était une star hors norme
00:27:56l'idole de plusieurs générations
00:27:58a commencé
00:27:58par celle des 60's
00:28:00dans les années 60's
00:28:01la jeunesse française
00:28:01découvre le rock
00:28:03dans la France de De Gaulle
00:28:04le succès de Johnny
00:28:05ne se démentira plus
00:28:06retour sur la naissance
00:28:07d'une icône
00:28:08Damien Fleurette
00:28:09et Christophe Roquet
00:28:13il a 16 ans je crois
00:28:1417
00:28:1517
00:28:15vous voyez ça change tout
00:28:17je voudrais bien poser des questions
00:28:19à mon filleul
00:28:20mais je vous préviens tout de suite
00:28:21aimer
00:28:21il répond par oui
00:28:23ou par non
00:28:25c'est monsieur oui non
00:28:26c'est monsieur oui non
00:28:27et je crois qu'on doit ça
00:28:28à la timidité
00:28:29de ses 17 ans
00:28:31timide
00:28:31Johnny Hallyday
00:28:32en tout cas pas avec une guitare
00:28:34c'est sa première télévision
00:28:36et dans la France du général de Gaulle
00:28:38on n'avait jamais vu ça
00:28:42avril 1960
00:28:43Johnny sort son premier disque
00:28:45l'attitude du chanteur sur scène
00:28:48booste les ventes
00:28:49et très vite
00:28:49100 000 exemplaires sont écoulés
00:28:51Johnny reprend en français
00:28:53le rock'n'roll anglo-saxon
00:29:03la critique la doube en 1962
00:29:05avec Retien la nuit
00:29:07écrite par Charles Aznavour
00:29:09reconnu comme un vrai chanteur
00:29:10il est l'idole des jeunes
00:29:20ce sont les années yéyé
00:29:23la jeunesse française
00:29:24se passionne pour Johnny Hallyday
00:29:28comme Elvis Presley
00:29:29aux Etats-Unis
00:29:30la caméra le suit partout
00:29:31jusque pendant son service militaire
00:29:34et même là
00:29:35Johnny fait le show
00:29:40à la ville
00:29:41il forme un couple glamour
00:29:43avec une autre idole des jeunes
00:29:45Sylvie Vartan
00:29:46qu'il retrouve le temps d'une permission
00:29:48pour fêter ses 21 ans
00:29:49tu comptes ?
00:29:51oui j'ai compté
00:29:52c'est une journée importante
00:29:53parce que
00:29:53on a fait une surprise de venir
00:29:56parce que
00:29:56j'étais pas tellement sûre
00:29:57qu'ils viennent
00:29:58l'événement de la semaine
00:30:00en avril 65
00:30:01c'est le mariage du couple de stars
00:30:03à l'Oconville
00:30:04monsieur et madame Smet
00:30:05ont mis presque 20 minutes
00:30:06pour rejoindre leur voiture
00:30:08Sylvie a manqué
00:30:09périr étouffée
00:30:10Johnny a failli perdre son calme
00:30:15mais rapidement
00:30:16Johnny est épuisé
00:30:18par les tournées
00:30:20le rocker manque la naissance
00:30:21de son fils David
00:30:23et la relation avec Sylvie Vartan
00:30:25n'est pas au beau fixe
00:30:26c'est la face sombre du succès
00:30:30en 1966
00:30:32Johnny tente de se suicider
00:30:33dans sa loge
00:30:41j'ai réduit mon entourage
00:30:42de beaucoup de personnes
00:30:43et que maintenant
00:30:44je travaille
00:30:46avec des amis
00:30:47que je pense
00:30:48beaucoup plus sincères
00:30:48au début des années 70
00:30:52Johnny se frotte au cinéma
00:30:54il retrouve le sourire
00:30:55aux côtés de Lino Ventura
00:30:57d'Aldo Macione
00:30:57et de Jacques Brel
00:30:58la caméra de Claude Lelouch
00:31:00pour l'aventure
00:31:01c'est l'aventure
00:31:04Johnny Hallyday
00:31:06incarne dans ce film
00:31:07Johnny Hallyday
00:31:08oui
00:31:09alors qu'est-ce qui vous arrive
00:31:10un petit peu
00:31:11en train de nous ?
00:31:12c'est-à-dire que je me fais enlever
00:31:14dans quel but ?
00:31:15dans le but
00:31:16de toucher une rançon
00:31:21pour son retour à la musique
00:31:22Johnny Hallyday
00:31:24abandonne les reprises
00:31:25son tube
00:31:26la musique que j'aime
00:31:27il l'écrira lui-même
00:31:32une exception pour le chanteur
00:31:33qui tout le reste de sa carrière
00:31:35va s'entourer d'auteurs
00:31:36et de compositeurs
00:31:37qui écriront pour lui
00:31:46Johnny prend une autre envergure
00:31:48il se produit au palais des sports de Paris
00:31:50passe par le chant contestataire
00:31:52pour finalement rester sur un rock'n'roll
00:31:54apolitique
00:31:55mature qui tient du blues
00:31:57il gagne en standing
00:32:01et perd en violence
00:32:06en 1979
00:32:08Johnny clôt la décennie
00:32:10avec Ma Gueule
00:32:11énorme tube
00:32:14la gueule de Johnny Hallyday
00:32:20les français la connaissent maintenant
00:32:22depuis 20 ans
00:32:23une génération
00:32:25agrandie avec le rocker
00:32:27qui deviendra bientôt
00:32:29la plus grande star française
00:32:41incroyable titre
00:32:42cette réaction d'une téléspectatrice
00:32:43ou d'un téléspectateur
00:32:44de C'est dans l'air
00:32:45moi pour des personnalités
00:32:46j'ai seulement pleuré
00:32:47pour De Gaulle et Johnny
00:32:50c'est intéressant
00:32:50De Gaulle et Johnny
00:32:52parce que c'est une histoire
00:32:53très particulière
00:32:54entre De Gaulle et Johnny
00:32:55quand De Gaulle voit débarquer Johnny
00:32:57il n'achète pas tout de suite
00:32:58mais non mais c'est normal
00:33:00il faut se resituer au début
00:33:01des années 60
00:33:02en général quand une nouvelle
00:33:04musique arrive
00:33:04et quand des nouvelles idoles
00:33:06arrivent
00:33:06c'est rarement la musique
00:33:07de vos parents
00:33:08c'est exactement ce qui se passe
00:33:10quand il arrive
00:33:10on commence à casser les chaises
00:33:11il y a des guitares électriques
00:33:12ça ne plaît pas aux parents
00:33:14de la jeunesse
00:33:15bon ça c'est un fait normal
00:33:16et là où c'est vraiment
00:33:18particulier Johnny Hallyday
00:33:19et il est quasiment le seul
00:33:20avec peut-être Eddie Mitchell
00:33:21c'est que
00:33:22la génération suivante arrive
00:33:24c'est toujours la génération
00:33:26des parents
00:33:27mais c'est aussi la musique
00:33:28de leurs enfants
00:33:29et les enfants
00:33:30des enfants
00:33:31continuent à écouter Johnny
00:33:32pendant que les arrières
00:33:33grands-parents
00:33:34continuent aussi
00:33:34à écouter Johnny
00:33:35c'est-à-dire qu'il n'y a pas
00:33:37de cassure
00:33:37comme il n'y a pas de mode
00:33:39dans la musique de Johnny
00:33:40elle ne se démode pas
00:33:41vous ne l'avez pas entendu
00:33:42chanter du disco
00:33:43vous ne l'avez pas entendu
00:33:44chanter du reggae
00:33:45vous ne l'avez pas entendu
00:33:45chanter du rap
00:33:46il est intemporel
00:33:48donc il n'y a pas de raison
00:33:49que ça ne suive pas
00:33:50toutes les générations
00:33:51dans les années 60
00:33:52sur De Gaulle
00:33:53c'est quand même
00:33:54la phrase de De Gaulle
00:33:55est étonnante
00:33:55de la même façon
00:33:56que Nixon ne savait pas
00:33:57qui était Elvis
00:33:59De Gaulle dit
00:33:59si ce jeune homme
00:34:01a une énergie débordante
00:34:02et bien
00:34:02allez lui faire casser
00:34:03des cailloux
00:34:04et c'est étonnant
00:34:05parce que c'est vraiment
00:34:06le personnage
00:34:06je pense que
00:34:07je ne suis pas sous votre contrôle
00:34:08mais qu'il a plus fasciné
00:34:10il est fasciné par De Gaulle
00:34:11en même temps
00:34:12ça ne l'empêche pas
00:34:12d'aller fréquemment jouer
00:34:13à la fête de l'humanité
00:34:14mais c'est De Gaulle
00:34:17qui le marque
00:34:18et je ne sais pas
00:34:19on n'a pas trouvé de photo
00:34:20de lui avec le général
00:34:21on cherche là
00:34:22mais on n'a pas trouvé
00:34:22jusqu'à ce moment
00:34:24mais en plus il a
00:34:25je trouve
00:34:26ce que vous dites
00:34:28Vincent est très juste
00:34:29par rapport à l'évolution
00:34:30de la musique de Johnny
00:34:31en fait on dit
00:34:32il n'a pas fait de disco
00:34:33il n'a pas fait de
00:34:34il a toujours été
00:34:35au niveau du rock
00:34:36de la country
00:34:37du blues
00:34:37il est revenu à la variété
00:34:39sauf que
00:34:39il a toujours su
00:34:41s'entourer
00:34:41des meilleurs paroliers
00:34:42et des meilleurs compositeurs
00:34:44pour adapter ses musiques
00:34:46et c'est vrai que
00:34:47dans les années 60
00:34:47il faisait appel
00:34:49à des paroliers français
00:34:50qui adaptaient
00:34:51les chansons
00:34:52outre-Atlantique
00:34:53car Elvis Presley
00:34:55dit Cochrane
00:34:55Chuck Berry
00:34:56Fats Domino
00:34:57et il est réadapté
00:34:58à la sauce française
00:34:58donc ça c'était l'époque
00:35:00des yayés
00:35:00du rock etc
00:35:01sauf que
00:35:01à la fin des années 60
00:35:03il a très vite compris
00:35:04que s'il continuait
00:35:05dans son registre là
00:35:06il allait passer
00:35:06pour un has-been
00:35:07et c'est là toute la force
00:35:08et l'intelligence de vie
00:35:09de Johnny
00:35:10c'est qu'à un moment donné
00:35:11il s'est dit
00:35:11il faut que je change
00:35:12à la fin des années 60
00:35:13début 70
00:35:14il y a un artiste majeur
00:35:16dans l'histoire de la musique
00:35:17qui apparaît
00:35:17qui s'appelle Marvin Gaye
00:35:19et qui crée un album
00:35:19What's going on
00:35:20sur l'écologie
00:35:21c'était le premier album
00:35:22où on commençait à parler
00:35:23de la planète
00:35:23et de l'écologie
00:35:24ce qu'a fait Johnny Hallyday
00:35:25il a contacté
00:35:26Philippe Labreau
00:35:27que Vincent connaît bien
00:35:29Philippe Labreau
00:35:29journaliste et mérite
00:35:30grand écrivain
00:35:31et il lui a demandé
00:35:32d'écrire des chansons
00:35:33mais sous un regard
00:35:34journalistique
00:35:35du début des années 70
00:35:36un regard
00:35:38sur l'humain
00:35:39sur la planète
00:35:39et puis en osant des choses
00:35:40parce qu'il lui écrit
00:35:41quand même
00:35:41Jésus-Christ est un hippie
00:35:44avec des chansons interdites
00:35:45à la radio
00:35:46Juste pour un petit plaisir
00:35:48retrouvons les extraits
00:35:49du journal Le Monde
00:35:50qui écrivait
00:35:51sur les premiers pas
00:35:52de Johnny Hallyday
00:35:53parce qu'aujourd'hui
00:35:54évidemment on retrace ça
00:35:55avec tout ce qu'on sait
00:35:56mais à l'époque
00:35:57c'était vraiment
00:35:57la rencontre
00:35:58de deux sociétés
00:36:00deux mondes
00:36:00et Le Monde écrivait
00:36:02il parlait
00:36:03des soubresauts
00:36:04des convulsions
00:36:04de ce grand
00:36:05Flandrin
00:36:06rose et blond
00:36:06s'était expédié
00:36:07en quelques lignes
00:36:08à la fin d'un article
00:36:09je rappelle qu'aujourd'hui
00:36:10Le Monde fait naturellement
00:36:11sa une
00:36:12sur la mort de Johnny Hallyday
00:36:13parce qu'avant de devenir consensuel
00:36:14parce que d'abord
00:36:15cette génération-là
00:36:16qui avait 15-20 ans à l'époque
00:36:18elle a aujourd'hui 65 ou 70 ans
00:36:19avant de devenir consensuel
00:36:20et transgénérationnel
00:36:21ça a d'abord été extrêmement clivant
00:36:25c'était la musique
00:36:27des blousons noirs
00:36:29c'était les fortifs
00:36:31c'était la jeunesse des fortifs
00:36:32c'était les anti-bourgeois
00:36:34c'était des gens
00:36:35qui faisaient peur aux bourgeois
00:36:36souvenez-vous
00:36:37qu'à l'époque
00:36:37en Angleterre
00:36:38il y avait des bagarres
00:36:38entre les modes
00:36:39et les rockers
00:36:40des blousons noirs
00:36:40moi dans ma petite ville
00:36:42c'était des images
00:36:43de chien à vélo
00:36:44de machin
00:36:45c'était assez inquiétant
00:36:47et l'idée était en même temps
00:36:50celui qui réconciliait
00:36:51tout à l'heure il a été dit
00:36:53moi ça m'a beaucoup frappé ça
00:36:55dès l'époque
00:36:56vous savez qu'il a habité
00:36:58chez Aznavour
00:36:58c'est-à-dire que ce type
00:36:59qui incarnait une rupture
00:37:01générationnelle radicale
00:37:02était en réalité
00:37:03dans la continuité
00:37:04c'était on le sait maintenant
00:37:05mais il ne le disait pas
00:37:06il ne l'affichait pas tellement
00:37:07c'était un fan de Maurice Chevalier
00:37:09de Georges Brassens
00:37:09de Brassens
00:37:10il sera ami de Jacques Brel
00:37:11il vivait chez Aznavour
00:37:12il a habité chez Aznavour
00:37:14et c'est pour ça qu'Aznavour
00:37:15lui a écrit cette chanson
00:37:16c'est-à-dire qu'il y avait déjà
00:37:17chez Hallyday
00:37:18à la fois un ancrage
00:37:19dans la tradition française
00:37:20et l'idée qu'il pouvait
00:37:23réconcilier à la fois
00:37:24la chanson française
00:37:25dans ce qu'elle a
00:37:26de plus traditionnel
00:37:27et cet imaginaire américain
00:37:29dont il était
00:37:29totalement imprégné
00:37:32voir cette image improbable
00:37:34de chef Sioux
00:37:35ou Mohican
00:37:36c'était en 78
00:37:38pavillon de Paris
00:37:39il incarne cette France
00:37:40qui rêve de l'Amérique
00:37:42c'est vraiment ça
00:37:43une Amérique fantasmée
00:37:45une Amérique qui n'a jamais existé
00:37:46l'Amérique d'Hallyday
00:37:47c'est un libre d'image
00:37:48ça fait partie
00:37:49du dépoussiérage
00:37:52du début des années 60
00:37:53tout en tout
00:37:53les barons du gaullisme
00:37:56à la fin de la 4ème république
00:37:57même les débuts de la 5ème
00:37:58sont une tristesse terrible
00:37:59il y a une américanisation
00:38:00de la société
00:38:01les regards des jeunes
00:38:02se portent vers l'Amérique
00:38:03et Johnny va regarder
00:38:05cette Amérique
00:38:05que vous disiez tout à l'heure
00:38:06son école c'est la route
00:38:08et à la manière de Kerouac
00:38:09il va être fasciné
00:38:10par les diners
00:38:11par la route américaine
00:38:13par les grands espaces
00:38:14par tout ce qui fait
00:38:15tout ce qui fait
00:38:15le mythe
00:38:17mais à ce moment-là
00:38:18il ne connait pas l'Amérique
00:38:19il rêve l'Amérique
00:38:20alors il y va très tôt
00:38:21il y va en 60
00:38:21j'ai trouvé
00:38:23on parle des gens
00:38:25qui l'attendent
00:38:25à Philadelphie en 61
00:38:26je ne sais pas
00:38:27qui étaient ces gens
00:38:28qui attendaient Johnny Hallyday
00:38:29en 61 à Philadelphie
00:38:30en tout cas
00:38:30on entend parler de lui
00:38:31à New York
00:38:31à Philadelphie
00:38:32très très tôt
00:38:33mais en fait
00:38:34il est dans le fantasme
00:38:35il est dans le fantasme
00:38:37de l'Amérique
00:38:37l'American Dream
00:38:38on l'a tous
00:38:39il faut savoir
00:38:39que dans les années 60
00:38:41avant Johnny
00:38:42c'est quand même
00:38:43il se passe quoi
00:38:44musicalement parlant
00:38:45sur scène
00:38:46dans les music halls
00:38:47à part Gilbert Becaud
00:38:49qui mettait un peu le feu
00:38:50mais dans des chansons
00:38:51plutôt très classiques
00:38:52il y avait Marcel Hamon
00:38:53il y avait ce genre d'artiste
00:38:54tout d'un coup
00:38:55Johnny arrive
00:38:56met de l'électricité
00:38:57dans son ampli
00:38:59joue à moitié de la guitare
00:39:01et se met à genoux
00:39:02et se déhanche
00:39:03devant des jeunes filles en fleurs
00:39:05vous imaginez le contexte
00:39:07et le bang
00:39:08que ça peut faire
00:39:09dans son Amérique
00:39:10dans son Amérique
00:39:10il y a évidemment
00:39:12les américains
00:39:12le New York Times
00:39:13a parlé d'Elvis
00:39:14mais son Amérique
00:39:14c'est aussi James Dean
00:39:16il rentre
00:39:17il a découvert
00:39:18il a découvert l'Amérique
00:39:19dans les magazines
00:39:19à travers les acteurs
00:39:20les acteurs américains
00:39:21et Marlon Brando
00:39:21qui est extrêmement important
00:39:23il m'en a parlé souvent
00:39:24parce que
00:39:25pourquoi a-t-il dit
00:39:26qu'il a toujours eu envie
00:39:27de faire du rock'n'roll
00:39:27mais aussi être acteur
00:39:29faire de la comédie
00:39:29parce qu'il est très partagé
00:39:31entre Elvis Presley
00:39:32qui lui tourne de mauvais films
00:39:34mais qui est un très bon chanteur
00:39:36et Marlon Brando
00:39:36qui est un très mauvais chanteur
00:39:37mais un excellent acteur
00:39:38et du coup
00:39:40ça lui donne des ailes
00:39:43il a envie de fantasmer tout ça
00:39:45et moi j'ai un souvenir particulier
00:39:46de nos très longues discussions
00:39:48de cinéma
00:39:49souvent le soir
00:39:49mais particulièrement
00:39:50d'un hommage à Elia Cazan
00:39:52à la Cinémathèque française
00:39:53il y a quelques années
00:39:54qui était son idole
00:39:55sur les quais
00:39:56reste son film de chevet
00:39:58pendant 50 ans
00:39:59et il décide d'aller assister
00:40:01à l'hommage à Elia Cazan
00:40:03à la Cinémathèque
00:40:04sauf que Johnny
00:40:05sous son blouson
00:40:06a le livre de mémoire
00:40:08d'Elia Cazan
00:40:09et me dit
00:40:09tu crois que je peux aller
00:40:10lui demander un autographe
00:40:12il va voir Elia Cazan
00:40:13il dit
00:40:14excuse me
00:40:15can I have an autograph
00:40:16please
00:40:17I am Johnny Hallyday
00:40:18a French singer
00:40:19but I know you
00:40:20je vous connais
00:40:21et il demande timidement
00:40:23un autographe à Cazan
00:40:24on l'imagine pas
00:40:25avec cette casquette là
00:40:26et c'est bien
00:40:26que vous nous le racontiez
00:40:27aujourd'hui comme ça aussi
00:40:28ça raconte aussi
00:40:29ce lien avec le pays
00:40:30avec ce qu'il aimait
00:40:31du cinéma
00:40:32avec la littérature
00:40:34il avait peut-être du mal
00:40:35à répondre aux questions
00:40:36dans les interviews
00:40:37mais il était cultivé
00:40:38il se cultivait
00:40:39il lisait beaucoup
00:40:39il allait au cinéma
00:40:40il aimait le cinéma d'auteur
00:40:41absolument
00:40:43vous savez
00:40:43il a fait une de ses
00:40:44grandes rencontres au cinéma
00:40:45c'est évidemment
00:40:46Jean-Luc Godard
00:40:47le fameux film détective
00:40:49grâce à Nathalie Baye
00:40:50mais Nathalie Baye
00:40:51a fait quoi ?
00:40:52elle ne s'est pas amusée
00:40:53à faire un mariage
00:40:54assez improbable sur le papier
00:40:55elle a bien senti
00:40:56que des grands taiseux
00:40:58ça avait beaucoup de choses
00:40:59à se raconter
00:41:00et que Godard
00:41:02qui intériorise
00:41:02et intellectualise
00:41:03ses films
00:41:04et Johnny Hallyday
00:41:05qui intériorise
00:41:06sa personnalité
00:41:07sa culture
00:41:08ces deux là
00:41:09avaient quelque chose
00:41:09à se dire
00:41:10et d'ailleurs
00:41:10sur le tournage
00:41:12de détective
00:41:12Godard passait son temps
00:41:14à dire à Nathalie Baye
00:41:15à Claude Brasseur
00:41:16aux autres
00:41:16regardez
00:41:17vous êtes des comédiens
00:41:18vous êtes des comédiens
00:41:20professionnels
00:41:21ayez l'instinct de Johnny
00:41:22il l'est montré
00:41:24il le montre en modèle
00:41:25on a l'impression que les français
00:41:26justement ne l'autorisent pas
00:41:27à être acteur
00:41:28c'est à dire qu'il dit
00:41:30il veut être acteur
00:41:31à plusieurs reprises
00:41:32il veut tourner des films
00:41:33entre deux tournées
00:41:34c'est son rêve
00:41:35parce que c'est un de ses rêves
00:41:36d'adolescent
00:41:37et en même temps
00:41:38on a l'impression
00:41:38que ces français
00:41:39lui disent
00:41:40non
00:41:40tu es chanteur
00:41:41tu vas monter sur scène
00:41:42c'est des grandes tournées
00:41:43et le cinéma
00:41:44on verra
00:41:44on disait tout à l'heure
00:41:45qu'il a accompagné
00:41:46les grandes évolutions
00:41:47de la société française
00:41:47il était où en mai 68 ?
00:41:50il était au Cameroun
00:41:51je crois
00:41:52d'ailleurs ça s'est mal passé
00:41:53il a été expulsé du Cameroun
00:41:54à la suite d'une bagarre
00:41:55avec des officiels locaux
00:41:58il est totalement passé
00:41:59à côté de mai 68
00:42:00comme mai 68
00:42:01est passé à côté de lui
00:42:02d'ailleurs
00:42:02là on est dans deux univers parallèles
00:42:06il faut bien voir
00:42:06que Johnny incarne
00:42:07une génération
00:42:08d'abord les milieux populaires
00:42:09au départ
00:42:10et une génération
00:42:11qui n'a pas encore
00:42:12mis les mots
00:42:12de la politique
00:42:14sur sa révolte
00:42:15son mal-être au monde
00:42:19le nom de James Dean
00:42:20a été prononcé
00:42:21tout à l'heure
00:42:21par vous
00:42:22le titre anglais
00:42:23de la fureur de vivre
00:42:25c'est
00:42:25rebel without a cause
00:42:26rebelle sans cause
00:42:27Johnny Hallyday
00:42:28est exactement
00:42:30significatif
00:42:30de ce qu'on appelait
00:42:31à l'époque
00:42:31les rebelles sans cause
00:42:32il était en colère
00:42:33contre la société
00:42:34mais il ne savait pas
00:42:34très bien pourquoi
00:42:35on n'avait pas encore
00:42:36inventé le maoïsme
00:42:37le marxisme-léninisme
00:42:38ou le situationnisme
00:42:39c'était une colère
00:42:40à blanc comme ça
00:42:41et l'idée
00:42:42incarne cette colère-là
00:42:44qui n'a pas
00:42:44de débouché politique
00:42:45ce qui fait qu'avec
00:42:46le mouvement étudiant
00:42:47qui lui est hyper politisé
00:42:49il ne se rencontre
00:42:50pas du tout
00:42:51et bien justement
00:42:51on va en parler
00:42:52on va en dire un mot
00:42:53de la politique
00:42:53et de ses liens
00:42:55avec les politiques
00:42:55parce qu'il les a vu passer
00:42:56les présidents
00:42:5730 ans après son premier passage
00:42:58à la télévision
00:42:59Johnny a été
00:42:59le premier chanteur
00:43:01à remplir le stade de France
00:43:02le succès ne faiblit pas
00:43:03Jean-Jacques Goldman
00:43:04Michel Berger
00:43:05la crème des compositeurs
00:43:06collabore avec lui
00:43:07chanteur, acteur, personnage public
00:43:09il a été l'ami de Jacques Chirac
00:43:11de Nicolas Sarkozy
00:43:12il a adoré Pompidou
00:43:13il a appris à connaître
00:43:14Emmanuel Macron
00:43:15il a chanté
00:43:16à la fête de l'humanité
00:43:17l'icône n'a jamais cessé
00:43:18de parler à tous les français
00:43:20Damien Fleurette
00:43:21Christophe Roquet
00:43:28Au début des années 80
00:43:30Johnny Hallyday à 40 ans
00:43:31un statut d'icône nationale
00:43:33et un public toujours fidèle
00:43:36Ça représente notre jeunesse
00:43:37à nous personnellement
00:43:38Jeunesse ?
00:43:39Vous l'avez vu débuter ?
00:43:40Ah oui on l'avait débuté
00:43:42Hallyday c'est qui pour vous ?
00:43:43Un phénomène
00:43:45C'est à dire ?
00:43:46C'est à dire une super idole
00:43:50une génération
00:43:51des générations
00:43:52Je pense qu'il n'y a pas de limite
00:43:55en phénomène Hallyday
00:43:57ou bien d'autres
00:43:58que ce soit les Rolling Stones
00:44:00ou d'autres
00:44:01Je crois que c'est la même époque
00:44:03tous ces gens-là resteront
00:44:05Tantôt Paillettes
00:44:06tantôt Mad Max
00:44:07les concerts sont minutieusement
00:44:09mis en scène
00:44:10les shows sont grandioses
00:44:14C'est à dire qu'avec un décor
00:44:15comme ça, des lumières comme ça
00:44:17les pots de bêtes
00:44:18Enfin tout
00:44:19Quand je monte sur scène
00:44:20j'ai l'impression
00:44:21j'ai l'impression d'être un acteur
00:44:23et de tourner un club
00:44:23Et le grand écran justement
00:44:25Johnny le retrouve en 84
00:44:27avec Jean-Luc Godard
00:44:28le film détective
00:44:30présenté à Cannes
00:44:31Il est à l'écran
00:44:36avec celle qui partage sa vie
00:44:37Nathalie Baye
00:44:38Ensemble ils auront une fille
00:44:40la comédienne Laura Smet
00:44:44Au même moment
00:44:45pour la première fois
00:44:47Johnny se fait composer
00:44:48tout un album
00:44:49par un artiste de renom
00:44:50Michel Berger
00:44:51lui écrit Rock'n'roll Attitude
00:44:55On a pensé à la scène
00:44:57quand on a fait ce disque
00:44:58et très souvent
00:45:00on fait des disques
00:45:01en pensant aux disques
00:45:02et on oublie un petit peu la scène
00:45:04et puis après on a des problèmes
00:45:05pour faire les mêmes chansons
00:45:07pour les reproduire sur scène
00:45:08et là on a fait un disque
00:45:10en pensant aussi
00:45:11à avoir un matériel de scène
00:45:13Toutes les plumes françaises
00:45:14se pressent maintenant
00:45:15pour Johnny Hallyday
00:45:17En 1986
00:45:19c'est au tour de Jean-Jacques Goldman
00:45:20de prendre les rênes
00:45:21Pour Johnny
00:45:22il écrit
00:45:23l'envie
00:45:24ou encore
00:45:24je te promets
00:45:25deux énormes tuiles
00:45:34En moins de deux semaines
00:45:36l'album gang
00:45:37et disque de platine
00:45:46Johnny chanteur
00:45:47acteur
00:45:48devient un citoyen
00:45:50officiellement distingué
00:45:51En mai 85
00:45:53il reçoit des mains
00:45:54de Jacques Chirac
00:45:55la médaille du millénaire
00:45:56de la ville de Paris
00:45:57Les deux hommes sont amis
00:45:58et le restera
00:45:59J'aimerais dédié
00:46:01cette chanson à Jacques Chirac
00:46:04Nous avons tous en nous
00:46:06quelque chose
00:46:06de Jacques Chirac
00:46:07Pendant la campagne
00:46:08présidentielle de 95
00:46:09Johnny chantera
00:46:10pour Jacques Chirac
00:46:11En janvier 97
00:46:12il reçoit la légion d'honneur
00:46:14remise par le président Chirac
00:46:17Au milieu des années 90
00:46:18Johnny Hallyday
00:46:20épouse Laetitia Boudou
00:46:21C'est un certain
00:46:22Nicolas Sarkozy
00:46:23alors maire de Neuilly
00:46:24qui les marie
00:46:25Johnny s'affichera
00:46:26régulièrement
00:46:27avec l'homme politique
00:46:28mais continue
00:46:29de se produire
00:46:30à la fête de l'Huma
00:46:30Le chanteur parle
00:46:32à toutes les Frances
00:46:33Le rocker
00:46:34remplit désormais les stades
00:46:36En 93
00:46:37il traverse la foule
00:46:39au Parc des Princes
00:46:39Mick Jagger
00:46:40en personne
00:46:41commentera l'entrée
00:46:42en scène du chanteur
00:46:43En 98
00:46:44il arrive en hélicoptère
00:46:46sur le toit
00:46:47du Stade de France
00:46:48piloté par
00:46:48Michel Drucker
00:46:49C'est alors
00:46:50le plus grand spectacle
00:46:52jamais organisé
00:46:52en France
00:46:54La suite
00:46:55sera de la même
00:46:56des mesures
00:47:0110 ans s'écoule
00:47:03et la popularité
00:47:04du chanteur
00:47:04reste intacte
00:47:05même lorsqu'il
00:47:06s'installe en Suisse
00:47:07en 2006
00:47:08pour payer moins d'impôts
00:47:09la polémique
00:47:10qui suivra
00:47:11sur sa supposée
00:47:12évasion fiscale
00:47:12ne fâchera pas
00:47:13les fans
00:47:14C'est plutôt
00:47:15la santé du chanteur
00:47:16qui les inquiète
00:47:17En décembre 2009
00:47:18Johnny Hallyday
00:47:19est hospitalisé
00:47:20d'urgence à Los Angeles
00:47:21des complications
00:47:22post-opératoires
00:47:24le chanteur
00:47:25est très affaibli
00:47:25les questions
00:47:26sur son état de santé
00:47:27font les unes
00:47:28de la presse
00:47:29mais Johnny
00:47:29ne se mure pas
00:47:30dans le silence
00:47:31il garde le lien
00:47:32avec ses fans
00:47:33quelques mois plus tôt
00:47:34il avait annoncé
00:47:35qu'il s'était remis
00:47:36d'un petit cancer du côlon
00:47:37en mars dernier
00:47:38c'est bien plus sérieux
00:47:39le chanteur
00:47:40l'annonce lui-même
00:47:40sur Twitter
00:47:41il est atteint
00:47:42d'un cancer du poumon
00:47:44Johnny Hallyday
00:47:45aura enregistré
00:47:46plus de 1000 titres
00:47:47sorti 50 albums
00:47:48et vendu
00:47:49110 millions de disques
00:47:50on est venu
00:47:51à bout de la bête
00:47:53et des nuits
00:47:55qui devaient
00:47:56rétrécir
00:47:58cette question
00:47:58Johnny est une
00:47:59icône nationale
00:48:00mais était-il connu
00:48:01à l'étranger
00:48:02notamment aux Etats-Unis
00:48:03lui qui était
00:48:03si amoureux d'Elvis
00:48:04vous l'avez suivi
00:48:05aux Etats-Unis
00:48:05oui il n'était pas
00:48:06si connu que ça
00:48:07il était très connu
00:48:08de la communauté française
00:48:09aux Etats-Unis
00:48:10mais je pense
00:48:11qu'il est impossible
00:48:12de se dire rocker
00:48:14et de venir rivaliser
00:48:15avec Bruce Springsteen
00:48:16ou avec les autres
00:48:16c'était même pas le but
00:48:18je pense que de toute façon
00:48:19autant il était
00:48:20fier d'aller retrouver
00:48:21tous ses potes
00:48:22toute sa communauté
00:48:23d'aller chanter
00:48:24de dire
00:48:24je vais chanter
00:48:25à Las Vegas
00:48:26j'emmène mes fans
00:48:27par avion entier
00:48:29avec des avions
00:48:29qui portent des titres
00:48:30de mes chansons
00:48:31ça c'était une vraie fierté
00:48:33mais jamais il s'est dit
00:48:34je vais faire une carrière
00:48:35aux Etats-Unis
00:48:35ça n'a jamais été son but
00:48:36Johnny était-il de droite ?
00:48:40il le disait
00:48:41oui je crois
00:48:41qu'il ne s'en cachait pas
00:48:42il le disait
00:48:43mais je crois
00:48:43que ça allait au-delà de là
00:48:44Johnny était
00:48:45comme vous le disiez
00:48:46un animal
00:48:47un instinctif
00:48:48et du coup
00:48:49un homme de bon sens
00:48:50donc je pense que
00:48:51quand il ressentait
00:48:52du bon sens
00:48:53dans le discours politique
00:48:55de Jacques Chirac
00:48:56ou de François Mitterrand
00:48:58avec lequel il était
00:48:58très proche
00:48:59il était proche de François Mitterrand
00:49:16quelqu'un qui a semblé un peu
00:49:18non mais on l'a suivi
00:49:19très proche de Nicolas Sarkozy
00:49:20Nicolas Sarkozy
00:49:21l'a marié
00:49:22en préparant cette émission
00:49:23je me suis dit
00:49:23en réalité
00:49:24c'est un peu comme
00:49:24la reine d'Angleterre
00:49:25les premiers ministres
00:49:26britanniques passent
00:49:27la reine reste
00:49:28les présidents français
00:49:29sont passés
00:49:30et tous
00:49:31à un moment donné
00:49:32ont peut-être souhaité
00:49:33s'afficher
00:49:34aux côtés
00:49:35de Johnny Hallyday
00:49:36bien sûr
00:49:37et puis je pense
00:49:37qu'il y a chez Johnny
00:49:38une dimension légitimiste
00:49:39il est très
00:49:40extrêmement respectueux
00:49:41du pouvoir
00:49:42ce que vous avez écouté
00:49:43tout à l'heure
00:49:43c'était
00:49:43sa disruption
00:49:45sa révolte
00:49:46elle vient de la musique
00:49:46elle vient de la jeunesse
00:49:47sans vraiment
00:49:48y mettre un programme politique
00:49:49il n'était pas engagé
00:49:51c'était pas un chanteur engagé
00:49:52d'ailleurs la lisibilité politique
00:49:54de l'oeuvre Johnny
00:49:54elle est très difficile
00:49:56on ne la classe pas
00:49:57on ne peut pas le classer
00:49:58dans les chanteurs engagés
00:49:59en même temps
00:50:00il les connaît
00:50:02il chemine avec eux
00:50:04il n'est pas engagé
00:50:05mais il est là
00:50:06quand on a besoin de lui
00:50:07c'est à dire
00:50:08qu'il est toujours à l'écoute
00:50:09comme vous le disiez
00:50:09il s'informe en permanence
00:50:11il aime son pays
00:50:12il aime ses racines
00:50:14il part pour avoir encore mieux
00:50:15envie de revenir
00:50:16mais à un moment donné
00:50:17quand on lui dit
00:50:18Johnny on a besoin de toi
00:50:19après les attentats
00:50:21regardez comme
00:50:22sa présence
00:50:24je le revois encore
00:50:25en train de faire
00:50:26le signe de croix
00:50:27sur les lieux du drame
00:50:28regardez comme ça
00:50:29a touché la France
00:50:30c'est comme il avait envie
00:50:31d'être là
00:50:32comme il a chanté
00:50:33avec coeur
00:50:34le jour où tout le monde
00:50:35a communié
00:50:36où tout le monde s'est réuni
00:50:38Johnny devait être là
00:50:39il était là
00:50:39il est là quand on en a besoin
00:50:40c'est vrai que cette question
00:50:42de l'exil de Johnny
00:50:43l'exil fiscal de Johnny
00:50:45aurait pu porter
00:50:46à une grosse polémique
00:50:47en fait on se rend compte
00:50:48assez rapidement
00:50:49que tout le monde lui pardonne
00:50:49il donne une interview
00:50:50il se justifie
00:50:51puis il dit non
00:50:52je suis français
00:50:53et on lui pardonne
00:50:54parce que probablement
00:50:55qu'on applique
00:50:56à notre idole
00:50:57ou à notre école nationale
00:50:58des critères différents
00:50:59à des politiciens
00:51:01ou à des chefs d'entreprise
00:51:02on lui pardonne tout
00:51:03et puis lui
00:51:04c'est son rêve
00:51:04on considère que son rêve
00:51:06c'est d'aller en Amérique
00:51:07alors il va habiter
00:51:08il va habiter Hollywood
00:51:09mais il va habiter
00:51:10Pacifique Palissade
00:51:11et en même temps
00:51:12il nous dit
00:51:12je suis quand même français
00:51:13quand il va à Stade
00:51:13c'est moins un rêve
00:51:14voilà alors ça
00:51:14quand il va à Stade
00:51:15va-t-il vraiment à Stade
00:51:16et il reste-t-il vraiment
00:51:17et combien de semaines
00:51:19il reste-t-il
00:51:20parce qu'il s'est ennuyé
00:51:20aujourd'hui on parle
00:51:21de Marne-la-coquette
00:51:22on parle d'un village français
00:51:24pour revenir
00:51:25Claude Veil
00:51:25un mot sur la politique
00:51:26quand même
00:51:27parce que c'est pas rien
00:51:27de le voir
00:51:28avec l'ensemble
00:51:29des présidents français
00:51:30il a chanté
00:51:31pardon
00:51:31on a dans des archives
00:51:33qu'on a revues
00:51:33ces derniers jours
00:51:34Georges Marchais
00:51:34qui lance l'arrivée
00:51:36de Johnny
00:51:36à la fête de l'humanité
00:51:38ce niveau de notoriété
00:51:40quand vous avez
00:51:41un public aussi large
00:51:42vous pouvez pas vous permettre
00:51:43d'être très engagé
00:51:44politiquement
00:51:44dans les combats électoraux
00:51:48les personnes du showbiz
00:51:49qui s'y sont aventurées
00:51:51en général
00:51:51l'ont regretté après
00:51:52parce que vous avez
00:51:53des clients partout
00:51:55est-ce qu'il était de droite
00:51:57il est compliqué politiquement
00:51:59d'abord il n'est pas très politique
00:52:02il est légitimiste
00:52:04comme le disait Olivier Royance
00:52:05à cet état
00:52:05absolument sûr
00:52:06donc il a trouvé Hollande
00:52:07très bien
00:52:07et Macron très bien
00:52:09et Sarkozy
00:52:10il l'adorait
00:52:10mais bon
00:52:11parce que
00:52:11les relations personnelles
00:52:13pour lui
00:52:13comptaient plus
00:52:14que les idéologies
00:52:16en matière
00:52:17d'économique
00:52:18et sociale
00:52:19je dirais
00:52:19il a les positions
00:52:20d'un type
00:52:20qui a gagné
00:52:21beaucoup d'argent
00:52:21et qui trouve
00:52:23qu'il y a toujours
00:52:23trop d'impôts
00:52:24que les 35 heures
00:52:25c'est de la folie
00:52:25que les gens devraient
00:52:26bosser plus
00:52:27et râler moins
00:52:27et qu'il y a trop
00:52:28de grèves
00:52:28dans ce pays
00:52:29etc
00:52:29c'est un discours
00:52:31conservateur
00:52:31de gens
00:52:33qui ont de l'argent
00:52:33mais en matière
00:52:34de mœurs
00:52:35par exemple
00:52:35sur les sujets
00:52:36sociétaux
00:52:36vous l'avez jamais entendu
00:52:37tenir des propos
00:52:38réactionnaires
00:52:39il est plutôt
00:52:39libéral
00:52:40en matière sociétale
00:52:41sur les questions
00:52:42qui touchent
00:52:43à tout ce qui touche
00:52:44à très aux mœurs
00:52:45etc
00:52:46moi je ne le crois
00:52:47pas très très politique
00:52:48il est surtout
00:52:49rock'n'roll
00:52:49et être rock'n'roll
00:52:51c'est très difficile
00:52:52de le réduire
00:52:53à des catégories politiques
00:52:54vous pouvez être
00:52:55aussi rock'n'roll
00:52:56que Paul McCartney
00:52:58plutôt de droite
00:52:59et aussi rock'n'roll
00:53:00que John Lennon
00:53:01clairement à l'extrême gauche
00:53:02et ça ne les empêche pas
00:53:04de chanter ensemble
00:53:05être rock'n'roll
00:53:06c'est une attitude
00:53:07dans la vie
00:53:08que je trouve
00:53:09très difficile
00:53:10encore une fois
00:53:11à plaquer
00:53:12sur le classement politique
00:53:13c'est à l'heure de Bruce Springsteen
00:53:14et de Johnny Hallyday
00:53:15mais il y a eu quand même
00:53:16cette phrase inoubliable
00:53:17de Barack Obama
00:53:17qui dit
00:53:18j'ai décidé d'être président
00:53:19des Etats-Unis
00:53:19le jour où j'ai compris
00:53:20que je ne serai pas
00:53:20Bruce Springsteen
00:53:21c'est à dire que
00:53:22ce parti du rock'n'roll
00:53:24ce parti de la musique
00:53:25est un parti
00:53:26qui domine
00:53:26et je pense que
00:53:28c'est la génération
00:53:29des baby boomers
00:53:30ceux qui ont 17 ans
00:53:3118 ans
00:53:3220 ans
00:53:32en 1962
00:53:34commencent à être
00:53:36amènent
00:53:37le parti de la musique
00:53:38mais il y a une fascination
00:53:39plus des politiques
00:53:40pour le parcours
00:53:40de Johnny Hallyday
00:53:41que l'inverse
00:53:42oui
00:53:42je me souviens très bien
00:53:44d'un concert à Bercy
00:53:46ça s'appelait
00:53:46dans la chaleur de Bercy
00:53:47c'est dire que
00:53:48vraiment ça voulait tout dire
00:53:49c'était avant
00:53:50allumer le feu
00:53:51et à un moment donné
00:53:52j'entends à côté de moi
00:53:53quelqu'un qui hurle
00:53:54sur la chanson Gabriel
00:53:55c'était Jean-Pierre Raffarin
00:53:57qui était en train
00:53:58mais fan de la première heure
00:54:00de Ségosilliers
00:54:01comme un adolescent
00:54:03qui s'éclatait
00:54:04à voir le chanteur
00:54:05qui était son idole
00:54:07mais dans ses interviews
00:54:07il n'évoquait jamais
00:54:08la politique
00:54:09il a dit
00:54:09moi j'ai lu 2-3 extraits
00:54:10dans lesquels il disait
00:54:11qu'il avait été déçu
00:54:12de Nicolas Sarkozy
00:54:13vous nous disiez
00:54:14Olivier Royan
00:54:15qu'il lisait beaucoup
00:54:16il s'intéressait beaucoup
00:54:17à la vie de son pays
00:54:18à la vie politique
00:54:19aux médias
00:54:20il en parlait très peu
00:54:21pour ne pas segmenter
00:54:22comme disent
00:54:23les gens du marketing
00:54:25mais en même
00:54:26il en a parlé
00:54:26il l'a regretté après
00:54:26ah bon ?
00:54:27en général il l'a regretté
00:54:28il a dit
00:54:29quand je parle politique
00:54:30je parle toujours
00:54:31trop
00:54:31on n'a pas intérêt
00:54:32à se lancer là-dedans
00:54:33je ne suis pas un homme politique
00:54:34je n'y connais rien
00:54:34ce n'est pas mon boulot
00:54:35et puis il va toujours échapper
00:54:36à l'étiquette
00:54:36vieux con
00:54:37vieux blasé
00:54:37c'est-à-dire qu'il ne va pas
00:54:39aller sur des polémiques
00:54:40parfois dans lesquelles
00:54:41certains chanteurs
00:54:42ont pu se retrouver
00:54:43je pense par exemple
00:54:44à des mauvais procès
00:54:45qui ont pu être faits
00:54:46à Michel Sardou
00:54:47à des gens qui se sont retrouvés
00:54:49finalement à tenir
00:54:49un discours
00:54:51très très conservateur
00:54:52très réactionnaire
00:54:52par rapport à ce qu'a été
00:54:53leur vie
00:54:54et par rapport à ce que
00:54:56la teneur de leur art
00:54:57ou de leur chanson
00:54:57Johnny ne tombe jamais
00:54:59je pense que c'est aussi
00:55:00parce qu'il fréquente
00:55:01il fréquente beaucoup
00:55:02de nouveaux
00:55:03des artistes
00:55:04une nouvelle génération
00:55:05il est en permanence
00:55:06en contact avec des créateurs
00:55:07et je pense que ça lui donne
00:55:09une ouverture sur la société
00:55:11il est au-dessus de cela
00:55:14déjà c'est un homme très pudique
00:55:15s'engager dans la parole politique
00:55:18ce n'est pas son truc
00:55:18encore une fois
00:55:19et c'est lui
00:55:21il ne parle que de musique
00:55:23parce qu'il ne se sentait pas
00:55:24autorisé à parler de politique
00:55:25à votre avis ?
00:55:26enfin je pense
00:55:27qu'il a une vraie pensée politique
00:55:28mais en même temps
00:55:29sa pudeur l'en empêche
00:55:31il a une conscience économique
00:55:32moi j'ai remarqué souvent
00:55:34que Johnny avait une conscience
00:55:35de l'argent
00:55:37connaître la misère
00:55:37pour mieux respecter l'argent
00:55:39chante-t-il
00:55:40enfin c'est Jean-Jacques Goldman
00:55:41qui l'a écrit
00:55:41mais ça lui ressemble bien
00:55:42parce que je me souviens
00:55:43qu'à plusieurs moments
00:55:44quand je lui disais
00:55:45mais là tu vas faire cette tournée
00:55:46mais repose-toi
00:55:47un petit peu
00:55:48il disait
00:55:48mais non d'abord une tournée
00:55:49ça me tient debout
00:55:50et puis il me dit
00:55:50moi je suis un chef d'entreprise
00:55:51je fais travailler des gens
00:55:52je génère des choses
00:55:54j'ai une responsabilité
00:55:56vis-à-vis de mes machinaux
00:55:58de mes musiciens
00:55:59de mes techniciens
00:56:00de tous les gens
00:56:01il a fait vivre
00:56:02beaucoup de monde
00:56:03dans ce pays
00:56:03une réponse très rapide
00:56:04si vous le pouvez
00:56:05est-ce qu'il part
00:56:06à la tête d'un empire
00:56:07après autant de millions
00:56:09de disques vendus ?
00:56:11certainement beaucoup plus
00:56:12qu'à une certaine période
00:56:13où il a tellement dépensé
00:56:14où il a été ruiné
00:56:16c'est probablement la période
00:56:17où il a le plus d'argent maintenant
00:56:18parce que tout ça
00:56:19a été rationalisé
00:56:21enfin
00:56:21nous passons maintenant
00:56:22à vos questions
00:56:28Chacun dans leur domaine
00:56:29Jean Dormesson
00:56:30et Johnny
00:56:30ne doivent-ils pas
00:56:31leur célébrité
00:56:32à leur aptitude
00:56:33à s'adresser
00:56:34à toutes les générations ?
00:56:36si si absolument
00:56:36ce sont deux personnalités
00:56:38assez caméléonesques
00:56:39et qui ont réussi
00:56:41par leur talent
00:56:44à représenter
00:56:45toutes les générations
00:56:46et à être reconnues
00:56:48par toutes les classes sociales
00:56:49il y a une chose
00:56:50qui est très très frappante
00:56:51c'est ce que je vais dire
00:56:53n'est pas original
00:56:53parce que je crois
00:56:54que la remarque
00:56:54a déjà été faite
00:56:55c'est qu'à 24h d'écart
00:56:56les deux meurent
00:56:58le rockeur national
00:56:59et l'écrivain national
00:57:00comme étaient morts
00:57:01à 24h d'écart
00:57:02Edith Piaf
00:57:03la chanteuse nationale
00:57:04et Jean Cocteau
00:57:05qui était à l'époque
00:57:05le poète national
00:57:06il y a une espèce
00:57:07de parallélisme
00:57:07et à l'époque
00:57:08les obsèques d'Edith Piaf
00:57:09avaient rassemblé
00:57:10300 000 personnes
00:57:11dans les rues de Paris
00:57:12ça avait un peu éclipsé
00:57:14probablement
00:57:14mais là
00:57:15ça va être
00:57:17l'enterrement de Victor Hugo aussi
00:57:18ça va être l'enterrement de Victor Hugo aussi
00:57:20si les choses sont organisées
00:57:22de cette manière là
00:57:23vous allez voir
00:57:24un déferlement dans la rue
00:57:25incroyable
00:57:25beaucoup de français
00:57:25ont un deuil à faire
00:57:26depuis ce matin
00:57:27beaucoup de français
00:57:28sont malheureux
00:57:30on vive une journée noire
00:57:31et je pense que
00:57:33les fans
00:57:33et même les moins fans
00:57:35ont besoin
00:57:36de ça
00:57:37en se retrouvant
00:57:38ils ont besoin de se parler
00:57:39ils ont besoin de se regarder
00:57:40de se dire qu'ils l'aimaient
00:57:41je pense que le deuil
00:57:42se fera comme ça
00:57:43parce que voilà
00:57:44alors c'est intéressant
00:57:45c'est pas juste
00:57:45qui disaient moi je suis pas fan
00:57:46mais ils enterrent aussi leur jeunesse
00:57:48ils enterrent aussi leur jeunesse
00:57:48c'est important dans le cadre
00:57:50de cette émission
00:57:50on a grandi
00:57:51enfin on a grandi avec
00:57:53il a grandi avec nous
00:57:54depuis la naissance
00:57:55jusqu'à aujourd'hui
00:57:56je trouve que c'est quand même
00:57:58incroyable
00:57:58on perd
00:57:59on a tous une petite mort en nous
00:58:01je pense
00:58:01aujourd'hui
00:58:02la vie sans Johnny
00:58:03on ne sait pas
00:58:04on ne connait pas
00:58:04on ne connait pas
00:58:05on ne connait pas
00:58:06il y a que lui
00:58:07qui sait
00:58:07à quoi ressemblerait
00:58:09un monde sans Johnny
00:58:10pourquoi Johnny Hallyday
00:58:11hystérise-t-il à ce point
00:58:12ses nombreux fans
00:58:13on n'en a pas suffisamment parlé
00:58:14peut-être pendant cette émission
00:58:16sur le lien
00:58:17tellement particulier
00:58:19qu'il a
00:58:20il suffit d'aller à un concert
00:58:21de Johnny
00:58:21pour voir à quel point
00:58:22il y a de l'amour entre eux
00:58:23alors ça je peux
00:58:24moi je peux vous répondre
00:58:25personnellement
00:58:26à l'âge de 14 ans
00:58:27je me suis retrouvé
00:58:28dans un concert
00:58:28c'était un cadeau
00:58:29que mes parents me faisaient
00:58:30parce qu'on était
00:58:30tellement fans de Johnny
00:58:32et ils nous ont balancé
00:58:33en plein après-midi
00:58:34au pavillon de Paris
00:58:35c'était en 78
00:58:3579
00:58:37et tout d'un coup
00:58:38je me souviens
00:58:39parce que j'étais gamin
00:58:40et quel concert
00:58:42quel concert
00:58:43exceptionnel
00:58:43et tout d'un coup
00:58:44on s'est aperçu
00:58:44que l'homme
00:58:45qui était en face de nous
00:58:45c'était une vraie machine
00:58:46de guerre
00:58:47et il a laminé le monde
00:58:49en fait il a appelé les gens
00:58:51et je pense que le public
00:58:51de Johnny a compris une chose
00:58:53c'est que Johnny
00:58:53il est dans la vie
00:58:55quelqu'un de très sensible
00:58:56et très timide
00:58:56et quand il monte sur scène
00:58:57il hape
00:58:58et je pense qu'il y a
00:58:59ce côté fascination
00:59:00c'est le seul
00:59:01qui a ce lien-là
00:59:02avec ses fans
00:59:03il y a quelque chose
00:59:03de singulier
00:59:04dans leur relation
00:59:05parfois les fans de Johnny
00:59:06on voit ils ressemblent à Johnny
00:59:07ils s'habillent comme toi
00:59:08oui ils se tatouent
00:59:09comme Johnny
00:59:10ils sont les mêmes
00:59:10j'ai l'exemple d'un fan
00:59:12qui un jour a demandé
00:59:13un autographe à Johnny
00:59:14sur son bras
00:59:14le garçon est revenu
00:59:16il ne s'est pas lavé le bras
00:59:17pendant trois jours
00:59:17il est allé se faire tatouer
00:59:18la signature sur l'autographe
00:59:21on arrive à des choses
00:59:22qui ont pu sembler
00:59:23peut-être un peu extrêmes
00:59:24mais l'hystérie
00:59:25ça s'est beaucoup calmé
00:59:26ça c'était 13 années 60-70
00:59:28et j'allais dire que
00:59:29plus Johnny a grandi
00:59:30plus ses fans de la première heure
00:59:33ont grandi
00:59:33ils se sont assagis
00:59:35et ont vieilli avec lui
00:59:36et les autres l'ont pris
00:59:37avec un peu plus de recul
00:59:39de l'admiration
00:59:40de l'envie
00:59:41mais un peu moins d'hystérie
00:59:42Johnny c'est le petit Rémy
00:59:44de son famille
00:59:45toute la France l'a adopté
00:59:47et nous sommes tristes
00:59:48il y a ce côté
00:59:49des gavroches aussi
00:59:50des gavroches
00:59:50c'est plutôt Tintin
00:59:51pour moi vous voyez
00:59:52c'est plutôt Tintin
00:59:54on disait qu'on le lisait
00:59:55de 7 à 77 ans
00:59:56on l'écoute
00:59:57de 7 à 77 ans
00:59:59on suit ses aventures
01:00:00la notion d'adoption
01:00:01est importante
01:00:02bien sûr
01:00:03Johnny toute sa vie
01:00:03il va chercher l'amour
01:00:04il va chercher l'amour
01:00:05qu'il n'a pas eu
01:00:05dans son enfance
01:00:06c'est quelque chose
01:00:06et donc il y a ce lien
01:00:08cette bienveillance
01:00:08vis-à-vis de lui
01:00:09parce qu'il revient
01:00:10dans les interviews
01:00:12toujours sur ce problème
01:00:13ces deux étrangers
01:00:14qui ont été dans sa vie
01:00:15ses parents
01:00:15sa mère et son père
01:00:16il a dit j'ai attendu
01:00:1755 ans pour pouvoir dire
01:00:18maman
01:00:19il a retrouvé son père
01:00:20à un moment donné
01:00:21son père il le retrouve
01:00:22au service militaire
01:00:23qui a vendu
01:00:24dans des conditions difficiles
01:00:25puisque je crois
01:00:26qu'il a vendu l'exclusivité
01:00:27de la rencontre
01:00:28et puis sa mère
01:00:29il la rencontre
01:00:3055 ans plus tard
01:00:31au baptême
01:00:32de ses filles
01:00:33son père
01:00:34on vient lui dire
01:00:34à la caserne
01:00:35il y a un monsieur
01:00:36à l'entrée
01:00:37qui dit être ton père
01:00:39il y va
01:00:39c'est effectivement son père
01:00:41il lui offre un petit truc
01:00:43ils se font une bise
01:00:43en fait c'était pour faire
01:00:44des photos pour un journal
01:00:45il y a le côté sans famille
01:00:46il y a quand même
01:00:47le côté sans famille
01:00:48il y a une vidéo
01:00:49qui m'a beaucoup frappé
01:00:50un journaliste
01:00:51lui demande
01:00:52Johnny Hallyday
01:00:52est-ce que c'est votre vrai nom
01:00:54ou est-ce que c'est un pseudonyme
01:00:55et il répond
01:00:55c'est mon vrai nom
01:00:57et j'ai regardé cette bande
01:00:58en me disant
01:00:59est-ce qu'il est en train
01:00:59de mentir
01:01:00et je ne crois pas qu'il ment
01:01:01je crois qu'il est en train
01:01:02de dire
01:01:02j'ai décidé
01:01:03qui je suis
01:01:04et je veux créer moi-même
01:01:06évidemment au premier degré
01:01:08c'est un mensonge
01:01:08mais au second degré
01:01:09c'est très intéressant
01:01:10de dire
01:01:10à partir du moment
01:01:11d'aujourd'hui
01:01:12j'ai créé un personnage
01:01:14qui s'appelle
01:01:14Johnny Hallyday
01:01:15qui est moi
01:01:16et qui m'appartient
01:01:16une sorte de double
01:01:17comme Gainsbourg et Gainsbard
01:01:18c'est l'abandon
01:01:19pour nous qui avons eu 20 ans
01:01:21dans les Ores
01:01:22Johnny a été notre rayon de soleil
01:01:25oui
01:01:26c'est l'époque
01:01:27de l'immortel
01:01:30western camargué
01:01:31d'où viens-tu de Johnny
01:01:31il y a un mot
01:01:32qu'on ne va pas prononcer
01:01:33c'est l'homme
01:01:33c'est Daniel Philippaki
01:01:35l'émission d'Europe 1
01:01:36où Johnny est carrément
01:01:38invité d'honneur
01:01:39le grand concert de la nation
01:01:40c'est quand même
01:01:40tout d'un coup
01:01:42un choc
01:01:43alors c'est un petit peu
01:01:44les Ores
01:01:45c'était avant
01:01:46mais incontestablement
01:01:47il rentre
01:01:49oui
01:01:49c'est l'âge d'or de la radio
01:01:51c'est la radio
01:01:51qui arrive
01:01:52qui amène la musique
01:01:54chez les gens
01:01:55et chez les mêmes personnes
01:01:56qui ont ce poster
01:01:57dans leur chambre
01:01:58parler de Johnny
01:01:59pardon
01:01:59vous voulez
01:02:00non seulement ça
01:02:01mais Johnny s'impose
01:02:03tout de suite
01:02:03on parlait de son charisme
01:02:05on parlait de son côté animal
01:02:07la photo de Salut les copains
01:02:09souvenez-vous
01:02:10toutes les idoles sont là
01:02:11Jean-Marie Perrier organise sa photo
01:02:13tout le monde est à peu près
01:02:15au même niveau
01:02:15sauf
01:02:16qui est derrière
01:02:18en hauteur
01:02:19sur une échelle
01:02:19et domine la situation
01:02:21c'est déjà Johnny Hallyday
01:02:22parler de Johnny c'est bien
01:02:23parler des chansons
01:02:24c'est mieux
01:02:25que sait-on
01:02:25de quelque chose de
01:02:27est un hymne
01:02:28à Tennessee
01:02:29William
01:02:29est-ce que c'est
01:02:30alors
01:02:30est-ce qu'on peut parler
01:02:31de quelque chose en nous
01:02:32de Tennessee
01:02:33qu'est-ce qu'elle raconte
01:02:34cette chanson ?
01:02:35elle raconte sa fascination
01:02:36et son immense admiration
01:02:37pour l'écrivain
01:02:38Michel Berger
01:02:40le savait
01:02:41vous parliez tout à l'heure
01:02:42de l'intelligence
01:02:44de Johnny
01:02:44et des paroles
01:02:45de ses chansons
01:02:46j'irai même
01:02:47un petit peu plus loin
01:02:48c'est-à-dire que
01:02:48non seulement
01:02:49il choisit de très bons
01:02:50paroliers
01:02:51Pierre Billon
01:02:53Philippe Labreau
01:02:54mais surtout
01:02:55il choisit
01:02:56ces paroliers
01:02:56qui vont
01:02:57eux
01:02:58écrire
01:02:58leur vision
01:02:59de Johnny Hallyday
01:03:00c'est pour ça
01:03:01qu'on a l'impression
01:03:02qu'il chante
01:03:02beaucoup de chansons
01:03:03autobiographiques
01:03:04mais en fait
01:03:04c'est pas lui
01:03:05qui les écrit
01:03:05mais il les choisit
01:03:07il les choisit
01:03:08parfaitement bien
01:03:08et c'est leur vision
01:03:09à eux
01:03:10de Johnny Hallyday
01:03:11pour sortir de la détirante
01:03:12il a aussi chanté
01:03:13des conneries
01:03:13bien sûr
01:03:15le souvenir
01:03:16à décanter
01:03:16il a chanté
01:03:18en gros
01:03:18de
01:03:18petit bikini
01:03:19jusqu'à la vie
01:03:20Maria de Schubert
01:03:21on gardera chacun
01:03:22notre chanson
01:03:23de Johnny Hally
01:03:23c'est la fin
01:03:24de cette émission
01:03:25qui sera rediffusée
01:03:26ce soir à 22h45
01:03:27on se retrouve
01:03:27demain 17h50
01:03:28pour un nouveau C dans l'air
01:03:29tout de suite
01:03:30c'est à vous
01:03:30belle soirée
01:03:30sur France 5
01:03:31les mots ne sont jamais
01:03:37les mêmes
01:03:39pour imprimer
01:03:40ce qu'il veut
01:03:43j'y mets mes joies
01:03:44moi j'y mets mes peines
01:03:47et tout ça
01:03:48ça devient le bleu
01:03:51je le sens autant
01:03:52que je l'aime
01:03:55et je le chanterai
01:03:57toujours
01:03:57je le chanterai
01:04:00Merci.
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